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Le russe tire « laisser » et « rester » d’une même racine, et les deux verbes se ressemblent à s’y méprendre. L’un veut un objet, l’autre n’en veut pas : tout se joue là. Et quand on laisse pour de bon, ni l’un ni l’autre ne convient.
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Le francophone qui a laissé ses clés à la maison et celui qui est resté à la maison emploient deux verbes sans parenté, et ne risquent pas de les confondre. En russe, les deux phrases commencent par les mêmes sons : Я оставил ключи дома, Я остался дома. La ressemblance est trompeuse, car ces deux verbes font un travail opposé : le premier fait passer l’action sur un objet, le second la garde pour le sujet. Et « laisser », qui paraît si simple, se répartit en russe entre trois ou quatre verbes que le français ne vous aide en rien à distinguer.
Commençons par le couple qui cause presque toutes les fautes. Оставить ostávit’ veut dire « laisser » : quelqu’un laisse quelque chose, ou quelqu’un, quelque part ou dans un certain état. Le verbe a donc un complément d’objet direct, exprimé ou sous-entendu, et ce complément se met à l’accusatif. Остаться ostát’sia veut dire « rester » : c’est le sujet lui-même qui ne part pas, ou qui demeure ce qu’il était. Ce verbe-là n’a jamais de complément d’objet, et sa terminaison -ся en est le signe visible.
Relisez la première et la troisième ligne : elles décrivent la même situation. Les clés sont à la maison, et vous n’y êtes pas. Mais la première phrase la raconte du point de vue de celui qui a agi, la troisième du point de vue des clés. Ce qui était l’objet du premier verbe devient le sujet du second, et le verbe prend alors -ся. Les deux dernières lignes refont la même opération avec une personne. Ce passage d’une construction à l’autre, que le russe pratique avec bien d’autres verbes, est décrit à la page les verbes en -ся.
Pour choisir, une seule question suffit, et elle se pose avant de parler : le sujet laisse-t-il quelque chose ? Si l’on peut demander « laisser quoi ? » ou « laisser qui ? », c’est оставить. Si personne ne laisse rien et que le sujet est simplement là où il était, c’est остаться. Le tableau suivant pousse l’exercice plus loin, car il montre aussi les cas où ni l’un ni l’autre ne convient.
| En français je dis… | En russe je choisis… | Transcription | Parce que… |
|---|---|---|---|
| laisser ses clés à la maison | оставить ключи дома | ostávit’ klioutchí dóma | on laisse un objet : verbe transitif |
| rester à la maison | остаться дома | ostát’sia dóma | c’est le sujet qui reste : aucun objet |
| les clés sont restées sur la table | ключи остались на столе | klioutchí ostális’ na stolié | l’objet devenu sujet ne laisse rien |
| laisser un pourboire | оставить чаевые | ostávit’ tchaievýie | objet direct à l’accusatif |
| laisser un message | оставить сообщение | ostávit’ soobchtchénie | objet direct à l’accusatif |
| laisser quelqu’un tranquille | оставить его в покое | ostávit’ iegó v pokóie | une personne laissée, à l’accusatif |
| laisser la porte ouverte | оставить дверь открытой | ostávit’ dvier’ otkrýtoï | l’état de l’objet, à l’instrumental |
| rester amis | остаться друзьями | ostát’sia drouz’iámi | l’état du sujet, à l’instrumental |
| il reste cinq minutes | осталось пять минут | ostálos’ piat’ minoút | personne ne laisse : tournure sans sujet |
| il me reste cent roubles | у меня осталось сто рублей | ou mieniá ostálos’ sto roubliéï | la construction de la possession |
| abandonner son chien | бросить собаку | bróssit’ sobákou | on laisse pour de bon |
| quitter son mari | бросить мужа | bróssit’ moúja | une rupture, et non un simple départ |
| arrêter de fumer | бросить курить | bróssit’ kourít’ | on renonce à une habitude |
| laisser entrer quelqu’un | пустить | poustít’ | on permet : ce n’est plus laisser |
| laisser parler quelqu’un | дать сказать | dat’ skazát’ | on permet, avec un infinitif |
| rester à l’hôtel | остановиться в гостинице | ostanovít’sia v gostínitse | on y loge : c’est un séjour |
Lisez la colonne de droite plutôt que celle du milieu : c’est elle qui donne la raison du choix. Les huit premières lignes se règlent par la question de l’objet. Les deux suivantes font apparaître une tournure sans sujet, propre au russe, qui a sa section plus bas. Les trois lignes de бросить introduisent un verbe que le francophone ne pense pas à chercher, parce qu’il dit encore « laisser » ou « quitter » là où le russe voit une rupture. Les trois dernières, enfin, rappellent que « laisser entrer », « laisser parler » ou « rester à l’hôtel » ne passent par aucun des verbes de cette famille.
La difficulté se double d’une affaire d’aspect. Chacun des deux verbes forme une paire, et l’on obtient quatre infinitifs qui se ressemblent tous. Le piège est complet à l’imperfectif, où оставлять et оставаться partagent leurs cinq premières lettres : seule la suite du mot dit si l’on laisse ou si l’on reste.
| Infinitif | Transcription | Aspect | Sens | Exemple |
|---|---|---|---|---|
| оставить | ostávit’ | perfectif | laisser, une fois | Она оставила зонт в такси. — Elle a laissé son parapluie dans le taxi. |
| оставлять | ostavliát’ | imperfectif | laisser, d’habitude ou en ce moment | Он всегда оставляет большие чаевые. — Il laisse toujours de gros pourboires. |
| остаться | ostát’sia | perfectif | rester, une fois | Мы остались до конца. — Nous sommes restés jusqu’à la fin. |
| оставаться | ostavát’sia | imperfectif | rester, d’habitude ou durablement | Летом он всегда остаётся в городе. — L’été, il reste toujours en ville. |
Ces quatre mots ont en commun la racine de стоять, se tenir debout, mais ils ne dérivent pas l’un de l’autre. Оставить est bâti sur ставить, mettre debout, et остаться sur стать, se dresser, devenir. C’est pourquoi leurs radicaux diffèrent dès le départ, остав- d’un côté, оста- de l’autre, et pourquoi ils ne se conjuguent pas du tout de la même façon. Retenez, pour l’oreille, un repère simple : on entend un в dans toutes les formes de « laisser », et dans aucune forme personnelle de « rester », ni au présent ni au futur. Le choix entre les deux aspects obéit ici aux règles générales, posées à la page perfectif et imperfectif ; les sections suivantes en montrent l’application à chacun des verbes.
Demandez-vous si le sujet laisse quelque chose ou s’il reste lui-même. Touchez une réponse, puis Correction.
Le perfectif оставить se conjugue sur la seconde conjugaison, comme поставить, dont il partage le radical. Ses formes personnelles, puisqu’il est perfectif, ne forment pas un présent mais un futur : я оставлю, « je laisserai ». Notez à la première personne le л qui s’insère après le в, comme chez tous les verbes de ce type ; il ne paraît nulle part ailleurs dans la conjugaison. L’imperfectif оставлять, lui, suit la première conjugaison sans aucune surprise, et c’est lui qui fournit le présent.
| Personne | Futur perfectif | Transcription | Présent imperfectif | Transcription |
|---|---|---|---|---|
| я | оставлю | ostávliou | оставляю | ostavliáiou |
| ты | оставишь | ostávich’ | оставляешь | ostavliáiech’ |
| он, она | оставит | ostávit | оставляет | ostavliáiet |
| мы | оставим | ostávim | оставляем | ostavliáiem |
| вы | оставите | ostávitie | оставляете | ostavliáietie |
| они | оставят | ostáviat | оставляют | ostavliáiout |
Le passé se forme régulièrement sur l’infinitif : оставил, оставила, оставило, оставили ostávil, ostávila, ostávilo, ostávili au perfectif, оставлял, оставляла ostavliál, ostavliála à l’imperfectif. L’impératif donne оставь, оставьте ostáv’, ostáv’tie d’un côté, оставляй, оставляйте ostavliáï, ostavliáïtie de l’autre. À l’intérieur de chacun des deux verbes, l’accent ne bouge pas : il reste sur -ста- au perfectif, sur -ля- à l’imperfectif. Une fois la paire démêlée, elle se prononce donc sans peine.
Voici une différence de construction qui échappe presque toujours au francophone. Avec un verbe comme положить, mettre à plat, l’objet se déplace, et le lieu se met à l’accusatif, celui de la direction. Avec оставить, l’objet ne va nulle part : il reste là où il se trouvait au moment où vous êtes parti. Le lieu répond donc à la question « où ? » et non « vers où ? ». Il se met au prépositionnel après в et на, ou prend la forme d’un adverbe de lieu comme дома ou здесь.
La question du troisième exemple le dit à sa façon : on demande где, où, et non куда, vers où. Les verbes de la pose, avec leur accusatif de direction, sont traités à la page les verbes qui traduisent « mettre » ; il suffit ici de ne pas leur emprunter leur construction. Pensez à l’objet au moment où vous tournez les talons : il ne bouge plus, et le prépositionnel dit précisément cette immobilité.
Deux autres compléments s’ajoutent volontiers à l’objet. Le premier est la personne à qui l’on laisse quelque chose, au datif, exactement comme après « donner ». Le second est l’état dans lequel on laisse l’objet ou la personne : un adjectif à l’instrumental, ou une tournure prépositionnelle figée.
Remarquez que le français dit « garder » dans deux de ces phrases : garder un morceau pour quelqu’un, garder la monnaie. Le russe, lui, pense « laisser », et met le bénéficiaire au datif, y compris quand ce bénéficiaire est soi-même, d’où себе. Notez aussi l’adjectif открытой, à l’instrumental : l’état dans lequel on laisse une chose se met à ce cas, le même qu’après остаться. Une exception pratique, enfin : « seul » se dit avec один accordé à l’objet, Не оставляй ребёнка одного Nie ostavliáï riebiónka odnogó, « ne laisse pas l’enfant seul ». Le verbe accepte aussi des objets abstraits, comme en français : оставить след, laisser une trace, оставить впечатление, laisser une impression.
Le perfectif dit le geste unique et son résultat : la clé est désormais chez la voisine, le parapluie dans le taxi. L’imperfectif dit tout le reste : l’habitude, le geste en cours, la consigne générale, et la défense. Ce dernier point mérite d’être appris tel quel, car on l’entend partout. Pour demander à quelqu’un de laisser une chose, on emploie le perfectif ; pour lui demander de ne pas la laisser, on passe à l’imperfectif.
Les deux dernières lignes forment un couple à retenir : l’invitation au perfectif, l’avertissement à l’imperfectif. C’est une règle générale de l’impératif russe, exposée à la page l’aspect à l’impératif : la défense prend presque toujours l’imperfectif, quel que soit le verbe. Comparez encore la deuxième et la troisième ligne, qui parlent de la même voisine et de la même clé : la première annonce un geste, la seconde décrit une manière de faire.
Laisser ou oublier ? Le français dit indifféremment « j’ai laissé mes clés » et « j’ai oublié mes clés » pour la même mésaventure. Le russe dispose aussi des deux verbes, mais il ne les confond pas : Я забыл ключи дома dit toujours une distraction, Я оставил ключи дома peut aussi bien rapporter une décision. Si vous les avez laissées exprès, seul le second convient. Le verbe de l’oubli a sa propre page, se souvenir, oublier.
Le perfectif остаться se conjugue sur un radical en -н- que l’infinitif ne laisse pas deviner : я останусь, « je resterai ». Comme pour tout perfectif, ces formes valent un futur. L’imperfectif оставаться fournit le présent, et il réserve une surprise : le -ва- de l’infinitif disparaît dans toute la conjugaison du présent, exactement comme dans давать, qui fait даю, ou вставать, qui fait встаю. On dit donc я остаюсь, et la forme оставаюсь n’existe pas.
| Personne | Futur perfectif | Transcription | Présent imperfectif | Transcription |
|---|---|---|---|---|
| я | останусь | ostánous’ | остаюсь | ostaioús’ |
| ты | останешься | ostániech’sia | остаёшься | ostaióch’sia |
| он, она | останется | ostánietsia | остаётся | ostaiótsia |
| мы | останемся | ostániemsia | остаёмся | ostaiómsia |
| вы | останетесь | ostánieties’ | остаётесь | ostaióties’ |
| они | останутся | ostánoutsia | остаются | ostaioútsia |
Le -ва- disparu revient partout ailleurs : à l’impératif, оставайся, оставайтесь ostaváïsia, ostaváïties’, et au passé, оставался, оставалась ostaválsia, ostaválas’. Le perfectif donne à l’impératif останься, останьтесь ostán’sia, ostán’ties’, et au passé остался, осталась, осталось, остались. Le masculin, le féminin et le pluriel figurent déjà, avec la marque du genre glissée entre le -л et le suffixe, dans le tableau des pronominaux de la page le passé et son accord ; nous ne les recopions pas. Le neutre осталось, lui, reviendra plus bas, car il a un emploi bien à lui.
Le verbe n’ayant pas d’objet, ce sont les compléments qui portent le sens. Le lieu se met au prépositionnel ou prend un adverbe, comme après оставить. La compagnie s’exprime par с et l’instrumental. La durée prévue se dit avec на et l’accusatif : на неделю, pour une semaine. Et l’état dans lequel on demeure se met à l’instrumental, sauf « seul », qui reste au nominatif.
Deux de ces lignes se traduisent mieux par « se retrouver » que par « rester », et c’est une nuance à saisir : остаться dit aussi ce qui arrive à quelqu’un quand les autres s’en vont, ou quand une chose lui est retirée. L’instrumental de друзьями est celui de l’état que l’on traverse, décrit à la page le cas instrumental. La dernière ligne, elle, montre que l’on reste dans une position en joignant au verbe l’infinitif de стоять ou de сидеть. L’usage scolaire, enfin, a figé une expression : остаться на второй год, littéralement « rester pour la deuxième année », c’est-à-dire redoubler.
Le français « je reste » couvre deux situations que le russe distingue. Annoncer, au moment où l’on parle, que l’on ne part pas, c’est le présent de l’imperfectif, Я остаюсь. Annoncer qu’on restera plus tard, c’est le futur du perfectif, Я останусь. L’imperfectif sert encore à l’habitude et à la durée, le perfectif au fait unique et accompli.
À l’impératif, la répartition suit la règle générale. Останься! Ostán’sia ! demande à quelqu’un de ne pas partir, maintenant. Оставайся! est plus engageant : il invite à rester, sans fixer de terme. La formule Оставайтесь с нами! Ostaváïties’ s námi !, « restez avec nous », s’entend à la radio et à la télévision avant une pause, et c’est un bon modèle de cet imperfectif d’invitation. À la forme négative, comme presque toujours, l’imperfectif est de règle : Не оставайся там долго Nie ostaváïsia tam dólgo, « ne reste pas là-bas trop longtemps ».
Une faute typique. Le francophone, qui a retenu оставить pour « laisser », l’emploie volontiers pour « rester » et produit Я оставил дома pour « je suis resté à la maison ». La phrase est boiteuse en russe : elle annonce qu’on a laissé quelque chose à la maison, sans dire quoi, et l’auditeur attend un objet qui ne vient pas. La correction est immédiate dès qu’on se pose la question de l’objet. Rien n’est laissé, donc Я остался дома, ou Я осталась дома dans la bouche d’une femme.
Choisissez la forme qui convient. Demandez-vous s’il s’agit d’un fait unique ou d’une habitude, d’un ordre ou d’une défense.
Le français dit « il reste cinq minutes », « il me reste cent roubles », avec un « il » qui ne désigne rien. Le russe n’a pas de pronom vide, et il construit ces phrases avec остаться sans sujet, au neutre singulier, ce qui reste se mettant au génitif. C’est une tournure impersonnelle, de la famille que décrit la page les phrases sans sujet.
Un détail surprend aussitôt : le verbe est au passé, осталось, alors que le français emploie le présent. La logique est celle du perfectif. Ce qui reste est le résultat d’une diminution déjà accomplie — le temps a passé, l’argent a été dépensé — et le russe nomme ce résultat avec la forme qui l’exprime le mieux. On dit donc Осталось пять минут pour « il reste cinq minutes », au moment même où on le dit. Le présent остаётся existe, mais il sert surtout à ce qui demeure durablement : Вопрос остаётся открытым Voprós ostaiótsia otkrýtym, « la question reste ouverte ».
Reste à savoir quand le verbe s’accorde, et quand il se fige. Le principe est le même que dans toute la langue : dès qu’un mot de quantité intervient, le nom passe au génitif et le verbe au neutre. Sans mot de quantité, ou avec один, le nom reste sujet, au nominatif, et le verbe s’accorde avec lui.
| Ce qui reste | Phrase | Transcription | Ce que fait le verbe |
|---|---|---|---|
| un nom masculin, avec один | Остался один билет. | Ostálsia odín biliét. | il s’accorde au masculin |
| un nom féminin, avec одна | Осталась одна минута. | Ostálas’ odná minoúta. | il s’accorde au féminin |
| un pronom ou un nom pluriel, sans quantité | Остались только мы. | Ostális’ tól’ko my. | il s’accorde au pluriel |
| un nombre à partir de cinq | Осталось пять минут. | Ostálos’ piat’ minoút. | neutre, et génitif pluriel |
| мало, много, несколько | Осталось мало времени. | Ostálos’ málo vriémieni. | neutre, et génitif |
| une négation | Денег не осталось. | Diénieg nie ostálos’. | neutre, et génitif de négation |
Avec два, три, четыре, les deux accords se rencontrent, осталось две минуты comme остались две минуты, et le neutre n’est jamais fautif. Le cas du nom après chaque nombre — génitif singulier après deux, trois et quatre, génitif pluriel à partir de cinq — est exposé à la page le nom après le nombre. La négation, enfin, appelle le génitif même sans nombre : Денег не осталось, Не осталось ни одного билета Nie ostálos’ ni odnogó biliéta, « il ne reste plus un seul billet ». C’est le mécanisme que décrit la page le génitif après une négation.
Pour dire à qui il reste quelque chose, le russe a deux constructions, et elles ne se remplacent pas. Quand il reste une chose que l’on possède, de l’argent, du temps, des provisions, on reprend la construction de la possession, у suivi du génitif : У меня осталось сто рублей. C’est la construction de У меня есть, et la page dire « avoir » en russe en expose le fonctionnement. Quand il reste une action à accomplir, la personne passe au datif et l’action à l’infinitif : Мне осталось только подписать договор.
Les deux dernières lignes sont des formules. La première se dit sans aucune personne, quand la situation ne laisse plus qu’une issue. La seconde, à l’imperfectif du passé, est la question de celui qui se justifie : elle n’attend pas de réponse, elle affirme qu’il n’y avait pas d’autre choix. Observez enfin la symétrie avec оставить. Он оставил мне сто рублей, « il m’a laissé cent roubles », et У меня осталось сто рублей, « il me reste cent roubles », parlent de la même somme : la première phrase la voit du côté de celui qui l’a laissée, la seconde du côté de celui qui l’a encore.
Regardez ce qui reste : un nom seul, ou une quantité ? Puis choisissez la forme qui convient.
Le troisième verbe de la page est celui que le francophone oublie de chercher. Бросить bróssit’ veut d’abord dire « jeter », « lancer » : on jette une pierre, on lance un ballon. De ce sens concret, le russe a tiré celui de l’abandon. Ce que l’on jette, on ne le reprend pas ; ce que l’on a бросил, on l’a laissé derrière soi sans intention de revenir. Là où le français dit encore « laisser », « quitter » ou « abandonner », le russe passe à ce verbe dès que l’idée de rupture apparaît.
Le perfectif бросить suit la seconde conjugaison, avec une alternance à la première personne : le с du radical y devient ш, я брошу. L’imperfectif бросать brossát’ est entièrement régulier, sur la première conjugaison.
| Personne | Futur perfectif | Transcription | Présent imperfectif | Transcription |
|---|---|---|---|---|
| я | брошу | bróchou | бросаю | brossáiou |
| ты | бросишь | bróssich’ | бросаешь | brossáiech’ |
| он, она | бросит | bróssit | бросает | brossáiet |
| мы | бросим | bróssim | бросаем | brossáiem |
| вы | бросите | bróssitie | бросаете | brossáietie |
| они | бросят | bróssiat | бросают | brossáiout |
Au passé : бросил, бросила, бросили bróssil, bróssila, bróssili. À l’impératif : брось, бросьте bros’, brós’tie au perfectif, бросай, бросайте brossáï, brossáïtie à l’imperfectif.
| Emploi | Exemple | Transcription | Français |
|---|---|---|---|
| jeter, lancer | Он бросил камень в воду. | On bróssil kámien’ v vódou. | Il a jeté une pierre dans l’eau. |
| raccrocher brutalement | Она бросила трубку. | Oná bróssila troúbkou. | Elle a raccroché au nez de son interlocuteur. |
| abandonner une chose | Он бросил машину на дороге. | On bróssil machínou na dorógie. | Il a abandonné la voiture sur la route. |
| abandonner quelqu’un | Не бросай меня! | Nie brossáï mieniá ! | Ne m’abandonne pas ! |
| renoncer à une activité | Она бросила университет. | Oná bróssila ouniviersitiét. | Elle a abandonné ses études à l’université. |
| cesser une habitude | Я бросил курить. | Ia bróssil kourít’. | J’ai arrêté de fumer. |
Lisez le tableau de haut en bas : on passe du geste physique à l’abandon d’une chose, puis d’une personne, puis d’une activité. Le fil ne se rompt jamais, et c’est pourquoi un même verbe peut tout couvrir. Dans chaque ligne, quelque chose est lâché, et rien n’indique qu’on ira le reprendre.
La dernière ligne appelle une précision de construction. Au sens de « cesser », le verbe se fait suivre d’un infinitif, et cet infinitif est toujours imperfectif : бросить курить, бросить пить, jamais un perfectif. Cette contrainte, que бросить partage avec начать, перестать ou продолжать, est expliquée à la page l’aspect de l’infinitif après un autre verbe. Le présent de l’imperfectif décrit l’effort en cours, ce que le français rend par « j’arrête » ou « j’essaie d’arrêter » : Я бросаю курить Ia brossáiou kourít’. Le perfectif annonce que c’est fait : Я бросил курить.
Un dernier emploi appartient à la conversation familière. Seul, à l’impératif, Брось! veut dire « laisse tomber », « allons donc », pour couper court à une inquiétude ou à une excuse : Брось, это ерунда Bros’, èto ieroundá, « laisse tomber, ce n’est rien ».
Les deux verbes se partagent souvent le même objet, et la phrase change alors de ton plus que de sens. Оставить constate qu’une chose est restée quelque part, sans la juger. Бросить dit qu’on s’en est débarrassé ou désintéressé, et la phrase prend une couleur de négligence, de hâte ou de reproche.
| Phrase | Transcription | Ce qu’elle dit |
|---|---|---|
| Он оставил машину у дома. | On ostávil machínou ou dóma. | il a laissé la voiture devant la maison, comme chaque jour |
| Он бросил машину на дороге. | On bróssil machínou na dorógie. | il l’a abandonnée là, sans s’en soucier |
| Она оставила записку на столе. | Oná ostávila zapískou na stolié. | elle a laissé un mot, pour qu’on le lise |
| Она бросила записку в огонь. | Oná bróssila zapískou v ogón’. | elle a jeté le mot au feu |
| Он оставил работу. | On ostávil rabótou. | il a quitté son emploi, dit sobrement, dans un registre soutenu |
| Он бросил работу. | On bróssil rabótou. | il a lâché son emploi, souvent du jour au lendemain |
Retenez la règle d’usage qui se dégage de ces paires. Pour un oubli, un rangement, un objet qu’on retrouvera, оставить est toujours le bon choix. Dès qu’il y a renoncement, l’objet ou la personne lâchés pour de bon, бросить s’impose, et l’interlocuteur entendra aussitôt le jugement que la phrase contient.
Pour la rupture entre deux personnes, le français dit « quitter » et laisse au contexte le soin de préciser. Le russe a le choix entre plusieurs verbes, et ce choix dit qui est parti, et ce qu’on en pense.
| Verbe | Exemple | Transcription | Ce que dit la phrase |
|---|---|---|---|
| бросить et l’accusatif | Он бросил жену. | On bróssil jenoú. | il l’a abandonnée : rupture à sens unique, jugée sévèrement |
| уйти от et le génitif | Она ушла от мужа. | Oná ouchlá ot moúja. | elle est partie, elle a quitté le foyer |
| расстаться с et l’instrumental | Мы расстались. | My rasstális’. | nous nous sommes séparés, sans désigner de responsable |
| оставить et l’accusatif | Он оставил семью. | On ostávil siem’iú. | il a quitté sa famille : tour plus soutenu, fréquent à l’écrit |
Les deux lignes du milieu n’emploient pas de verbe transitif, et c’est leur intérêt. Avec уйти, verbe de mouvement, on raconte un départ ; avec расстаться, dont le -ся marque la réciprocité, on raconte une séparation à deux. On peut même s’y quitter en bons termes : Мы расстались друзьями My rasstális’ drouz’iámi, « nous nous sommes quittés bons amis », avec le même instrumental que plus haut. Avec бросить, en revanche, l’un agit et l’autre subit, et la phrase désigne un coupable.
Le français emploie « laisser » devant un infinitif pour dire qu’on permet à quelqu’un de faire quelque chose : laisser parler, laisser entrer, laisser dormir. Aucun des verbes précédents ne sert ici, car оставить suivi d’un infinitif n’a pas ce sens. Le russe emploie d’abord дать, donner, avec la personne au datif et l’action à l’infinitif : Дай мне подумать, « laisse-moi réfléchir ». Il emploie aussi la particule пусть, suivie du verbe conjugué, quand on consent à ce qu’un tiers agisse : Пусть он говорит, « laisse-le parler ». Et pour « laisser entrer », « laisser passer », il a un verbe propre, пустить, avec son composé пропустить.
« Rester » réserve des surprises du même ordre. Rester assis, rester couché, rester à la maison sans bouger se disent très souvent avec le simple verbe de position, sans aucun équivalent de « rester » : on dit qu’on était assis, et cela suffit. Ces verbes d’état sont décrits à la page être debout, couché ou assis. Rester à l’hôtel ou chez des amis, au sens d’y loger pendant un voyage, se dit avec остановиться, le verbe qui veut d’abord dire « s’arrêter ». Le voyageur s’arrête quelque part, et ce verbe dit l’étape.
| En français | En russe | Transcription | Le verbe employé |
|---|---|---|---|
| Laisse-moi réfléchir. | Дай мне подумать. | Daï mnie podoúmat’. | дать, avec le datif et l’infinitif |
| Laisse-le parler. | Пусть он говорит. | Poust’ on govorít. | пусть, avec le verbe conjugué |
| Laisse-moi t’aider. | Дай я помогу. | Daï ia pomogoú. | tour familier : дай et le futur perfectif |
| On ne m’a pas laissé entrer. | Меня не пустили. | Mieniá nie poustíli. | пустить, laisser entrer, laisser aller |
| Laissez-moi passer, s’il vous plaît. | Пропустите, пожалуйста. | Propoustítie, pojálouïsta. | пропустить, laisser passer |
| J’ai laissé tomber mon téléphone. | Я уронил телефон. | Ia ouroníl tieliefón. | уронить, faire tomber sans le vouloir |
| Je suis resté à la maison toute la soirée. | Я весь вечер сидел дома. | Ia vies’ viétcher sidiél dóma. | сидеть, familier : on n’a pas bougé |
| Nous avons logé chez des amis. | Мы остановились у друзей. | My ostanovílis’ ou drouziéï. | остановиться, pour un séjour |
| Où logez-vous ? | Где вы остановились? | Gdie vy ostanovílis’ ? | la question de l’hôtelier ou de l’ami |
La dernière ligne mérite qu’on s’y arrête, car elle rejoint ce que nous avons vu pour осталось. Pour demander où quelqu’un loge en ce moment, le russe emploie le passé du perfectif : la personne s’est arrêtée quelque part, et elle y est encore. Le français, qui pense à l’état présent, met le présent. Retenez aussi la différence avec остаться в гостинице : cette phrase-là signifie qu’on ne sort pas de l’hôtel, ou qu’on n’en repart pas quand les autres s’en vont. Enfin, « laisse tomber » au sens figuré ne se dit pas avec уронить, qui ne concerne que les objets, mais avec le Брось! déjà rencontré, ou avec Забудь! Zaboúd’ !, « oublie ».
Tous les verbes de la page sont en jeu. Lisez la glose, puis demandez-vous ce que fait vraiment le sujet.
Toute la page tient dans trois questions, à poser dans l’ordre. D’abord : le sujet laisse-t-il quelque chose ? Si oui, оставить, avec un objet à l’accusatif, un lieu sans mouvement et, au besoin, une personne au datif. Si c’est le sujet lui-même qui reste, остаться, sans objet. Si ce qui reste n’est laissé par personne et se compte, осталось au neutre, avec le génitif.
Ensuite : laisse-t-on pour de bon ? Quand le français dit laisser, quitter ou abandonner avec une idée de rupture — une personne, un emploi, des études, une habitude —, le russe passe à бросить, et le ton de la phrase change avec lui. Enfin : s’agit-il de permettre ? Laisser faire, laisser entrer, laisser parler se disent avec дать, пусть ou пустить, et non avec les verbes de cette famille. De même, rester assis ou rester à l’hôtel trouvent leur verbe ailleurs.
L’aspect, lui, obéit aux règles de toujours : le perfectif pour le geste unique et son résultat, l’imperfectif pour l’habitude, la durée, le présent et la défense. Une seule particularité de forme est à apprendre par cœur, celle du présent остаюсь, qui perd le -ва- de son infinitif.
Une affaire de réflexe. Comprendre la différence entre оставил et остался prend une minute ; la produire sans hésiter, au milieu d’une phrase, demande de l’entraînement, car les deux mots commencent de la même façon et l’on choisit avant d’avoir fini de les prononcer. Cela s’acquiert par l’oreille, en répétant des phrases entières, ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Écoutez la première leçon aujourd’hui, avant d’avoir oublié la moitié de cette page.
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Оставить veut dire « laisser » et a toujours un objet : Я оставил ключи дома, « j’ai laissé mes clés à la maison ». Остаться veut dire « rester » et n’en a jamais : Я остался дома, « je suis resté à la maison ». Pour choisir, demandez-vous si le sujet laisse quelque chose. Si oui, c’est le premier ; si c’est le sujet lui-même qui reste, c’est le second.
Ce sont les deux imperfectifs, et ils partagent leurs cinq premières lettres. Le premier, оставлять, est « laisser » : оставляю, оставляешь. Le second, оставаться, est « rester », et son présent perd le -ва- : остаюсь, остаёшься. Un repère d’oreille aide : toutes les formes de « laisser » contiennent un в, aucune forme du présent ou du futur de « rester » n’en contient.
Parce que les verbes en -ставать, -давать et -знавать perdent leur -ва- au présent : давать fait даю, вставать fait встаю. Le -ва- revient à l’impératif, оставайся, et au passé, оставался. La forme оставаюсь n’existe pas.
Non. Оставить annonce qu’on a laissé quelque chose, et la phrase reste suspendue faute d’objet : l’auditeur attend de savoir quoi. Pour dire que vous n’êtes pas sorti, il faut le verbe sans objet, Я остался дома, ou Я осталась дома pour une femme.
Au prépositionnel, ou sous forme d’adverbe de lieu, parce que l’objet ne se déplace pas : il reste là où il était. On dit Я оставил книгу на столе, « j’ai laissé le livre sur la table », alors qu’avec un verbe de mouvement comme положить on dirait на стол, à l’accusatif. La question qui convient est где, et non куда.
Осталось пять минут Ostálos’ piat’ minoút. La phrase n’a pas de sujet : le verbe se fige au neutre singulier, et ce qui reste se met au génitif, imposé ici par le nombre. Le même neutre s’emploie après мало, много, несколько et сколько : Осталось мало времени, « il reste peu de temps ».
Parce que ce qui reste est le résultat d’une diminution déjà accomplie, et que le russe exprime ce résultat par le passé du perfectif. Осталось пять минут se dit au moment même et se traduit par un présent. Le présent остаётся existe, mais il sert surtout à ce qui demeure durablement : Вопрос остаётся открытым, « la question reste ouverte ».
Quand ce qui reste est un nom au nominatif, sans mot de quantité ou accompagné de один : Остался один билет, Осталась одна минута, Остались только мы. Dès qu’apparaissent un nombre à partir de cinq, un mot comme мало ou une négation, le nom passe au génitif et le verbe au neutre. Avec deux, trois et quatre, les deux accords se rencontrent, et le neutre n’est jamais fautif.
De deux façons, selon ce qui reste. Pour une chose que l’on possède, on emploie la construction de la possession : У меня осталось сто рублей, « il me reste cent roubles ». Pour une action à accomplir, la personne se met au datif et l’action à l’infinitif : Мне осталось только подписать договор, « il ne me reste plus qu’à signer le contrat ».
Оставить constate qu’une chose ou une personne est restée quelque part, sans jugement. Бросить, dont le sens premier est « jeter », dit qu’on l’a laissée pour de bon, qu’on s’en est débarrassé. Comparez Он оставил машину у дома, il a laissé la voiture devant la maison, et Он бросил машину на дороге, il l’a abandonnée sur la route. Le second verbe porte souvent un reproche.
Бросить курить bróssit’ kourít’, avec un infinitif toujours imperfectif : Я бросил курить, « j’ai arrêté de fumer ». Au présent, l’imperfectif décrit l’effort en cours : Я бросаю курить, « j’arrête, j’essaie d’arrêter ». Le même verbe sert à abandonner une activité : бросить работу, бросить университет.
Cela dépend de ce que l’on veut dire. Бросить présente une rupture brutale et à sens unique : Он бросил жену. Уйти от dit qu’une personne est partie du foyer : Она ушла от мужа. Расстаться с dit une séparation sans désigner de coupable : Мы расстались. Оставить, enfin, appartient à un registre plus soutenu : Он оставил семью.
Sans aucun des verbes de cette page. « Laisser » suivi d’un infinitif, au sens de permettre, se dit avec дать et le datif, Дай мне подумать, ou avec пусть, Пусть он говорит, « laisse-le parler ». « Laisser entrer » se dit пустить : Меня не пустили, « on ne m’a pas laissé entrer ».
Pour un séjour, avec остановиться, le verbe qui veut d’abord dire « s’arrêter » : Мы остановились в гостинице, « nous sommes descendus à l’hôtel », Где вы остановились?, « où logez-vous ? ». La phrase Остаться в гостинице veut dire autre chose : ne pas en sortir, ou ne pas repartir quand les autres s’en vont.
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