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Le russe n’a que trois temps. En contrepartie, presque chaque verbe existe en deux exemplaires, et il faut trancher entre les deux à chaque phrase.
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Le verbe français « écrire » est un mot unique. On le conjugue, on le met à l’imparfait ou au passé composé, il demeure le même verbe. Le russe procède autrement. Il possède deux verbes, писать pissát’ et написать napissát’, qui signifient l’un et l’autre « écrire », qui ont chacun leur conjugaison complète, et qui ne sont pas interchangeables. Le premier est dit imperfectif, le second perfectif. Ensemble, ils forment une paire aspectuelle.
Ce dédoublement n’est pas la fantaisie de quelques verbes isolés : il traverse tout le lexique. Ouvrez un dictionnaire russe à n’importe quelle page de verbes et vous y trouverez des entrées jumelées, chacune renvoyant à l’autre. Les grammaires russes nomment cette catégorie вид vid, littéralement « la vue », et distinguent le несовершенный вид niessovierchénnyï vid, l’aspect imperfectif, du совершенный вид sovierchénnyï vid, l’aspect perfectif.
| Imperfectif | Perfectif | Sens |
|---|---|---|
| делать diélat’ | сделать sdiélat’ | faire |
| писать pissát’ | написать napissát’ | écrire |
| читать tchitát’ | прочитать protchitát’ | lire |
| строить stróit’ | построить postróit’ | construire |
| готовить gotóvit’ | приготовить prigotóvit’ | préparer |
| смотреть smotriét’ | посмотреть posmotriét’ | regarder |
| покупать pokoupát’ | купить koupít’ | acheter |
| давать davát’ | дать dat’ | donner |
| решать riechát’ | решить riechít’ | résoudre, décider |
| открывать otkryvát’ | открыть otkrýt’ | ouvrir |
| отвечать otvietchát’ | ответить otviétit’ | répondre |
| вставать vstavát’ | встать vstat’ | se lever |
| говорить govorít’ | сказать skazát’ | dire |
| брать brat’ | взять vziat’ | prendre |
Une conséquence pratique s’impose aussitôt. L’aspect ne se choisit pas au moment de conjuguer, comme on choisit une terminaison ; il se choisit avant, en même temps que le verbe. On décide d’abord duquel des deux verbes on parle, on le met ensuite au temps voulu. C’est pourquoi un vocabulaire russe s’apprend par couples : retenir покупать sans купить revient à ne connaître qu’une moitié du mot. La mécanique des terminaisons est exposée à la page les deux conjugaisons, et la vue générale du système verbal à la page comment le verbe fonctionne.
L’opposition tient en une image. L’imperfectif regarde l’action de l’intérieur : il la montre en train de se dérouler, il s’installe dedans, et il ne dit rien de ses bornes. Le perfectif regarde l’action de l’extérieur : il la montre d’un seul bloc, avec son commencement et sa fin, et il affirme que son terme a été atteint — ou qu’il le sera.
Autrement dit, l’aspect ne porte pas sur l’événement, mais sur le regard que la phrase porte sur lui. Deux regards sont possibles, et deux seulement. Le premier s’intéresse au déroulement : il suit l’action pendant qu’elle occupe du temps, il la montre en cours, répétée ou habituelle, et il laisse ouverte la question de savoir si elle a abouti. Le second s’intéresse au résultat atteint : il saute le déroulement, se place après coup, et constate que la chose est faite. Le même fait, la même journée, la même lettre peuvent donc se dire des deux façons, selon ce que le locuteur veut faire entendre.
| Le regard | L’aspect employé | Ce que la phrase affirme | Ce qu’elle laisse ouvert |
|---|---|---|---|
| le déroulement | imperfectif | que l’action a occupé du temps, ou qu’elle revenait | si elle a abouti |
| le résultat atteint | perfectif | que le terme est franchi et que l’effet existe | comment on y est arrivé |
Le mot décisif est « affirme ». Le perfectif ajoute une information que l’imperfectif ne donne pas. Comparez deux phrases que le français traduirait parfois par les mêmes mots.
Observez ce qui distingue chaque couple : ce n’est pas le moment, ce n’est pas la durée, ce n’est pas la certitude. C’est le point de vue adopté sur un même événement. Une seule et même journée de travail peut se raconter des deux façons, selon que l’on veut faire voir le déroulement ou annoncer le résultat. L’aspect appartient au locuteur, non aux faits.
C’est aussi ce qui explique la phrase suivante, parfaitement banale en russe et contradictoire en apparence :
L’imperfectif ne promet aucun terme ; la suite peut donc le refuser sans heurt. Avec написал, la même phrase serait absurde, car le verbe aurait déjà déclaré la lettre achevée.
Cette page définit l’opposition ; elle ne dit pas laquelle des deux formes employer. Savoir ce que signifie chaque aspect ne suffit pas à trancher dans une phrase réelle : il y faut des questions à se poser, des indices à repérer dans le contexte, et quelques habitudes fixes de la langue. Tout cela est rassemblé à la page choisir l’aspect, qui est le terme de cette famille. Les pages intermédiaires traitent chacune un terrain particulier.
Rien ne remplace la lecture de phrases entières. Voici seize paires de plus, chacune donnée deux fois : une fois au regard du déroulement, une fois au regard du résultat. Lisez-les à voix haute, l’une après l’autre, et guettez le moment où la différence cesse de vous demander un effort.
Prenez le temps de remarquer que la traduction française change peu, parfois pas du tout : c’est bien la preuve que le français ne porte pas cette distinction, et qu’il faut l’entendre ailleurs que dans la traduction.
Un détail mérite l’attention dans la onzième paire. два часа dva tchassá, sans préposition, mesure une durée que l’action a remplie, et appelle l’imperfectif ; за два часа za dva tchassá, avec la préposition, mesure le délai au bout duquel le terme a été atteint, et appelle le perfectif. « Pendant deux heures » et « en deux heures » se distinguent donc en russe par deux moyens à la fois, la préposition et l’aspect, qui vont toujours ensemble. Le détail des prépositions et des cas qu’elles gouvernent est à la page prépositions et cas.
L’aspect n’est pas un temps, et la confusion est la première erreur du francophone. Le russe ne connaît que trois temps : le présent, le passé, le futur. Là où le français aligne l’imparfait, le passé simple, le passé composé et le plus-que-parfait, le russe n’a qu’une forme de passé — mais il en a deux versions, une par aspect.
De là un fait structurel qu’il faut accepter tôt : le perfectif n’a pas de présent. Le raisonnement est simple. Le présent décrit ce qui est en train de se produire au moment où l’on parle ; or une action en cours n’a pas atteint son terme, ce qui contredit le sens même du perfectif. Le paradigme est donc incomplet, et la case reste vide.
| Temps | Imperfectif делать | Perfectif сделать |
|---|---|---|
| Infinitif | делать diélat’ | сделать sdiélat’ |
| Présent | я делаю ia diélaiou — je fais | aucune forme |
| Passé | я делал ia diélal — je faisais | я сделал ia sdiélal — j’ai fait |
| Futur | я буду делать ia boúdou diélat’ — je ferai | я сделаю ia sdiélaiou — je ferai |
Lisez la dernière ligne avec attention, car elle surprend toujours. Les terminaisons de сделаю sont exactement celles du présent de делаю ; mais comme le perfectif n’a pas de présent, cette forme ne peut désigner que l’avenir. Le russe obtient ainsi deux futurs de nature différente : un futur composé, réservé à l’imperfectif, avec l’auxiliaire быть byt’ suivi de l’infinitif, et un futur simple, qui n’est autre que la conjugaison ordinaire du perfectif.
Notez que l’auxiliaire быть n’accepte jamais un infinitif perfectif : буду читать se dit, буду прочитать ne se dit pas. La formation de ces deux futurs est détaillée à la page les deux futurs, celle du passé à la page le passé.
Il vaut la peine d’insister, car cette forme se présente partout et déroute longtemps. Une forme comme напишу, прочитаю, позвоню ressemble en tout point à un présent : mêmes terminaisons, même conjugaison. Elle n’en est pas un. Elle dit : « le terme sera atteint ». Autrement dit, la case vide du présent n’a pas été comblée par une autre forme, elle a été réaffectée au futur.
C’est de là que vient un piège de traduction qu’il faut connaître tôt. Après когда kogdá et если iésli, là où le français emploie le présent ou le futur antérieur, le russe met le futur. Le francophone, qui traduit mot à mot, écrit un présent et se trompe d’une façon que l’oreille russe relève aussitôt.
Dans les deux cas, les deux verbes sont au futur en russe, et perfectifs tous les deux, parce que chacun annonce un terme atteint. Cette solidarité des temps entre la proposition principale et la subordonnée est traitée à la page la concordance des temps.
Un avertissement, et il est sérieux. Il est tentant de poser l’équation « imperfectif = imparfait, perfectif = passé composé ». Elle fonctionne assez souvent pour s’installer, et elle échoue assez souvent pour faire des dégâts durables. Le temps français ne détermine pas l’aspect russe : une même phrase au passé composé se rend tantôt par l’un, tantôt par l’autre, et le choix dépend de ce que l’on veut faire entendre. Le russe, de son côté, oppose les deux aspects au passé, au futur et jusqu’à l’impératif. Ces trois terrains ont leur page : l’aspect au passé, l’aspect au futur, l’aspect à l’impératif.
Les deux verbes d’une paire se ressemblent presque toujours, mais le lien de forme qui les unit n’est pas unique. Le russe emploie trois procédés, et cette page se borne à les nommer.
L’imperfectif est le verbe nu, le perfectif reçoit un préfixe : делать donne сделать, писать donne написать, строить donne построить. C’est le procédé le plus visible, et le plus trompeur : la plupart des préfixes russes portent un sens propre et fabriquent un autre verbe, non un partenaire d’aspect.
Le mouvement s’inverse. Le verbe de départ est déjà perfectif — le plus souvent parce qu’il porte un préfixe —, et c’est l’imperfectif qu’il faut fabriquer, au moyen d’un suffixe : рассказать rasskazát’ donne рассказывать rasskázyvat’, et ответить donne отвечать. Le procédé joue aussi sur des perfectifs qui ne portent aucun préfixe : решить donne решать.
Quelques paires très fréquentes réunissent deux verbes étrangers l’un à l’autre : говорить et сказать, брать et взять, класть klast’ et положить polojít’. On les appelle des paires supplétives ; elles s’apprennent telles quelles.
Deux effets secondaires méritent d’être signalés, parce qu’ils s’entendent. Le suffixe déplace souvent l’accent — rasskazát’ mais rasskázyvat’ — et il provoque parfois une alternance de consonne à la fin du radical : ответить otviétit’ face à отвечать otvietchát’. Ces deux phénomènes sont traités aux pages l’accent mobile du verbe et les alternances du radical.
Pour le détail des procédés, deux pages prennent le relais : perfectiver par un préfixe, qui examine la question délicate du préfixe « vide », et suffixes et paires supplétives, qui recense les suffixes et les couples irréguliers.
Retrouvez le partenaire d’aspect, puis la forme que le système autorise. Touchez une réponse, puis Correction.
L’aspect appartient au locuteur, disions-nous. C’est vrai du principe, mais la langue a fixé des habitudes, et certains contextes ne laissent plus le choix. En connaître la liste fait gagner des mois : dans la plupart des phrases, le contexte décide avant vous.
Tous se ramènent à la même idée. Dès que la phrase s’intéresse au temps occupé par l’action, au nombre de fois qu’elle a eu lieu, ou au simple fait qu’elle ait eu lieu, le résultat cesse d’être le propos, et l’imperfectif devient obligatoire.
| Le contexte | Ce que la phrase fait entendre | Exemple |
|---|---|---|
| le déroulement | l’action est saisie en cours, à un moment donné | Когда я вошёл, он читал книгу. Kogdá ia vochól, on tchitál knígou. |
| la répétition | l’action a eu lieu plusieurs fois | Он звонил мне каждый вечер. On zvoníl mnie kájdyï viétcher. |
| le fait général | seul compte que la chose ait eu lieu un jour | Ты читал эту книгу? Ty tchitál ètou knígou ? |
| la simultanéité | deux actions occupent le même temps | Пока она готовила ужин, дети играли. Poká oná gotóvila oújin, diéti igráli. |
| après un verbe de phase | commencer, continuer, finir, cesser portent déjà les bornes | Он начал читать новую книгу. On nátchal tchitát’ nóvouiou knígou. |
| avec un adverbe de durée | le temps occupé est mesuré | Он переводил текст два часа. On pierievodíl tiekst dva tchassá. |
| avec un adverbe de fréquence | les occasions sont comptées, ou données comme habituelles | Он часто забывал ключи. On tchásto zabyvál klioutchí. |
| le résultat annulé | l’action a eu lieu et son effet a ensuite été défait | Утром он открывал окно, а потом закрыл его. Oútrom on otkryvál oknó, a potóm zakrýl iegó. |
| l’interdiction | un ordre négatif qui défend de faire la chose | Не открывай окно! Nie otkryváï oknó ! |
La cinquième ligne mérite une insistance, parce qu’elle est absolue. Les verbes qui marquent le début, la suite ou la fin d’une action — начать natchát’, стать stat’, продолжать prodolját’, закончить zakóntchit’, перестать pieriestát’ — exigent un infinitif imperfectif, sans exception à retenir. Le raisonnement se tient : si le verbe principal désigne déjà la borne, l’infinitif n’a plus à la porter.
Le versant opposé se laisse décrire tout aussi brièvement. Dès que la phrase s’intéresse à ce que l’action a produit, ou qu’elle la traite comme un point sur une ligne, le perfectif devient obligatoire.
| Le contexte | Ce que la phrase fait entendre | Exemple |
|---|---|---|
| le résultat unique | l’action a eu lieu une fois et a abouti | Мама приготовила ужин. Máma prigotóvila oújin. |
| la suite d’actions | chaque action se referme avant la suivante | Он встал, оделся и вышел. On vstal, odiélsia i výchel. |
| le soudain | un événement ponctuel fait irruption | Вдруг зазвонил телефон. Vdroug zazvoníl tieliefón. |
| le résultat encore valable | l’effet de l’action dure au moment où l’on parle | Сестра пришла, она в комнате. Siestrá prichlá, oná v kómnatie. |
| le terme atteint dans un délai | la préposition за mesure le temps qu’il a fallu | Он перевёл текст за два часа. On pierieviól tiekst za dva tchassá. |
| l’action attendue qui manque | la négation porte sur un résultat qu’on espérait | Он мне не позвонил, хотя обещал. On mnie nie pozvoníl, khotiá obiechtchál. |
| la subordonnée au futur | après когда ou если, un terme à franchir d’abord | Когда я напишу письмо, я тебе позвоню. Kogdá ia napichoú pis’mó, ia tiebié pozvonioú. |
| l’obligation d’aboutir | un modal qui vise un résultat précis | Я должен написать это письмо сегодня. Ia dóljen napissát’ èto pis’mó siegódnia. |
La deuxième ligne est celle qui transforme le plus vite un récit maladroit en récit russe. Dans une narration, les perfectifs font avancer l’histoire, pas à pas, chaque verbe refermant le précédent ; les imperfectifs, eux, peignent le décor autour de cette ligne. Nous y revenons plus bas.
La quatrième ligne vaut la peine d’être lue deux fois, car elle explique une habitude russe que le français n’a pas. Сестра пришла ne dit pas seulement qu’elle est venue : cela dit qu’elle est là. Si elle était repartie, la phrase changerait d’aspect, et nous verrons pourquoi au paragraphe du résultat annulé. Le choix de l’aspect au passé, avec ses cas limites, est détaillé à la page l’aspect au passé.
Voici le raccourci le plus rentable de tout le chapitre. Beaucoup d’adverbes et de compléments de temps appellent un aspect avant même que le verbe soit prononcé. Les repérer dispense de raisonner : on les entend, et la moitié de la décision est prise.
| Indice | Transcription | Sens | Aspect appelé |
|---|---|---|---|
| долго | dólgo | longtemps | imperfectif |
| часто | tchásto | souvent | imperfectif |
| редко | riédko | rarement | imperfectif |
| иногда | inogdá | parfois | imperfectif |
| обычно | obýtchno | d’habitude | imperfectif |
| всегда | vsiegdá | toujours | imperfectif |
| каждый день | kájdyï dien’ | chaque jour | imperfectif |
| по вечерам | po vietcherám | le soir, les soirs | imperfectif |
| весь вечер | vies’ viétcher | toute la soirée | imperfectif |
| два часа | dva tchassá | pendant deux heures | imperfectif |
| никогда не | nikogdá nie | jamais | imperfectif |
| вдруг | vdroug | soudain | perfectif |
| неожиданно | nieojídanno | à l’improviste | perfectif |
| наконец | nakoniéts | enfin | perfectif |
| сразу | srázou | tout de suite | perfectif |
| за два часа | za dva tchassá | en deux heures | perfectif |
| уже | oujé | déjà, avec un résultat acquis | perfectif le plus souvent |
Deux réserves honnêtes, car un tableau n’est pas une loi. уже penche fortement du côté du perfectif quand il annonce un résultat, mais il se rencontre aussi avec un imperfectif pour dire qu’une action est déjà en cours. Et никогда не demande l’imperfectif tant qu’il s’agit de nier une expérience ; là encore, ce n’est pas une interdiction grammaticale, mais l’usage de très loin dominant. La page choisir l’aspect reprend ces indices en les hiérarchisant, et la page les particules traite des petits mots qui colorent la phrase sans en changer la grammaire.
Chaque phrase contient un indice de temps. Repérez-le d’abord, choisissez ensuite. Touchez une réponse, puis Correction.
Voici un emploi de l’imperfectif qui surprend tous les francophones, parce qu’il semble contredire ce qu’on vient d’apprendre. Quand la phrase ne demande rien d’autre que de savoir si une chose a eu lieu, sans s’intéresser le moins du monde à son déroulement ni à son résultat, le russe emploie l’imperfectif. Les grammaires appellent cela la valeur de fait général : le verbe se contente de nommer l’événement, comme on cocherait une case.
La différence entre les deux premières phrases est importante dans la vie courante. Ты читал эту книгу? est une question sur votre expérience de lecteur : l’avez-vous lu, en avez-vous entendu parler de l’intérieur. On y répond par Да, читал Da, tchitál. Ты прочитал эту книгу? suppose un livre déjà entamé et demande s’il est terminé ; la réponse porte alors sur un état d’avancement. Le premier est une question de culture, le second une question de progression.
Notez que la dernière phrase du groupe, Я учил русский язык в школе, ne dit absolument rien de ce que vous savez aujourd’hui. Elle constate une occupation passée. Avec выучил, vous affirmeriez au contraire avoir appris le russe, c’est-à-dire le savoir. Deux phrases presque identiques, deux déclarations très différentes.
Second emploi déroutant de l’imperfectif, et peut-être le plus élégant du système. Quand une action a bien été menée à son terme, mais que son effet a ensuite été défait, le russe repasse à l’imperfectif. Non pas parce que l’action n’a pas abouti, mais parce que le résultat n’est plus là pour être affirmé.
Les deux questions sur la fenêtre se traduisent de la même façon en français, et elles ne disent pas la même chose en russe. Avec открывал, la fenêtre est refermée au moment où l’on parle : on cherche la cause du froid, non le coupable d’un désordre présent. Avec открыл, la fenêtre est encore ouverte, et c’est bien ce qui motive la demande. Le même raisonnement sépare приходила de пришла, et брал de взял.
Retenez la formule : le perfectif affirme un résultat qui tient encore ; dès que ce résultat a été annulé, l’imperfectif reprend la main. C’est pourquoi les verbes d’aller et de venir, où l’effet est si facile à défaire — on vient, on repart —, fournissent les exemples les plus nets. Ces verbes forment d’ailleurs un système à part, croisant l’aspect avec une autre opposition : voyez les verbes de mouvement.
Demandez-vous si le résultat tient encore au moment où l’on parle. Touchez une réponse, puis Correction.
C’est l’endroit où l’opposition devient la plus utile, et celui où le francophone perd le plus de nuances sans s’en apercevoir. « Je n’ai pas lu ce livre » se dit de deux façons en russe, et ces deux façons ne veulent pas dire la même chose.
Le mécanisme est limpide dès qu’on l’a vu une fois. L’imperfectif nie le fait : l’action n’a pas eu lieu du tout. Le perfectif nie le terme : l’action a eu lieu, mais elle n’a pas abouti. Dire не прочитал suppose donc qu’on a lu quelque chose, puisqu’on avoue n’avoir pas tout lu.
La même logique sépare deux reproches très différents. Он мне не звонил constate qu’aucun appel n’est venu de lui, sur une période. Он мне не позвонил suppose un appel précis, attendu, promis peut-être, et qui n’a pas eu lieu : la phrase contient un reproche que l’autre n’a pas.
| Phrase | Transcription | Ce qui est nié |
|---|---|---|
| Я не читал эту книгу. | Ia nie tchitál ètou knígou. | le fait même : la lecture n’a pas eu lieu |
| Я не прочитал эту книгу. | Ia nie protchitál ètou knígou. | le terme : la lecture a eu lieu, pas son achèvement |
| Он мне не звонил. | On mnie nie zvoníl. | aucun appel de sa part, sur toute la période |
| Он мне не позвонил. | On mnie nie pozvoníl. | un appel attendu, qui n’est pas venu |
| Он не отвечал на мои письма. | On nie otvietchál na moí pís’ma. | une série de lettres laissées sans réponse |
| Он не ответил на мой вопрос. | On nie otviétil na moï voprós. | une réponse précise, qui n’est pas venue |
| Не открывай окно! | Nie otkryváï oknó ! | l’action est défendue : ne fais pas cela |
La dernière ligne introduit un terrain voisin. À l’impératif, la négation choisit elle aussi son aspect, et la règle y est encore plus tranchée : un ordre négatif qui interdit se met à l’imperfectif, tandis qu’un perfectif nié à l’impératif prend la valeur d’un avertissement, du genre « attention, ne va pas faire cela par accident ». Le détail, avec ses formules figées, appartient à la page l’aspect à l’impératif ; la formation des deux impératifs est à la page former l’impératif. Les règles générales de la négation russe, avec le génitif qu’elle entraîne parfois, sont exposées à la page la négation.
Lisez la phrase entière : la seconde moitié vous dit ce que la négation porte. Touchez une réponse, puis Correction.
Rien ne révèle mieux le fonctionnement de l’aspect qu’un petit récit. Deux rôles s’y partagent le travail. Les perfectifs forment la ligne de l’histoire : chaque verbe accomplit une étape et laisse la place au suivant, de sorte que le récit avance. Les imperfectifs peignent le fond : ils décrivent ce qui durait déjà, ce qui se passait autour, ce qui revenait régulièrement.
Deux conjonctions vous aident à reconnaître le rôle de chaque verbe. Когда kogdá suivi d’un perfectif marque le point où la scène tourne ; suivi d’un imperfectif, il installe un cadre dans lequel autre chose arrive. Пока poká, « pendant que », demande deux imperfectifs, puisqu’il affirme précisément que les deux actions se recouvrent. Les règles des propositions subordonnées sont réunies à la page les subordonnées.
Un conseil de méthode, pour écrire du russe plutôt que du français en russe : quand vous racontez, demandez-vous à chaque verbe si vous faites avancer l’histoire ou si vous décrivez. Avancer, c’est le perfectif. Décrire, c’est l’imperfectif. Cette seule question tranche la grande majorité des phrases d’un récit, et l’ordre des mots, qui met en relief ce qui compte, s’y ajoute : voyez l’ordre des mots.
Demandez-vous si le verbe fait avancer le récit ou s’il décrit le fond. Touchez une réponse, puis Correction.
Dans la conversation courante, les deux aspects d’un même verbe se répondent souvent d’une réplique à l’autre, et c’est ce va-et-vient qui apprend le mieux la différence. Lisez chaque échange à voix haute, en vous arrêtant sur le moment où l’aspect bascule.
La réponse serait intraduisible mot à mot et elle est parfaitement claire en russe : oui pour le fait, non pour le terme. Aucun francophone ne trouvera cela tout seul.
La fenêtre est fermée au moment où l’on parle : les deux répliques emploient donc l’imperfectif pour l’ouverture, et le perfectif pour la fermeture, dont l’effet dure.
La question réclame un résultat, donc le perfectif. La réponse décrit une action en cours : seul l’imperfectif en est capable, puisque le perfectif n’a pas de présent.
Si le frère était encore là, la question se poserait au perfectif — Брат пришёл? Brat prichól ? — et la réponse serait Да, он в комнате Da, on v kómnatie.
L’appel a bien eu lieu et n’a rien produit : l’imperfectif convient, puisqu’il se contente du fait. Si l’appel avait abouti, on dirait Я ему позвонил Ia iemoú pozvoníl, et l’interlocuteur comprendrait que le message est passé.
Chaque réplique vous dit si le résultat compte ou non. Touchez une réponse, puis Correction.
Un dernier terrain, et il revient constamment : l’infinitif. Dès qu’une phrase contient « je veux », « je dois », « il faut », « on ne peut pas », l’infinitif qui suit doit être soit perfectif, soit imperfectif, et le choix se fait selon les mêmes principes — avec, en prime, quelques habitudes fixes qu’il vaut mieux connaître d’emblée.
| Tête de phrase | Aspect de l’infinitif | Exemple |
|---|---|---|
| начать, стать | imperfectif, sans exception | Он начал читать новую книгу. |
| продолжать | imperfectif, sans exception | Он продолжал писать письмо. |
| закончить, перестать | imperfectif, sans exception | Она закончила писать письмо. |
| любить | imperfectif : un goût pour une occupation | Я люблю читать по вечерам. |
| хотеть | les deux, selon ce qui est visé | Я хочу прочитать эту книгу. |
| должен, надо, нужно | perfectif quand un résultat est visé | Я должен написать это письмо. |
| не надо, не нужно | imperfectif | Не надо ему звонить. |
| нельзя + imperfectif | interdiction : c’est défendu | Здесь нельзя курить. |
| нельзя + perfectif | impossibilité : on n’y arrive pas | Эту книгу нельзя найти. |
Les deux dernières lignes constituent l’un des tours les plus utiles de la langue parlée, et l’un des plus mal compris des débutants. Le même mot нельзя nielziá dit deux choses selon l’aspect de l’infinitif qui le suit. Здесь нельзя курить Zdies’ nielziá kourít’ signifie qu’il est interdit de fumer ici ; Эту книгу нельзя найти Ètou knígou nielziá naïtí signifie que ce livre est introuvable. Personne ne vous le défend : la chose est simplement impossible.
Remarquez la symétrie des deux derniers exemples. L’obligation positive vise un appel qui aboutit, donc un perfectif ; l’obligation négative défend une activité, et retrouve l’imperfectif, exactement comme l’ordre négatif rencontré plus haut. Ce parallèle entre la négation et l’interdiction traverse toute la grammaire russe.
Ce terrain a sa page entière, avec la liste des verbes qui imposent l’un ou l’autre aspect et les tournures impersonnelles qui s’y rattachent : l’aspect de l’infinitif après un modal. Les constructions sans sujet grammatical du type надо ou нельзя sont par ailleurs décrites à la page les tournures impersonnelles.
Certains verbes imposent leur aspect, d’autres laissent le sens décider. Touchez une réponse, puis Correction.
Le système est régulier dans son principe, moins dans ses marges. Trois écarts reviennent assez souvent pour être connus dès l’abord.
Les verbes biaspectuels. Une même forme sert aux deux aspects, et seul le contexte départage. Ils sont peu nombreux, mais usuels, et beaucoup appartiennent à la famille des emprunts en -овать.
Les verbes sans partenaire. Certains verbes d’état n’ont pas de perfectif, faute d’un terme à atteindre : стоить stóit’, « coûter », n’en possède aucun. Le manque joue aussi dans l’autre sens : понадобиться ponádobit’sia, « s’avérer nécessaire », est perfectif et n’a jamais reçu d’imperfectif. La page les verbes sans paire réunit ces deux catégories.
Les faux partenaires. C’est le piège le plus coûteux. Un verbe préfixé n’est pas automatiquement le perfectif du verbe simple : il a souvent son sens à lui, et sa propre paire.
Aucun des trois derniers ne traduit simplement « écrire ». Ce sont des verbes à part entière, chacun avec son imperfectif en -ывать : переписывать, подписывать, записывать. La valeur propre de chaque préfixe est examinée à la page perfectiver par un préfixe.
L’aspect n’est pas un chapitre que l’on referme : il revient dans chaque phrase, et il se pose différemment selon le terrain. Voici la suite du parcours.
Les formes. Comment se fabrique une paire : par un préfixe, par un suffixe ou par supplétion, et les verbes qui n’entrent dans aucune paire.
Les emplois. L’opposition au passé, au futur, à l’impératif, et après un verbe modal, où l’infinitif doit lui aussi choisir son camp.
La décision. Choisir l’aspect rassemble les questions à se poser et les indices du contexte. C’est la page vers laquelle tout ce qui précède converge.
Un système qui se superpose. Les verbes de mouvement croisent l’aspect avec une seconde opposition, propre à eux seuls. Réservez-les pour plus tard : ils supposent celle-ci acquise.
La formation des temps eux-mêmes reste du côté des formes : le passé, les deux futurs, former l’impératif. Et la place de l’aspect dans l’ensemble de la langue est esquissée à la page la grammaire complète.
L’aspect ne s’installe pas par la règle. Un francophone comprend l’opposition en une demi-heure ; il met des mois à la produire sans y penser, parce qu’elle demande de décider avant de parler ce que le français ne demande jamais de décider. Seule l’exposition répétée à des phrases entières crée ce réflexe. C’est le principe de notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La méthode LIMBA se suit sur la plateforme web comme dans nos applications : commencez aujourd’hui, et laissez l’oreille faire le travail que la règle ne fera pas.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
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C’est une opposition à deux termes qui traverse tout le lexique verbal. L’imperfectif montre l’action en train de se dérouler, sans rien dire de ses bornes ; le perfectif la montre d’un seul bloc, avec son terme atteint. Chaque verbe appartient à l’un ou à l’autre, et la plupart vont par paires : писать et написать, делать et сделать.
Parce que les deux notions se contredisent. Le présent désigne ce qui est en cours au moment où l’on parle, donc ce qui n’a pas atteint son terme, alors que le perfectif affirme justement que ce terme est atteint. La case reste vide, et la forme d’allure présente — я сделаю ia sdiélaiou — se lit comme un futur.
Elle annonce que le terme sera atteint : « j’écrirai la lettre, et elle sera finie ». La case vide du présent a été réaffectée au futur. C’est ce qui explique un piège de traduction : après когда et если, le russe met le futur là où le français met le présent — Если ты прочитаешь эту книгу, ты всё поймёшь, « si tu lis ce livre, tu comprendras tout ».
Souvent, mais pas toujours, et l’équation est dangereuse. Le temps français ne commande pas l’aspect russe : une phrase au passé composé se rend tantôt par l’un, tantôt par l’autre, selon ce que le locuteur veut faire entendre. Mieux vaut raisonner sur le point de vue adopté que sur la traduction.
Ceux qui mesurent une durée ou comptent des occasions : долго (longtemps), часто (souvent), иногда (parfois), обычно (d’habitude), всегда (toujours), каждый день (chaque jour), весь вечер (toute la soirée). À l’inverse вдруг (soudain), наконец (enfin) et сразу (tout de suite) appellent le perfectif.
два часа, sans préposition, mesure une durée que l’action a remplie et demande l’imperfectif : Он переводил текст два часа, « il a traduit le texte pendant deux heures ». за два часа mesure le délai au bout duquel le terme a été atteint et demande le perfectif : Он перевёл текст за два часа, « il a traduit le texte en deux heures ».
Les deux existent et ne disent pas la même chose. Я не читал эту книгу nie le fait : vous ne l’avez jamais ouvert. Я не прочитал эту книгу nie le terme : vous l’avez commencé et vous n’êtes pas allé au bout. De même, он мне не звонил constate l’absence d’appels, tandis que он мне не позвонил reproche un appel attendu qui n’est pas venu.
Parce que le résultat a été annulé. Le perfectif affirme un résultat qui tient encore ; dès que l’effet de l’action a été défait — on a ouvert, puis refermé —, l’imperfectif reprend la main. Le même mécanisme oppose приходил, « il est venu et reparti », à пришёл, « il est venu et il est là », et брал, « il a pris et rendu », à взял.
Par Ты читал эту книгу? si vous demandez simplement si la chose a eu lieu, c’est-à-dire si votre interlocuteur connaît ce livre. C’est la valeur de fait général, et elle est imperfective. Ты прочитал эту книгу? suppose un livre déjà entamé et demande s’il est terminé : la question porte alors sur un état d’avancement.
Toujours l’imperfectif, sans exception à retenir : Он начал читать, Он продолжал писать, Она закончила писать письмо. Le raisonnement se tient : si le verbe principal désigne déjà la borne de début ou de fin, l’infinitif n’a plus à la porter. стать et перестать suivent la même règle.
Le perfectif quand un résultat précis est visé — Я должен написать это письмо сегодня —, l’imperfectif quand il s’agit d’une activité à remplir. L’obligation négative retrouve l’imperfectif : Не надо ему звонить. Et нельзя change de sens selon l’aspect : suivi d’un imperfectif il interdit, suivi d’un perfectif il déclare la chose impossible. Voyez la page consacrée à l’aspect de l’infinitif.
Non. Quelques verbes sont biaspectuels et servent aux deux emplois avec une seule forme, comme использовать ispól’zovat’. D’autres n’ont aucun partenaire : стоить stóit’, « coûter », n’a pas de perfectif, et понадобиться ponádobit’sia n’a pas d’imperfectif. Ces cas sont minoritaires mais usuels.
Non, et c’est un piège fréquent. прочитать est bien le perfectif de читать, mais перечитать signifie « relire » et почитать « lire un moment » : ce sont d’autres verbes, avec leur propre paire. Un préfixe ajoute presque toujours un sens.
Par couples, dès le premier jour. Retenir покупать sans купить revient à ne connaître que la moitié du mot, puisque l’aspect se choisit avant de conjuguer. Les listes de vocabulaire russe présentent d’ailleurs toujours les deux formes ensemble.
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