Le russe n’a qu’un temps passé, et deux verbes pour le remplir. Le choix n’est jamais libre : il dit si l’action a duré, si elle s’est répétée, ou si elle a abouti.
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Le français distingue « il écrivait », « il a écrit » et « il avait écrit » par trois temps différents. Le russe n’en possède qu’un : une forme unique, celle en -л, dont la formation est exposée à part avec son accord en genre et en nombre. Ce que le français répartit entre plusieurs temps, le russe le fait porter au choix du verbe lui-même.
Car presque tout verbe russe existe en deux exemplaires : un imperfectif et un perfectif, deux mots distincts pour un seul verbe français. La notion elle-même est présentée à la page perfectif et imperfectif ; la fabrication des deux formes relève des pages perfectiver par un préfixe et suffixes et paires supplétives. La présente page ne traite qu’une question : au passé, laquelle employer.
| Sens | Imperfectif | Perfectif |
|---|---|---|
| faire | делал diélal | сделал sdiélal |
| écrire | писал pissál | написал napissál |
| lire | читал tchitál | прочитал protchitál |
| regarder | смотрел smotriél | посмотрел posmotriél |
| préparer | готовил gotóvil | приготовил prigotóvil |
| construire | строил stróil | построил postróil |
| acheter | покупал pokoupál | купил koupíl |
| apprendre par cœur | учил outchíl | выучил výoutchil |
| résoudre, décider | решал riechál | решил riechíl |
| dire | говорил govoríl | сказал skazál |
| prendre | брал bral | взял vzial |
| comprendre | понимал ponimál | понял pónial |
Remarquez les deux dernières lignes : la paire n’est pas toujours affaire de préfixe, et elle s’apprend comme un mot. Remarquez aussi выучил : l’accent passe sur le préfixe, comme devant tout вы- perfectif.
Il regarde l’action de l’intérieur, sans s’occuper de sa fin. Quatre emplois le couvrent presque entièrement.
L’action est saisie pendant qu’elle se produit. C’est ce que le français rend le plus souvent par l’imparfait.
La troisième phrase montre le partage le plus net du russe : le décor à l’imperfectif, l’événement qui le traverse au perfectif. Deux aspects dans une même phrase, et chacun à sa place.
Une action habituelle, ou recommencée sans qu’on en compte les occurrences, reste imperfective.
Le dernier exemple mérite un arrêt : le russe y compte la série d’essais, non chacun de ses éléments. Mais attention à ne pas durcir la règle. Dès que le nombre de fois est précisé et que chaque occurrence a bien abouti, le perfectif redevient possible, et même naturel : Я прочитал эту книгу два раза Ia protchitál ètou knígou dva ráza, « j’ai lu ce livre deux fois », deux lectures menées chacune jusqu’au bout. C’est l’échec des trois appels, plus que leur nombre, qui impose l’imperfectif ci-dessus.
Dès qu’on dit combien de temps l’action a duré, l’imperfectif est la règle ; seuls quelques perfectifs en по-, signalés plus bas, y échappent. La durée se met à l’accusatif, sans préposition.
C’est l’emploi que les francophones manquent le plus. L’imperfectif sert à constater qu’un événement a eu lieu, sans rien dire de son déroulement ni de son terme. La question « l’as-tu fait, oui ou non ? » se pose ainsi.
Dans ces trois phrases, l’action est pourtant bien terminée : le livre a été lu jusqu’au bout, le film vu en entier. L’imperfectif ne le nie pas ; il ne s’y intéresse pas.
Il regarde l’action de l’extérieur, comme un tout, avec sa limite. Trois emplois suffisent à le décrire.
Le perfectif au passé laisse souvent une trace au présent : l’état qu’il a produit dure toujours au moment où l’on parle.
Quand les actions se succèdent, chacune attendant la fin de la précédente, le récit aligne des perfectifs.
Une série d’imperfectifs, au contraire, ne fait pas avancer le récit : elle installe plusieurs actions en parallèle, dans le même moment.
Le meilleur moyen de sentir la différence est de la voir à l’œuvre sur des phrases par ailleurs identiques.
| Imperfectif | Perfectif | Ce qui change |
|---|---|---|
| Я читал эту книгу. | Я прочитал эту книгу. | j’ai lu ce livre, le fait / je l’ai lu en entier, j’en parle en connaissance de cause |
| Он сдавал экзамен. | Он сдал экзамен. | il a passé l’examen / il l’a réussi |
| Она решала задачу. | Она решила задачу. | elle cherchait la solution / elle l’a trouvée |
| Мы строили дом. | Мы построили дом. | nous étions en train de bâtir / la maison est bâtie |
| Он учил слова. | Он выучил слова. | il travaillait son vocabulaire / il le sait |
| Я звонил ему. | Я позвонил ему. | je l’ai appelé, sans plus / l’appel a eu lieu, et la suite en dépend |
La deuxième ligne est la plus révélatrice. сдавать экзамен sdavát’ èkzámien signifie « passer un examen », сдать экзамен sdat’ èkzámien signifie « l’obtenir ». Un seul mot français, deux verbes russes.
Voici l’emploi le plus étranger au français, et l’un des plus fréquents dans la conversation. Un imperfectif au passé peut indiquer que le résultat de l’action a été défait depuis : on est venu, puis reparti ; on a ouvert, puis refermé ; on a emprunté, puis rendu.
Cet emploi suppose un résultat qui puisse être défait : venir, ouvrir, prendre, allumer. On n’annule pas le fait d’écrire une lettre.
Les verbes de déplacement possèdent une ressource supplémentaire pour dire l’aller-retour, avec des paires propres — ходил, ездил — qui ne se confondent pas avec l’opposition traitée ici. Voyez le système des paires de mouvement et идти ou ходить.
Nier à l’imperfectif, c’est dire que l’action n’a pas eu lieu du tout. Nier au perfectif, c’est dire qu’elle a été entreprise sans aboutir, ou qu’un aboutissement attendu n’est pas venu.
La tournure так и не tak i nie appelle normalement le perfectif : elle dit précisément qu’un terme espéré n’a pas été atteint. Notez par ailleurs que la négation peut faire changer le cas du complément — question distincte, traitée à la page le génitif de négation.
Le français oppose « pendant deux heures » et « en deux heures ». Le russe fait la même distinction, et elle recoupe exactement celle des aspects : la durée nue avec l’imperfectif, за za et l’accusatif avec le perfectif.
Une exception à signaler. Quelques perfectifs en по- mesurent au contraire une durée brève et acceptent donc un complément de temps : Мы посидели час в парке My possidiéli tchas v párkie, « nous sommes restés une heure au parc ». Ces formes ne désignent pas un résultat, mais une portion d’activité ; la page des préfixes perfectifs en expose le mécanisme.
Les verbes d’état n’ont pas de perfectif de même sens. Être, vivre, savoir, aimer, vouloir décrivent une situation qui dure : tant qu’il s’agit de la situation elle-même, le passé reste imperfectif.
Attention au faux ami : узнать ouznát’ n’est pas le perfectif de « savoir », mais le verbe « apprendre une nouvelle ». Il en va de même de полюбить polioubít’ et de захотеть zakhotiét’ : ces perfectifs existent bel et bien, mais aucun ne signifie « avoir aimé » ou « avoir voulu ». Ils marquent l’entrée dans l’état — Он полюбил музыку On polioubíl moúzykou, « il s’est pris d’amour pour la musique ». Dire l’état lui-même reste donc affaire d’imperfectif.
Après un verbe de phase, l’infinitif est imposé. начал, стал, продолжал, кончил réclament un infinitif imperfectif, sans exception.
La règle vaut aussi après plusieurs autres verbes et tournures : voyez l’aspect après un modal.
Quelques verbes n’ont pas de partenaire. Certains portent les deux aspects dans une seule forme, et le passé devient alors ambigu ; la page les verbes sans paire en donne la liste.
L’accent du passé n’est pas fixe. Une vingtaine de verbes très courants déplacent leur accent selon le genre du sujet, et le déplacement s’entend immédiatement. C’est une affaire de forme et non d’aspect — elle ne change jamais le verbe qu’il faut choisir ; elle est traitée à la page l’accent mobile du verbe.
Le même choix se pose ailleurs. L’aspect commande aussi le futur et, de façon plus délicate encore, l’impératif, où il décide de la politesse d’un ordre. Le conditionnel, construit sur la forme même du passé, hérite exactement de l’opposition décrite ici. Et quand le doute persiste, la page choisir l’aspect rassemble les questions à se poser, quel que soit le temps.
Ce choix se prend en une fraction de seconde. Comprendre la différence entre читал et прочитал demande une lecture attentive ; la produire au milieu d’une phrase, sans s’arrêter, demande des heures d’écoute. C’est le travail que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
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читал regarde l’action de l’intérieur : il lisait, ou bien il a lu ce livre, simple constat. прочитал la donne pour achevée, avec son résultat : il l’a lu jusqu’au bout, et il en parle en connaissance de cause.
Non. Il n’a qu’un temps passé, la forme en -л. Ce que le français distingue par les temps, le russe le distingue par l’aspect : l’imperfectif correspond souvent à l’imparfait, le perfectif au passé composé, mais la correspondance n’est pas mécanique.
Parce que le russe compte la série d’essais, non chacun de ses éléments — d’autant que les appels n’ont rien donné. La règle n’est pourtant pas absolue : quand le nombre de fois est précisé et que chaque occurrence a bien abouti, le perfectif redevient naturel, comme dans Я прочитал эту книгу два раза, « j’ai lu ce livre deux fois ».
Qu’un ami est venu et qu’il est reparti. L’imperfectif indique ici que le résultat de l’action a été annulé depuis. Ко мне пришёл друг dirait au contraire qu’il est encore là.
L’imperfectif si l’action n’a pas eu lieu du tout : Я не читал эту книгу. Le perfectif si elle a été entreprise sans aboutir, ou si un résultat attendu n’est pas venu : Я не прочитал эту книгу, так и не позвонил.
Non. Les verbes d’état — быть, жить, знать, любить, хотеть — n’ont pas de perfectif qui garde le même sens. полюбить et захотеть existent, mais ils disent l’entrée dans l’état, non l’état lui-même : pour l’état, le passé reste imperfectif. Quelques verbes, à l’inverse, portent les deux aspects dans une seule forme.
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