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Cours de languesLes six cas

Les six cas : en russe, le nom change de forme selon son rôle

En français, c’est la place du mot qui dit sa fonction. En russe, c’est la fin du mot — et le mot circule alors librement dans la phrase.

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Ce qu’un cas fait réellement

« Le frère voit la sœur » et « la sœur voit le frère » ne se distinguent que par l’ordre des mots. Déplacez-les, et le sens bascule. Le français n’a pas d’autre moyen.

Le russe, lui, marque la fonction sur le mot lui-même.

Comparez la première et la troisième phrase : les mots ont changé de place, mais qui voit qui n’a pas changé. C’est la terminaison qui désigne le sujet et l’objet, pas la position. L’ordre reste signifiant en russe, mais il sert à autre chose : il dit ce qui est connu et ce qui est nouveau. Nous y consacrons une page à part, « L’ordre des mots ».

Un cas, c’est donc cela : la forme que prend un mot pour signaler ce qu’il fait dans la phrase. Le russe en compte six, au singulier comme au pluriel. Se déclinent le nom, l’adjectif, le pronom, le numéral et le participe ; le verbe, lui, ne se décline pas — il se conjugue. Ce mécanisme général est décrit dans une langue à désinences.

La marque n’est pas toujours visible

Six cas ne signifient pas douze formes différentes par mot. Le russe fait coïncider beaucoup de cases, et certaines coïncidences tombent aux pires endroits pour un débutant.

Sujet dans la première phrase, objet dans la seconde : même forme. Les noms masculins d’objets se comportent ainsi, ceux d’êtres vivants non — d’où брата bráta plus haut. Toute cette règle est traitée dans animé et inanimé.

Quelques mots, enfin, ne changent jamais : des emprunts récents, que le russe refuse de plier.

Leur genre se devine autrement : voir les trois genres.

Les six cas d’un coup d’œil

Nous suivons l’ordre des grammaires russes, celui que vos manuels et vos professeurs emploieront. Il n’est pas celui des ouvrages français, qui placent souvent l’accusatif en deuxième position. Retenez l’ordre russe : les tableaux de déclinaison que vous rencontrerez sont rangés ainsi.

Les six cas du russe, dans l’ordre russe
CasNom russeQuestionCe qu’il marque
Nominatif именительный imienítiel’nyï кто? что? kto ? tchto ? le sujet, l’attribut, la forme du dictionnaire
Génitif родительный rodítiel’nyï кого? чего? kogó ? tchegó ? l’appartenance, la quantité, l’absence
Datif дательный dátiel’nyï кому? чему? komoú ? tchemoú ? le destinataire, celui à qui l’on s’adresse
Accusatif винительный vinítiel’nyï кого? что? kogó ? tchto ? l’objet direct, la durée, la direction
Instrumental творительный tvorítiel’nyï кем? чем? kiem ? tchem ? le moyen, l’accompagnement, l’état attribué
Prépositionnel предложный priedlójnyï о ком? о чём? o kom ? o tchom ? le lieu, le sujet dont on parle

La question кого? kogó ? apparaît deux fois, au génitif et à l’accusatif. Ce n’est pas une coquille : pour les êtres animés, ces deux cas se confondent. Le mot падеж padiéj, « cas », se rencontrera dans toute grammaire russe.

Qui décide du cas

La question n’est jamais « quelle forme ce mot prend-il ? » mais « qu’est-ce qui, dans cette phrase, commande une forme ? ». Trois choses commandent, et elles seules.

La fonction dans la phrase

Le sujet est au nominatif ; l’objet direct d’un verbe est à l’accusatif. C’est le cas de figure le plus simple, et le plus fréquent.

La préposition

Chaque préposition impose un cas, et il ne se discute pas.

Certaines prépositions en imposent deux, et le sens change avec le cas choisi — c’est le cas de в v et de на na, qui distinguent le déplacement du séjour.

Même préposition, même mot, deux cas, deux sens. Nos pages « Les prépositions et leurs cas » et « Lieu et direction » reprendront ce point en détail.

Le verbe

Certains verbes russes exigent un cas que le français ne laisse pas prévoir. « Aider » se construit avec un objet direct en français, avec le datif en russe ; « avoir peur » appelle le génitif.

Ces rections s’apprennent verbe par verbe, comme du vocabulaire : quel cas après quel verbe.

Un quatrième facteur intervient plus rarement, mais il surprend : la négation peut faire basculer un objet de l’accusatif au génitif. Voir le génitif de négation.

Les six cas, un par un

Le nominatif

C’est la forme de citation : celle du dictionnaire, celle qu’on apprend en premier. Elle sert au sujet et à l’attribut. Comme le russe n’emploie pas de verbe « être » au présent, beaucoup de phrases courtes sont faites de deux nominatifs.

Le nominatif n’a pas de page à lui : il n’a rien à choisir. Notez simplement que, faute d’articles, la même phrase peut se traduire par « un » ou par « le » — ni « le » ni « un ».

L’accusatif

L’objet direct, d’abord. Puis deux emplois auxquels le français ne prépare pas : la durée, exprimée sans aucune préposition, et la direction, après в ou на.

Tout cela est repris dans le cas accusatif.

Le génitif

Le cas le plus employé après le nominatif, et le plus large : il dit l’appartenance, la quantité, l’origine, et il suit un grand nombre de prépositions.

Il marque aussi ce qui manque et ce qui n’existe pas, et il apparaît après la plupart des nombres. Voir le cas génitif, puis le génitif de négation et notre page « Les nombres et le génitif ».

Le datif

Celui à qui l’on donne, à qui l’on écrit, à qui l’on parle, celui vers qui l’on va. Le russe l’emploie aussi pour dire ce qu’une personne éprouve, dans des tournures où le français met un sujet.

La dernière phrase n’a pas de sujet grammatical : voir le cas datif, et notre page « Les tournures impersonnelles ».

L’instrumental

L’outil, d’abord — et sans préposition, contrairement au français qui dit « avec ». La préposition с s est réservée à l’accompagnement. Confondre les deux est l’erreur la plus courante.

La phrase Он стал врачом montre son emploi le plus déroutant : l’attribut d’un métier ou d’un état passager. Voir le cas instrumental.

Le prépositionnel

Son nom dit l’essentiel : il ne s’emploie jamais seul. Une préposition le précède toujours, le plus souvent в, на ou о.

Une centaine de noms masculins prennent après в et на une forme particulière, toujours accentuée sur la fin, comme в лесу v liesoú — dans la forêt. C’est un vestige d’un ancien cas : voir le cas prépositionnel puis le second locatif.

Six, et pas sept

Le russe ancien possédait un septième cas, le vocatif, réservé à l’interpellation. Il a pratiquement disparu de la langue parlée au seizième siècle, et les grammaires ont cessé de le compter après la réforme orthographique de 1918. Il en subsiste des traces figées dans quelques formes d’adresse religieuses, et une troncation familière restée très vivante, que traite notre page « Le vocatif ». Aujourd’hui, six cas : ni plus, ni moins.

Où sont les terminaisons ? Les exercices de bas de page vous les font manier, mais l’exposé, lui, n’en dresse aucun tableau, et c’est voulu. Les six cas répondent à la question « lequel employer » ; les formes elles-mêmes appartiennent à la déclinaison : le masculin, le féminin, le neutre, le pluriel et le génitif pluriel. Deux pages transversales les éclairent : la règle des sept lettres, qui explique beaucoup d’alternances d’apparence capricieuse, et l’accent mobile du nom, qui explique pourquoi la terminaison se déplace à l’oreille.

La difficulté réelle n’est pas d’apprendre les tableaux. Elle est de choisir le cas en parlant, sans temps de réflexion, pendant que l’on cherche déjà ses mots. Cela ne s’obtient que par l’écoute répétée de phrases entières, jusqu’à ce que la bonne terminaison sonne juste avant même d’être analysée. C’est le travail de notre cours de russe, entièrement audio. Pour une vue d’ensemble du dossier, voir la grammaire russe complète.

Première série : le rôle des cas et les désinences du singulier

Trente-deux questions sur ce que cette page vient d’exposer : le rôle de chaque cas, ce qui commande le choix, puis les terminaisons du singulier, radical dur et radical mou. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. En russe, la fonction d’un nom se lit sur ___. (principe exposé en ouverture)
  2. Сестру видит брат. signifie ___.
  3. Le cas qui répond à la question кто? что? est le ___. (qui ? quoi ?)
  4. Le cas qui répond à la question кому? чему? est le ___. (à qui ? à quoi ?)
  5. Le cas qui répond à la question кем? чем? est le ___. (par qui ? avec quoi ?)
  6. Le nom russe du génitif est ___. (le cas de l’appartenance et de la quantité)
  7. Dans l’ordre suivi par les grammaires russes, le cas placé juste après le nominatif est le ___. (ordre de vos manuels)
  8. Le seul cas qui ne s’emploie jamais seul est le ___. (il lui faut toujours un mot devant)
  9. Parmi ces mots russes, celui qui ne se décline pas est ___. (il change pourtant de forme, autrement)
  10. Я читаю ___. (Je lis le journal.)
  11. Книга для ___. (Un livre pour le frère.)
  12. Я иду в ___. (Je vais à l’école.)
  13. Я в ___. (Je suis à l’école.)
  14. Мы помогаем ___. (Nous aidons le voisin.)
  15. Dans Он боится собаки, le mot собаки est au ___. (Il a peur du chien.)
  16. Я звоню ___. (J’appelle le médecin.)
  17. Я ем суп ___. (Je mange la soupe avec une cuillère.)
  18. Мы едем ___. (Nous voyageons en train.)
  19. Он работал всю ___. (Il a travaillé toute la nuit.)
  20. Я вижу ___. (Je vois la table.)
  21. Книга лежит на ___. (Le livre est sur l’étagère.)
  22. Он стал ___. (Il est devenu médecin.)
  23. Dans Я еду на метро, le mot метро ne change pas de forme. Le nom qui se comporte de la même manière est ___. (Je vais en métro.)
  24. Dans le tableau, la question кого? figure deux fois : au génitif et ___. (qui ?)
  25. La négation peut faire basculer un objet ___. (facteur supplémentaire, signalé en fin de section)
  26. Le cas que les grammaires ont cessé de compter après la réforme de 1918 est ___. (le septième)
  27. Я ищу это слово в ___. (Je cherche ce mot dans le dictionnaire.)
  28. Мы работали всю ___. (Nous avons travaillé toute la semaine.)
  29. Стол стоит у ___. (La table est près de la fenêtre.)
  30. Мы дошли до ___. (Nous sommes arrivés jusqu’à la mer.)
  31. Я вижу ___. (Je vois le frère.)
  32. Мы говорим о ___. (Nous parlons du temps qu’il fait.)

Seconde série : le pluriel, l’accent et les pièges

Trente questions plus exigeantes : les désinences du pluriel, les noms qui déplacent leur accent, ceux qui perdent une voyelle, les féminins en -ь, le second locatif en -у, et ceux qui ne changent jamais. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. На столе лежат ___. (Sur la table il y a des livres.)
  2. В больнице работают ___. (À l’hôpital travaillent des médecins.)
  3. На этой улице новые ___. (Dans cette rue, des maisons neuves.)
  4. В доме большие ___. (Dans la maison, de grandes fenêtres.)
  5. Вокруг деревни широкие ___. (Autour du village, de larges champs.)
  6. Я вижу ___. (Je vois les tables.)
  7. Я вижу ___. (Je vois les étudiants.)
  8. Она любит ___. (Elle aime les chiens.)
  9. В классе нет ___. (Dans la classe il n’y a pas de tables.)
  10. У меня нет ___. (Je n’ai pas de dictionnaires.)
  11. Здесь много ___. (Ici il y a beaucoup de livres.)
  12. Он ждал несколько ___. (Il a attendu plusieurs semaines.)
  13. В этой комнате нет ___. (Dans cette pièce il n’y a pas de fenêtres.)
  14. За домом много ___. (Derrière la maison, beaucoup de champs.)
  15. Я пишу ___. (J’écris à mes amis.)
  16. Мы говорили с ___. (Nous avons parlé avec les professeurs.)
  17. Книги лежат на ___. (Les livres sont sur les étagères.)
  18. Это книга моего ___. (C’est le livre de mon père.)
  19. У меня нет свободного ___. (Je n’ai pas un jour de libre.)
  20. Он взял меня за ___. (Il m’a pris par la main.)
  21. Я пью эту ___. (Je bois cette eau.)
  22. Дайте стакан ___. (Donnez un verre d’eau.)
  23. В сумке нет ___. (Dans le sac il n’y a pas de stylo.)
  24. У меня нет ___. (Je n’ai pas de cahier.)
  25. Мы вернулись поздно ___. (Nous sommes rentrés tard dans la nuit.)
  26. Он живёт в ___. (Il habite en Italie.)
  27. Après la préposition в, le mot qui ne change pas de forme est ___. (au cinéma, à l’école, à la fenêtre)
  28. La phrase qui contient un mot indéclinable est ___. (j’habite en ville, je vais en métro, je vais à l’école)
  29. Мы гуляли в ___. (Nous nous sommes promenés dans la forêt.)
  30. У меня пять ___. (J’ai cinq livres.)

Toute la grammaire russe, chapitre par chapitre

Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un cas en russe ?

C’est la forme que prend un mot pour signaler sa fonction dans la phrase. Là où le français utilise la place du mot ou une préposition, le russe modifie la fin du mot : сестра siestrá sujet, сестру siestroú objet.

Combien de cas compte le russe ?

Six : nominatif, génitif, datif, accusatif, instrumental, prépositionnel. Un septième, le vocatif, existait en russe ancien ; il a disparu de l’usage courant et les grammaires ont cessé de le compter après 1918.

Comment sait-on quel cas employer ?

Trois éléments commandent : la fonction du mot dans la phrase, la préposition qui le précède, et le verbe dont il dépend. La négation peut en outre faire basculer un accusatif au génitif.

Faut-il apprendre les tableaux de déclinaison en premier ?

Non. Sachez d’abord à quoi sert chaque cas, sinon les tableaux restent des listes sans emploi. Les formes viennent ensuite, cas par cas et genre par genre.

Le verbe se met-il aussi au cas ?

Non. Se déclinent le nom, l’adjectif, le pronom, le numéral et le participe. Le verbe se conjugue, mais il impose souvent un cas au mot qui le suit.

Un même mot a-t-il toujours six formes différentes ?

Rarement. Beaucoup de cases coïncident, et quelques mots empruntés comme метро mietró ou такси taksí ne changent jamais.

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