L’orthographe russe note le mot, pas le son. Deux règles de lecture suffisent à combler l’écart : la fin du mot s’assourdit, et dans un groupe de consonnes, c’est la dernière qui commande.
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Le russe s’écrit presque comme il se prononce — presque. L’écart tient à un principe simple : l’orthographe garde au mot la même forme écrite dans toutes ses variantes, même quand le son, lui, change. дуб doub — le chêne — s’écrit avec un б parce que le pluriel дубы doubý en a un. Isolé, le mot s’entend pourtant « doup ».
C’est une bonne nouvelle pour l’œil et une mauvaise pour l’oreille. Vous lirez sans peine ; vous devrez, en revanche, apprendre deux règles de lecture qui ne sont écrites nulle part. Elles ne portent que sur les consonnes. Les voyelles ont leur propre logique, traitée dans la réduction des voyelles : dans tous les exemples de cette page, nous ne modifions que les consonnes.
Douze consonnes russes fonctionnent par couples : même articulation, une version sonore (les cordes vocales vibrent) et une version sourde (elles ne vibrent pas). Ce sont ces douze lettres, et elles seules, qui basculent d’un camp à l’autre. Les connaître par cœur est le préalable à tout le reste.
| Sonore | Sourde | Un mot terminé par la sonore |
|---|---|---|
| б | п | зуб zoub — la dent, entendu « zoup » |
| в | ф | любовь lioubóv’ — l’amour, entendu « lioubof’ » |
| г | к | друг droug — l’ami, entendu « drouk » |
| д | т | сад sad — le jardin, entendu « sat » |
| ж | ш | нож noj — le couteau, entendu « noch » |
| з | с | глаз glaz — l’œil, entendu « glas » |
Quatre consonnes sont sourdes sans partenaire : х, ц, ч, щ. L’alphabet ne possède aucune lettre pour leur version sonore : tenez-les pour invariables. Attention toutefois : invariables ne veut pas dire inoffensives. Étant sourdes, elles assourdissent ce qui les précède, comme n’importe quelle sourde.
Cinq consonnes, enfin, sont sonores sans partenaire — л, м, н, р, й, les sonantes : elles ne changent pas de camp et, seules de tout l’inventaire, elles ne contaminent rien.
Reste un dernier groupe, muet par nature : les deux signes ь et ъ, qui ne notent aucun son propre et ne jouent aucun rôle ici. Voir le signe mou et le signe dur.
Toute consonne sonore appariée devient sourde en fin de mot. Devant une pause, devant une voyelle, devant un mot commençant par une sonante : dans ces trois situations, la règle ne souffre aucune exception. хлеб и соль khlieb i sol’ — le pain et le sel — s’entend « khliep i sol’ ».
Une seule situation suspend la règle, et c’est la seconde qui prend alors le relais : quand le mot suivant commence par une consonne sonore appariée, la finale reste sonore. муж болен mouj bólien — le mari est malade — garde son j. Nous y revenons plus bas.
Le signe mou ne protège rien : любовь finit bien sur un f mouillé. Voir le signe mou et le signe dur.
Ajoutez une désinence, et le son revient. C’est le moyen des écoliers russes pour savoir quelle lettre écrire : chercher une forme du même mot où la consonne est suivie d’une voyelle.
| Mot isolé | Entendu | Forme fléchie | Sens |
|---|---|---|---|
| зуб | « zoup » | зубы zoúby | la dent, les dents |
| хлеб | « khliep » | хлеба khliéba | le pain, du pain |
| год | « got » | года góda | l’année, de l’année |
| друг | « drouk » | друга droúga | l’ami, de l’ami |
| глаз | « glas » | глаза glazá | l’œil, les yeux |
| сад | « sat » | сады sadý | le jardin, les jardins |
| народ | « narót » | народа naróda | le peuple, du peuple |
| нож | « noch » | ножи nojí | le couteau, les couteaux |
| снег | « sniek » | снега sniéga | la neige, de la neige |
La troisième colonne de ce tableau est celle du génitif ou du pluriel ; la mécanique des désinences est décrite dans la déclinaison du masculin.
Conséquence directe : des paires entières deviennent homophones. Seul le contexte les sépare.
Le dernier couple ne relève déjà plus de la fin de mot : dans везти, c’est le т qui assourdit le з qui le précède. C’est la seconde règle, et elle commence ici.
Quand deux consonnes appariées se suivent, la seconde impose sa nature à la première. L’assimilation est régressive : elle remonte le mot, de droite à gauche. Le phénomène joue dans les deux sens.
Là encore, un mot apparenté révèle la lettre : водка à côté de вода vodá — l’eau ; ложка à côté de ложечка lójetchka — la petite cuillère ; рыбка à côté de рыба rýba — le poisson ; лодка à côté de лодочка lódotchka — la petite barque ; сказка à côté de сказать skazát’ — dire ; ошибка à côté de ошибаться ochibát’sia — se tromper.
Les quatre sourdes sans partenaire — х, ц, ч, щ — déclenchent le même assourdissement, bien qu’elles ne puissent jamais le subir elles-mêmes :
Le mouvement inverse est moins connu des débutants, et tout aussi régulier. Une sourde placée devant une sonore appariée se sonorise.
Les deux derniers demandent une précision. Dans отдых et отдать, le т devient un d : comme le д suit immédiatement, on n’entend pas deux consonnes mais un seul d, tenu deux fois plus longtemps. Ne cherchez pas à détacher « ot-dykh » : dites « oddykh » d’un trait, en appuyant sur le d.
La frontière entre deux mots ne suspend pas la règle, dès lors que les deux mots se prononcent d’un seul souffle : наш дом nach dom — notre maison — s’entend « naj dom », la sonore du second mot l’emportant sur le ш du premier. Il en va de même pour муж болен mouj bólien — le mari est malade, où le ж reste sonore, et pour наш брат nach brat — notre frère — qui sonne « naj brat ». Marquez une pause entre les deux mots, et l’assimilation disparaît.
C’est l’endroit où la règle se rencontre le plus souvent, car ces prépositions se prononcent collées au mot suivant. Une même préposition change donc de son selon son voisin, et vous l’entendrez sonner de deux façons dans la même conversation.
| Préposition | Devant une sonore | Devant une sourde |
|---|---|---|
| в — dans | в доме « v dómie » | в театре « f tieátrie » |
| с — avec | с другом « z droúgom » | с сестрой « s siestróï » |
| из — de | из Германии « iz Guermánii » | из Франции « is Frántsii » |
| к — vers | к другу « g droúgou » | к папе « k pápie » |
| под — sous | под дождём « pod dojdióm » | под столом « pot stolóm » |
| над — au-dessus de | над домом « nad dómom » | над столом « nat stolóm » |
| от — de, depuis | от брата « od bráta » | от папы « ot pápy » |
| без — sans | без брата « biez bráta » | без тебя « bies tiebiá » |
La même bascule s’entend sur les mots courts qui se collent au suivant : в саду v sadoú — dans le jardin — sonne « f sadoú », et с братом s brátom — avec le frère — sonne « z brátom ».
Une préposition ne change jamais d’orthographe pour se conformer au son : quoi qu’elle devienne à l’oreille, в reste в et с reste с. La seule variation que l’écrit connaisse est d’un autre ordre — une voyelle d’appui apparaît devant certains groupes difficiles (во Франции, со мной, ко мне) —, et elle n’a rien à voir avec l’assimilation.
Les cinq sonantes л, м, н, р, й. Elles laissent la consonne précédente intacte, quelle qu’elle soit. Aucune sonorisation.
Le в, cas particulier. Le в est une consonne à double face. Il s’assourdit comme les autres quand il précède une sourde — завтра závtra — demain — s’entend « záftra », лавка lávka — la boutique — « láfka », et вставать vstavát’ — se lever — « fstavát’ ». Mais il ne sonorise jamais ce qui le précède :
Cette anomalie a une explication historique : le в russe a longtemps été un son voisin du w, proche des sonantes. Il en a gardé le privilège.
Une famille de préfixes fait exception au principe d’ouverture : ceux qui se terminent par з — без-, вз-, воз-, из-, низ-, раз-, роз-, через- (la variante ancienne чрез- se rencontre encore dans quelques mots), auxquels s’ajoute обез-. Devant une sourde, tous s’écrivent avec с, exactement comme ils se prononcent. La liste se lit par couples : d’abord le préfixe devant une sonore ou une voyelle, puis le même préfixe devant une sourde.
Le préfixe с-, lui, garde toujours sa forme : сделать, сдать et сбить sbit’ — faire tomber, abattre — s’écrivent avec с et se prononcent avec un z. Sur les autres contraintes purement graphiques de l’orthographe russe, voir la règle des sept lettres.
Dernier effet, et le plus spectaculaire : certains groupes de trois consonnes en perdent une en route. Ce n’est pas une négligence, c’est la norme.
D’autres groupes changent de timbre plutôt que de longueur. Trois graphies différentes — сч, зч, жч — se lisent toutes comme un щ, c’est-à-dire « chtch ».
Enfin -тся et -ться, les deux terminaisons du verbe pronominal, se prononcent l’une comme l’autre, en un ц dur et long. Nous n’en retenons ici que le son : ce que le suffixe -ся signifie, et quand on l’emploie, appartient aux pages du verbe.
Quand les deux formes portent en outre l’accent au même endroit, elles deviennent rigoureusement homophones : нравиться nrávit’sia — plaire — et нравится nrávitsia — il plaît — ne se distinguent plus qu’à l’écrit. C’est la faute d’orthographe la plus répandue chez les Russes eux-mêmes. Attention en revanche à учиться outchít’sia — étudier — et он учится on oútchitsia — il étudie : la terminaison y sonne bien de la même façon, mais l’accent ne tombe pas au même endroit, et les deux mots restent distincts à l’oreille.
Leur prononciation est héritée du vieux parler de Moscou et ne s’explique par aucune assimilation. Ils ne sont pas des milliers : la liste tient en quelques mots, et elle s’apprend telle quelle.
Ajoutez-y le г de la désinence -ого / -его, qui se prononce v : его iegó — lui — se dit « ievó », сегодня siegódnia — aujourd’hui — « sievódnia », ничего nitchegó — rien, ça va — « nitchievó », et большого bol’chógo — grand, au génitif — « bol’chóvo ». Ce г-là n’a rien à voir avec l’assimilation : c’est un reste d’ancienne prononciation, attaché à une désinence. Sur la désinence elle-même, voir le cas génitif.
Une consonne peut aussi s’amollir au contact d’une consonne molle qui la suit : здесь zdies’ — ici — se dit avec un z mouillé, снег avec un s mouillé chez beaucoup de locuteurs. De même дверь dvier’ — la porte, песня piésnia — la chanson, если iésli — si, et гость gost’ — l’invité. Contrairement aux deux règles précédentes, celle-ci n’est pas obligatoire : elle recule depuis un siècle, varie selon les générations et les mots, et les deux prononciations sont admises. Reconnaissez-la à l’écoute, ne cherchez pas à la produire. Sur ce qu’est une consonne molle, voir les consonnes molles et les voyelles par paires.
Ces règles ne s’apprennent pas dans un tableau. Elles s’installent en écoutant, parce qu’elles concernent des mots que vous entendrez cent fois par jour — всё, что, сегодня, в, с. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio. Le reste du dossier se trouve dans nos guides de grammaire, et l’inventaire des lettres dans l’alphabet cyrillique.
Ces questions portent sur ce que l’oreille entend, non sur ce que l’œil lit. Touchez une réponse, puis Correction.
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Parce que toute consonne sonore s’assourdit en fin de mot. Le б s’écrit parce qu’il réapparaît dans les formes fléchies — хлеба, « khliéba » —, mais il s’entend p.
Dans un groupe de consonnes, la dernière impose sa nature aux précédentes. водка s’entend « vótka » parce que к est sourd ; сделать s’entend « zdiélat’ » parce que д est sonore.
Seules les douze qui forment des paires basculent : б-п, в-ф, г-к, д-т, ж-ш, з-с. Les sonantes л, м, н, р, й ne changent pas de camp et ne contaminent pas leurs voisines. Les sourdes х, ц, ч, щ ne changent pas non plus — mais elles assourdissent ce qui les précède : овца s’entend « oftsá ».
Le в est la seule consonne appariée qui ne sonorise pas ce qui la précède, pour des raisons historiques : il a longtemps été un son proche du w. Il s’assourdit lui-même normalement, comme dans завтра, « záftra ».
Presque jamais : elle protège la forme du mot. La seule famille d’exceptions est celle des préfixes en з — без-, вз-, воз-, из-, низ-, раз-, роз-, через- —, qui s’écrivent avec с devant une sourde : рассказ, бесконечный, испортить, вспомнить, восход.
Non. Certains groupes de trois consonnes en perdent une : здравствуйте se dit « zdrástvouïtie », солнце « sóntse », честный « tchiésnyï », сердце « siértse ». C’est la norme, pas un relâchement.
De la même façon toutes les deux : un ц dur et long. улыбаться et он улыбается ont exactement la même finale. Quand l’accent tombe en outre au même endroit, les deux formes deviennent identiques à l’oreille — нравиться et нравится ne se distinguent plus qu’à l’écrit. Attention : учиться et он учится, eux, portent l’accent à des places différentes et restent distincts.
Parce qu’elle se prononce collée au mot suivant et subit donc l’assimilation : в доме sonne « v dómie », в театре sonne « f tieátrie ». L’orthographe, elle, ne bouge jamais : on écrit в dans les deux cas.
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