Le français met « à » partout. Le russe réserve son datif au destinataire — celui à qui l’on donne, à qui l’on parle, à qui l’on vient en aide.
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Le datif porte en russe un nom transparent : дательный падеж dátiel’nyï padiéj, formé sur le verbe дать dat’, « donner ». C’est le cas de la personne à qui l’on donne.
Il répond à deux questions : кому? komoú « à qui ? » pour les êtres animés, чему? tchemoú « à quoi ? » pour les choses. Retenez surtout la première. Le datif s’applique très majoritairement à des personnes, et cette question suffit à le reconnaître dans la plupart des phrases.
Sa place parmi les six cas du russe est nette. L’accusatif marque ce que l’action atteint ; le datif marque celui vers qui elle est orientée. Dans « donner un livre à son frère », le livre est à l’accusatif, le frère au datif.
Les deux phrases disent la même chose : les terminaisons, et non l’ordre des mots, distribuent les rôles.
Les verbes qui font passer quelque chose d’une personne à une autre — donner, dire, écrire, montrer, envoyer, offrir, expliquer, acheter, téléphoner — mettent au datif celui qui reçoit. C’est l’emploi central, celui qu’il faut installer en premier. La règle n’est pourtant pas sans faille : quelques verbes de communication placent au contraire la personne à l’accusatif, et c’est la page quel cas après quel verbe qui les recense.
Dans toutes ces phrases, le français emploie « à » ou un pronom complément. La correspondance est bonne, et c’est une chance : cet emploi du datif ne demande aucun effort de traduction, seulement de la vitesse.
Deuxième emploi : le datif désigne celui que l’action concerne, sans qu’il reçoive un objet. Aider quelqu’un, gêner quelqu’un — en français, ce sont des compléments directs ; en russe, ces verbes commandent le datif.
Ces deux verbes ne sont pas des exceptions isolées : une famille entière de verbes russes exige le datif là où le français attend un complément direct. Nous ne la détaillons pas ici, parce qu’elle relève de la rection verbale et non de la définition du cas. Vous en trouverez la liste utilisable dans quel cas après quel verbe.
Retenez le principe plutôt que la liste. Quand un verbe russe s’adresse à quelqu’un ou agit sur son état plutôt que sur sa personne, le datif est probable. Ce n’est qu’une probabilité, et seul l’usage la transforme en réflexe.
Deux prépositions courantes gouvernent le datif, к et по, et quatre autres, de registre plus soutenu, s’y ajoutent. La liste se prolonge de quelques mots rares — наперекор napieriekór « à l’encontre de », подобно podóbno « à la manière de » — que vous rencontrerez surtout à l’écrit. Comparé au génitif, le datif reste un cas peu prépositionnel.
| Préposition | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| к | vers, chez (une personne) ; aux environs de (une heure) | к врачу k vratchoú — chez le médecin |
| по | à travers, le long de ; par (un moyen) ; selon ; à chaque | по городу po górodou — à travers la ville |
| благодаря | grâce à | благодаря вам blagodariá vam — grâce à vous |
| вопреки | contrairement à, en dépit de | вопреки прогнозу vopriekí prognózou — contrairement aux prévisions |
| согласно | conformément à, selon | согласно закону soglásno zakónou — selon la loi |
| навстречу | à la rencontre de | навстречу другу navstriétchou droúgou — à la rencontre de son ami |
C’est la préposition du déplacement orienté vers une personne, et par extension vers un point ou vers un moment.
Elle couvre des emplois que le français répartit entre cinq ou six mots différents : la surface parcourue, le moyen de communication, la conformité, la répétition régulière, et le domaine sur lequel porte une étude ou un examen.
Une réserve, et elle est importante. по ne demande pas toujours le datif. Au sens de « jusqu’à » dans une borne de calendrier, et dans les tours distributifs où elle précède un numéral, elle appelle l’accusatif ; au sens de « une fois que », dans une poignée de tournures figées comme по приезде po priiézdie, « dès l’arrivée », elle appelle le prépositionnel. Ne concluez donc jamais du seul mot по à la présence d’un datif ; vérifiez le sens.
благодаря, вопреки, согласно et навстречу appartiennent surtout à la langue écrite et administrative. Elles demandent toutes le datif.
Premier piège : согласно suivi du génitif. On lit très souvent согласно приказа dans les documents administratifs. La forme correcte est согласно приказу soglásno prikázou, au datif. La faute est répandue au point d’être devenue un marqueur de jargon de bureau, mais elle reste une faute.
Deuxième piège : le sens de благодаря. La norme réserve cette préposition à ce dont on peut remercier : благодаря хорошей погоде blagodariá khorócheï pogódie, « grâce au beau temps ». L’employer devant un malheur produit un effet involontairement comique. L’usage réel, il faut le dire, s’en écarte régulièrement.
Troisième piège : le н- des pronoms. Après к, les pronoms de la troisième personne prennent un н- initial : к нему k niemoú. Après ces quatre prépositions-ci, non : on dit благодаря ему blagodariá iemoú « grâce à lui », навстречу ей navstriétchou ieï « à sa rencontre », вопреки им vopriekí im « en dépit d’eux » — jamais благодаря нему.
Le datif s’emploie si souvent avec des pronoms qu’il vaut mieux connaître ceux-ci avant même d’aborder les noms. Sept formes, et une bonne partie des phrases quotidiennes devient accessible. Nous ne donnons ici que la colonne du datif : la déclinaison complète des pronoms personnels, cas par cas, appartient à la page qui leur est consacrée.
| Sujet | Datif | Après la préposition к |
|---|---|---|
| я | мне mnie | ко мне ko mnie |
| ты | тебе tiebié | к тебе k tiebié |
| он, оно | ему iemoú | к нему k niemoú |
| она | ей ieï | к ней k nieï |
| мы | нам nam | к нам k nam |
| вы | вам vam | к вам k vam |
| они | им im | к ним k nim |
Deux détails valent la peine d’être notés. La préposition к devient ко devant мне : on dit ко мне, jamais к мне, parce que le groupe de consonnes serait imprononçable. Et le н- de la troisième personne n’apparaît qu’après une préposition : Я сказал ему Ia skazál iemoú, mais Я иду к нему Ia idoú k niemoú.
Le russe emploie encore le datif dans un ensemble de constructions où il n’y a personne à qui donner quoi que ce soit : la personne au datif n’agit pas, elle subit un état. C’est ainsi que se disent le froid, l’ennui, le plaisir, l’obligation, la permission et l’âge.
Observez la dernière paire : là où le français fait du sujet le possesseur de son âge, le russe ne met aucun sujet et attribue les années à une personne au datif. La construction est déroutante au début, puis elle devient l’une des plus commodes de la langue.
Ces tournures impersonnelles forment un chapitre à elles seules — leur syntaxe, l’absence de sujet, la place du verbe être au passé et au futur. Une page entière du dossier leur sera consacrée. Nous nous contentons ici de signaler que le cas employé est bien le datif.
Interroger quelqu’un se construit avec у et le génitif — ou, plus directement, avec l’accusatif de la personne — mais jamais avec le datif. Dire une chose à quelqu’un et demander une chose à quelqu’un ne se construisent donc pas de la même façon.
Le verbe et la préposition se ressemblent mais ne commandent pas le même cas. C’est l’un des couples les plus trompeurs du russe courant.
Le mouvement inverse : là où le français construit un complément direct, le russe passe au datif. Un francophone place spontanément l’accusatif, et se trompe.
Elles ne dépendent pas de l’emploi mais du genre du nom, de sa finale et de son nombre. Nous les donnons, avec les paradigmes complets et les irrégularités, dans les pages consacrées à la déclinaison : le masculin, le féminin et le neutre. Le principe est le même que pour l’instrumental ou le prépositionnel : un emploi, plusieurs terminaisons possibles.
Un dernier avertissement. Certains noms déplacent leur accent en changeant de cas, et le datif n’y échappe pas. La terminaison seule ne suffit alors pas à produire une forme juste : il faut aussi savoir où frapper. C’est l’objet de l’accent mobile du nom.
| Emploi | Exemple | Traduction |
|---|---|---|
| Destinataire | Я дал брату книгу. Ia dal brátou knígou. | J’ai donné un livre à mon frère. |
| Personne concernée | Он помогает другу. On pomogáiet droúgou. | Il aide son ami. |
| Direction (к) | Я иду к врачу. Ia idoú k vratchoú. | Je vais chez le médecin. |
| Parcours, moyen (по) | Мы гуляли по городу. My gouliáli po górodou. | Nous nous promenions dans la ville. |
| Répétition (по) | По субботам мы не работаем. Po soubbótam my nie rabótaiem. | Le samedi, nous ne travaillons pas. |
| Domaine (по) | Завтра экзамен по математике. Závtra èkzámien po matiemátikie. | Demain, examen de mathématiques. |
| Cause favorable | Благодаря тебе я всё понял. Blagodariá tiebié ia vsio pónial. | Grâce à toi, j’ai tout compris. |
| État éprouvé | Мне холодно. Mnie khólodno. | J’ai froid. |
| Âge | Ему двадцать лет. Iemoú dvádtsat’ liet. | Il a vingt ans. |
La difficulté réelle n’est pas de comprendre le datif, mais de le produire assez vite. Reconnaître мне ou брату à la lecture demande une seconde ; les placer dans une phrase qu’on est en train de dire demande un automatisme. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Reconnaître le cas et produire ses terminaisons les plus courantes. Touchez une réponse, puis Correction.
Plus difficile : radicaux durs et mous, pluriels, accents qui se déplacent, voyelles qui tombent et mots qui ne changent jamais. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
À кому? « à qui ? » pour les personnes, et à чему? « à quoi ? » pour les choses. C’est le cas du destinataire : celui à qui l’on donne, à qui l’on parle, à qui l’on vient en aide.
Deux prépositions courantes, к « vers, chez » et по « à travers, par, selon », et quatre prépositions de la langue écrite : благодаря, вопреки, согласно, навстречу, plus quelques formes rares comme наперекор et подобно. Attention, по change de cas dans certains emplois.
Parce que le russe traite l’aide comme une action orientée vers quelqu’un, non comme une action qui l’atteint. On dit donc Я помогаю маме et non un accusatif. D’autres verbes se comportent ainsi ; ils sont réunis dans notre page sur la rection verbale.
Согласно приказу, au datif. La forme au génitif est fréquente dans les documents administratifs, mais elle est tenue pour fautive par les grammaires de référence.
Благодаря ему, sans н-. Les pronoms de la troisième personne prennent un н- initial après les prépositions simples comme к — d’où к нему — mais pas après благодаря, вопреки, согласно ni навстречу.
Avec le datif : Мне двадцать лет, littéralement « à moi vingt ans ». La personne n’est pas sujet de la phrase ; les années lui sont attribuées. Même construction pour Сколько тебе лет?, « quel âge as-tu ? ».
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