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Cours de langues›L’aspect verbal

Perfectif et imperfectif : les deux visages de chaque verbe russe

Le russe n’a que trois temps. En contrepartie, presque chaque verbe existe en deux exemplaires, et il faut trancher entre les deux à chaque phrase.

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Deux verbes là où le français n’en a qu’un

Le verbe français « écrire » est un mot unique. On le conjugue, on le met à l’imparfait ou au passé composé, il demeure le même verbe. Le russe procède autrement. Il possède deux verbes, писать pissát’ et написать napissát’, qui signifient l’un et l’autre « écrire », qui ont chacun leur conjugaison complète, et qui ne sont pas interchangeables. Le premier est dit imperfectif, le second perfectif. Ensemble, ils forment une paire aspectuelle.

Ce dédoublement n’est pas la fantaisie de quelques verbes isolés : il traverse tout le lexique. Ouvrez un dictionnaire russe à n’importe quelle page de verbes et vous y trouverez des entrées jumelées, chacune renvoyant à l’autre. Les grammaires russes nomment cette catégorie вид vid, littéralement « la vue », et distinguent le несовершенный вид niessovierchénnyï vid, l’aspect imperfectif, du совершенный вид sovierchénnyï vid, l’aspect perfectif.

Quatorze paires aspectuelles courantes
ImperfectifPerfectifSens
делать diélat’сделать sdiélat’faire
писать pissát’написать napissát’écrire
читать tchitát’прочитать protchitát’lire
строить stróit’построить postróit’construire
готовить gotóvit’приготовить prigotóvit’préparer
смотреть smotriét’посмотреть posmotriét’regarder
покупать pokoupát’купить koupít’acheter
давать davát’дать dat’donner
решать riechát’решить riechít’résoudre, décider
открывать otkryvát’открыть otkrýt’ouvrir
отвечать otvietchát’ответить otviétit’répondre
вставать vstavát’встать vstat’se lever
говорить govorít’сказать skazát’dire
брать brat’взять vziat’prendre

Une conséquence pratique s’impose aussitôt. L’aspect ne se choisit pas au moment de conjuguer, comme on choisit une terminaison ; il se choisit avant, en même temps que le verbe. On décide d’abord duquel des deux verbes on parle, on le met ensuite au temps voulu. C’est pourquoi un vocabulaire russe s’apprend par couples : retenir покупать sans купить revient à ne connaître qu’une moitié du mot. La mécanique des terminaisons est exposée à la page les deux conjugaisons, et la vue générale du système verbal à la page comment le verbe fonctionne.

Ce que chaque aspect montre de l’action

L’opposition tient en une image. L’imperfectif regarde l’action de l’intérieur : il la montre en train de se dérouler, il s’installe dedans, et il ne dit rien de ses bornes. Le perfectif regarde l’action de l’extérieur : il la montre d’un seul bloc, avec son commencement et sa fin, et il affirme que son terme a été atteint — ou qu’il le sera.

Autrement dit, l’aspect ne porte pas sur l’événement, mais sur le regard que la phrase porte sur lui. Deux regards sont possibles, et deux seulement. Le premier s’intéresse au déroulement : il suit l’action pendant qu’elle occupe du temps, il la montre en cours, répétée ou habituelle, et il laisse ouverte la question de savoir si elle a abouti. Le second s’intéresse au résultat atteint : il saute le déroulement, se place après coup, et constate que la chose est faite. Le même fait, la même journée, la même lettre peuvent donc se dire des deux façons, selon ce que le locuteur veut faire entendre.

Deux regards sur une même action
Le regardL’aspect employéCe que la phrase affirmeCe qu’elle laisse ouvert
le déroulementimperfectifque l’action a occupé du temps, ou qu’elle revenaitsi elle a abouti
le résultat atteintperfectifque le terme est franchi et que l’effet existecomment on y est arrivé

Le mot décisif est « affirme ». Le perfectif ajoute une information que l’imperfectif ne donne pas. Comparez deux phrases que le français traduirait parfois par les mêmes mots.

  • Он писал письмо. On pissál pis’mó. — Il écrivait une lettre : on le voit à sa table, rien n’est dit de la lettre.
  • Он написал письмо. On napissál pis’mó. — Il a écrit la lettre : elle est terminée.
  • Я читал книгу. Ia tchitál knígou. — Je lisais le livre, j’étais dedans.
  • Я прочитал книгу. Ia protchitál knígou. — J’ai lu le livre, jusqu’au bout.
  • Она открывала дверь. Oná otkryvála dvier’. — Elle ouvrait la porte, on la voit s’y employer.
  • Она открыла дверь. Oná otkrýla dvier’. — Elle a ouvert la porte : la porte est ouverte.
  • Мы строили дом. My stróili dom. — Nous construisions une maison.
  • Мы построили дом. My postróili dom. — Nous avons construit la maison, elle est debout.
  • Он решал задачу. On riechál zadátchou. — Il travaillait sur le problème.
  • Он решил задачу. On riechíl zadátchou. — Il a résolu le problème.
  • Она давала мне ключ. Oná davála mnie klioutch. — Elle me donnait la clé.
  • Она дала мне ключ. Oná dalá mnie klioutch. — Elle m’a donné la clé.

Observez ce qui distingue chaque couple : ce n’est pas le moment, ce n’est pas la durée, ce n’est pas la certitude. C’est le point de vue adopté sur un même événement. Une seule et même journée de travail peut se raconter des deux façons, selon que l’on veut faire voir le déroulement ou annoncer le résultat. L’aspect appartient au locuteur, non aux faits.

C’est aussi ce qui explique la phrase suivante, parfaitement banale en russe et contradictoire en apparence :

  • Он писал письмо, но не закончил его. On pissál pis’mó, no nie zakóntchil iegó. — Il écrivait la lettre, mais il ne l’a pas finie.

L’imperfectif ne promet aucun terme ; la suite peut donc le refuser sans heurt. Avec написал, la même phrase serait absurde, car le verbe aurait déjà déclaré la lettre achevée.

Cette page définit l’opposition ; elle ne dit pas laquelle des deux formes employer. Savoir ce que signifie chaque aspect ne suffit pas à trancher dans une phrase réelle : il y faut des questions à se poser, des indices à repérer dans le contexte, et quelques habitudes fixes de la langue. Tout cela est rassemblé à la page choisir l’aspect, qui est le terme de cette famille. Les pages intermédiaires traitent chacune un terrain particulier.

Rien ne remplace la lecture de phrases entières. Voici seize paires de plus, chacune donnée deux fois : une fois au regard du déroulement, une fois au regard du résultat. Lisez-les à voix haute, l’une après l’autre, et guettez le moment où la différence cesse de vous demander un effort.

Seize paires, en phrases complètes

Prenez le temps de remarquer que la traduction française change peu, parfois pas du tout : c’est bien la preuve que le français ne porte pas cette distinction, et qu’il faut l’entendre ailleurs que dans la traduction.

Un détail mérite l’attention dans la onzième paire. два часа dva tchassá, sans préposition, mesure une durée que l’action a remplie, et appelle l’imperfectif ; за два часа za dva tchassá, avec la préposition, mesure le délai au bout duquel le terme a été atteint, et appelle le perfectif. « Pendant deux heures » et « en deux heures » se distinguent donc en russe par deux moyens à la fois, la préposition et l’aspect, qui vont toujours ensemble. Le détail des prépositions et des cas qu’elles gouvernent est à la page prépositions et cas.

Trois temps, et un présent qui manque

L’aspect n’est pas un temps, et la confusion est la première erreur du francophone. Le russe ne connaît que trois temps : le présent, le passé, le futur. Là où le français aligne l’imparfait, le passé simple, le passé composé et le plus-que-parfait, le russe n’a qu’une forme de passé — mais il en a deux versions, une par aspect.

De là un fait structurel qu’il faut accepter tôt : le perfectif n’a pas de présent. Le raisonnement est simple. Le présent décrit ce qui est en train de se produire au moment où l’on parle ; or une action en cours n’a pas atteint son terme, ce qui contredit le sens même du perfectif. Le paradigme est donc incomplet, et la case reste vide.

Les formes disponibles pour la paire делать / сделать
TempsImperfectif делатьPerfectif сделать
Infinitifделать diélat’сделать sdiélat’
Présentя делаю ia diélaiou — je faisaucune forme
Passéя делал ia diélal — je faisaisя сделал ia sdiélal — j’ai fait
Futurя буду делать ia boúdou diélat’ — je feraiя сделаю ia sdiélaiou — je ferai

Lisez la dernière ligne avec attention, car elle surprend toujours. Les terminaisons de сделаю sont exactement celles du présent de делаю ; mais comme le perfectif n’a pas de présent, cette forme ne peut désigner que l’avenir. Le russe obtient ainsi deux futurs de nature différente : un futur composé, réservé à l’imperfectif, avec l’auxiliaire быть byt’ suivi de l’infinitif, et un futur simple, qui n’est autre que la conjugaison ordinaire du perfectif.

Notez que l’auxiliaire быть n’accepte jamais un infinitif perfectif : буду читать se dit, буду прочитать ne se dit pas. La formation de ces deux futurs est détaillée à la page les deux futurs, celle du passé à la page le passé.

Ce que signifie réellement le « présent » du perfectif

Il vaut la peine d’insister, car cette forme se présente partout et déroute longtemps. Une forme comme напишу, прочитаю, позвоню ressemble en tout point à un présent : mêmes terminaisons, même conjugaison. Elle n’en est pas un. Elle dit : « le terme sera atteint ». Autrement dit, la case vide du présent n’a pas été comblée par une autre forme, elle a été réaffectée au futur.

C’est de là que vient un piège de traduction qu’il faut connaître tôt. Après когда kogdá et если iésli, là où le français emploie le présent ou le futur antérieur, le russe met le futur. Le francophone, qui traduit mot à mot, écrit un présent et se trompe d’une façon que l’oreille russe relève aussitôt.

Dans les deux cas, les deux verbes sont au futur en russe, et perfectifs tous les deux, parce que chacun annonce un terme atteint. Cette solidarité des temps entre la proposition principale et la subordonnée est traitée à la page la concordance des temps.

Un avertissement, et il est sérieux. Il est tentant de poser l’équation « imperfectif = imparfait, perfectif = passé composé ». Elle fonctionne assez souvent pour s’installer, et elle échoue assez souvent pour faire des dégâts durables. Le temps français ne détermine pas l’aspect russe : une même phrase au passé composé se rend tantôt par l’un, tantôt par l’autre, et le choix dépend de ce que l’on veut faire entendre. Le russe, de son côté, oppose les deux aspects au passé, au futur et jusqu’à l’impératif. Ces trois terrains ont leur page : l’aspect au passé, l’aspect au futur, l’aspect à l’impératif.

Comment les deux membres d’une paire sont apparentés

Les deux verbes d’une paire se ressemblent presque toujours, mais le lien de forme qui les unit n’est pas unique. Le russe emploie trois procédés, et cette page se borne à les nommer.

Un préfixe ajouté

L’imperfectif est le verbe nu, le perfectif reçoit un préfixe : делать donne сделать, писать donne написать, строить donne построить. C’est le procédé le plus visible, et le plus trompeur : la plupart des préfixes russes portent un sens propre et fabriquent un autre verbe, non un partenaire d’aspect.

Un suffixe ajouté

Le mouvement s’inverse. Le verbe de départ est déjà perfectif — le plus souvent parce qu’il porte un préfixe —, et c’est l’imperfectif qu’il faut fabriquer, au moyen d’un suffixe : рассказать rasskazát’ donne рассказывать rasskázyvat’, et ответить donne отвечать. Le procédé joue aussi sur des perfectifs qui ne portent aucun préfixe : решить donne решать.

Deux racines sans rapport

Quelques paires très fréquentes réunissent deux verbes étrangers l’un à l’autre : говорить et сказать, брать et взять, класть klast’ et положить polojít’. On les appelle des paires supplétives ; elles s’apprennent telles quelles.

Deux effets secondaires méritent d’être signalés, parce qu’ils s’entendent. Le suffixe déplace souvent l’accent — rasskazát’ mais rasskázyvat’ — et il provoque parfois une alternance de consonne à la fin du radical : ответить otviétit’ face à отвечать otvietchát’. Ces deux phénomènes sont traités aux pages l’accent mobile du verbe et les alternances du radical.

Pour le détail des procédés, deux pages prennent le relais : perfectiver par un préfixe, qui examine la question délicate du préfixe « vide », et suffixes et paires supplétives, qui recense les suffixes et les couples irréguliers.

Exercez-vous

Retrouvez le partenaire d’aspect, puis la forme que le système autorise. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. делать → ___ (le perfectif de « faire »)
  2. писать → ___ (le perfectif de « écrire »)
  3. читать → ___ (le perfectif de « lire »)
  4. покупать → ___ (le perfectif de « acheter »)
  5. вставать → ___ (le perfectif de « se lever »)
  6. говорить → ___ (le perfectif de « dire »)
  7. брать → ___ (le perfectif de « prendre »)
  8. класть → ___ (le perfectif de « poser »)
  9. Сейчас я ___ письмо. (En ce moment j’écris une lettre.)
  10. Что ты сейчас ___? (Que fais-tu en ce moment ?)
  11. Я ___ это завтра. (Je ferai cela demain, et ce sera fait.)
  12. смотреть → ___ (le perfectif de « regarder »)
  13. Я буду ___ книгу весь вечер. (Je lirai le livre toute la soirée.)
  14. Он ___ письмо, но не закончил его. (Il écrivait la lettre, mais il ne l’a pas finie.)
  15. Он ___ письмо и отправил его. (Il a écrit la lettre et l’a envoyée.)
  16. Я сейчас ___ задачу. (En ce moment je résous le problème.)
  17. Она ___ дверь. (Elle ouvrait la porte, on la voit s’y employer.)
  18. Она ___ дверь. (Elle a ouvert la porte : la porte est ouverte.)
  19. Он ___ мне ключ. (Il m’a donné la clé, et je l’ai toujours.)
  20. читать → ___ (le perfectif de « lire », et non « lire un moment » ni « relire »)
  21. рассказать → ___ (l’imperfectif de « raconter »)
  22. ответить → ___ (l’imperfectif de « répondre »)
  23. ___ (le verbe biaspectuel : une seule forme pour les deux aspects)
  24. ___ (le verbe imperfectif qui n’a aucun perfectif)
  25. ___ (le verbe perfectif qui n’a aucun imperfectif)
  26. Я ___ письмо завтра. (Demain j’écrirai la lettre, et elle sera finie.)

L’aspect appartient au locuteur, disions-nous. C’est vrai du principe, mais la langue a fixé des habitudes, et certains contextes ne laissent plus le choix. En connaître la liste fait gagner des mois : dans la plupart des phrases, le contexte décide avant vous.

Les contextes qui imposent l’imperfectif

Tous se ramènent à la même idée. Dès que la phrase s’intéresse au temps occupé par l’action, au nombre de fois qu’elle a eu lieu, ou au simple fait qu’elle ait eu lieu, le résultat cesse d’être le propos, et l’imperfectif devient obligatoire.

Neuf contextes où l’imperfectif est seul possible
Le contexteCe que la phrase fait entendreExemple
le déroulementl’action est saisie en cours, à un moment donnéКогда я вошёл, он читал книгу. Kogdá ia vochól, on tchitál knígou.
la répétitionl’action a eu lieu plusieurs foisОн звонил мне каждый вечер. On zvoníl mnie kájdyï viétcher.
le fait généralseul compte que la chose ait eu lieu un jourТы читал эту книгу? Ty tchitál ètou knígou ?
la simultanéitédeux actions occupent le même tempsПока она готовила ужин, дети играли. Poká oná gotóvila oújin, diéti igráli.
après un verbe de phasecommencer, continuer, finir, cesser portent déjà les bornesОн начал читать новую книгу. On nátchal tchitát’ nóvouiou knígou.
avec un adverbe de duréele temps occupé est mesuréОн переводил текст два часа. On pierievodíl tiekst dva tchassá.
avec un adverbe de fréquenceles occasions sont comptées, ou données comme habituellesОн часто забывал ключи. On tchásto zabyvál klioutchí.
le résultat annulél’action a eu lieu et son effet a ensuite été défaitУтром он открывал окно, а потом закрыл его. Oútrom on otkryvál oknó, a potóm zakrýl iegó.
l’interdictionun ordre négatif qui défend de faire la choseНе открывай окно! Nie otkryváï oknó !

La cinquième ligne mérite une insistance, parce qu’elle est absolue. Les verbes qui marquent le début, la suite ou la fin d’une action — начать natchát’, стать stat’, продолжать prodolját’, закончить zakóntchit’, перестать pieriestát’ — exigent un infinitif imperfectif, sans exception à retenir. Le raisonnement se tient : si le verbe principal désigne déjà la borne, l’infinitif n’a plus à la porter.

Les contextes qui imposent le perfectif

Le versant opposé se laisse décrire tout aussi brièvement. Dès que la phrase s’intéresse à ce que l’action a produit, ou qu’elle la traite comme un point sur une ligne, le perfectif devient obligatoire.

Huit contextes où le perfectif est seul possible
Le contexteCe que la phrase fait entendreExemple
le résultat uniquel’action a eu lieu une fois et a aboutiМама приготовила ужин. Máma prigotóvila oújin.
la suite d’actionschaque action se referme avant la suivanteОн встал, оделся и вышел. On vstal, odiélsia i výchel.
le soudainun événement ponctuel fait irruptionВдруг зазвонил телефон. Vdroug zazvoníl tieliefón.
le résultat encore valablel’effet de l’action dure au moment où l’on parleСестра пришла, она в комнате. Siestrá prichlá, oná v kómnatie.
le terme atteint dans un délaila préposition за mesure le temps qu’il a falluОн перевёл текст за два часа. On pierieviól tiekst za dva tchassá.
l’action attendue qui manquela négation porte sur un résultat qu’on espéraitОн мне не позвонил, хотя обещал. On mnie nie pozvoníl, khotiá obiechtchál.
la subordonnée au futuraprès когда ou если, un terme à franchir d’abordКогда я напишу письмо, я тебе позвоню. Kogdá ia napichoú pis’mó, ia tiebié pozvonioú.
l’obligation d’aboutirun modal qui vise un résultat précisЯ должен написать это письмо сегодня. Ia dóljen napissát’ èto pis’mó siegódnia.

La deuxième ligne est celle qui transforme le plus vite un récit maladroit en récit russe. Dans une narration, les perfectifs font avancer l’histoire, pas à pas, chaque verbe refermant le précédent ; les imperfectifs, eux, peignent le décor autour de cette ligne. Nous y revenons plus bas.

La quatrième ligne vaut la peine d’être lue deux fois, car elle explique une habitude russe que le français n’a pas. Сестра пришла ne dit pas seulement qu’elle est venue : cela dit qu’elle est là. Si elle était repartie, la phrase changerait d’aspect, et nous verrons pourquoi au paragraphe du résultat annulé. Le choix de l’aspect au passé, avec ses cas limites, est détaillé à la page l’aspect au passé.

Les adverbes qui annoncent l’aspect

Voici le raccourci le plus rentable de tout le chapitre. Beaucoup d’adverbes et de compléments de temps appellent un aspect avant même que le verbe soit prononcé. Les repérer dispense de raisonner : on les entend, et la moitié de la décision est prise.

Les indices de temps et l’aspect qu’ils appellent
IndiceTranscriptionSensAspect appelé
долгоdólgolongtempsimperfectif
частоtchástosouventimperfectif
редкоriédkorarementimperfectif
иногдаinogdáparfoisimperfectif
обычноobýtchnod’habitudeimperfectif
всегдаvsiegdátoujoursimperfectif
каждый деньkájdyï dien’chaque jourimperfectif
по вечерамpo vietcherámle soir, les soirsimperfectif
весь вечерvies’ viétchertoute la soiréeimperfectif
два часаdva tchassápendant deux heuresimperfectif
никогда неnikogdá niejamaisimperfectif
вдругvdrougsoudainperfectif
неожиданноnieojídannoà l’improvisteperfectif
наконецnakoniétsenfinperfectif
сразуsrázoutout de suiteperfectif
за два часаza dva tchassáen deux heuresperfectif
ужеoujédéjà, avec un résultat acquisperfectif le plus souvent

Deux réserves honnêtes, car un tableau n’est pas une loi. уже penche fortement du côté du perfectif quand il annonce un résultat, mais il se rencontre aussi avec un imperfectif pour dire qu’une action est déjà en cours. Et никогда не demande l’imperfectif tant qu’il s’agit de nier une expérience ; là encore, ce n’est pas une interdiction grammaticale, mais l’usage de très loin dominant. La page choisir l’aspect reprend ces indices en les hiérarchisant, et la page les particules traite des petits mots qui colorent la phrase sans en changer la grammaire.

Exercice 1 : l’adverbe décide

Chaque phrase contient un indice de temps. Repérez-le d’abord, choisissez ensuite. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Он ___ мне каждый вечер. (Il m’appelait chaque soir.)
  2. Вдруг ___ телефон. (Soudain le téléphone se mit à sonner.)
  3. Он ___ эту книгу два часа. (Il a lu ce livre pendant deux heures.)
  4. Он ___ эту книгу за два часа. (Il a lu ce livre en deux heures.)
  5. Мы обычно ___ дома. (Nous déjeunons d’habitude à la maison.)
  6. Наконец он ___ задачу. (Il a enfin résolu le problème.)
  7. Она долго ___ ужин. (Elle a longtemps préparé le dîner.)
  8. Она уже ___ ужин, можно садиться за стол. (Elle a déjà préparé le dîner.)
  9. Он часто ___ ключи. (Il oubliait souvent ses clés.)
  10. Сегодня он ___ ключи дома. (Aujourd’hui il a oublié ses clés à la maison.)
  11. По вечерам он ___ телевизор. (Le soir il regardait la télévision.)

Le fait général : « as-tu lu ce livre ? »

Voici un emploi de l’imperfectif qui surprend tous les francophones, parce qu’il semble contredire ce qu’on vient d’apprendre. Quand la phrase ne demande rien d’autre que de savoir si une chose a eu lieu, sans s’intéresser le moins du monde à son déroulement ni à son résultat, le russe emploie l’imperfectif. Les grammaires appellent cela la valeur de fait général : le verbe se contente de nommer l’événement, comme on cocherait une case.

  • Ты читал эту книгу? Ty tchitál ètou knígou ? — As-tu lu ce livre ? Connais-tu ce livre ?
  • Ты прочитал эту книгу? Ty protchitál ètou knígou ? — As-tu fini ce livre ? Celui que tu avais commencé.
  • Вы смотрели этот фильм? Vy smotriéli ètot fil’m ? — Avez-vous vu ce film ?
  • Ты обедал? Ty obiédal ? — As-tu déjeuné ?
  • Я учил русский язык в школе. Ia outchíl roússkiï iazýk v chkólie. — J’ai appris le russe à l’école.

La différence entre les deux premières phrases est importante dans la vie courante. Ты читал эту книгу? est une question sur votre expérience de lecteur : l’avez-vous lu, en avez-vous entendu parler de l’intérieur. On y répond par Да, читал Da, tchitál. Ты прочитал эту книгу? suppose un livre déjà entamé et demande s’il est terminé ; la réponse porte alors sur un état d’avancement. Le premier est une question de culture, le second une question de progression.

Notez que la dernière phrase du groupe, Я учил русский язык в школе, ne dit absolument rien de ce que vous savez aujourd’hui. Elle constate une occupation passée. Avec выучил, vous affirmeriez au contraire avoir appris le russe, c’est-à-dire le savoir. Deux phrases presque identiques, deux déclarations très différentes.

Le résultat annulé

Second emploi déroutant de l’imperfectif, et peut-être le plus élégant du système. Quand une action a bien été menée à son terme, mais que son effet a ensuite été défait, le russe repasse à l’imperfectif. Non pas parce que l’action n’a pas abouti, mais parce que le résultat n’est plus là pour être affirmé.

Les deux questions sur la fenêtre se traduisent de la même façon en français, et elles ne disent pas la même chose en russe. Avec открывал, la fenêtre est refermée au moment où l’on parle : on cherche la cause du froid, non le coupable d’un désordre présent. Avec открыл, la fenêtre est encore ouverte, et c’est bien ce qui motive la demande. Le même raisonnement sépare приходила de пришла, et брал de взял.

Retenez la formule : le perfectif affirme un résultat qui tient encore ; dès que ce résultat a été annulé, l’imperfectif reprend la main. C’est pourquoi les verbes d’aller et de venir, où l’effet est si facile à défaire — on vient, on repart —, fournissent les exemples les plus nets. Ces verbes forment d’ailleurs un système à part, croisant l’aspect avec une autre opposition : voyez les verbes de mouvement.

Exercice 2 : le fait général et le résultat annulé

Demandez-vous si le résultat tient encore au moment où l’on parle. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. — Вы ___ этот фильм? — Смотрели, давно. (Avez-vous vu ce film ? — simple question sur le fait.)
  2. Мы ___ весь фильм и пошли спать. (Nous avons regardé tout le film et sommes allés dormir.)
  3. Кто-то ___ мой словарь, но потом вернул его. (Quelqu’un a pris mon dictionnaire, puis l’a rendu.)
  4. Кто ___ мой словарь? Его нет на столе. (Qui a pris mon dictionnaire ? Il n’est plus là.)
  5. Утром он ___ окно, а потом закрыл его. (Le matin il a ouvert la fenêtre, puis l’a refermée.)
  6. — Ты ___? — Да, в столовой. (As-tu déjeuné ? — on demande le fait.)
  7. Мы быстро ___ и пошли в парк. (Nous avons déjeuné vite et sommes allés au parc.)
  8. Ко мне вчера ___ сестра. (Ma sœur est venue me voir hier, puis est repartie.)
  9. Сестра ___, она в комнате. (Ma sœur est arrivée, elle est dans la pièce.)
  10. Он ___ мне эту книгу два раза. (Il m’a donné ce livre deux fois.)
  11. Я ___ русский язык в школе. (J’ai appris le russe à l’école.)

Sous la négation, l’aspect change le sens

C’est l’endroit où l’opposition devient la plus utile, et celui où le francophone perd le plus de nuances sans s’en apercevoir. « Je n’ai pas lu ce livre » se dit de deux façons en russe, et ces deux façons ne veulent pas dire la même chose.

Le mécanisme est limpide dès qu’on l’a vu une fois. L’imperfectif nie le fait : l’action n’a pas eu lieu du tout. Le perfectif nie le terme : l’action a eu lieu, mais elle n’a pas abouti. Dire не прочитал suppose donc qu’on a lu quelque chose, puisqu’on avoue n’avoir pas tout lu.

La même logique sépare deux reproches très différents. Он мне не звонил constate qu’aucun appel n’est venu de lui, sur une période. Он мне не позвонил suppose un appel précis, attendu, promis peut-être, et qui n’a pas eu lieu : la phrase contient un reproche que l’autre n’a pas.

Ce que la négation nie, selon l’aspect
PhraseTranscriptionCe qui est nié
Я не читал эту книгу.Ia nie tchitál ètou knígou.le fait même : la lecture n’a pas eu lieu
Я не прочитал эту книгу.Ia nie protchitál ètou knígou.le terme : la lecture a eu lieu, pas son achèvement
Он мне не звонил.On mnie nie zvoníl.aucun appel de sa part, sur toute la période
Он мне не позвонил.On mnie nie pozvoníl.un appel attendu, qui n’est pas venu
Он не отвечал на мои письма.On nie otvietchál na moí pís’ma.une série de lettres laissées sans réponse
Он не ответил на мой вопрос.On nie otviétil na moï voprós.une réponse précise, qui n’est pas venue
Не открывай окно!Nie otkryváï oknó !l’action est défendue : ne fais pas cela

La dernière ligne introduit un terrain voisin. À l’impératif, la négation choisit elle aussi son aspect, et la règle y est encore plus tranchée : un ordre négatif qui interdit se met à l’imperfectif, tandis qu’un perfectif nié à l’impératif prend la valeur d’un avertissement, du genre « attention, ne va pas faire cela par accident ». Le détail, avec ses formules figées, appartient à la page l’aspect à l’impératif ; la formation des deux impératifs est à la page former l’impératif. Les règles générales de la négation russe, avec le génitif qu’elle entraîne parfois, sont exposées à la page la négation.

Exercice 3 : nier le fait ou nier le terme

Lisez la phrase entière : la seconde moitié vous dit ce que la négation porte. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Я ___ эту книгу — я её даже не открывал. (Je n’ai pas lu ce livre, je ne l’ai même pas ouvert.)
  2. Я ___ эту книгу: осталось двадцать страниц. (Je n’ai pas fini ce livre : il reste vingt pages.)
  3. Он мне вчера ___, хотя обещал. (Il ne m’a pas appelé hier, alors qu’il l’avait promis.)
  4. Он мне никогда ___. (Il ne m’a jamais appelé.)
  5. Не ___ окно, на улице холодно. (N’ouvre pas la fenêtre, il fait froid dehors.)
  6. Я ещё не ___ уроки. (Je n’ai pas encore fait mes devoirs.)
  7. Он не ___ на мой вопрос. (Il n’a pas répondu à ma question.)
  8. Он долго не ___ на мои письма. (Longtemps il n’a pas répondu à mes lettres.)
  9. Я не ___ этот текст, я его даже не начинал. (Je n’ai pas traduit ce texte, je ne l’ai même pas commencé.)
  10. Я не ___ этот текст до конца. (Je n’ai pas traduit ce texte jusqu’au bout.)

Dans un récit : la ligne et le fond

Rien ne révèle mieux le fonctionnement de l’aspect qu’un petit récit. Deux rôles s’y partagent le travail. Les perfectifs forment la ligne de l’histoire : chaque verbe accomplit une étape et laisse la place au suivant, de sorte que le récit avance. Les imperfectifs peignent le fond : ils décrivent ce qui durait déjà, ce qui se passait autour, ce qui revenait régulièrement.

Deux conjonctions vous aident à reconnaître le rôle de chaque verbe. Когда kogdá suivi d’un perfectif marque le point où la scène tourne ; suivi d’un imperfectif, il installe un cadre dans lequel autre chose arrive. Пока poká, « pendant que », demande deux imperfectifs, puisqu’il affirme précisément que les deux actions se recouvrent. Les règles des propositions subordonnées sont réunies à la page les subordonnées.

Un conseil de méthode, pour écrire du russe plutôt que du français en russe : quand vous racontez, demandez-vous à chaque verbe si vous faites avancer l’histoire ou si vous décrivez. Avancer, c’est le perfectif. Décrire, c’est l’imperfectif. Cette seule question tranche la grande majorité des phrases d’un récit, et l’ordre des mots, qui met en relief ce qui compte, s’y ajoute : voyez l’ordre des mots.

Exercice 4 : raconter

Demandez-vous si le verbe fait avancer le récit ou s’il décrit le fond. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Вчера я ___ в шесть часов, оделся и вышел. (Hier je me suis levé à six heures.)
  2. Раньше я всегда ___ в шесть часов. (Avant, je me levais toujours à six heures.)
  3. Когда я ___ в комнату, он читал книгу. (Quand je suis entré dans la pièce.)
  4. Когда я вошёл, он ___ книгу. (il lisait un livre.)
  5. Он ___ письмо, положил его в конверт и вышел. (Il a écrit la lettre, l’a mise dans une enveloppe et est sorti.)
  6. Весь вечер он ___ письмо. (Toute la soirée il a écrit une lettre.)
  7. Она ___ окно, посмотрела на улицу и села за стол. (Elle a ouvert la fenêtre, regardé la rue et s’est assise.)
  8. Пока она ___ ужин, дети играли. (Pendant qu’elle préparait le dîner, les enfants jouaient.)
  9. Она ___ ужин, и мы сели за стол. (Elle a préparé le dîner, et nous nous sommes mis à table.)
  10. Он ___ домой, поужинал и лёг спать. (Il est rentré, a dîné et s’est couché.)
  11. Раньше он часто ___ домой поздно. (Avant, il rentrait souvent tard.)

Cinq dialogues où le même verbe change de camp

Dans la conversation courante, les deux aspects d’un même verbe se répondent souvent d’une réplique à l’autre, et c’est ce va-et-vient qui apprend le mieux la différence. Lisez chaque échange à voix haute, en vous arrêtant sur le moment où l’aspect bascule.

Le livre commencé

  • — Ты читал эту книгу? — Ty tchitál ètou knígou ? — As-tu lu ce livre ?
  • — Читал, но не прочитал. — Tchitál, no nie protchitál. — Je l’ai lu, enfin commencé, mais je ne l’ai pas fini.

La réponse serait intraduisible mot à mot et elle est parfaitement claire en russe : oui pour le fait, non pour le terme. Aucun francophone ne trouvera cela tout seul.

La fenêtre

  • — Кто открывал окно? В комнате холодно. — Kto otkryvál oknó ? V kómnatie khólodno. — Qui a ouvert la fenêtre ? Il fait froid ici.
  • — Я открывал, но потом закрыл. — Ia otkryvál, no potóm zakrýl. — C’est moi, mais je l’ai refermée ensuite.

La fenêtre est fermée au moment où l’on parle : les deux répliques emploient donc l’imperfectif pour l’ouverture, et le perfectif pour la fermeture, dont l’effet dure.

Les devoirs

  • — Ты сделал уроки? — Ty sdiélal ouróki ? — As-tu fait tes devoirs ?
  • — Ещё нет, я их делаю. — Iechtchó niet, ia ikh diélaiou. — Pas encore, je suis en train de les faire.

La question réclame un résultat, donc le perfectif. La réponse décrit une action en cours : seul l’imperfectif en est capable, puisque le perfectif n’a pas de présent.

La visite

  • — К тебе приходил брат? — K tiebié prikhodíl brat ? — Ton frère est venu te voir ?
  • — Приходил, но уже ушёл. — Prikhodíl, no oujé ouchól. — Oui, mais il est déjà parti.

Si le frère était encore là, la question se poserait au perfectif — Брат пришёл? Brat prichól ? — et la réponse serait Да, он в комнате Da, on v kómnatie.

L’appel

  • — Ты ему звонил? — Ty iemoú zvoníl ? — Tu lui as téléphoné ?
  • — Звонил, но он не ответил. — Zvoníl, no on nie otviétil. — Oui, mais il n’a pas répondu.

L’appel a bien eu lieu et n’a rien produit : l’imperfectif convient, puisqu’il se contente du fait. Si l’appel avait abouti, on dirait Я ему позвонил Ia iemoú pozvoníl, et l’interlocuteur comprendrait que le message est passé.

Exercice 5 : dans la conversation

Chaque réplique vous dit si le résultat compte ou non. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. — Ты ___ эту книгу? — Читал, но не до конца. (As-tu lu ce livre ? — on demande le fait.)
  2. — Ты ___ эту книгу? — Да, вчера закончил. (As-tu fini ce livre ? — on demande le résultat.)
  3. — Кто ___ окно? В комнате холодно. (Qui a ouvert la fenêtre ? — elle est refermée.)
  4. — Кто ___ окно? Закройте его, пожалуйста. (Qui a ouvert la fenêtre ? — elle est encore ouverte.)
  5. — Ты ___ уроки? — Ещё нет. (As-tu fait tes devoirs ?)
  6. — Что ты ___ вечером? — Писал письмо. (Que faisais-tu hier soir ?)
  7. — К тебе ___ брат? — Приходил, но уже ушёл. (Ton frère est venu te voir ?)
  8. — Брат уже ___? — Да, он в комнате. (Ton frère est-il déjà arrivé ?)
  9. — Ты ему ___? — Звонил, но он не ответил. (Tu lui as téléphoné ? — sans résultat.)
  10. — Ты ему ___? — Да, он всё знает. (Tu lui as téléphoné ? — le message est passé.)
  11. — Где ты ___ эту книгу? — В магазине на нашей улице. (Où as-tu acheté ce livre ?)

Après un verbe modal, l’infinitif choisit aussi son camp

Un dernier terrain, et il revient constamment : l’infinitif. Dès qu’une phrase contient « je veux », « je dois », « il faut », « on ne peut pas », l’infinitif qui suit doit être soit perfectif, soit imperfectif, et le choix se fait selon les mêmes principes — avec, en prime, quelques habitudes fixes qu’il vaut mieux connaître d’emblée.

L’aspect de l’infinitif selon la tête de phrase
Tête de phraseAspect de l’infinitifExemple
начать, статьimperfectif, sans exceptionОн начал читать новую книгу.
продолжатьimperfectif, sans exceptionОн продолжал писать письмо.
закончить, перестатьimperfectif, sans exceptionОна закончила писать письмо.
любитьimperfectif : un goût pour une occupationЯ люблю читать по вечерам.
хотетьles deux, selon ce qui est viséЯ хочу прочитать эту книгу.
должен, надо, нужноperfectif quand un résultat est viséЯ должен написать это письмо.
не надо, не нужноimperfectifНе надо ему звонить.
нельзя + imperfectifinterdiction : c’est défenduЗдесь нельзя курить.
нельзя + perfectifimpossibilité : on n’y arrive pasЭту книгу нельзя найти.

Les deux dernières lignes constituent l’un des tours les plus utiles de la langue parlée, et l’un des plus mal compris des débutants. Le même mot нельзя nielziá dit deux choses selon l’aspect de l’infinitif qui le suit. Здесь нельзя курить Zdies’ nielziá kourít’ signifie qu’il est interdit de fumer ici ; Эту книгу нельзя найти Ètou knígou nielziá naïtí signifie que ce livre est introuvable. Personne ne vous le défend : la chose est simplement impossible.

Remarquez la symétrie des deux derniers exemples. L’obligation positive vise un appel qui aboutit, donc un perfectif ; l’obligation négative défend une activité, et retrouve l’imperfectif, exactement comme l’ordre négatif rencontré plus haut. Ce parallèle entre la négation et l’interdiction traverse toute la grammaire russe.

Ce terrain a sa page entière, avec la liste des verbes qui imposent l’un ou l’autre aspect et les tournures impersonnelles qui s’y rattachent : l’aspect de l’infinitif après un modal. Les constructions sans sujet grammatical du type надо ou нельзя sont par ailleurs décrites à la page les tournures impersonnelles.

Exercice 6 : l’infinitif après un modal

Certains verbes imposent leur aspect, d’autres laissent le sens décider. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Я хочу ___ эту книгу до конца. (Je veux lire ce livre jusqu’au bout.)
  2. Я люблю ___ по вечерам. (J’aime lire le soir.)
  3. Он начал ___ новую книгу. (Il a commencé un nouveau livre.)
  4. Он продолжал ___ письмо. (Il continuait d’écrire la lettre.)
  5. Он перестал мне ___. (Il a cessé de m’appeler.)
  6. Я должен ___ это письмо сегодня. (Je dois écrire cette lettre aujourd’hui.)
  7. Здесь нельзя ___. (Ici il est interdit de fumer.)
  8. Эту книгу нельзя ___ в магазине. (On ne peut pas trouver ce livre en magasin.)
  9. Не надо ему ___, он спит. (Il ne faut pas l’appeler, il dort.)
  10. Надо ему ___ сегодня: он ждёт. (Il faut l’appeler aujourd’hui : il attend.)
  11. Он стал ___ по-русски лучше. (Il s’est mis à mieux parler russe.)

Les verbes qui débordent du cadre

Le système est régulier dans son principe, moins dans ses marges. Trois écarts reviennent assez souvent pour être connus dès l’abord.

Les verbes biaspectuels. Une même forme sert aux deux aspects, et seul le contexte départage. Ils sont peu nombreux, mais usuels, et beaucoup appartiennent à la famille des emprunts en -овать.

Les verbes sans partenaire. Certains verbes d’état n’ont pas de perfectif, faute d’un terme à atteindre : стоить stóit’, « coûter », n’en possède aucun. Le manque joue aussi dans l’autre sens : понадобиться ponádobit’sia, « s’avérer nécessaire », est perfectif et n’a jamais reçu d’imperfectif. La page les verbes sans paire réunit ces deux catégories.

Les faux partenaires. C’est le piège le plus coûteux. Un verbe préfixé n’est pas automatiquement le perfectif du verbe simple : il a souvent son sens à lui, et sa propre paire.

Aucun des trois derniers ne traduit simplement « écrire ». Ce sont des verbes à part entière, chacun avec son imperfectif en -ывать : переписывать, подписывать, записывать. La valeur propre de chaque préfixe est examinée à la page perfectiver par un préfixe.

Où l’aspect se joue ensuite

L’aspect n’est pas un chapitre que l’on referme : il revient dans chaque phrase, et il se pose différemment selon le terrain. Voici la suite du parcours.

Les formes. Comment se fabrique une paire : par un préfixe, par un suffixe ou par supplétion, et les verbes qui n’entrent dans aucune paire.

Les emplois. L’opposition au passé, au futur, à l’impératif, et après un verbe modal, où l’infinitif doit lui aussi choisir son camp.

La décision. Choisir l’aspect rassemble les questions à se poser et les indices du contexte. C’est la page vers laquelle tout ce qui précède converge.

Un système qui se superpose. Les verbes de mouvement croisent l’aspect avec une seconde opposition, propre à eux seuls. Réservez-les pour plus tard : ils supposent celle-ci acquise.

La formation des temps eux-mêmes reste du côté des formes : le passé, les deux futurs, former l’impératif. Et la place de l’aspect dans l’ensemble de la langue est esquissée à la page la grammaire complète.

L’aspect ne s’installe pas par la règle. Un francophone comprend l’opposition en une demi-heure ; il met des mois à la produire sans y penser, parce qu’elle demande de décider avant de parler ce que le français ne demande jamais de décider. Seule l’exposition répétée à des phrases entières crée ce réflexe. C’est le principe de notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La méthode LIMBA se suit sur la plateforme web comme dans nos applications : commencez aujourd’hui, et laissez l’oreille faire le travail que la règle ne fera pas.

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Le russe tel qu’on le parle

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’aspect du verbe russe ?

C’est une opposition à deux termes qui traverse tout le lexique verbal. L’imperfectif montre l’action en train de se dérouler, sans rien dire de ses bornes ; le perfectif la montre d’un seul bloc, avec son terme atteint. Chaque verbe appartient à l’un ou à l’autre, et la plupart vont par paires : писать et написать, делать et сделать.

Pourquoi le perfectif n’a-t-il pas de présent ?

Parce que les deux notions se contredisent. Le présent désigne ce qui est en cours au moment où l’on parle, donc ce qui n’a pas atteint son terme, alors que le perfectif affirme justement que ce terme est atteint. La case reste vide, et la forme d’allure présente — я сделаю ia sdiélaiou — se lit comme un futur.

Que signifie alors une forme comme напишу ?

Elle annonce que le terme sera atteint : « j’écrirai la lettre, et elle sera finie ». La case vide du présent a été réaffectée au futur. C’est ce qui explique un piège de traduction : après когда et если, le russe met le futur là où le français met le présent — Если ты прочитаешь эту книгу, ты всё поймёшь, « si tu lis ce livre, tu comprendras tout ».

Le perfectif correspond-il au passé composé français ?

Souvent, mais pas toujours, et l’équation est dangereuse. Le temps français ne commande pas l’aspect russe : une phrase au passé composé se rend tantôt par l’un, tantôt par l’autre, selon ce que le locuteur veut faire entendre. Mieux vaut raisonner sur le point de vue adopté que sur la traduction.

Quels adverbes annoncent l’imperfectif ?

Ceux qui mesurent une durée ou comptent des occasions : долго (longtemps), часто (souvent), иногда (parfois), обычно (d’habitude), всегда (toujours), каждый день (chaque jour), весь вечер (toute la soirée). À l’inverse вдруг (soudain), наконец (enfin) et сразу (tout de suite) appellent le perfectif.

Quelle différence entre « два часа » et « за два часа » ?

два часа, sans préposition, mesure une durée que l’action a remplie et demande l’imperfectif : Он переводил текст два часа, « il a traduit le texte pendant deux heures ». за два часа mesure le délai au bout duquel le terme a été atteint et demande le perfectif : Он перевёл текст за два часа, « il a traduit le texte en deux heures ».

« Я не читал » ou « я не прочитал » ?

Les deux existent et ne disent pas la même chose. Я не читал эту книгу nie le fait : vous ne l’avez jamais ouvert. Я не прочитал эту книгу nie le terme : vous l’avez commencé et vous n’êtes pas allé au bout. De même, он мне не звонил constate l’absence d’appels, tandis que он мне не позвонил reproche un appel attendu qui n’est pas venu.

Pourquoi dire « он открывал окно » si la fenêtre est fermée ?

Parce que le résultat a été annulé. Le perfectif affirme un résultat qui tient encore ; dès que l’effet de l’action a été défait — on a ouvert, puis refermé —, l’imperfectif reprend la main. Le même mécanisme oppose приходил, « il est venu et reparti », à пришёл, « il est venu et il est là », et брал, « il a pris et rendu », à взял.

Comment traduire « as-tu lu ce livre ? »

Par Ты читал эту книгу? si vous demandez simplement si la chose a eu lieu, c’est-à-dire si votre interlocuteur connaît ce livre. C’est la valeur de fait général, et elle est imperfective. Ты прочитал эту книгу? suppose un livre déjà entamé et demande s’il est terminé : la question porte alors sur un état d’avancement.

Quel aspect après начать, продолжать et закончить ?

Toujours l’imperfectif, sans exception à retenir : Он начал читать, Он продолжал писать, Она закончила писать письмо. Le raisonnement se tient : si le verbe principal désigne déjà la borne de début ou de fin, l’infinitif n’a plus à la porter. стать et перестать suivent la même règle.

Quel aspect après « хочу », « должен » et « надо » ?

Le perfectif quand un résultat précis est visé — Я должен написать это письмо сегодня —, l’imperfectif quand il s’agit d’une activité à remplir. L’obligation négative retrouve l’imperfectif : Не надо ему звонить. Et нельзя change de sens selon l’aspect : suivi d’un imperfectif il interdit, suivi d’un perfectif il déclare la chose impossible. Voyez la page consacrée à l’aspect de l’infinitif.

Tous les verbes russes ont-ils une paire ?

Non. Quelques verbes sont biaspectuels et servent aux deux emplois avec une seule forme, comme использовать ispól’zovat’. D’autres n’ont aucun partenaire : стоить stóit’, « coûter », n’a pas de perfectif, et понадобиться ponádobit’sia n’a pas d’imperfectif. Ces cas sont minoritaires mais usuels.

Un verbe préfixé est-il toujours le perfectif du verbe simple ?

Non, et c’est un piège fréquent. прочитать est bien le perfectif de читать, mais перечитать signifie « relire » et почитать « lire un moment » : ce sont d’autres verbes, avec leur propre paire. Un préfixe ajoute presque toujours un sens.

Comment apprendre le vocabulaire verbal avec l’aspect ?

Par couples, dès le premier jour. Retenir покупать sans купить revient à ne connaître que la moitié du mot, puisque l’aspect se choisit avant de conjuguer. Les listes de vocabulaire russe présentent d’ailleurs toujours les deux formes ensemble.

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