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Le russe emploie les mêmes signes que le français, mais pas aux mêmes endroits. Sa virgule suit la grammaire et non le souffle, son tiret remplace les mots qu’il ne dit pas, et ses guillemets, ses espaces et ses majuscules obéissent à leurs propres usages.
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Un francophone qui écrit en russe connaît déjà tous les signes : le point, la virgule, le point-virgule, les deux-points, le tiret, les guillemets en chevrons, les points de suspension. Il n’a guère à y ajouter que les guillemets bas-haut „…“ et le signe №. Ce qui change, ce sont les raisons de les employer : le russe met des virgules là où le français n’en voit pas l’utilité, en retire là où le français en met par habitude, recourt au tiret bien plus souvent, et colle ses signes aux mots, sans les espaces que la typographie française intercale.
La virgule française obéit en partie au souffle. On la place pour marquer une pause, pour mettre un mot en valeur, pour aérer une phrase un peu longue, et deux auteurs soigneux ne ponctuent pas forcément le même texte de la même façon. La virgule russe obéit d’abord à la structure de la phrase. Elle signale une frontière grammaticale : entre deux propositions, autour d’un groupe détaché, autour d’un mot qui commente la phrase de l’extérieur. Là où cette frontière n’existe pas, elle n’a rien à faire, si longue que soit la phrase.
Ces règles ont été codifiées pour l’essentiel en 1956, et l’école russe les enseigne avec l’orthographe. Il en découle une conséquence pratique : une virgule oubliée devant что se lit en russe comme une faute, et non comme une maladresse de style. Le tableau ci-dessous part de phrases françaises ordinaires et montre ce que le russe en fait. Les transcriptions en caractères latins, qui ne servent qu’à la prononciation, gardent la typographie française ; seule la ligne en cyrillique montre la ponctuation russe.
| En français j’écris | En russe j’écris | Pourquoi |
|---|---|---|
| Le soir, nous sommes allés au cinéma. | Вечером мы пошли в кино. Viétcherom my pochlí v kinó. | un complément placé en tête ne se détache pas |
| Je sais qu’il viendra. | Я знаю, что он придёт. Ia znáiou, tchto on pridiót. | une virgule devant la subordonnée, même courte |
| Bonjour Anna ! | Здравствуйте, Анна! Zdrávstvouïtie, Ánna ! | le nom de la personne à qui l’on parle se détache |
| des pommes, des poires, etc. | яблоки, груши и т. д. iábloki, groúchi i tak dáliee | l’abréviation commence par « et » : pas de virgule devant |
| Ce livre, je l’ai déjà lu. | Эту книгу я уже читал. Ètou knígou ia oujé tchitál. | le russe déplace le mot au lieu de le détacher |
| Il a dit : « Je suis fatigué. » | Он сказал: «Я устал». On skazál : « Ia oustál ». | aucune espace, et le point passe après le guillemet |
| « Je suis fatigué », dit-il. | «Я устал», — сказал он. « Ia oustál », — skazál on. | une virgule, puis un tiret devant les mots du narrateur |
| Ma mère est pianiste. | Моя мама — пианистка. Moiá máma — pianístka. | un tiret à la place du verbe « être », entre deux noms |
| Les clés, le téléphone, l’argent : tout est resté à la maison. | Ключи, телефон, деньги — всё осталось дома. Klioutchí, tieliefón, dién’gui — vsio ostálos’ dóma. | après une énumération, le mot qui la résume prend un tiret |
| C’est un Français. | Он француз. On frantsoúz. | les noms de peuples s’écrivent en minuscule |
| J’ai lu Guerre et Paix. | Я прочитал «Войну и мир». Ia protchitál « Voïnoú i mir ». | un titre entre guillemets, une seule majuscule, et un titre qui se décline |
| Chère Anna, (en tête de lettre) | Дорогая Анна! Dorogáia Ánna ! | le point d’exclamation est la ponctuation attendue de l’en-tête |
| Vraiment ?… | Неужели?.. Nieoujéli ?.. | après un point d’interrogation, deux points de suspension seulement |
| Excusez-moi, où est la gare ? | Извините, где вокзал? Izvinítie, gdie vokzál ? | la même virgule, mais pas d’espace avant le point d’interrogation |
Les cinq premières lignes concernent la virgule, la sixième et la septième les paroles rapportées, la huitième et la neuvième le tiret, les trois suivantes les majuscules, les titres et les lettres, les deux dernières la typographie. Chaque famille a sa section ci-dessous. Retenez dès maintenant la cinquième : là où le français détache un mot entre virgules pour le placer en tête, puis le reprend par un pronom, le russe se contente de le déplacer, puisque l’ordre de ses mots est libre.
Les grandes règles de la virgule russe accompagnent chacune une construction, et chacune est exposée avec elle. Cette page ne les reprend pas ; voici seulement où les trouver.
Entre la principale et chaque subordonnée, qu’elle commence par что, чтобы, если, когда ou un mot interrogatif, quelle que soit sa longueur, sauf quand elle se réduit à ce seul mot interrogatif (не сказал куда) : voyez les subordonnées.
Devant une relative en который, et après elle quand elle coupe la principale : la page des relatives.
Autour d’un groupe au gérondif, où qu’il se place, à la page les gérondifs ; autour d’un groupe participial placé après son nom, à la page les participes.
Devant а et но, et devant и quand il relie deux propositions : le détail, exceptions comprises, est à la page coordonner avec и, а, но.
Autour des mots qui commentent la phrase, comme конечно, наверное ou по-моему : les mots incidents.
Restent deux séries de cas qu’aucune de ces pages ne rassemble, et ce sont elles qui trahissent le francophone : les virgules qu’il ajoute par habitude, et celles qu’il oublie parce que le français s’en passe volontiers.
Après un complément placé en tête. Le français détache volontiers ce qui ouvre la phrase : « Le soir, … », « À Moscou, … », « Après le déjeuner, … ». Le russe, en règle générale, ne le fait pas. Un complément de temps ou de lieu placé en tête appartient à la proposition comme n’importe quel autre mot, et aucune virgule ne le sépare de la suite.
La virgule revient quand le groupe de tête est autre chose qu’un simple complément : un gérondif, qui se détache où qu’il soit, ou une locution de concession comme несмотря на, « malgré » : Несмотря на дождь, мы пошли гулять Niesmotriá na dojd’, my pochlí gouliát’, « malgré la pluie, nous sommes allés nous promener ». Pour quelques locutions longues, la norme permet la virgule sans l’imposer ; dans le doute, n’en mettez pas après un complément bref.
Pour reprendre un mot. Le français détache un mot en tête et le reprend par un pronom : « Moi, je pense autrement », « Ce livre, je l’ai déjà lu ». Le russe n’a pas besoin de cette reprise. Il place simplement en tête ce dont il parle, sans virgule et sans pronom de rappel, et marque l’opposition, s’il y en a une, par un petit mot plutôt que par la ponctuation.
Devant « etc. » L’abréviation и т. д., pour и так далее i tak dáliee, commence par la conjonction и, « et », et ne prend donc pas de virgule devant elle. Il en va de même pour и т. п., « et autres choses semblables » : яблоки, груши, сливы и т. д., des pommes, des poires, des prunes, etc.
Autour du nom de la personne à qui l’on parle. L’apostrophe, c’est-à-dire le nom, le titre ou le mot affectueux par lequel on interpelle quelqu’un, se sépare du reste de la phrase par une virgule, et par deux quand elle se trouve au milieu. Le français courant écrit souvent « Bonjour Anna » sans rien ; la norme russe demande la virgule, dans une lettre comme dans un message de trois mots.
Après да, нет et les interjections. Placés en tête de réponse, да et нет se séparent de la suite par une virgule, comme une réponse complète suivie de son commentaire. Les interjections font de même dans la plupart des cas : ой, ах, ура.
Autour de пожалуйста. Dans une demande, пожалуйста pojálouïsta se détache comme un mot incident, par une virgule ou par deux selon sa place : Подождите, пожалуйста, минутку Podojdítie, pojálouïsta, minoútkou, « attendez une minute, s’il vous plaît ». L’exclamation d’étonnement Скажите пожалуйста!, « ça, par exemple ! », s’écrit en revanche d’ordinaire sans virgule : ce n’est plus une demande.
Une virgule qui demande la touche Maj. Sur la disposition russe du clavier de Windows, la touche qui donne le point seule ne donne la virgule qu’avec Maj. Dans une langue qui ponctue autant, ce détail ralentit bien des débutants ; il est décrit, avec les autres pièges de la saisie, à la page la cursive et le clavier.
Choisissez la version que la norme russe attend. La traduction donne le sens ; sa ponctuation est française et peut vous induire en erreur. Touchez une réponse, puis Correction.
En français, le tiret sert surtout au dialogue et aux incises. En russe, il compte parmi les signes les plus fréquents de l’écrit, parce qu’il remplit une fonction que le français confie à des mots : il tient la place d’un verbe absent, d’une conjonction absente, d’un « de… à » non dit. Avant d’en voir les emplois, une distinction s’impose.
Le trait d’union, дефис diefís, est un signe d’orthographe : il soude deux éléments à l’intérieur d’un mot, sans aucune espace. Le tiret, тире tiré, est un signe de ponctuation : plus long, il sépare des mots ou des propositions et s’entoure d’une espace de chaque côté. Confondre les deux revient, en français, à écrire « peut — être » pour « peut-être ».
Un couple montre la différence mieux qu’une règle. Москва-река Moskvá-rieká, avec un trait d’union, est le nom de la rivière qui traverse la ville, la Moskova ; Москва — огромный город Moskvá — ogrómnyï górod, avec un tiret, est une phrase : « Moscou est une ville immense ». Sur écran, beaucoup de gens tapent le trait d’union pour les deux ; un texte soigné, imprimé ou publié, les distingue.
Tous reviennent à une même idée : le tiret marque un vide, une coupure, ou une articulation que le russe ne dit pas avec des mots.
| Emploi | Exemple | Ce qu’il marque |
|---|---|---|
| entre deux noms, au présent | Его брат — пилот. Iegó brat — pilót. — Son frère est pilote. | le verbe « être », qui ne se dit pas |
| dans la seconde partie d’une phrase double | Я заказал суп, а она — салат. Ia zakazál soup, a oná — salát. — J’ai commandé une soupe, et elle une salade. | le verbe déjà dit, que l’on ne répète pas |
| dans une phrase où le verbe va de soi | Я — домой. Ia — domóï. — Moi, je rentre. | un verbe de mouvement sous-entendu |
| après une énumération | Хлеб, сыр, фрукты — всё было свежее. Khlieb, syr, froúkty — vsio býlo sviéjeie. — Le pain, le fromage, les fruits : tout était frais. | le passage de la liste au mot qui la résume |
| entre deux propositions sans conjonction | Было поздно — все разошлись. Býlo pózdno — vsie razochlís’. — Il était tard, tout le monde est parti. | une conséquence, une condition ou une opposition non dites |
| autour d’une incise | Мой сосед — он, кстати, врач — помог мне. Moï sossiéd — on, kstáti, vratch — pomóg mnie. — Mon voisin, qui est d’ailleurs médecin, m’a aidé. | une parenthèse ouverte dans la phrase |
| entre deux nombres ou deux lieux | 5—7 минут piat’-siem’ minoút ; поезд Москва — Казань póiezd Moskvá — Kazán’ | un « de… à… » que l’on ne dit pas |
Les deux premières lignes ont chacune leur page. Le tiret qui remplace « être » entre deux noms, et les cas où il disparaît, sont détaillés à la page la phrase sans « être » ; celui qui tient la place d’un verbe non répété après а figure parmi les règles de la coordination citées plus haut. La troisième ligne en est le prolongement familier : dans Я — домой, « moi, je rentre », ou dans Мы — в кино, а вы? My — v kinó, a vy ?, « nous, on va au cinéma, et vous ? », le verbe de mouvement va de soi, et le tiret marque la pause qui le remplace.
La quatrième ligne a son pendant inversé. Le mot qui résume une énumération change de signe selon sa place : placé avant la liste, il l’annonce par deux-points ; placé après, il la reprend par un tiret.
Entre deux nombres, enfin, le tiret se colle aux chiffres, souvent sous une forme un peu plus courte : 5—7 минут, « de cinq à sept minutes ». Entre deux noms de lieu, il garde ses espaces, comme dans поезд Москва — Казань, le train Moscou-Kazan. Le trait d’union, dans ces deux cas, est une faute courante, y compris sous la plume des Russes.
Le russe aime juxtaposer deux propositions sans conjonction, surtout à l’oral, où l’intonation suffit à dire le lien. À l’écrit, ce lien doit se lire dans le signe, et le choix ne se fait pas au hasard. Une question le règle : quel mot pourrait-on glisser entre les deux parties ? La page exprimer la conséquence montre ce partage sur un exemple ; en voici le tableau complet.
| Le lien | Le mot qu’on pourrait glisser | Signe | Exemple |
|---|---|---|---|
| la seconde partie donne la cause | потому что | deux-points | Оденься теплее: на улице мороз. Odién’sia tiepliéie : na oúlitse moróz. — Couvre-toi bien : il gèle dehors. |
| la seconde partie dit ce qu’on sait, voit ou sent | что | deux-points | Я чувствую: что-то не так. Ia tchoúvstvouiou : tchtó-to nie tak. — Je le sens : quelque chose ne va pas. |
| la seconde partie décrit ce qu’on découvre | и увидел, что | deux-points | Я выглянул в окно: на улице шёл снег. Ia výglianoul v oknó : na oúlitse chol snieg. — J’ai regardé par la fenêtre : il neigeait. |
| la seconde partie tire la conséquence | поэтому | tiret | Автобус ушёл — придётся идти пешком. Avtóbous ouchól — pridiótsia idtí piechkóm. — Le bus est parti, il va falloir marcher. |
| les deux parties s’opposent | а, но | tiret | Хотел помочь — только помешал. Khotiél pomótch’ — tól’ko pomiechál. — Il voulait aider, il n’a fait que gêner. |
| la première partie pose une condition ou un moment | если, когда | tiret | Пойдёт дождь — останемся дома. Poïdiót dojd’ — ostániemsia dóma. — S’il pleut, nous resterons à la maison. |
Les trois premières lignes regardent vers la droite : la seconde partie éclaire la première, et les deux-points l’annoncent, comme en français. Les trois dernières regardent vers la gauche : la seconde partie découle de la première ou la contredit, ou bien la première fixe la condition de la seconde, et le tiret marque le saut. Le français connaît bien les deux-points explicatifs, mais il emploie peu le tiret pour une conséquence ou une condition ; le russe le fait couramment, dans les messages comme dans les proverbes : Лес рубят — щепки летят Lies roúbiat — chtchépki lietiát, mot à mot « on abat la forêt, les copeaux volent », c’est-à-dire « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».
Le point-virgule, точка с запятой tótchka s zapiatóï, s’emploie à peu près comme en français, et guère plus souvent. On le trouve entre deux propositions juxtaposées quand elles sont longues ou contiennent déjà des virgules : il marque alors la frontière principale, que de nouvelles virgules noieraient. On le trouve aussi entre les éléments d’une énumération longue, en particulier dans les listes à la ligne des documents et des consignes, où chaque élément se termine par un point-virgule et le dernier par un point.
Dans la conversation écrite, messages et courriels, il se fait rare : on coupe plutôt en deux phrases. Ne vous forcez pas à l’employer ; sachez seulement le reconnaître.
Choisissez le signe ou la graphie qui convient : tiret, trait d’union ou deux-points. Les autres propositions sont fautives. Touchez une réponse, puis Correction.
Le russe imprimé connaît deux présentations des paroles, et il les tient d’ordinaire séparées. Dans un dialogue, chaque réplique va à la ligne et s’ouvre par un tiret. Dans un paragraphe de récit, les paroles citées se mettent entre guillemets. Le français, lui, mêle volontiers les deux, ouvrant un dialogue par un guillemet et marquant chaque changement de voix par un tiret.
Le tiret ouvre la ligne, suivi d’une espace. Quand les mots du narrateur suivent la réplique, ils s’en séparent par une virgule et un tiret, et commencent par une minuscule. Le français écrit « dit-il » entre virgules, sans tiret ; le russe ne se passe pas de ce second tiret, qui signale que la voix change.
| Situation | Exemple | Ce qu’il faut voir |
|---|---|---|
| le narrateur après la réplique | — Я опаздываю, — сказала Вера. — Ia opázdyvaiou, — skazála Viéra. — Je suis en retard, dit Vera. | une virgule, un tiret, puis une minuscule |
| la réplique finit par « ? » ou « ! » | — Ты где? — спросил отец. — Ty gdie ? — sprossíl otiéts. — Tu es où ? demanda le père. | le signe remplace la virgule, la minuscule reste |
| le narrateur au milieu, même phrase | — Я опаздываю, — сказала Вера, — но скоро буду. — Ia opázdyvaiou, — skazála Viéra, — no skóro boúdou. — Je suis en retard, dit Vera, mais j’arrive bientôt. | un tiret de chaque côté, et la suite en minuscule |
| le narrateur au milieu, phrase nouvelle | — Я опаздываю, — сказала Вера. — Начинайте без меня. — Ia opázdyvaiou, — skazála Viéra. — Natchináïtie biez mieniá. — Je suis en retard, dit Vera. Commencez sans moi. | un point après le narrateur, puis la suite en majuscule |
Quand le narrateur parle d’abord, il annonce la réplique par deux-points, et celle-ci passe à la ligne avec son tiret : Вера сказала:, puis, à la ligne, — Я опаздываю. La réplique commence par une majuscule, puisqu’elle ouvre la parole d’une autre voix.
Au milieu d’un paragraphe, les paroles se mettent entre guillemets, mais la logique reste la même : deux-points quand le narrateur parle d’abord, virgule et tiret quand il parle après. Une seule différence demande de l’attention, et c’est la place du point.
| Schéma | Exemple | Ce qu’il faut voir |
|---|---|---|
| le narrateur, puis la citation | Он ответил: «Я занят». On otviétil : « Ia zániat ». — Il a répondu : « Je suis occupé. » | le point se place après le guillemet fermant |
| le narrateur, puis une question | Мама спросила: «Ты поел?» Máma sprossíla : « Ty poiél ? » — Maman a demandé : « Tu as mangé ? » | le point d’interrogation reste dedans, et rien ne suit |
| la citation, puis le narrateur | «Я занят», — ответил он. « Ia zániat », — otviétil on. — « Je suis occupé », répondit-il. | une virgule après le guillemet, puis le tiret |
| une question, puis le narrateur | «Ты поел?» — спросила мама. « Ty poiél ? » — sprossíla máma. — « Tu as mangé ? » demanda maman. | pas de virgule après le point d’interrogation |
| le narrateur au milieu | «Я занят, — ответил он, — но вечером позвоню». « Ia zániat, — otviétil on, — no viétcherom pozvoniú ». — « Je suis occupé, répondit-il, mais j’appellerai ce soir. » | des tirets dans la citation, des guillemets aux deux bouts seulement |
Le premier schéma est celui où le francophone se trompe le plus. Le français met le point à l’intérieur des guillemets quand la citation forme une phrase complète ; le russe ferme d’abord les guillemets, puis met le point de la phrase entière. Le point d’interrogation, le point d’exclamation et les points de suspension restent en revanche à l’intérieur, et aucun point ne s’ajoute derrière eux.
Une citation peut aussi se fondre dans la phrase, après что : elle perd alors ses deux-points et sa majuscule, mais garde ses guillemets. В объявлении сказано, что «касса работает до восьми» V obiavliénii skázano, tchto « kássa rabótaiet do vos’mí », « l’avis dit que “la caisse est ouverte jusqu’à huit heures” ». Sans guillemets, la même phrase devient un simple discours indirect, que la virgule des subordonnées suffit à ponctuer.
Le russe a deux dessins de guillemets. Les premiers, les ёлочки iólotchki, « petits sapins », ont la forme des guillemets français : «…». Les seconds, les лапки lápki, « petites pattes », s’ouvrent en bas et se ferment en haut : „…“. Les chevrons sont les guillemets ordinaires de l’imprimé ; les pattes servent à l’intérieur d’une citation, et ce sont elles qu’on trace d’ordinaire à la main.
Deux différences avec la typographie française. D’abord, aucune espace ne sépare les guillemets du texte qu’ils encadrent : «Война и мир», sans les blancs que le français place après le guillemet ouvrant et avant le guillemet fermant. Ensuite, quand une citation en contient une autre et que les deux se ferment ensemble, chaque dessin garde son guillemet, comme à la fin de l’exemple ci-dessus. Sur écran, dans les messages, beaucoup de Russes tapent des guillemets droits, faute de mieux ; un texte édité emploie les chevrons.
Outre les paroles et les citations, les guillemets encadrent les noms propres donnés à des choses : titres de livres, de films, de journaux, noms d’entreprises, d’hôtels, de cafés, d’équipes. Les noms de personnes, de villes, de rues et de pays s’en passent.
Ils servent enfin à mettre un mot à distance, par ironie ou pour signaler un emploi inhabituel : Эти «друзья» даже не позвонили Èti « drouz’iá » dáje nie pozvoníli, « ces “amis” n’ont même pas téléphoné ». Le français fait exactement la même chose.
Tout dépend du mot qui le précède. Si un nom générique accompagne le titre — роман, газета, кафе, фильм —, c’est ce nom qui prend le cas voulu, et le titre reste au nominatif. Si le titre est employé seul, il se décline en principe comme n’importe quel groupe de mots, à l’intérieur de ses guillemets.
| Avec le nom générique | Sans le nom générique | Français |
|---|---|---|
| Я читаю роман «Мастер и Маргарита». Ia tchitáiou román « Mástier i Margaríta ». | Я читаю «Мастера и Маргариту». Ia tchitáiou « Mástiera i Margarítou ». | Je lis Le Maître et Marguerite. |
| Мы встретились в кафе «Ромашка». My vstriétilis’ v kafé « Romáchka ». | Мы встретились в «Ромашке». My vstriétilis’ v « Romáchkie ». | Nous nous sommes retrouvés au café La Marguerite. |
| Он пишет для газеты «Известия». On píchet dlia gaziéty « Izviéstiia ». | Он пишет для «Известий». On píchet dlia « Izviéstiï ». | Il écrit pour les Izvestia. |
La première ligne montre aussi la majuscule des titres : le russe n’en met qu’au premier mot et aux noms propres que le titre contient. Маргарита est un prénom, d’où sa majuscule ; dans «Война и мир», que l’édition française intitule souvent « Guerre et Paix », seul le premier mot en prend une. Après le verbe называться, « s’appeler », le titre reste au nominatif, comme le montre la page appeler, s’appeler.
Choisissez la ponctuation ou la forme qui convient dans chaque réplique, citation, titre ou nom propre. Touchez une réponse, puis Correction.
Sur ce chapitre, le français et le russe se ressemblent plus qu’on ne le croit. Les jours, les mois, les langues et les adjectifs de nationalité prennent la minuscule dans les deux langues : понедельник, lundi, январь, janvier, русский язык, le russe, французское вино, du vin français. Les jours et les mois ont leur page, l’heure, la date, l’âge, et les adjectifs de lieu et de peuple la leur, les adjectifs de relation. La vraie différence est ailleurs.
Le français met une majuscule au nom qui désigne un peuple ou les habitants d’une ville : un Français, les Russes, une Parisienne. Le russe écrit ces noms en minuscule, comme n’importe quel nom commun, et le francophone, habitué à la majuscule, l’y rajoute presque par réflexe.
Pour les noms de plusieurs mots, le russe suit une règle de sobriété : la majuscule va au mot qui fait le nom, le plus souvent le premier, et les noms communs comme площадь, place, море, mer, ou университет restent en minuscule.
| Catégorie | Russe | Français | La règle russe |
|---|---|---|---|
| lieux | Красная площадь Krásnaia plóchtchad’, Чёрное море Tchórnoie mórie | la place Rouge, la mer Noire | l’adjectif qui fait le nom ; le nom commun en minuscule, comme en français |
| fêtes | Новый год Nóvyï god, Рождество Rojdiestvó | le Nouvel An, Noël | le premier mot |
| institutions | Московский государственный университет, Большой театр Ból’choï tieátr | l’université d’État de Moscou, le Bolchoï | le premier mot, et les noms propres s’il y en a |
| États, nom officiel | Российская Федерация Rossíïskaia Fiedierátsiia | la Fédération de Russie | chaque mot |
| titres d’œuvres | «Война и мир» | Guerre et Paix | le premier mot, entre guillemets |
| titres et fonctions | господин Петров, президент, профессор | M. Petrov, le président, le professeur | la minuscule, comme en français, sauf pour les plus hautes fonctions de l’État dans un texte officiel : Президент Российской Федерации |
Deux exceptions consacrées par l’usage méritent d’être connues. День Победы Dien’ Pobiédy, le jour de la Victoire, met une majuscule à ses deux mots. Et quand une fête s’écrit avec un chiffre, le nom du mois en prend une : 8 Марта, la Journée des femmes, mais 8 марта, la date du calendrier.
Dans une lettre adressée à une seule personne, Вы et Ваш prennent souvent la majuscule de politesse ; cet usage, et le recul qu’il connaît, sont exposés à la page tutoyer ou vouvoyer. Pour le reste, les règles rejoignent celles du français : majuscule en début de phrase et en tête des paroles citées, minuscule après des deux-points qui annoncent une explication ou une liste, minuscule pour les mots du narrateur après une réplique.
Une lettre russe s’ouvre traditionnellement sur un point d’exclamation, là où le français met une virgule : Дорогая Анна! pour une amie, Уважаемая Елена Викторовна! pour une correspondante qu’on vouvoie. Le texte commence ensuite à la ligne, par une majuscule. Certains courriels adoptent la virgule finale à la française ; le point d’exclamation reste la forme attendue. Quand l’en-tête est une salutation, la virgule placée devant le prénom, elle, est de règle.
La formule finale С уважением, « avec respect », se fait suivre d’une virgule par tradition, puis du nom à la ligne. Les formules d’adieu comme Всего доброго! prennent un point d’exclamation, et ce signe, qu’un francophone trouve parfois appuyé, paraît beaucoup plus neutre en russe.
La typographie française place une espace avant les deux-points et à l’intérieur des guillemets, et, en France, avant le point-virgule, le point d’interrogation et le point d’exclamation. Le russe n’en met nulle part : ses signes se collent au mot qui précède. Seul le tiret garde une espace de chaque côté.
| Ce qu’on écrit | Français | Russe |
|---|---|---|
| avant « : », « ; », « ? », « ! » | une espace avant les deux-points, et en France avant les trois autres | aucune espace : Где ты? |
| à l’intérieur des guillemets | « texte » | «текст» |
| autour du tiret | une espace de chaque côté | une espace de chaque côté, sauf entre deux nombres |
| une suspension après « ? » ou « ! » | ?… ou !… | ?.. ou !.. |
| « et cetera » | etc. | и т. д., sans virgule devant |
| « c’est-à-dire » | c.-à-d. | т. е. |
| le numéro | n° 5 | № 5 |
La quatrième ligne est une particularité russe. Après un point d’interrogation ou d’exclamation, les points de suspension se réduisent à deux, comme si le signe tenait lieu du premier : Ты уверен?.. Ty ouviérien ?.., « tu es sûr ?… », Ну и погода!.. Nou i pogóda !.., « quel temps, vraiment !… ». Le signe marque un doute ou une émotion qui reste en suspens.
Ponctuer, c’est aussi entendre. Beaucoup de signes russes correspondent à une frontière que la voix marque aussi : une pause autour d’un prénom, un silence à la place du tiret, un changement de ton entre la réplique et les mots du narrateur. L’oreille aide donc la main. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, sur la plateforme web comme dans nos applications.
Chaque phrase met en jeu un signe, une espace ou une majuscule. Choisissez la graphie que la norme russe attend. Touchez une réponse, puis Correction.
Plus de cent cinquante pages qui se répondent — la mécanique de la langue, les verbes pris un à un, le vocabulaire par thème — avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
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La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Les signes sont les mêmes ; ce sont les raisons de les employer qui changent. La virgule russe suit la grammaire et non le souffle : elle précède la subordonnée, mais ne détache pas un complément placé en tête. Le tiret est bien plus fréquent, l’espace disparaît avant les signes doubles et à l’intérieur des guillemets, et les noms de peuples s’écrivent en minuscule.
Non, en règle générale. Un complément de temps ou de lieu placé en tête appartient à la proposition : Летом мы живём на даче, « l’été, nous vivons à la datcha ». La virgule revient surtout pour un groupe qui se détache par nature, comme un gérondif ou несмотря на suivi de son nom ; après quelques locutions longues, elle reste facultative.
Parce que le nom de la personne à qui l’on parle, l’apostrophe, se sépare du reste de la phrase par une virgule, et par deux s’il se trouve au milieu : Скажи, Петя, ты уже поел? Le français courant omet souvent cette virgule après « bonjour » ; la norme russe la demande, même dans un message bref.
Non. L’abréviation d’и так далее commence par la conjonction и, « et », qui relie déjà le dernier terme de l’énumération : яблоки, груши, сливы и т. д. Il en va de même pour и т. п. Le français, qui écrit « etc. » sans « et », place au contraire une virgule devant.
Après le guillemet fermant : Он ответил: «Я занят». Le point d’interrogation, le point d’exclamation et les points de suspension restent en revanche à l’intérieur, et aucun point ne s’ajoute derrière eux : Мама спросила: «Ты поел?»
Chaque réplique va à la ligne et s’ouvre par un tiret. Les mots du narrateur qui la suivent s’en séparent par une virgule et un tiret, et commencent par une minuscule : — Я опаздываю, — сказала Вера. Si la réplique finit par un point d’interrogation ou d’exclamation, ce signe remplace la virgule : — Ты где? — спросил отец.
Les chevrons, appelés ёлочки, « petits sapins », pour l’usage ordinaire, et les guillemets bas-haut, лапки, « petites pattes », pour une citation à l’intérieur d’une autre et dans l’écriture manuscrite. Aucune espace ne les sépare du texte qu’ils encadrent : «Война и мир».
En principe, quand il est employé seul. Avec un nom générique devant lui, c’est ce nom qui se décline, et le titre reste au nominatif : Я читаю роман «Мастер и Маргарита». Sans lui, le titre prend le cas voulu : Я читаю «Мастера и Маргариту». Dans les deux cas, seuls le premier mot et les noms propres prennent la majuscule.
Le trait d’union soude deux éléments d’un même mot, sans espace : кто-то, по-русски, Москва-река. Le tiret, plus long, sépare des mots ou des propositions et s’entoure d’espaces : Москва — огромный город. Entre deux nombres, le tiret se colle aux chiffres : 5—7 минут.
Deux-points quand la seconde partie explique la première, qu’elle en donne la cause, le contenu ou ce que l’on découvre : Оденься теплее: на улице мороз. Tiret quand elle en tire la conséquence ou la contredit, ou quand la première pose une condition : Пойдёт дождь — останемся дома.
Non. Le russe colle le point d’interrogation, le point d’exclamation, les deux-points et le point-virgule au mot qui précède, et ne met pas d’espace à l’intérieur des guillemets. Seul le tiret garde une espace de chaque côté, sauf entre deux nombres.
Non. Les noms de peuples et d’habitants s’écrivent en minuscule en russe, là où le français met une majuscule : француз, un Français, москвич, un Moscovite. Les jours, les mois, les langues et les adjectifs de nationalité prennent eux aussi la minuscule, mais c’est déjà le cas en français.
Par une adresse suivie d’un point d’exclamation, Дорогая Анна! ou Уважаемая Елена Викторовна!, puis le texte à la ligne, avec une majuscule. On termine souvent par С уважением, suivi d’une virgule et du nom à la ligne, ou par une formule comme Всего доброго! Dans une lettre à une seule personne, Вы prend volontiers la majuscule.
C’est un point d’interrogation suivi de points de suspension, que le russe réduit à deux : Ты уверен?.., « tu es sûr ?… ». Il en va de même après le point d’exclamation, Ну и погода!.. Le signe marque un doute ou une émotion qui reste en suspens.
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