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Le français met un manteau, habille un enfant et porte des lunettes sans jamais hésiter sur le verbe. Le russe a ses propres frontières, et il choisit son verbe d’après le complément direct : le vêtement, la personne, ou soi-même. Une question à se poser, et la faute la plus répandue disparaît.
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Un francophone qui sort de chez lui met son manteau, habille son enfant, enfile ses gants et remarque que sa voisine porte toujours le même chapeau. Quatre verbes, qu’il ne mélange jamais. Le russe découpe la même matière autrement : il ne regarde pas le geste, il regarde ce qui reçoit le geste. Le vêtement, la personne, ou soi-même. C’est cette question qui décide du verbe, et c’est à cet endroit précis que l’apprenant se trompe.
Prenons les deux verbes que tout le monde confond, y compris bien des Russes dans la conversation : надеть nadiét’ et одеть odiét’. Ils ne diffèrent que par leur préfixe, ils se conjuguent exactement de la même façon, et le français les traduit l’un et l’autre, selon la phrase, par « mettre » ou par « habiller ». La différence est pourtant nette, et elle tient tout entière dans le complément direct.
Надеть prend pour objet le vêtement : on met un manteau, une écharpe, des lunettes. Одеть prend pour objet la personne : on habille un enfant, un malade, une poupée. Le premier répond à la question « quoi ? », le second à la question « qui ? ». Si vous savez ce que vous allez mettre à l’accusatif, vous savez déjà quel verbe employer.
Deux autres situations complètent le tableau. Quand on s’habille soi-même, la personne habillée et le sujet se confondent, et le russe emploie la forme pronominale одеться odiét’sia, bâtie sur le second verbe. Quand on ne parle plus du geste de mettre un vêtement, mais du fait de l’avoir sur soi, on change encore d’outil : носить nossít’ pour l’habitude, la préposition в pour l’instant présent. Le français a rangé tout cela sous « mettre », « habiller » et « porter » ; le russe le répartit en une demi-douzaine de constructions, et c’est le tableau suivant qui fait le tri.
| En français je dis | En russe je choisis | Parce que |
|---|---|---|
| Je mets mon manteau. | Я надеваю пальто. Ia nadieváiou pal’tó. | le vêtement est le complément direct |
| J’habille l’enfant. | Я одеваю ребёнка. Ia odieváiou riebiónka. | la personne est le complément direct |
| Je mets son bonnet à l’enfant. | Я надеваю на ребёнка шапку. Ia nadieváiou na riebiónka chápkou. | le bonnet reste l’objet, l’enfant passe derrière на |
| Je m’habille. | Я одеваюсь. Ia odieváious’. | l’action revient sur le sujet |
| J’enlève mon manteau. | Я снимаю пальто. Ia snimáiou pal’tó. | le contraire de надеть, avec le vêtement pour objet |
| Je me déshabille. | Я раздеваюсь. Ia razdieváious’. | le contraire de одеться |
| Je me change. | Я переодеваюсь. Ia pierieodieváious’. | on quitte une tenue pour une autre |
| Elle porte des lunettes (toujours). | Она носит очки. Oná nóssit otchkí. | une habitude, et non un geste |
| Elle porte une robe rouge (aujourd’hui). | Она в красном платье. Oná v krásnom plát’ie. | un état du moment, dit par в et le prépositionnel |
| J’essaie cette veste. | Я примеряю эту куртку. Ia primieriáiou ètou koúrtkou. | essayer un vêtement a son verbe propre |
Lisez la colonne de droite plutôt que celle du milieu : elle contient la seule chose à retenir. Le français choisit son verbe d’après le geste, le russe d’après la place des mots dans la phrase. Ce n’est pas une affaire de vocabulaire, mais de construction, et c’est pourquoi apprendre « надеть, mettre » ne suffit pas : il faut apprendre « надеть suivi du vêtement à l’accusatif ». Un mot nu s’oublie ; une construction souvent entendue finit par se dire toute seule.
Надеть одежду, одеть Надежду. Les Russes ont fabriqué une petite phrase pour ne pas se tromper eux-mêmes : надеть одежду, одеть Надежду nadiét’ odiéjdou, odiét’ Nadiéjdou, « mettre un vêtement, habiller Nadejda ». Надежда, qui signifie « espérance », est un prénom féminin courant. La phrase place côte à côte les deux objets possibles : une chose, одежда, les vêtements, après le premier verbe ; une personne après le second. Elle a aussi l’avantage de croiser les sons — le на- du verbe va avec одежду, le о- avec Надежду —, ce qui la rend difficile à oublier.
Commençons par le verbe le plus utile, celui que vous emploierez tous les matins. Надеть est perfectif ; son partenaire imperfectif est надевать nadievát’. Tous deux se construisent de la même façon : le vêtement à l’accusatif, sans préposition. Ce vêtement peut être tout ce que l’on met sur soi, et même un peu plus : des lunettes, une montre, une bague, un masque se « mettent » avec ce verbe, parce qu’on les pose sur le corps.
Le troisième exemple montre un tour qu’il faut connaître : la préposition на suivie de l’accusatif indique l’occasion pour laquelle on s’habille — на свадьбу, pour le mariage, на работу na rabótou, pour aller au travail. La question Что надеть? Tchto nadiét’ ?, « que mettre ? », est celle que l’on se pose devant une armoire ouverte, et elle se dit avec ce verbe et nul autre.
Quand on met un vêtement à quelqu’un d’autre, la construction garde le même objet. Le vêtement reste à l’accusatif, et la personne apparaît derrière la même préposition на, elle aussi suivie de l’accusatif : on met le bonnet « sur » l’enfant. Le russe voit le geste comme un vêtement que l’on pose sur un corps, et il le dit tel quel.
Le perfectif надеть réserve une petite surprise. Son infinitif ne contient aucun н, mais toutes ses formes personnelles en ont un : надену, наденешь. Ce н vient du verbe simple деть, « mettre quelque part, fourrer », qui fait lui-même дену, денешь : Куда ты дел мои очки? Koudá ty diel moí otchkí ?, « où as-tu fourré mes lunettes ? ». Comme le verbe est perfectif, ces formes ne disent pas le présent mais le futur. L’imperfectif надевать, lui, se conjugue comme un verbe ordinaire de la première conjugaison et garde sa syllabe -ва- d’un bout à l’autre.
| Personne | Perfectif : futur | Imperfectif : présent |
|---|---|---|
| я | надену nadiénou | надеваю nadieváiou |
| ты | наденешь nadiéniech’ | надеваешь nadieváiech’ |
| он, она | наденет nadiéniet | надевает nadieváiet |
| мы | наденем nadiéniem | надеваем nadieváiem |
| вы | наденете nadiénietie | надеваете nadieváietie |
| они | наденут nadiénout | надевают nadieváiout |
| passé | надел, надела, надели nadiél, nadiéla, nadiéli | надевал, надевала, надевали nadievál, nadievála, nadieváli |
| impératif | надень, наденьте nadién’, nadién’tie | надевай, надевайте nadieváï, nadieváïtie |
Trois remarques sur ce tableau. Le passé se forme sur l’infinitif, sans le н du futur : on dit надел, jamais наденул. L’impératif perfectif надень se tire au contraire du futur, et son signe mou final tient lieu de terminaison, comme l’explique la page former l’impératif. Enfin l’accent ne bouge pas : il reste sur la syllabe -де- dans toutes les formes du perfectif, et sur la syllabe -ва- dans toutes celles de l’imperfectif. Voilà deux verbes dont l’accent ne demande aucun effort de mémoire.
Un dernier mot sur cette syllabe -ва-, car elle prête à confusion. Ne vous laissez pas tromper par la finale en -евать : ces verbes n’appartiennent pas à la famille de танцевать, qui perd sa syllabe et fait танцую. Ici, le -ва- est le suffixe qui fabrique l’imperfectif, et il ne tombe jamais : надеваю, одеваю, раздеваю. La page les deux conjugaisons signale déjà ce piège pour одевать ; il vaut pour toute la famille de l’habillement.
Le second verbe retourne la construction. Ce qui est à l’accusatif n’est plus le vêtement, c’est la personne que l’on habille. Le vêtement, s’il est nommé, passe derrière la préposition в suivie de l’accusatif : on habille l’enfant « dans » une veste. Le perfectif est одеть, l’imperfectif одевать odievát’, et leurs formes sont celles du tableau précédent, au préfixe près : одену, оденешь, оденет odiénou, odiéniech’, odiéniet au futur, одеваю, одеваешь, одевает odieváiou, odieváiech’, odieváiet au présent, одел, одела, одели odiél, odiéla, odiéli au passé, одень odién’ à l’impératif.
Regardez les compléments : детей, сына, ребёнка, больного. Ce sont des êtres animés, et leur accusatif, au masculin comme au pluriel, se confond avec le génitif, mécanisme que décrit la page animé et inanimé. Avec надеть, la question ne se posait presque jamais, puisqu’on y met des choses ; avec одеть, elle se pose à chaque phrase. Vous tenez là un moyen de contrôle commode : si votre complément direct a la forme d’un animé, vous êtes du côté de одеть.
| Verbe | À l’accusatif | Derrière la préposition | Phrase |
|---|---|---|---|
| надеть | le vêtement | на et la personne, à l’accusatif | Мама надела на сына куртку. |
| одеть | la personne | в et le vêtement, à l’accusatif | Мама одела сына в куртку. |
| одеться | rien : le sujet s’habille lui-même | в et la tenue, à l’accusatif | Мама оделась в джинсы и свитер. |
| снять | le vêtement | с et la personne, au génitif | Мама сняла с сына куртку. |
| раздеть | la personne | rien : le vêtement n’est pas nommé | Мама раздела сына. |
Les deux premières lignes disent exactement la même chose, et les deux sont correctes. Le russe vous laisse choisir l’angle : on peut parler de la veste que l’on pose sur l’enfant, ou de l’enfant que l’on habille. Ce qui ne se fait pas, c’est de mélanger les deux constructions, c’est-à-dire de donner à одеть le complément de надеть. Les trois dernières lignes, qui annoncent la suite de la page, appliquent la même logique au verbe pronominal et aux deux verbes qui défont l’habillage.
« Одеть пальто » : la faute que l’on entend partout. Dans la conversation, beaucoup de Russes disent одеть куртку pour « mettre sa veste ». La confusion est si répandue qu’elle passe souvent inaperçue à l’oral. Elle n’en reste pas moins une faute au regard de la norme : les dictionnaires la signalent, les professeurs la corrigent, et elle saute aux yeux dès qu’elle est écrite. Un étranger n’a aucun intérêt à l’imiter, car ce qui passe pour du naturel dans la bouche d’un natif passe chez lui pour une méconnaissance de la règle. Dites надеть куртку, et réservez одеть aux personnes.
Demandez-vous d’abord ce qui est à l’accusatif : le vêtement ou la personne. Touchez une réponse, puis Correction.
Quand celui qui habille et celui qu’on habille sont la même personne, le russe ajoute à одеть le suffixe -ся. Le verbe obtenu, одеться, appartient à la petite série des réfléchis véritables, ceux où l’action retombe réellement sur le sujet : se laver, se raser, s’habiller. La page les verbes en -ся place ces verbes en tête des six valeurs du suffixe, comme les plus proches du français. Ici au moins, le francophone n’est pas dépaysé : « s’habiller » et одеваться se répondent mot pour mot.
Cette correspondance a une conséquence que l’on oublie souvent. Puisque le sujet est déjà l’objet, одеться n’a pas de complément direct. On ne « s’habille » pas un manteau : on met un manteau, avec надеть, ou bien l’on s’habille, sans rien préciser, ou en précisant la tenue par в et l’accusatif. Ce dernier tour sert surtout pour une tenue d’ensemble ou pour une couleur.
| Personne | Imperfectif : présent | Perfectif : futur |
|---|---|---|
| я | одеваюсь odieváious’ | оденусь odiénous’ |
| ты | одеваешься odieváiech’sia | оденешься odiéniech’sia |
| он, она | одевается odieváietsia | оденется odiénietsia |
| мы | одеваемся odieváiemsia | оденемся odiéniemsia |
| вы | одеваетесь odieváieties’ | оденетесь odiénieties’ |
| они | одеваются odieváioutsia | оденутся odiénoutsia |
| passé | одевался, одевалась, одевались odieválsia, odieválas’, odievális’ | оделся, оделась, оделись odiélsia, odiélas’, odiélis’ |
| impératif | одевайся, одевайтесь odieváïsia, odieváïties’ | оденься, оденьтесь odién’sia, odién’ties’ |
Le suffixe suit la règle habituelle : -ся après une consonne, -сь après une voyelle. D’où одеваюсь mais одевается, оделся mais оделась. Au passé, comme toujours, la forme s’accorde en genre avec le sujet : une femme dit я оделась, un homme я оделся, et la marque du féminin se cache au milieu du mot, entre le -л et le suffixe.
Le verbe pronominal entre dans des expressions qu’il vaut mieux apprendre toutes faites, parce qu’on les entend sans cesse et qu’elles ne se traduisent pas mot à mot.
Le premier est celui qu’on entend sur le pas de la porte dès que le froid arrive. Le comparatif потеплее, formé avec по-, adoucit la consigne : « un peu plus chaudement ». Les deux derniers emploient l’imperfectif parce qu’ils ne décrivent pas un geste, mais une manière d’être : ils parlent de la façon dont quelqu’un s’habille d’ordinaire, non de ce qu’il a fait un matin particulier.
Chaque verbe de la page a son contraire, et ce contraire respecte la même répartition. Le préfixe раз-, qui défait un état antérieur, donne раздеть razdiét’, déshabiller quelqu’un, et раздеться razdiét’sia, se déshabiller. Ils se conjuguent comme leurs modèles : разденусь razdiénous’, разделся razdiélsia, разделась razdiélas’, et à l’imperfectif раздеваюсь razdieváious’. Le contraire de надеть, en revanche, ne se forme pas par un préfixe : c’est un verbe tout différent, снять sniat’, « ôter, retirer », qui garde le vêtement pour complément direct.
| Mettre, habiller | Ôter, déshabiller | Ce qui est à l’accusatif |
|---|---|---|
| надеть nadiét’ — mettre | снять sniat’ — ôter | le vêtement |
| одеть odiét’ — habiller | раздеть razdiét’ — déshabiller | la personne |
| одеться odiét’sia — s’habiller | раздеться razdiét’sia — se déshabiller | rien : le sujet agit sur lui-même |
| обуться oboút’sia — se chausser | разуться razoút’sia — se déchausser | rien : le sujet agit sur lui-même |
Снять a une conjugaison à part, qu’il faut apprendre. Son futur se bâtit sur un radical en -ним- : сниму snimoú, снимешь snímiech’, снимет, снимем, снимете, снимут. Son passé, sur l’infinitif : снял snial, сняла snialá, сняли sniáli, avec un féminin accentué sur la terminaison. Son imperfectif снимать snimát’ est entièrement régulier : снимаю, снимаешь, снимает. Le même verbe sert aussi à louer un appartement et à tourner un film, mais ce sont d’autres emplois, sans rapport avec le vêtement.
Le troisième exemple reproduit, à l’envers, la construction de надеть : le vêtement reste à l’accusatif, et la personne à qui on l’enlève passe derrière с, cette fois au génitif. On pose un vêtement « sur » quelqu’un, on le retire « de » quelqu’un : les deux prépositions disent le mouvement, et les cas suivent.
Un emploi de раздеться surprend tous les francophones. Quand un hôte vous accueille dans l’entrée en disant Раздевайтесь Razdieváïties’, il ne vous demande pas de vous dévêtir : il vous invite à ôter votre manteau, votre bonnet, vos bottes. Le verbe désigne ici le fait de quitter les vêtements du dehors. Le choix de l’imperfectif, qui fait de cette phrase une invitation et non un ordre, est expliqué à la page l’aspect à l’impératif, où раздевайтесь et разденьтесь sont mis en regard.
Le deuxième exemple rappelle qu’une fois ôté, le manteau ne se « met » pas au crochet avec надеть : il s’y suspend, avec повесить, le verbe de ce qui pend, que présente la page les trois « mettre ». Les deux derniers introduisent la paire des chaussures. Обуться oboút’sia, se chausser, et son contraire разуться razoút’sia, se déchausser, ont pour imperfectifs обуваться et разуваться. On peut aussi dire надеть ботинки et снять ботинки, en nommant les chaussures ; les verbes en -уться les sous-entendent.
Reste le préfixe пере-, qui indique que l’on refait une action autrement. Переодеться pierieodiét’sia signifie quitter une tenue pour en prendre une autre, c’est-à-dire « se changer ». Le français se contente d’un verbe très général ; le russe garde la racine du vêtement, et la phrase ne laisse aucun doute. La tenue nouvelle, si on la nomme, suit в et l’accusatif, comme après одеться.
Cherchez d’abord si le sujet agit sur lui-même, sur une autre personne ou sur un vêtement.
Tout ce qui précède décrit des gestes : on met, on ôte, on habille. Le français possède un autre verbe, « porter », qui ne décrit aucun geste : il dit qu’un vêtement est sur quelqu’un. Le russe, ici encore, sépare ce que le français réunit, et il le fait selon le temps : une habitude se dit avec носить, un état du moment se dit sans verbe, par la préposition в suivie du prépositionnel.
Носить est le verbe multidirectionnel de la paire нести / носить, celui qui porte un objet sans direction précise. Sa conjugaison complète, avec l’alternance de ношу, est donnée à la page porter, mener, transporter, qui signale aussi son sens vestimentaire. Retenez seulement la logique : un vêtement que l’on porte régulièrement ne va nulle part, et seul le verbe sans direction peut le porter. Нести, lui, ne s’emploie jamais pour un vêtement que l’on a sur soi : il porte un objet que l’on transporte.
Le dernier exemple montre que носить se dit aussi d’une mode, de ce qui se porte à une époque : c’est encore une habitude, simplement collective. Ce verbe n’a pas de véritable partenaire perfectif dans ce sens, et ses composés changent de sens : износить, par exemple, veut dire « user à force de porter ». Pour les autres valeurs figurées de носить — porter un nom, avoir tel caractère — voyez les emplois figurés du mouvement, qui traite aussi du vêtement qui « va » bien à quelqu’un.
Pour dire ce que quelqu’un a sur lui aujourd’hui, à cet instant, le russe n’emploie pas носить. Il dit que la personne est « dans » son vêtement : la préposition в, suivie du prépositionnel, le cas qu’expose la page le cas prépositionnel. Au présent, il n’y a même pas de verbe, puisque « être » ne se dit pas. Dire Сегодня она носит красное платье serait compris, mais sonnerait étrange : on n’a pas l’habitude d’une robe pour une seule journée.
La dernière phrase donne le tour contraire : без et le génitif disent qu’un vêtement manque. Le français traduit ces tours de bien des manières — « en », « à », « avec », « vêtu de » —, le russe les ramène tous à une seule préposition. Le tableau ci-dessous donne le prépositionnel des vêtements les plus courants. Observez пальто, emprunt qui ne se décline pas : on dit в пальто comme on dit пальто, et seul l’adjectif qui l’accompagne change de forme.
| Nominatif | Après в | Transcription | Sens |
|---|---|---|---|
| пальто | в пальто | v pal’tó | en manteau |
| куртка | в куртке | v koúrtkie | en veste, en blouson |
| шапка | в шапке | v chápkie | avec un bonnet |
| платье | в платье | v plát’ie | en robe |
| костюм | в костюме | v kostioúmie | en costume |
| свитер | в свитере | v svítierie | en pull |
| очки | в очках | v otchkákh | à lunettes |
| джинсы | в джинсах | v djínsakh | en jean |
| сапоги | в сапогах | v sapogákh | en bottes |
Un second tour, très employé dans les récits, regarde la scène depuis le vêtement. On dit que le vêtement était « sur » la personne : на suivi du prépositionnel du pronom, puis le verbe « être » au passé, puis le vêtement au nominatif. Ce vêtement est le sujet grammatical de la phrase, et c’est donc avec lui que le verbe s’accorde, en genre et en nombre, comme tout passé russe. La règle est celle de la page le passé du verbe ; elle s’applique ici à un sujet que le francophone ne s’attend pas à trouver.
Lisez les quatre verbes : был, была, было, были. Ils ne changent pas selon la personne qui porte, mais selon le vêtement porté. Le chapeau est féminin en russe (шляпа), la robe est neutre (платье), le jean est un pluriel (джинсы) : trois genres que le français ne laisse pas prévoir. Au présent, le verbe disparaît et il reste На ней красное платье, « elle porte une robe rouge ».
Troisième possibilité, enfin : la forme courte du participe passif, одет odiét, одета odiéta, одеты odiéty, « vêtu, habillé ». Elle décrit l’état qui résulte de l’action, et s’accorde avec la personne. Ce type de forme est étudié à la page le passif ; retenez ici qu’il s’emploie surtout avec un adverbe de manière, ou avec в suivi, cette fois, de l’accusatif, comme après le verbe dont il vient.
Comparez он в чёрном костюме et он одет в чёрный костюм. Le premier tour décrit un état et prend le prépositionnel ; le second hérite de la construction de одеть, qui veut l’accusatif. C’est un détail que l’oreille finit par enregistrer, et qu’aucune explication ne remplace tout à fait.
Tous les verbes de cette page, sauf носить, vont par paires. Le perfectif dit le geste accompli, avec son résultat ; l’imperfectif dit le geste en cours, la répétition, ou le simple fait. Le tableau rassemble les paires de la page, l’imperfectif en premier, puisque c’est lui qui fournit le présent.
| Imperfectif | Perfectif | Sens |
|---|---|---|
| надевать nadievát’ | надеть nadiét’ | mettre un vêtement |
| одевать odievát’ | одеть odiét’ | habiller quelqu’un |
| одеваться odievát’sia | одеться odiét’sia | s’habiller |
| раздеваться razdievát’sia | раздеться razdiét’sia | se déshabiller, ôter son manteau |
| переодеваться pierieodievát’sia | переодеться pierieodiét’sia | se changer |
| снимать snimát’ | снять sniat’ | ôter, enlever |
| обуваться obouvát’sia | обуться oboút’sia | se chausser |
| примерять primieriát’ | примерить primiérit’ | essayer un vêtement |
| носить nossít’ | pas de perfectif dans ce sens | porter habituellement |
Dans la plupart des phrases, le choix se fait comme partout ailleurs. Un geste unique et achevé, surtout au sein d’une suite de gestes, appelle le perfectif : Она встала, умылась и оделась Oná vstála, oumýlas’ i odiélas’, « elle s’est levée, s’est lavée et s’est habillée », aligne trois perfectifs, trois pas sur la ligne du temps. Une habitude ou une action en cours appelle l’imperfectif : Каждое утро я одеваюсь за пять минут, « chaque matin je m’habille en cinq minutes ». Rien, jusqu’ici, qui soit propre à l’habillement.
Un emploi mérite en revanche qu’on s’y arrête, parce que ces verbes l’illustrent mieux que beaucoup d’autres. Mettre un vêtement est un geste réversible : ce qu’on a mis, on l’enlève. Or le russe distingue, au passé, un résultat qui tient encore d’un résultat défait depuis. Le perfectif надел dit que le vêtement est toujours sur la personne. L’imperfectif надевал, appliqué au même geste unique, dit qu’il a été mis puis retiré : l’action a eu lieu, mais son effet n’existe plus. Ce mécanisme est exposé pour lui-même à la page l’aspect au passé, sous le nom de résultat annulé.
| Phrase | Aspect | Ce qu’elle dit |
|---|---|---|
| Он надел мою куртку. | perfectif | il a mis ma veste, et il l’a sur le dos |
| Он надевал мою куртку. | imperfectif | il l’a mise un moment, puis il l’a ôtée |
| Она сняла кольцо. | perfectif | elle a ôté sa bague, et ne la porte plus |
| Она снимала кольцо. | imperfectif | elle l’a ôtée un moment, puis l’a remise |
Le francophone, qui entend dans ces phrases un passé composé, se précipite sur le perfectif. Il dit alors autre chose que ce qu’il pense : Ты надел мою куртку? signifie bien « tu as mis ma veste ? », mais au sens de « tu l’as sur toi en ce moment ? ». La question n’est plus un reproche après coup, c’est une constatation.
L’impératif obéit aux règles générales. Pour une consigne précise, le perfectif : Надень шапку! Pour presser quelqu’un de faire ce qui était prévu, l’imperfectif : Одевайся быстрее! Odieváïsia bystriéie !, « habille-toi plus vite ! ». Et pour défendre un geste, l’imperfectif encore, comme dans la plupart des défenses : Не надевай эту рубашку, она грязная Nie nadieváï ètou roubáchkou, oná griáznaia, « ne mets pas cette chemise, elle est sale ». Le détail de ces choix, avec le cas particulier de раздевайтесь, appartient à la page de l’aspect à l’impératif déjà citée plus haut.
Demandez-vous si la phrase décrit une habitude, un état du moment ou un geste, et si son résultat tient encore.
Une dernière série de mots accompagne le vêtement, au magasin ou devant une glace, et chacun tend un piège au francophone. Le premier est « essayer ». Un apprenant qui connaît пробовать ou пытаться sera tenté de les employer ; or aucun des deux ne convient pour un vêtement. Le russe a un verbe propre, примерить primiérit’, imperfectif примерять, bâti sur la racine de la mesure : on « prend la mesure » du vêtement sur soi. Les autres « essayer », ceux de la tentative et de l’effort, se partagent la page essayer, tenter, s’efforcer.
Le second piège est « aller », au sens de convenir. Un vêtement qui vous va bien, en russe, « vous va » aussi : Этот цвет тебе идёт Ètot tsviet tiebié idiót, « cette couleur te va bien », avec le verbe идти et la personne au datif. L’emploi est traité avec les autres sens figurés des verbes de mouvement, à la page citée plus haut. Retenez seulement qu’il ne concerne pas la taille, mais l’allure : la couleur, la coupe, le style.
Pour la taille, justement, le russe emploie la forme courte de l’adjectif, avec la personne au datif : мал, мала, малы pour ce qui est trop petit, велик, велика, велики pour ce qui est trop grand. La forme s’accorde avec le vêtement, et le mot « trop » n’a pas besoin d’être dit : il est contenu dans la forme courte elle-même.
Ces trois tours n’ont rien à voir avec надеть ou одеть, mais ils se rencontrent dans les mêmes phrases. Une conversation au rayon des vêtements les enchaîne en quelques secondes : Можно примерить? puis, une minute plus tard, Мне мала, et enfin la question de la taille suivante. C’est le genre d’échange qu’il vaut mieux avoir entendu avant de le vivre.
Résumons la page sous la forme qui sert vraiment : les questions qu’il faut se poser, dans l’ordre, avant d’ouvrir la bouche. Elles prennent une seconde, et elles évitent les erreurs qu’un Russe entend immédiatement.
Parlez-vous d’un geste ou d’un état ? Si le vêtement est déjà sur la personne et que vous décrivez ce qu’elle porte, vous n’avez besoin d’aucun des verbes de l’habillage : носить pour une habitude, в et le prépositionnel pour l’instant présent, на ней было… pour un récit.
S’il s’agit d’un geste, qu’est-ce qui est à l’accusatif ? Le vêtement : надеть, ou снять pour l’ôter. La personne : одеть, ou раздеть. Rien du tout, parce que le sujet s’habille lui-même : одеться, раздеться, переодеться.
Le geste est-il achevé, et son résultat tient-il encore ? Oui : perfectif, надел, оделся. Le geste se répète, dure, ou son résultat a été défait : imperfectif, надевал, одевается.
Enfin, qui parle, et à qui ? Le passé s’accorde avec le sujet : une femme dit я оделась, un homme я оделся. Dans l’entrée d’un appartement, l’hôte dit раздевайтесь ; au magasin, le vendeur propose примерьте.
Un réflexe plutôt qu’une règle. Personne ne s’arrête, en sortant de chez soi, pour se demander ce qui est à l’accusatif. Le Russe qui dit Надень шапку ne raisonne pas : il a entendu la phrase toute son enfance. C’est ce réflexe que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : on écoute, on répète, et надеть finit par venir tout seul devant un vêtement. Écoutez la première leçon aujourd’hui, avant d’avoir oublié la moitié de cette page.
Tous les verbes de la page sont mêlés. Lisez la glose, cherchez ce qui est à l’accusatif, puis choisissez.
Plus de cent cinquante pages qui se répondent — la mécanique de la langue, les verbes pris un à un, le vocabulaire par thème — avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
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La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Elle tient au complément direct. Надеть prend pour objet le vêtement : надеть пальто, mettre son manteau. Одеть prend pour objet la personne : одеть ребёнка, habiller l’enfant. Les deux verbes se conjuguent de la même façon et ne diffèrent que par leur préfixe ; c’est la construction qui les sépare.
Les Russes eux-mêmes se répètent une petite phrase : надеть одежду, одеть Надежду nadiét’ odiéjdou, odiét’ Nadiéjdou, « mettre un vêtement, habiller Nadejda ». Le vêtement va avec le premier verbe, la personne avec le second. Le croisement des sons, на- avec одежду et о- avec Надежду, la rend facile à retenir.
Oui, au regard de la norme. On l’entend beaucoup dans la conversation, y compris chez des Russes, mais les dictionnaires la signalent et elle se remarque dès qu’elle est écrite. Pour un vêtement, dites надеть пальто ; gardez одеть pour les personnes, одеть ребёнка, éventuellement suivi de в et du vêtement : одеть ребёнка в пальто.
Avec le verbe pronominal одеваться, perfectif одеться : Я быстро оделся, « je me suis habillé vite ». Ce verbe n’a pas de complément direct, puisque le sujet s’habille lui-même. La tenue, si on la précise, suit в et l’accusatif : Она оделась в белое, « elle s’est habillée en blanc ».
De deux façons, toutes deux correctes. Avec надеть, le bonnet reste l’objet et l’enfant passe derrière на : Мама надела на сына шапку. Avec одеть, l’enfant devient l’objet et le vêtement passe derrière в : Мама одела сына в куртку. Ce qui ne se fait pas, c’est de mélanger les deux constructions.
Parce que ce verbe est un composé de деть, « mettre quelque part », dont les formes personnelles portent un н : дену, денешь. D’où надену, наденешь, наденут, et l’impératif надень. Le passé, lui, se forme sur l’infinitif et n’a pas de н : надел, надела, надели.
Parce que le -ва- de надевать est le suffixe qui fabrique l’imperfectif et que, derrière la racine -де-, il ne tombe jamais au présent (seuls давать, -знавать et -ставать le perdent : даю, узнаю, встаю) : надеваю, надеваешь, надевают. Ces verbes n’appartiennent pas à la famille de танцевать, qui fait танцую. La même règle vaut pour одевать, раздевать et переодеваться.
Avec снять, imperfectif снимать, qui garde le vêtement pour objet : Он снял пальто. Si l’on enlève un vêtement à quelqu’un, la personne passe derrière с, au génitif : Мама сняла с ребёнка куртку. Pour « se déshabiller », sans nommer de vêtement, on emploie раздеться.
C’est une invitation à ôter les vêtements du dehors, manteau, bonnet et bottes, et non à se dévêtir. L’imperfectif en fait une formule d’accueil ; le perfectif разденьтесь sonnerait comme une consigne, celle qu’on entend par exemple chez le médecin. On l’associe volontiers à проходите, « entrez ».
Tout dépend de ce que l’on veut dire. Pour une habitude, носить : Она носит длинные юбки, « elle porte des jupes longues ». Pour la tenue du moment, в et le prépositionnel, sans verbe au présent : Сегодня она в красном платье. Dans un récit, enfin, on dit souvent На ней было красное платье.
Parce que dans ce tour le sujet grammatical est le vêtement, et non la personne. Le verbe au passé s’accorde donc avec платье, qui est neutre. Avec un autre vêtement, l’accord change : На ней была шляпа, На нём был костюм, На них были джинсы.
Надел, perfectif, dit que le vêtement a été mis et qu’il est toujours porté. Надевал, imperfectif, peut dire qu’il a été mis puis retiré depuis : Ты надевал мою куртку? demande si l’on a emprunté la veste, alors que Ты надел мою куртку? constate qu’on l’a sur le dos. C’est le résultat annulé, propre aux gestes réversibles.
« Se changer » se dit переодеться, imperfectif переодеваться : Мне нужно переодеться. « Essayer un vêtement » a son propre verbe, примерить, imperfectif примерять : Можно примерить?. Ni пробовать ni пытаться ne s’emploient pour un vêtement.
Parce que c’est un emprunt indéclinable : il garde la même forme à tous les cas, au singulier comme au pluriel. On dit donc в пальто, без пальто, надеть пальто. Seul l’adjectif qui l’accompagne laisse voir le cas : в синем пальто, « en manteau bleu ».
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