Les tableaux de déclinaison n’en comptent que six. Il existe pourtant une septième forme, que tout le monde emploie sans la nommer : Маша devient Маш dès qu’on l’appelle.
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Le russe scolaire enseigne six cas, et la page les six cas les expose un par un. Aucun d’eux ne sert à appeler quelqu’un. Pour interpeller, le russe emploie normalement le nominatif : Иван Петрович, здравствуйте Iván Pietróvitch, zdrávstvouïtie, « Ivan Petrovitch, bonjour ».
Mais dès qu’on descend au registre familier, une forme apparaît qui n’est plus le nominatif. Elle consiste à supprimer la voyelle finale du mot. On l’appelle звательная форма zvátiel’naia fórma, « forme d’appel », ou новый звательный nóvyï zvátiel’nyï, « le nouveau vocatif ». Les grammaires hésitent à la ranger parmi les cas : elle ne sert qu’à une seule chose, et ne s’applique qu’à une poignée de mots. Elle est pourtant partout dans la conversation, dans les films, dans les messages.
Un francophone entend d’abord un mot avalé, une négligence d’oral. Ce n’en est pas une : la troncation est régulière, prévisible, et son emploi obéit à des limites strictes.
La règle tient en une phrase : on prend le nominatif du mot, et on lui retire sa voyelle finale. Seule l’orthographe de la consonne devenue finale demande un peu d’attention.
| Le radical finit par | Nominatif | Forme d’appel | Ce qui change |
|---|---|---|---|
| une consonne dure | мама máma | мам mam | on retire le -а, rien de plus |
| une consonne dure | Лена Liéna | Лен Lien | idem |
| une consonne molle | Таня Tánia | Тань Tan’ | un signe mou garde la mollesse du н |
| une consonne molle | Катя Kátia | Кать Kat’ | idem pour le т |
| ш, ж | Маша Mácha | Маш Mach | aucun signe mou : leur dureté est fixe |
| ш, ж | Серёжа Sieriója | Серёж Sieriój | idem |
Les deux dernières lignes appliquent une règle générale du russe : ж et ш sont toujours dures, et l’on n’écrit pas derrière elles un signe mou qui ne noterait rien. Les mécanismes de la mollesse sont exposés aux pages les consonnes molles et signe mou, signe dur.
Une coïncidence utile. La forme obtenue est exactement celle du génitif pluriel du même mot : много Маш mnógo Mach, « beaucoup de Macha », пять тёть piat’ tiot’, « cinq tantes ». Vous n’avez donc aucune désinence nouvelle à retenir : la forme d’appel est un génitif pluriel employé ailleurs. Cela vaut pour les mots de cette liste, dont le génitif pluriel se forme sans voyelle mobile.
La liste est courte, et elle est fermée. Trois catégories seulement.
Les prénoms terminés par -а ou -я. Ce sont d’abord les formes courtes que décrit la page les diminutifs : Саша, Ваня, Катя, Наташа. Mais un prénom entier de cette forme s’y prête tout autant — Нина, Зина, Марина donnent Нин, Зин, Марин. Un prénom masculin terminé par une consonne — Иван, Пётр, Андрей — n’a aucune forme d’appel : il n’y a rien à retrancher.
Quelques noms de parenté. Le cercle est étroit : мама, папа, дядя, тётя, et les formes affectueuses en -уля.
Deux pluriels. ребята riebiáta, « les gars », donne ребят ; девчата dievtcháta, « les filles », donne девчат. Ce sont les seuls d’usage courant.
La condition d’accent, et elle est stricte. La troncation n’est possible que si la syllabe accentuée précède immédiatement la voyelle finale. C’est pourquoi мама donne мам et бабуля donne бабуль, alors que бабушка bábouchka et мамочка mámotchka n’en donnent aucune : entre l’accent et la finale s’intercale une syllabe de trop. Même chose pour Сашенька Sáchen’ka et Танечка Tánietchka. Et comme la finale doit être atone, un mot comme сестра siestrá, qui porte l’accent sur elle, est exclu. La place de l’accent se révèle ici décisive : voyez l’accent tonique.
| Mot | Forme d’appel | Raison |
|---|---|---|
| Наташа Natácha | Наташ Natách | accent sur la syllabe qui précède la finale |
| бабуля baboúlia | бабуль baboúl’ | même configuration |
| бабушка bábouchka | aucune | une syllabe s’intercale après l’accent |
| Сашенька Sáchen’ka | aucune | même obstacle |
| сестра siestrá | aucune | la finale porte l’accent |
| Иван Iván | aucune | pas de voyelle finale à retirer |
| Пётр Piotr | aucune | même obstacle |
Elle appelle, et rien d’autre. Quatre limites en découlent.
Elle n’est jamais sujet ni complément. Dès que le nom occupe une fonction dans la phrase, il reprend le cas qui lui revient.
Elle refuse un adjectif ou un possessif devant elle. Dès qu’un mot vient qualifier le nom, la troncation devient impossible : on revient au nominatif entier. Le seul mot qui puisse la précéder est un nom de parenté, et il se tronque alors lui aussi — voyez plus bas дядь Вань.
Elle ne se combine pas avec le patronyme. L’adresse officielle Иван Петрович reste au nominatif entier : la troncation relève du registre familier, le couple prénom + patronyme du registre respectueux, et l’on ne change pas de registre au milieu du nom. Sur la construction du patronyme, voyez prénoms et patronymes ; sur le partage entre ты et вы, tutoyer ou vouvoyer.
Elle appartient à l’oral. On l’écrit dans un message, dans un dialogue de roman, dans un sous-titre. Pas dans une lettre, pas dans un courriel professionnel, jamais à quelqu’un qu’on vouvoie et qu’on ne connaît pas. À l’écrit comme à l’oral, elle se sépare du reste de la phrase par une virgule, comme toute apostrophe.
Sa place habituelle est en tête d’énoncé, là où elle sert à capter l’attention. Elle se rencontre aussi à la fin, avec une valeur d’insistance ou d’adoucissement, et l’on entend couramment la reprise Мам, а мам Mam, a mam quand un premier appel est resté sans réponse. Sur la souplesse de la place des mots dans la phrase russe, voyez l’ordre des mots.
Quand on appelle quelqu’un par un nom de parenté suivi d’un prénom — usage très répandu envers les adultes proches de la famille —, les deux mots se tronquent ensemble. On ne mélange pas les registres : ou bien tout reste entier, ou bien tout se raccourcit.
Le russe a bel et bien possédé un vocatif, hérité du slave commun et pourvu de ses propres désinences. Les documents montrent qu’il s’efface tôt : le mélange avec le nominatif est déjà attesté au XIe siècle, et dans les lettres sur écorce de bouleau des XIVe et XVe siècles il ne survit plus guère que pour s’adresser à un supérieur — господине, княже, брате, отче. Vers le milieu du XVIe siècle il a quitté la langue vivante. Le récit complet des couches successives du russe est à la page l’histoire du russe.
| Type de nom | Désinence | Exemple |
|---|---|---|
| masculins durs en г | -е, avec г → ж | Бог → Боже Bóje |
| masculins durs en г | -е, avec г → ж | друг → друже droúje |
| masculins durs en к | -е, avec к → ч | человек → человече tcheloviétche |
| masculins mous | -ю | создатель → создателю sozdátieliou |
| anciens thèmes en -у | -у | сын → сыну sýnou |
| anciens thèmes en -и | -и | Господь → Господи Góspodi |
| féminins en -а après consonne dure | -о | жена → жено jéno |
Les alternances к → ч, г → ж, х → ш expliquent Боже à côté de Бог, et человече à côté de человек. Aucune de ces formes ne se fabrique plus : elles se sont figées, et elles se retiennent comme des mots entiers.
старче est l’ancien vocatif de старец stáriets, « le vieillard ». Le personnage du conte est pourtant un старик starík : Pouchkine lui applique la forme archaïque d’un mot voisin, pour donner à la scène sa couleur ancienne. Aujourd’hui Господи ne s’entend presque plus que comme une interjection, sans rapport avec la prière ; on l’emploie pour marquer la surprise ou la lassitude, à peu près comme le français « mon Dieu ».
Deux systèmes sans rapport. Le vocatif ancien ajoutait une désinence ; la forme d’appel moderne en retire une. Elle n’est donc pas la survivance du premier, mais une création récente du russe parlé, née longtemps après sa disparition.
C’est le cas le plus fréquent, et il faut le dire nettement : la plupart du temps, le russe appelle au nominatif, sans rien changer au mot.
Pour héler un inconnu, le russe n’a ni « monsieur » ni « madame » d’emploi général. Il recourt à des noms communs, au nominatif, dont le choix dépend de l’âge apparent.
Мужчина moujtchína et женщина jénchtchina s’entendent aussi, mais une partie des locuteurs les jugent brutaux ; Простите ou Извините évitent la question et ne choquent personne. C’est la solution à retenir tant qu’on n’a pas l’oreille pour ces nuances.
Une forme d’oreille avant d’être une forme de grammaire. Маш, мам, дядь Вань ne s’apprennent pas dans un tableau : ils s’attrapent en écoutant des gens se parler. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le reste de la grammaire russe est rassemblé à la page la grammaire complète.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. On travaille la troncation familière, ses conditions, ses interdits, et les quelques vestiges de l’ancien vocatif. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Pas parmi ses six cas. Il possède en revanche une forme d’appel familière, obtenue en retirant la voyelle finale : Маша devient Маш, мама devient мам. Les grammaires l’appellent звательная форма et discutent encore de son statut.
Les prénoms abrégés en -а ou -я, quelques noms de parenté (мам, пап, дядь, тёть, бабуль), et deux pluriels, ребят et девчат. La liste est fermée.
Parce que ш est toujours dure : un signe mou derrière elle ne noterait rien. Le н de Таня, lui, est mou, et le signe mou le conserve après la chute du -я.
Parce que la syllabe accentuée doit précéder immédiatement la voyelle finale. Dans бабушка une syllabe s’intercale, et la troncation devient impossible. On emploie alors бабуля, qui donne бабуль.
De l’ancien vocatif du russe, disparu de la langue vivante vers le milieu du XVIe siècle. Ces formes se sont figées dans des expressions toutes faites ; Господи fonctionne aujourd’hui surtout comme une interjection.
Non. Cette forme appartient à l’oral familier et au message entre proches. Dans un cadre professionnel, on emploie le prénom suivi du patronyme, au nominatif et sans troncation.
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