Une forme verbale qui ne change jamais et qui greffe sur la phrase une action secondaire. Cette action appartient au sujet du verbe principal, et à lui seul : c’est là que tout se joue, et c’est là que les fautes se commettent.
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Le russe appelle деепричастие dieiepritchástiie une forme du verbe qui ne se conjugue pas, ne s’accorde pas, ne se décline pas. Elle est parfaitement invariable. Son rôle est d’ajouter au verbe principal une action secondaire, accomplie par la même personne, au même moment ou juste avant. Le français la rend par « en faisant », « ayant fait », « après avoir fait », ou par un simple participe présent.
Ne confondez pas le gérondif avec le participe. Le participe qualifie un nom et s’accorde avec lui ; le gérondif qualifie un verbe et ne bouge jamais. Sa formation et son accord sont traités à la page les participes.
Un verbe fournit en principe un gérondif par aspect, et le choix entre les deux dit si les actions sont simultanées ou successives. Si la distinction ne vous est pas familière, commencez par perfectif et imperfectif.
On le forme sur le présent. Prenez la troisième personne du pluriel, retirez la désinence, ajoutez -я. Après ж, ш, ч, щ, l’orthographe impose -а : c’est la règle générale rappelée à la page la règle des sept lettres. Un verbe en -ся garde son suffixe sous la forme courte -сь, puisque la forme se termine par une voyelle.
| Infinitif | 3e personne du pluriel | Gérondif |
|---|---|---|
| читать | читают | читая tchitáia — en lisant |
| делать | делают | делая diélaia — en faisant |
| говорить | говорят | говоря govoriá — en parlant |
| смотреть | смотрят | смотря smotriá — en regardant |
| идти | идут | идя idiá — en allant |
| жить | живут | живя jiviá — en vivant |
| держать | держат | держа dierjá — en tenant |
| слышать | слышат | слыша slýcha — en entendant |
| улыбаться | улыбаются | улыбаясь oulybáias’ — en souriant |
| вставать | встают | вставая vstaváia — en se levant |
| быть | будут | будучи boúdoutchi — étant |
Deux lignes demandent un commentaire. Les verbes en -давать, -ставать, -знавать bâtissent leur gérondif sur l’infinitif : давать donne давая daváia, alors que le présent est дают. Quant à будучи, c’est une survivance : le suffixe ancien -учи a quitté la langue littéraire, et cette forme est la seule à le conserver ; играючи ou едучи sonnent populaires.
Après будучи, l’attribut se met à l’instrumental, comme après был.
C’est une lacune réelle, et elle touche des verbes très courants. Plusieurs familles ne produisent aucun gérondif imperfectif utilisable :
Les verbes dont le radical du présent change de consonne : писать — пишут, резать — режут, плясать — пляшут. Ces alternances sont décrites à la page les alternances du radical.
Les verbes en -чь : мочь, печь, беречь, течь.
Les verbes dont le radical du présent n’a pas de voyelle : пить — пьют, шить — шьют, ждать — ждут, лгать, рвать. L’unique exception courante est мчаться, qui donne мчась mtchas’.
Les imperfectifs en -нуть : мёрзнуть, пахнуть, сохнуть. Et quelques isolés : петь, спать, хотеть, бежать, ехать.
Que faire alors ? Une subordonnée, que la langue parlée préfère de toute façon, gérondif disponible ou non. Voyez les subordonnées.
On le forme sur l’infinitif. Retirez -ть, ajoutez -в. Un verbe réfléchi prend la variante longue -вши, suivie de -сь. Un radical terminé par une consonne prend -ши.
| Infinitif | Gérondif | Sens |
|---|---|---|
| прочитать | прочитав protchitáv | ayant lu |
| сказать | сказав skazáv | ayant dit |
| купить | купив koupív | ayant acheté |
| увидеть | увидев ouvídiev | ayant vu |
| закончить | закончив zakóntchiv | ayant terminé |
| открыть | открыв otkrýv | ayant ouvert |
| вернуться | вернувшись viernoúvchis’ | étant rentré |
| одеться | одевшись odiévchis’ | s’étant habillé |
| прийти | придя pridiá | étant arrivé |
| выйти | выйдя výïdia | étant sorti |
| принести | принеся priniessiá | ayant apporté |
Les trois dernières lignes forment le groupe irrégulier : ce sont des verbes de mouvement préfixés, qui prennent le suffixe bref -я, comme войдя voïdiá, уйдя ouïdiá, приведя priviediá. Dans выйдя, l’accent remonte sur le préfixe вы- ; la règle qui commande ce déplacement est exposée à l’accent mobile du verbe.
La forme ancienne en -вши ou -ши survit pour les verbes non réfléchis, mais elle est vieillie ou familière : сказавши, принёсши prinióschi. Employez -в. Pour un verbe réfléchi, -вшись reste la seule forme possible.
La règle tient en une ligne. Gérondif imperfectif : les deux actions se déroulent ensemble. Gérondif perfectif : l’action du gérondif s’achève avant l’autre. Comparez deux phrases qui ne diffèrent que par ce point.
Une nuance que les manuels oublient et que la lecture rencontre aussitôt : le gérondif perfectif ne marque pas toujours l’antériorité stricte. Il marque parfois un état acquis qui dure pendant l’action principale, parfois une action qui l’accompagne de si près qu’elle en paraît la manière.
Le temps du verbe principal, lui, n’entre pas dans le calcul : le gérondif n’a pas de temps propre et se règle sur la principale. Прочитав письмо, он улыбнётся Protchitáv pis’mó, on oulybniótsia, « une fois la lettre lue, il sourira ». Sur la valeur de chaque aspect au passé, voyez l’aspect au passé.
C’est la contrainte qui compte, et la seule faute que les Russes remarquent immédiatement. L’action du gérondif doit être accomplie par le sujet du verbe principal. Si les deux sujets diffèrent, la phrase est fautive, même quand le sens reste devinable.
La phrase fautive n’est pas inventée pour l’occasion : Tchékhov l’a prêtée à un voyageur dans Жалобная книга, « Le livre de réclamations », paru dans la revue Осколки en 1884. Elle est devenue en Russie l’exemple scolaire de la faute. Notez ce qui la rend attirante : le français accepte la même construction sans broncher, et un francophone ne sent pas l’obstacle.
Une seule tolérance est franchement admise : la tournure impersonnelle bâtie sur un infinitif, où l’agent reste unique sans être exprimé par un sujet grammatical. Voyez les tournures impersonnelles.
Une conséquence pratique : le gérondif ne se marie pas avec le passif, dont le sujet grammatical subit l’action au lieu de la faire.
Le gérondif et tout son groupe se détachent par des virgules, où qu’ils se trouvent dans la phrase. La ponctuation est obligatoire, non un choix de style : sur ce point le russe est plus rigide que le français. Deux séries de formes y échappent, parce qu’elles ont cessé d’être des gérondifs : les adverbes et les locutions figées que recense la section suivante. La place du groupe, elle, reste libre et sert à la mise en relief — voyez l’ordre des mots.
La négation не s’écrit séparément devant un gérondif, comme devant un verbe : не зная nie znáia, не говоря nie govoriá. Seuls s’écrivent soudés les gérondifs des verbes qui n’existent pas sans не : ненавидя nienavídia, en haïssant, недоумевая niedooumieváia, en restant perplexe. Pour le reste, voyez la négation.
Un couple oppose deux orthographes et deux sens : несмотря на дождь niesmotriá na dojd’, malgré la pluie, contre не смотря на неё nie smotriá na nieió, sans la regarder. Dans le premier cas, le mot n’est plus un gérondif.
Certaines de ces formes se sont détachées de leur verbe. Elles ne renvoient plus à une seconde action, ne réclament plus de sujet commun et ne prennent plus de virgule : les unes sont devenues des adverbes de manière, les autres des prépositions.
| Forme | Nature | Emploi |
|---|---|---|
| молча móltcha | adverbe | Он молча вышел. — Il est sorti en silence. |
| не спеша nie spiechá | adverbe | Идите не спеша. — Marchez sans vous presser. |
| стоя, сидя, лёжа stóia, sídia, liója | adverbes | Он ел стоя. — Il mangeait debout. |
| нехотя niékhotia | adverbe | Он нехотя согласился. — Il a accepté à contrecœur. |
| шутя choutiá | adverbe | Он сделал это шутя. — Il a fait cela sans le moindre effort. |
| благодаря blagodariá | préposition, datif | благодаря вашей помощи — grâce à votre aide |
| несмотря на niesmotriá na | préposition, accusatif | несмотря на дождь — malgré la pluie |
| спустя spoustiá | préposition, accusatif | спустя год — un an plus tard |
| судя по soúdia po | préposition, datif | судя по всему — à en juger par tout |
| включая vklioutcháia | préposition, accusatif | включая детей — y compris les enfants |
| начиная с natchináia s | préposition, génitif | начиная с понедельника — à partir de lundi |
Le régime de благодаря surprend : il demande le datif, souvenir du verbe « remercier ». Pour les autres, voyez quelle préposition, quel cas.
Enfin, quelques locutions figées conservent des formes que la grammaire moderne ne produit plus. Elles se retiennent en bloc et ne prennent aucune virgule.
Le gérondif est une forme d’abord écrite. La presse, l’administration et la littérature en sont pleines ; la conversation en fait un usage bien plus maigre et préfère une subordonnée en когда ou deux propositions reliées par и. On peut donc parler un russe correct sans en produire presque aucun — sauf les formes figées du tableau ci-dessus, qui appartiennent, elles, à la langue de tous les jours.
Il est en revanche impossible de lire le russe sans les reconnaître aussitôt. La priorité est donc claire : identifier la forme, retrouver le verbe, rattacher l’action au bon sujet.
Ce qui se travaille à l’oreille. Une terminaison en -я ou en -в se reconnaît au son avant même qu’on ait identifié le verbe. C’est un réflexe d’écoute, pas une règle à réciter, et il se construit par la répétition — le travail de notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. On travaille la formation des deux gérondifs, le choix de l’aspect, la règle du sujet unique et les formes figées. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
C’est une forme invariable du verbe, appelée деепричастие, qui ajoute à la phrase une action secondaire accomplie par le sujet du verbe principal : Он шёл, читая On chol, tchitáia, il marchait en lisant. Elle ne se conjugue pas et ne s’accorde pas.
Deux recettes selon l’aspect. Imperfectif : troisième personne du pluriel du présent, moins la désinence, plus -я — читают donne читая. Perfectif : infinitif moins -ть, plus -в — прочитать donne прочитав. Les verbes réfléchis prennent -ясь et -вшись.
L’imperfectif marque deux actions simultanées, le perfectif une action achevée avant l’autre. Читая письмо, он улыбался : il lisait et souriait ensemble. Прочитав письмо, он улыбнулся : il a lu, puis il a souri. Le perfectif exprime aussi parfois un état qui dure, comme dans сидел, закрыв глаза.
Parce que le gérondif exige que son action soit accomplie par le sujet du verbe principal. Ici le sujet est шляпа, le chapeau, et un chapeau ne s’approche pas d’une gare. Il faut soit changer de sujet — я потерял шляпу — soit passer par une subordonnée avec когда. La phrase vient de Tchékhov, qui la donnait déjà comme une faute.
Non, et la lacune touche des verbes très courants. Писать, ждать, пить, петь, спать, мочь, бежать, ехать n’ont pas de gérondif imperfectif utilisable. On emploie alors une subordonnée.
Oui, presque toujours : le gérondif et son groupe se détachent, où qu’ils se trouvent dans la phrase. Deux exceptions seulement — les formes devenues adverbes, Он ел стоя, et les locutions figées comme сидеть сложа руки ou работать не покладая рук.
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