Le français dit « son livre » sans dire à qui. Le russe, lui, tranche : свой désigne ce qui appartient au sujet de la phrase, et rien d’autre.
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Quand un francophone lit « il aime sa femme », il ne sait pas, hors contexte, si la femme est la sienne ou celle d’un autre. Le russe ne laisse pas cette question ouverte. Il possède un possessif supplémentaire, свой svoï, dont le sens tient en une phrase : le possesseur est le sujet de la proposition. Dès que cette identité est rompue, le russe emploie les possessifs ordinaires.
Le mécanisme est celui du pronom réfléchi себя siebiá, « soi » : l’un et l’autre repartent vers le sujet. Свой en est la version possessive, et il s’accorde non pas avec le possesseur, mais avec l’objet possédé, en genre, en nombre et en cas. Un francophone bute longtemps sur ce point : своего сына ne dit rien du parent, seulement que le fils est celui du sujet.
Elle est intégralement régulière et se calque sur celle de мой moï et de твой tvoï. Ces trois mots forment une même famille ; наш et ваш en suivent une autre. Le modèle est proche de celui de l’adjectif.
| Cas | Masculin | Neutre | Féminin | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Nominatif | свой svoï | своё svoió | своя svoiá | свои svoí |
| Génitif | своего svoiegó | своего svoiegó | своей svoiéï | своих svoíkh |
| Datif | своему svoiemoú | своему svoiemoú | своей svoiéï | своим svoím |
| Accusatif | свой / своего | своё svoió | свою svoioú | свои / своих |
| Instrumental | своим svoím | своим svoím | своей svoiéï | своими svoími |
| Prépositionnel | своём svoióm | своём svoióm | своей svoiéï | своих svoíkh |
Trois remarques suffisent à retenir ce tableau.
L’accusatif se dédouble. Au masculin singulier et au pluriel, il prend la forme du nominatif devant un nom inanimé et celle du génitif devant un nom animé. C’est la règle générale exposée à la page animé et inanimé, et l’accusatif ne fait ici aucune exception.
Le féminin économise ses formes. Une seule, своей, couvre le génitif, le datif, l’instrumental et le prépositionnel. Le féminin ne compte donc que trois formes en tout : своя, свою, своей. Une variante d’instrumental, своею svoiéiou, subsiste dans la langue littéraire ; on la lit, on ne la produit pas.
L’accent ne bouge pas de place. Il tombe sur la terminaison dans toutes les formes sans exception, et l’accent tonique ne réserve donc ici aucune surprise. Seul l’adverbe по-своему po-svóiemou recule l’accent sur la racine.
Le cas du nom commande la forme du possessif, et rien d’autre. Si vous hésitez, cherchez d’abord le cas que réclame le verbe ou la préposition : гордиться veut l’instrumental, помогать le datif, о le prépositionnel. La vue d’ensemble est à la page les six cas, le détail des rections à quel cas après quel verbe.
C’est là que tout se joue. Aux deux premières personnes, aucune confusion n’est possible : мой ne peut désigner que celui qui parle. À la troisième, en revanche, le choix entre свой et его, её, их change le sens de la phrase. Employer его là où le russe attend свой n’est pas une maladresse : c’est une autre information.
| Sujet | Le possesseur est le sujet | Le possesseur est un autre |
|---|---|---|
| я | свой ou мой moï | его, её, их |
| ты | свой ou твой tvoï | его, её, их |
| мы | свой ou наш nach | его, её, их |
| вы | свой ou ваш vach | его, её, их |
| он | свой seul | его iegó |
| она | свой seul | её ieió |
| они | свой seul | их ikh |
Le dernier exemple mérite un mot : le second terme d’une comparaison passe au génitif, et le possessif s’aligne sur lui. La construction elle-même est exposée à la page comparatif et superlatif.
Avec я, ты, мы, вы, les deux tournures sont correctes et disent la même chose. Le russe courant retient pourtant свой presque toujours ; мой et твой servent surtout à souligner à qui la chose appartient, par opposition à quelqu’un d’autre.
Un contexte serre la règle : l’impératif. Le sujet y est sous-entendu, mais il est bien présent, et l’usage y retient presque toujours le réfléchi. On dit Возьми свой зонт Voz’mí svoï zont, « prends ton parapluie » ; Возьми твой зонт sonne étrangement à une oreille russe et se corrige aussitôt.
Puisque свой renvoie au sujet, il ne peut pas en faire partie. Une phrase comme Свой брат приехал ne peut pas signifier « son frère à lui » : le possessif chercherait un sujet auquel se rapporter et se trouverait lui-même à cette place. Le russe emploie alors le possessif ordinaire. Le nominatif n’est pas interdit pour autant dans tous les emplois : l’encadré qui ferme cette section montre le seul où il subsiste.
La même logique vaut à l’intérieur d’une subordonnée : le possessif y regarde le sujet de cette proposition, et non celui de la principale. D’où une série de phrases qui surprennent, où le russe emploie его alors que le possesseur est bien celui dont on parle.
L’exception est réelle, et les manuels la cachent. Les méthodes pour débutants affirment que свой ne se met jamais au nominatif. La règle est commode, et fausse à partir d’un certain niveau. Le nominatif s’emploie bel et bien lorsque свой quitte le sens de « à lui » pour celui de « en propre, bien à soi », notamment dans la tournure de possession avec у et le génitif.
Retenez la règle simple pour produire des phrases et gardez ces tournures pour les reconnaître : hors du sens de « en propre », le nominatif reste fautif.
Quand une phrase contient deux acteurs et un infinitif, le possessif peut se rapporter à l’un ou à l’autre, et le russe lui-même hésite. Les grammairiens russes signalent l’ambiguïté depuis longtemps et conseillent de réécrire la phrase plutôt que de la trancher.
La subordonnée en чтобы rétablit un sujet explicite, et le possessif retrouve aussitôt une cible unique. C’est le réflexe à prendre quand la phrase devient longue.
Avec нравиться nrávitsia, la personne qui éprouve le sentiment est au datif et la chose aimée est le sujet grammatical. Le possessif déterminerait donc ce sujet, position qui lui est fermée : on emploie le possessif ordinaire.
Changez de verbe, et le réfléchi redevient obligatoire : tout dépend de la place du possesseur dans la phrase, non du sens français.
Le mot a développé un second sens, celui de « propre, personnel, des nôtres ». Il s’oppose alors à чужой tchoujóï, « d’autrui, étranger ». Dans cet emploi, il ne renvoie plus mécaniquement au sujet et se comporte comme un adjectif ordinaire.
De là viennent plusieurs tournures figées qui reviennent constamment dans la conversation. Elles s’apprennent en bloc, sans repasser par la règle.
Cette page traite une seule question : quand le russe renvoie au sujet, et comment свой se décline pour le faire. Les formes de мой, наш, ваш et l’emploi de его, её, их appartiennent à la page les possessifs ; les pronoms sujets et compléments à les pronoms personnels, этот et тот aux démonstratifs. Pour les noms que le possessif accompagne, les terminaisons se trouvent aux pages de déclinaison : le masculin, le féminin, le neutre, le pluriel des noms, et l’ensemble du système à la grammaire complète.
La règle se comprend en cinq minutes ; le réflexe se construit ailleurs. Choisir entre свой et его au milieu d’une phrase qui avance, sans s’arrêter pour chercher le sujet, demande des heures d’écoute. C’est le travail que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez le possessif qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
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Свой désigne ce qui appartient au sujet de la phrase, его ce qui appartient à quelqu’un d’autre. Он любит свою жену, il aime sa propre femme ; Он любит его жену, il aime la femme d’un autre homme. Les deux phrases sont correctes et ne disent pas la même chose.
Les deux sont correctes, puisque мой ne peut désigner que celui qui parle. Le russe courant préfère nettement le réfléchi ; мою s’emploie lorsqu’on oppose son livre à celui d’un autre. À l’impératif, en revanche, le réfléchi est presque obligatoire : Возьми свой зонт.
Exactement comme мой et твой : quatre nominatifs, свой, своё, своя, свои, l’accusatif féminin свою, la forme unique du féminin своей, puis des formes en -его, -ему, -им, -ём, -их, -ими. Il s’accorde avec l’objet possédé, jamais avec le possesseur, et l’accent reste sur la terminaison.
Pas comme possessif : le réfléchi ne détermine pas le sujet de sa proposition, et l’on dit Мой брат приехал. Le nominatif existe cependant au sens de « en propre », notamment avec у et le génitif : У них своя квартира, У каждого свои проблемы.
Parce qu’avec нравиться le sujet grammatical est la chose aimée, et la personne qui éprouve le sentiment est au datif. Le possessif déterminerait donc le sujet, ce que le réfléchi ne fait pas. Avec любить, dont le sujet est la personne, on revient à Он любит свою работу.
« À sa manière, à sa façon ». C’est un adverbe bâti sur le réfléchi, invariable, et le seul mot de la famille où l’accent quitte la terminaison : Каждый по-своему прав Kájdyï po-svóiemou prav, chacun a raison à sa manière.
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