Le russe dispose de dix lettres-voyelles pour cinq sons seulement. La seconde lettre de chaque paire ne note pas une autre voyelle : elle renseigne sur la consonne qui la précède.
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L’alphabet russe contient dix lettres-voyelles : а, э, ы, о, у d’un côté, я, е, и, ё, ю de l’autre. Il ne contient pourtant que cinq sons de voyelle. Le compte ne tombe juste qu’une fois compris ce que fait la seconde série.
Elle ne note pas d’autres voyelles. Elle note la même voyelle, accompagnée d’un renseignement sur ce qui la précède. Une lettre-voyelle russe travaille donc pour deux : elle porte un son, et elle porte l’état de la consonne d’avant.
C’est l’économie la plus rentable de l’orthographe russe, et le point où un francophone perd le plus de temps s’il l’aborde tard : tant que la paire n’est pas vue, chaque mot semble contenir des voyelles inconnues. La liste des trente-trois lettres figure dans l’alphabet cyrillique ; ce sont leurs appariements qui nous occupent ici.
Lisez le tableau en colonnes, pas en lignes : à gauche la série dite dure, à droite la série dite molle. Le son de la voyelle est le même des deux côtés.
| Lettre dure | Lettre molle | Exemple dur | Exemple mou |
|---|---|---|---|
| а — a | я — ia | мама (máma), maman | мясо (miáso), la viande |
| о — o | ё — io | нос (nos), le nez | нёс (nios), il portait |
| у — ou | ю — iou | лук (louk), l’oignon | люк (liouk), la trappe |
| э — è | е — ie | это (èto), ceci | нет (niet), non |
| ы — y | и — i | сын (syn), le fils | мир (mir), le monde |
Dans la colonne de droite, la consonne qui précède est molle : elle se prononce avec la langue relevée vers le palais, un peu comme le gn de « agneau » appliqué à n’importe quelle consonne. Le geste lui-même, sa description et son entraînement appartiennent à la page les consonnes molles. Retenez ici le principe d’écriture : le russe ne marque pas la mollesse sur la consonne, il la marque sur la voyelle qui suit.
Si la seconde lettre n’était qu’une variante graphique, on pourrait l’échanger sans dommage. Ce n’est pas le cas. Changer la lettre-voyelle change le mot, et souvent le sens n’a plus aucun rapport.
Douze paires suffisent à fixer l’enjeu. Un francophone qui néglige la distinction ne prononce pas un russe légèrement approximatif : il prononce un autre mot.
Voici le second point, et celui que les débutants découvrent souvent trop tard. Les lettres я, е, ё, ю ne font pas toujours le même travail. Tout dépend de leur position dans le mot.
| Position | Valeur | Exemple |
|---|---|---|
| Après une consonne | la consonne devient molle | тётя (tiótia), la tante |
| En début de mot | un son [y] de « yeux » devant la voyelle | юг (ioug), le sud |
| Après une voyelle | le même [y] de « yeux » | моя (moiá), ma |
| Après ь ou ъ | le même [y] de « yeux » | семья (siem’iá), la famille |
Après une consonne, donc, aucun son supplémentaire : la consonne se mouille, un point c’est tout. Ailleurs, la lettre vaut pour deux sons.
и échappe à ce second métier. Contrairement à ses quatre voisines, elle n’ajoute pas de son [y] en début de mot ni après une voyelle : имя se lit ímia et non « yímia », мои moí — mes — se lit en deux temps. Elle ne rejoint les autres qu’après le signe mou : статьи stat’í — les articles, ручьи routch’í — les ruisseaux. Le tableau ci-dessus vaut donc pleinement pour я, е, ё, ю, et pour и à sa dernière ligne seulement.
Les deux signes, qui n’ont eux-mêmes aucun son, sont traités dans signe mou, signe dur. Retenez que ь mouille une consonne quand aucune voyelle ne suit — день, соль (sol’, le sel), мать —, ce qui complète le système.
Présenté seul, le tableau des cinq paires est trop beau. Quatre réserves l’encadrent, et elles se rencontrent dès les premières leçons.
Aucun mot du vocabulaire russe ne s’ouvre sur ы — seuls quelques noms de lieux empruntés aux langues de Sibérie font exception, et vous ne les rencontrerez pas. La lettre n’apparaît donc qu’à l’intérieur du mot ou à sa fin, tandis que son partenaire и ouvre quantité de mots.
La paire ы / и est donc boiteuse : elle ne fonctionne qu’après une consonne.
Dans le vocabulaire russe, э s’écrit presque uniquement en début de mot, ou après une voyelle. Après une consonne, elle ne se rencontre guère que dans des emprunts et des noms propres. Autrement dit, е est la lettre ordinaire et э l’exception : la paire existe, mais l’une de ses deux moitiés sert peu.
Une remarque de lecture : notre transcription rend э par è, une lettre qui ne peut pas recevoir d’accent aigu. Quand l’accent tonique tombe sur elle — это, эти, поэт —, il n’est donc pas marqué. Partout ailleurs, l’accent aigu de la transcription reste fiable.
ж, ш et ц sont toujours dures ; ч et щ sont toujours molles. Après elles, la lettre-voyelle ne renseigne plus sur rien : elle est écrite par convention. On écrit жить, шить, цирк avec un и — une lettre molle — alors que la consonne reste dure ; on écrit час, чашка, щука avec les lettres dures а et у, alors que la consonne reste molle. Dans les deux sens, la lettre ment.
Cette zone d’exceptions orthographiques est codifiée par la règle des sept lettres, qui décide quelle voyelle s’écrit après quelle consonne.
Après une consonne, е annonce normalement une consonne molle. Quelques emprunts récents échappent à la règle et gardent une consonne dure malgré le е écrit.
Nos transcriptions suivent l’orthographe : elles ne peuvent donc pas signaler cette dureté, et c’est pourquoi nous l’indiquons en toutes lettres. Aucune règle ne permet de trancher entre les deux listes : ces mots s’apprennent un à un, avec leur prononciation. Ils sont peu nombreux, mais très fréquents.
Deux avertissements pour la suite. La lettre ё est presque toujours imprimée е dans les livres et les journaux russes, ce qui masque une voyelle et un accent : voir la lettre ё, jamais écrite. Et la voyelle réellement prononcée dépend de sa position par rapport à l’accent : nos transcriptions suivent l’orthographe, non le son, et la réduction des voyelles explique l’écart.
La portée de ce système dépasse la lecture. Noms, adjectifs et verbes se répartissent en série dure et série molle, et une même désinence s’écrit de deux façons selon la série. Ce ne sont pas deux terminaisons à apprendre : c’est une terminaison, écrite avec la lettre dure ou avec sa jumelle molle.
| Genre | Série dure | Série molle |
|---|---|---|
| Masculin | стол → столы (stol, stolý), les tables | конь → кони (kon’, kóni), les chevaux |
| Féminin | комната → комнаты (kómnata, kómnaty), les pièces | неделя → недели (niediélia, niediéli), les semaines |
| Neutre | окно → окна (oknó, ókna), les fenêtres | море → моря (mórie, moriá), les mers |
ы et и d’un côté, а et я de l’autre : la désinence est la même, la lettre change parce que la consonne d’avant change d’état. Les paradigmes complets appartiennent aux pages de déclinaison — le masculin, le féminin, le pluriel des noms —, qui appliquent ce mécanisme sans le réexpliquer. Mieux vaut donc l’installer maintenant : chaque tableau de désinences que vous rencontrerez ensuite en dépend.
La difficulté réelle est à l’oreille. Reconnaître я ou ю sur une page s’acquiert en une heure. Entendre la différence entre мышка et мишка dans un débit normal, et surtout la produire sans y penser, demande des semaines d’écoute. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Les autres dossiers de grammaire sont rassemblés dans nos guides.
Vingt-six questions sur les cinq paires, sur les deux métiers des lettres molles et sur les cas où la lettre ment. Touchez une réponse, puis Correction.
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Parce qu’il en faut deux par son : une lettre dure et une lettre molle. La seconde note la même voyelle, plus l’information que la consonne précédente est molle. Cinq sons, dix lettres.
а / я, о / ё, у / ю, э / е, ы / и. La lettre de gauche suit une consonne dure, celle de droite une consonne molle. Le son de la voyelle ne change pas d’une colonne à l’autre.
Parce que la lettre a deux métiers. Après une consonne, elle mouille cette consonne et ne fait entendre que la voyelle : мясо. En début de mot, après une voyelle ou après ь et ъ, elle ajoute un son [y] de « yeux » : я, моя, семья.
Non, en dehors de quelques noms de lieux empruntés aux langues de Sibérie. ы ne se rencontre qu’à l’intérieur ou à la fin d’un mot : мы, сыр, столы, рыба. Son partenaire и, lui, ouvre de nombreux mots : имя, игра, история.
À moitié seulement. Après une consonne, elle la mouille comme les quatre autres : мир, люди. Mais elle n’ajoute pas de son [y] en début de mot ni après une voyelle : имя se lit « ímia », мои se lit en deux temps. Elle ne rejoint les autres qu’après le signe mou : статьи, ручьи.
Non. ж, ш et ц restent toujours dures, ч et щ toujours molles, quelle que soit la voyelle écrite après elles : жить, цирк, час. Dans ces cas, la lettre-voyelle est purement conventionnelle.
Presque toujours, mais pas dans certains emprunts récents : тест, кафе, модель et отель gardent une consonne dure. À l’inverse, тема, музей et газета ont bien une consonne molle. Ces mots s’apprennent individuellement.
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