Le russe a moins de temps que le français et davantage de verbes. Là où nous conjuguons un verbe sur douze tiroirs, il en emploie deux sur trois. Tout le système tient dans cet échange.
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Le verbe français se déploie sur un seul axe, celui du temps : présent, imparfait, passé simple, passé composé, plus-que-parfait, futur simple, futur antérieur. Sept tiroirs déjà, et ni le passé antérieur ni le subjonctif ne sont comptés. Le russe fonctionne autrement. Il ne connaît que trois temps — passé, présent, futur — mais chaque verbe, à de rares exceptions près, se présente sous deux formes concurrentes, l’une qui décrit le déroulement, l’autre qui annonce l’aboutissement. C’est ce qu’on appelle l’aspect.
Retenez la répartition, car elle commande tout le reste : le temps situe l’action, l’aspect dit ce qu’on en regarde. Le passage d’un système à l’autre est la difficulté majeure du russe pour un francophone, et elle se travaille sur des années.
Deux verbes distincts, un seul temps. Le français, lui, garde le même verbe et change de tiroir. Voilà l’échange.
Cette page décrit l’architecture d’ensemble et ne conjugue rien : chaque forme a sa page, et chaque lien vous y conduit. Le dossier entier est rassemblé à la page la grammaire complète.
Un dictionnaire français donne un verbe ; un dictionnaire russe en donne presque toujours deux. Le premier est l’imperfectif, le second le perfectif. Ils partagent un sens, ils ne partagent ni leurs formes ni leurs emplois. Apprendre писать sans apprendre написать revient à n’apprendre qu’une moitié de mot.
Les quatre premières paires se forment par un préfixe ajouté à l’imperfectif ; les quatre suivantes opposent deux suffixes sur un radical commun ; les deux dernières associent deux mots sans rapport, comme le français fait voisiner « aller » et « vais ». Ces trois fabriques sont exposées aux pages perfectiver par un préfixe et suffixes et paires supplétives. Quelques verbes n’ont pas de partenaire du tout et servent aux deux aspects : ils sont réunis à la page les verbes sans paire.
La définition de l’aspect et ce qu’il oppose exactement sont traitées à la page perfectif et imperfectif ; le choix, dans une phrase donnée, occupe à lui seul choisir l’aspect.
Voici le point qui déroute le plus longtemps. Les deux verbes d’une paire ne remplissent pas la même grille. L’imperfectif possède les trois temps. Le perfectif n’en possède que deux : il n’a pas de présent, et il ne peut pas en avoir, puisqu’une action achevée ne se déroule pas au moment où l’on parle.
| Imperfectif делать | Perfectif сделать | |
|---|---|---|
| Infinitif | делать diélat’ | сделать sdiélat’ |
| Passé | делал diélal — il faisait | сделал sdiélal — il a fait, c’est terminé |
| Présent | делает diélaiet — il fait | aucune forme |
| Futur | будет делать boúdiet diélat’ — il fera | сделает sdiélaiet — il fera, et ce sera terminé |
| Impératif | делай diélaï | сделай sdiélaï |
Lisez la dernière ligne du futur avec attention. сделает porte les désinences du présent et se conjugue exactement comme делает. Seul le préfixe change, et avec lui le sens temporel : le perfectif conjugué « au présent » signifie toujours le futur. Le russe obtient ainsi deux futurs à partir d’un seul jeu de désinences.
Le détail est ailleurs : la formation du passé à la page le passé, celle des deux futurs à la page les deux futurs, le choix de l’aspect aux pages l’aspect au passé et l’aspect au futur.
Au présent, presque tout verbe russe suit l’un de deux modèles, que la tradition appelle première et seconde conjugaison. On les distingue à l’oreille sur la voyelle qui ouvre la terminaison — à la deuxième ou à la troisième personne, car le « je » et le « ils » ne la laissent pas voir : la première a un е ou un ё, la seconde un и.
La terminaison de l’infinitif ne suffit pas à trancher : смотреть est de la seconde conjugaison malgré son -еть, et жить de la première malgré son -ить. Les critères, leurs exceptions et les six désinences de chaque modèle sont à la page les deux conjugaisons.
Deux phénomènes s’ajoutent au présent. Le premier est l’alternance de consonne : le radical du présent n’est pas toujours celui de l’infinitif.
Le second est le déplacement de l’accent d’une personne à l’autre : я пишу ia pichoú mais ты пишешь ty píchech’. Ces deux mécanismes ont leurs pages : les alternances du radical et l’accent mobile du verbe. Quelques verbes très employés échappent aux deux modèles et s’apprennent forme par forme — хотеть khotiét’, есть iest’, дать dat’, бежать bieját’ : voyez les verbes irréguliers.
Le passé russe ne se conjugue pas. Il ne marque pas la personne : il s’accorde, comme un adjectif, en genre au singulier et sans distinction de genre au pluriel. La raison est historique — cette forme était un participe —, mais la conséquence est immédiate : quatre formes seulement pour tout le passé d’un verbe, et un pronom sujet devenu obligatoire, faute de quoi on ne sait plus qui parle.
Deux de ces exemples ne diffèrent pas seulement par leur finale : l’accent y change aussi de place, et une série de verbes très courants connaît le même balancement. Le mécanisme, ses verbes et ses exceptions appartiennent à la page l’accent mobile du verbe. La formation du passé elle-même, y compris les radicaux qui perdent leur consonne, est à la page le passé.
Le verbe « être » ne se dit pas au présent. Le russe ne conjugue plus быть au présent : on dit Я студент Ia stoudiént, « je suis étudiant », sans aucun verbe. Il réapparaît au passé et au futur — Я был студентом Ia byl stoudiéntom, Я буду дома Ia boúdou dóma. L’attribut passe alors le plus souvent à l’instrumental.
Au-delà des trois temps, le verbe tire de son radical un impératif, un conditionnel et une famille de formes adjectivales. Le tableau donne le point d’entrée de chacune.
| Forme | Ce qu’elle sert à dire | Où la trouver |
|---|---|---|
| Le présent | ce qui se déroule, ce qui se répète | Les deux conjugaisons |
| Le passé | tout le révolu, sans distinction de tiroir | Le passé |
| Le futur | deux formes, selon l’aspect du verbe | Les deux futurs |
| L’impératif | l’ordre, la prière, la consigne | Former l’impératif |
| Le conditionnel | l’hypothèse et la demande polie | Le conditionnel |
Le conditionnel mérite une remarque : il se réduit à la particule invariable бы by posée à côté d’un verbe au passé, sans désinence propre. Elle sert aussi bien à l’irréel qu’à la politesse.
Restent deux ensembles que cette page se contente de nommer. Les verbes en -ся : учиться outchít’sia, « étudier », открываться otkryvát’sia, « s’ouvrir ». Ce suffixe, ancien pronom soudé au verbe, couvre le réfléchi, le réciproque, le passif et plusieurs valeurs qui n’ont plus de nom commode.
Les participes et les gérondifs ensuite : des formes qui transforment le verbe en adjectif ou en adverbe, réservées à l’écrit soigné. Elles ne relèvent pas de cette page, et mieux vaut n’y venir qu’une fois les trois temps installés.
Quatorze paires de verbes russes obéissent à une opposition supplémentaire, qui se superpose à l’aspect sans se confondre avec lui. Elles distinguent le trajet en cours, orienté vers un but, et le déplacement habituel ou répété.
Le russe ajoute une seconde exigence : le verbe change selon qu’on se déplace à pied ou par véhicule. Quatre mots français — aller, venir, partir, arriver — se répartissent ainsi sur un réseau qui a sa propre famille de pages, à commencer par le système des paires, puis идти ou ходить et à pied ou en véhicule.
Dernier point d’architecture, et non le moindre. Comme le russe est une langue à désinences, chaque verbe impose un cas à ce qui le suit. La plupart demandent l’accusatif, comme le français demande un complément direct, mais beaucoup en demandent un autre, et rien dans le sens ne permet de le deviner.
La liste des verbes et du cas qu’ils réclament est à la page quel cas après quel verbe. Elle s’apprend comme du vocabulaire : le verbe et son cas, ensemble, dès la première rencontre.
La leçon pratique tient en une phrase : un verbe russe ne s’apprend ni seul, ni sous une seule forme. Voici ce qu’il faut noter le jour où vous le rencontrez.
Quatre informations, pas une de plus. Elles suffisent à reconstruire les autres formes : une fois le présent connu, l’impératif et le futur s’en déduisent ; une fois l’infinitif connu, le passé s’en déduit presque toujours.
La difficulté n’est pas de comprendre, mais de choisir vite. La grille de cette page s’assimile en une soirée. Choisir l’aspect juste au moment où la phrase sort, sans s’arrêter pour réfléchir, demande des centaines d’heures d’écoute. C’est ce travail-là que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Les autres langues sont à la page grammaire.
Choisissez la forme du verbe qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
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Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Trois : le passé, le présent et le futur. Le russe n’a ni imparfait, ni passé composé, ni plus-que-parfait. Ce que le français exprime en changeant de tiroir, il l’exprime en changeant de verbe, par le jeu des deux aspects.
Parce qu’une action envisagée comme achevée ne peut pas se dérouler au moment où l’on parle. Conjugué avec les désinences du présent, un perfectif prend donc un sens de futur : напишу napichoú signifie « j’écrirai », jamais « j’écris ».
Oui. Ils forment un seul mot du point de vue du sens et deux mots du point de vue des formes. Noter делать sans сделать vous laisse sans passé accompli et sans futur simple.
Non. Il s’accorde en genre au singulier et prend une forme unique au pluriel, sans jamais marquer la personne. C’est pourquoi le pronom sujet devient obligatoire : читал ne dit pas à lui seul si le lecteur était « je », « tu » ou « il ».
La terminaison de l’infinitif donne une indication, non une certitude : смотреть est de la seconde et жить de la première. Le moyen sûr est de retenir la deuxième personne du singulier en même temps que l’infinitif.
Par le présent et ses deux conjugaisons, puis par le passé, dont la formation est la plus simple du système. L’aspect vient ensuite, et il vous accompagnera longtemps : c’est le chapitre le plus long du russe, non le plus obscur.
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