Trois mots qui renvoient la phrase à son propre sujet. Aucun ne correspond à un pronom français unique, et chacun obéit à une règle différente.
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Le russe possède un pronom réfléchi unique, себя siebiá, qui désigne toujours la même personne que le sujet du verbe. Deux traits le séparent du français.
Il ne varie ni en personne, ni en genre, ni en nombre. Là où le français oppose « me », « te », « se », le russe emploie une seule forme.
Il n’a pas de nominatif. Un mot qui renvoie au sujet ne peut pas être ce sujet : la case reste vide, et elle le restera. Pour le reste, себя se décline sur les six cas et prend celui que réclame le verbe ou la préposition qui le précède.
| Cas | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| Nominatif | — | la forme n’existe pas |
| Génitif | себя siebiá | у себя ou siebiá — chez soi |
| Datif | себе siebié | купить себе koupít’ siebié — s’acheter |
| Accusatif | себя siebiá | видеть себя vídiet’ siebiá — se voir |
| Instrumental | собой sobóï | доволен собой dovólien sobóï — content de soi |
| Prépositionnel | себе siebié | о себе o siebié — à son sujet |
L’instrumental a une seconde forme, собою sobóiou, littéraire, qu’il suffit de reconnaître. Dans tout le paradigme, l’accent tombe sur la finale : себе se dit siebié, jamais siébie. Quelques locutions figées font exception : le pronom s’y appuie sur le mot qui le précède et perd son accent.
C’est la règle centrale, et elle tranche des ambiguïtés que le français laisse ouvertes. себя désigne le sujet de la proposition ; un pronom personnel ordinaire désigne quelqu’un d’autre.
Le même partage vaut pour le possessif : Он взял свою книгу On vzial svoioú knígou, il a pris son propre livre ; Он взял его книгу On vzial iegó knígou, celui de l’autre. Cette opposition est traitée à la page le possessif réfléchi, et la forme invariable его à la page les possessifs.
La règle se complique dès qu’une phrase contient un verbe conjugué et un infinitif : en principe себя renvoie à celui qui accomplit l’action de l’infinitif, mais la phrase est ressentie comme ambiguë et les locuteurs la reformulent.
Ne tranchez pas ces phrases par la grammaire : un Russe ne le fait pas davantage, il dit принести ему кофе priniestí iemoú kófie pour désigner le directeur.
Les deux disent le retour de l’action sur le sujet, sans être interchangeables. -ся est un suffixe soudé au verbe ; себя est un mot autonome, qui se décline et peut suivre une préposition. Les valeurs du suffixe sont exposées à la page les verbes en -ся, sa valeur passive à la page le passif ; retenez ici le partage du travail.
Le geste ordinaire passe par -ся. Le russe a un verbe tout fait, et l’on n’ajoute rien.
Certains verbes réclament себя et ne se laissent pas remplacer par une forme en -ся. чувствоваться existe bien, mais signifie « être perceptible » : il ne remplace jamais чувствовать себя. Tournures figées, à apprendre telles quelles.
Себя s’impose dès qu’il faut un cas ou une préposition. Un suffixe ne se met ni au datif ni après с.
Un dernier écart piège : plusieurs verbes en -ся ont pris un sens réciproque. Они видят себя signifie qu’ils se voient eux-mêmes ; Они видятся Oní vídiatsia qu’ils se fréquentent. Le russe distingue là où le français emploie deux fois « se ».
Ce pronom est le noyau d’expressions courantes que nulle règle ne permet de deviner.
Un mot sur так себе : c’est l’une de ces locutions où le pronom cède son accent au mot voisin, et les dictionnaires donnent так comme la syllabe forte du groupe. La transcription ci-dessus note l’accent propre de себе, celui qu’on entend quand le mot est isolé.
La langue parlée ajoute parfois un себе qui ne traduit rien et teinte la phrase de détachement : Он идёт себе домой On idiót siebié domóï, il rentre tranquillement chez lui.
сам sam n’est pas un réfléchi : c’est un mot d’insistance, qui souligne que c’est bien cette personne-là qui agit. Il s’accorde en genre, en nombre et en cas avec le mot qu’il renforce, comme un démonstratif.
| Cas | Masculin | Féminin | Neutre | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Nominatif | сам sam | сама samá | само samó | сами sámi |
| Génitif | самого samogó | самой samóï | самого samogó | самих samíkh |
| Datif | самому samomoú | самой samóï | самому samomoú | самим samím |
| Accusatif | самого samogó | саму samoú | само samó | самих samíkh |
| Instrumental | самим samím | самой samóï | самим samím | самими samími |
| Prépositionnel | самом samóm | самой samóï | самом samóm | самих samíkh |
Au masculin et au pluriel, l’accusatif donné est celui des animés, emprunté au génitif : c’est celui qui sert presque toujours, puisque сам accompagne le plus souvent une personne ; avec un inanimé, on retrouve la forme du nominatif, сам et сами. Le féminin саму et le neutre само, eux, ne doivent rien au génitif. À côté de саму subsiste une forme livresque et vieillie, самоё samoió, qu’on lit surtout dans самоё себя. L’accent, lui, est presque partout sur la désinence ; le nominatif pluriel fait exception, сами sámi, un déplacement décrit à la page l’accent tonique.
Le même mot signifie aussi « tout seul, sans que personne s’en mêle ». Le contexte départage les deux valeurs sans difficulté.
La place du mot oriente la lecture : devant le nom, сам souligne plutôt le rang, сам директор ; après le sujet, plutôt l’absence d’aide. Le contexte garde le dernier mot, et Я сам это сделал peut valoir simplement « c’est bien moi ». Ce déplacement relève de l’ordre des mots.
Deux mots voisins, deux emplois séparés. сам insiste sur la personne ; самый sámyï est un adjectif qui forme le superlatif, ou dit « le même, précisément celui-là ».
L’accent les sépare : самого se dit samogó pour сам, mais sámogo pour самый. Le superlatif est traité à la page comparatif et superlatif, la flexion de l’adjectif à la page la déclinaison de l’adjectif.
La réciprocité a son mot à elle. друг друга droug droúga répète deux fois le même mot : le premier ne change jamais, le second se décline. Le groupe n’a pas de nominatif non plus, puisqu’une action réciproque suppose un sujet au pluriel, déjà exprimé ailleurs.
| Cas | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| Génitif | друг друга droug droúga | бояться друг друга boiát’sia droug droúga — se craindre |
| Datif | друг другу droug droúgou | помогать друг другу pomogát’ droug droúgou — s’aider |
| Accusatif | друг друга droug droúga | любить друг друга lioubít’ droug droúga — s’aimer |
| Instrumental | друг другом droug droúgom | довольны друг другом dovól’ny droug droúgom — contents l’un de l’autre |
| Prépositionnel | друг друге droug droúguie | думать друг о друге doúmat’ droug o droúguie — penser l’un à l’autre |
La forme ne dépend pas du genre : deux femmes, deux hommes ou un groupe mixte, le russe dit toujours друг друга.
C’est le trait le plus déroutant du groupe. La préposition ne se place pas devant l’ensemble, mais entre les deux mots, et elle commande le cas du second, selon la table de la page quelle préposition, quel cas.
La langue parlée place parfois la préposition devant le groupe entier — on entend с друг другом — mais cet emploi reste tenu pour incorrect.
Beaucoup d’actions réciproques se disent sans ce groupe, le verbe en -ся portant déjà le sens.
Le groupe redevient nécessaire principalement dans deux cas : quand le verbe n’a pas de forme réciproque en -ся — помогать en est le type — et quand une préposition est requise. Deux variantes de registre sont à reconnaître : друг дружку droug droújkou, familier, formé sur un diminutif, et один другого odín drougógo, livresque.
Trois mots, trois réflexes distincts. себя renvoie au sujet ; сам insiste et s’accorde ; друг друга dit la réciprocité et accueille la préposition en son milieu. Comprendre ce partage prend trois minutes ; produire s sobóï au bon moment, dans une phrase qui avance, demande des heures d’écoute. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le dossier entier est rassemblé à la page la grammaire complète.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase : le réfléchi себя au cas voulu, le mot d’insistance сам accordé, ou le réciproque друг друга avec sa préposition à la bonne place. Touchez une réponse, puis Correction.
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Non. Une seule forme sert pour toutes les personnes, les deux nombres et les trois genres : Я вижу себя, Они видят себя. Seul le cas fait varier le mot — себя, себе, собой — et il n’existe pas de nominatif, puisque ce pronom renvoie au sujet et ne peut donc pas l’être.
-ся est soudé au verbe et couvre des valeurs très diverses ; себя est un mot autonome qui se décline. Pour les gestes ordinaires, le russe emploie le verbe en -ся : Он моется, il se lave. Dès qu’un cas ou une préposition est requis, себя s’impose : Он купил себе билет, с собой. Certains verbes, comme чувствовать себя et вести себя, exigent le pronom sans alternative.
Parce que le premier друг est figé au nominatif et ne peut porter aucune préposition. Celle-ci se place donc devant le second élément, le seul qui se décline, et lui donne son cas : друг с другом, друг о друге, друг к другу. On entend с друг другом dans la langue parlée, mais cette place reste jugée incorrecte.
Non, et l’accent les sépare. сам insiste sur la personne — сам директор, le directeur en personne — et porte presque partout l’accent sur la désinence : samá, samogó, le nominatif pluriel сами faisant exception. самый est un adjectif ordinaire qui sert au superlatif — самый большой — et garde l’accent sur le radical : sámogo.
En principe à celui qui accomplit l’action de l’infinitif : dans Он попросил меня рассказать о себе, il s’agit de moi. Mais l’ambiguïté est réelle et les Russes l’évitent en reformulant, par exemple avec ему ou ей quand ils veulent désigner l’autre personne. N’essayez pas de trancher ces phrases par la seule grammaire.
Non, c’est superflu : -ся y porte déjà la réciprocité, et Они встретились suffit. Le groupe redevient nécessaire quand le verbe n’a pas de forme réciproque, comme помогать, ou quand une préposition doit apparaître : Они смотрят друг на друга.
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