« Je dois téléphoner » se dit de deux manières en russe, et les deux ne veulent pas dire la même chose. Dès qu’un verbe en gouverne un autre, l’infinitif doit choisir son aspect — et le français ne donne aucun indice.
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En français, « il faut travailler » et « il faut finir ce travail » emploient le même infinitif, neutre, indifférent. Le russe n’a pas d’infinitif neutre. Chaque verbe se présente sous deux formes, l’imperfective et la perfective, et la seule existence d’un mot comme надо n’en dispense pas : il faut trancher.
Deux phrases, un seul verbe français. La première décrit une habitude, la seconde un appel unique dont on attend le résultat. Ce que recouvrent les deux aspects est exposé à la page perfectif et imperfectif ; comment on fabrique la paire, aux pages perfectiver par un préfixe et suffixes et paires supplétives. La présente page ne redonne ni définition ni morphologie : elle traite uniquement le cas où l’infinitif dépend d’un autre mot.
Cette situation est l’une des rares où l’aspect obéit à des règles fermes. Une partie des verbes n’admettent qu’un aspect, sans exception ; ailleurs, les deux sont possibles, mais l’opposition de sens est nette.
Commencer une action, la poursuivre, l’interrompre : ces verbes désignent un moment pris à l’intérieur d’un procès. Or le perfectif présente l’action comme un bloc achevé. Les deux notions s’excluent. Le russe interdit donc purement et simplement le perfectif après eux. C’est une règle sans exception réelle, et la plus rentable de la page.
| Verbe | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| начать / начинать | commencer à | начать читать natchát’ tchitát’ — se mettre à lire |
| стать | se mettre à | стать понимать stat’ ponimát’ — commencer à comprendre |
| продолжать | continuer de | продолжать работать prodolját’ rabótat’ — continuer de travailler |
| кончить / закончить | finir de | кончить работать kóntchit’ rabótat’ — finir de travailler |
| перестать | cesser de | перестать кричать pieriestát’ kritchát’ — cesser de crier |
| бросить | arrêter, abandonner | бросить курить brósit’ kourít’ — arrêter de fumer |
Remarquez que le verbe principal, lui, peut très bien être perfectif : начал, бросил, перестань le sont tous. La contrainte ne porte que sur l’infinitif qui suit.
Une seconde famille appelle le même aspect, pour une raison voisine : elle ne parle jamais d’un acte unique, mais d’une compétence, d’une habitude prise, ou d’un procès qui dure et qui pèse.
| Verbe | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| уметь | savoir faire | уметь плавать oumiét’ plávat’ — savoir nager |
| учиться / научиться | apprendre à | научиться готовить naoutchít’sia gotóvit’ — apprendre à cuisiner |
| привыкнуть | prendre l’habitude de | привыкнуть вставать рано privýknout’ vstavát’ ráno — s’habituer à se lever tôt |
| любить | aimer | любить читать lioubít’ tchitát’ — aimer lire |
| устать | être fatigué de | устать ждать oustát’ jdat’ — être las d’attendre |
| надоесть | en avoir assez de | надоело ждать nadoiélo jdat’ — assez attendu |
Notez научиться, perfectif : on a bel et bien appris, l’apprentissage est achevé. L’infinitif qui suit n’en reste pas moins imperfectif, parce qu’il nomme une activité, non un événement.
Une réserve, et elle ne vaut que pour любить : la langue courante lui associe volontiers un perfectif en по- quand il s’agit de s’adonner un moment à quelque chose — Он любит поспать On lioúbit pospát’, il aime faire la grasse matinée, Она любит вкусно поесть Oná lioúbit vkoúsno poiést’, elle aime bien manger. Les cinq autres verbes du tableau, eux, ne tolèrent que l’imperfectif.
Voici le cœur de la difficulté. Ces cinq mots acceptent l’un et l’autre aspect, et le choix change le sens de la phrase. La question à se poser est toujours la même : vise-t-on un résultat unique, ou une activité qui se répète, se prolonge, ou se nomme simplement ? Le premier appelle le perfectif, la seconde l’imperfectif.
| Imperfectif | Perfectif | Ce qui change |
|---|---|---|
| Я хочу читать. Ia khotchoú tchitát’. — j’ai envie de lire | Я хочу прочитать эту книгу. Ia khotchoú protchitát’ ètou knígou. — je veux lire ce livre en entier | l’activité pour elle-même / aller jusqu’au bout d’un livre précis |
| Надо учить слова. Nádo outchít’ slová. — il faut travailler son vocabulaire | Надо выучить эти слова. Nádo výoutchit’ èti slová. — il faut apprendre ces mots-là | travail régulier / un lot de mots à savoir |
| Мне надо бегать каждое утро. Mnie nádo biégat’ kájdoie oútro. — je dois courir tous les matins | Мне надо приготовить ужин. Mnie nádo prigotóvit’ oújin. — je dois préparer le dîner | habitude / tâche unique |
| Я не могу спать. Ia nie mogoú spat’. — je n’arrive pas à dormir | Я не могу понять. Ia nie mogoú poniát’. — je n’arrive pas à comprendre | état qui dure / résultat qu’on n’atteint pas |
| Я должен работать. Ia dóljen rabótat’. — je dois travailler | Я должен закончить работу. Ia dóljen zakóntchit’ rabótou. — je dois finir ce travail | obligation générale / tâche à mener à terme |
Un cas d’imperfectif qui surprend. Avec надо et нужно, l’imperfectif s’impose aussi quand la phrase signifie « il est temps de ». L’attention porte alors sur le moment où l’on se met à faire la chose, non sur son achèvement.
пора se comporte comme un modal et appelle l’imperfectif dans la très grande majorité des emplois courants.
La construction elle-même — un datif suivi de l’infinitif, мне надо, тебе нужно — relève des tournures impersonnelles, qui font l’objet d’une page à part ; voyez le cas datif et les pronoms personnels. должен est un adjectif court qui s’accorde — должна, должны — et relève de la forme courte.
Ces deux mots produisent l’opposition la plus nette du russe en matière d’aspect, et elle est d’un emploi quotidien. Avec нельзя, l’aspect ne nuance pas : il change la nature même de l’énoncé.
La chose est matériellement possible, mais défendue, malvenue, contraire à l’usage. C’est le sens de « on n’a pas le droit ».
Personne n’interdit rien : la chose ne se peut pas, faute de moyen, de clé, de force. C’est le sens de « on n’y arrive pas ».
Comparez : нельзя входить, l’entrée est défendue ; нельзя войти, elle est impraticable. Un seul préfixe sépare les deux infinitifs, et le sens bascule.
можно suit la même logique, plus souplement : l’imperfectif accorde une permission générale, le perfectif demande l’autorisation d’un acte unique.
Quand c’est le modal lui-même qui est nié, l’imperfectif devient la règle. Le russe ne nie pas un résultat : il écarte l’activité tout entière. Cela vaut pour не надо, не нужно, не стоит, et généralement pour не хочу.
Une exception s’entend souvent, et il faut la connaître : не мочь garde volontiers le perfectif, parce qu’il s’agit alors d’un résultat qu’on n’atteint pas, non d’une activité écartée.
L’impératif négatif obéit pour sa part à une règle qui lui est propre — не делай face à не упади — et qui est traitée à la page l’aspect à l’impératif.
Symétriquement, un petit groupe de verbes oriente presque toujours vers le perfectif : ils portent sur un événement ponctuel, réussi, manqué, redouté ou promis.
бояться demande une réserve. Il n’appelle le perfectif que lorsque la crainte porte sur un accident redouté. Quand elle porte sur l’activité elle-même, celle qu’on évite, l’imperfectif reprend ses droits, et la tournure est des plus courantes : Я боюсь летать Ia boioús’ lietát’, j’ai peur de prendre l’avion.
Deux verbes proches relèvent du même mouvement, avec une hésitation réelle : пытаться et стараться, « essayer ». Le premier vise généralement un résultat et prend le perfectif ; le second insiste sur l’effort et s’accommode de l’imperfectif.
Ce n’est pas le futur composé. Dans Я буду читать Ia boúdou tchitát’, « je vais lire », l’infinitif est imperfectif non par choix mais par construction : le futur en быть n’existe qu’à l’imperfectif, et le perfectif se conjugue directement. Ce mécanisme est décrit aux pages les deux futurs et l’aspect au futur.
Ce n’est pas le passé. Le choix entre читал et прочитал dans une phrase simple obéit à d’autres critères, exposés à la page l’aspect au passé.
Quelques verbes échappent au problème. Ceux qui n’ont pas de paire — использовать, жениться — présentent le même infinitif pour les deux valeurs : voyez les verbes sans paire.
La règle se retient en dix minutes ; le réflexe demande beaucoup plus. Distinguer нельзя курить de нельзя войти ne présente aucune difficulté intellectuelle. Produire le bon infinitif au milieu d’une phrase, sans ralentir, est un autre travail — celui de l’oreille et de la répétition. C’est ce que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Pour une méthode de décision couvrant tous les emplois de l’aspect, voyez choisir l’aspect ; pour le verbe en général, comment le verbe fonctionne ; pour le dossier entier, la page grammaire.
Choisissez l’infinitif qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
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Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Les deux sont possibles. Le perfectif pour une tâche unique dont on attend le résultat : Мне надо позвонить врачу Mnie nádo pozvonít’ vratchoú. L’imperfectif pour une habitude ou quand la phrase signifie « il est temps de » : Мне надо звонить ему каждый день, надо вставать.
Parce que начать désigne un moment pris à l’intérieur d’une action, alors que le perfectif présente l’action comme un bloc achevé. Les deux notions s’excluent. La même interdiction frappe продолжать, перестать, кончить, стать et бросить.
Une différence de nature. нельзя suivi d’un imperfectif énonce une interdiction : la chose est possible mais défendue. Suivi d’un perfectif, il énonce une impossibilité : la chose ne peut pas se faire. Здесь нельзя курить, il est interdit de fumer ; Дверь закрыта, нельзя войти, la porte est fermée, on ne peut pas entrer.
L’imperfectif devient la règle : не надо, не нужно, не стоит et le plus souvent не хочу écartent l’activité tout entière. Не надо плакать Nie nádo plákat’. L’exception fréquente est не мочь, qui garde le perfectif : Я не могу понять.
Non. Dans le futur composé, l’infinitif est imperfectif par construction, et non par choix : le futur en быть n’existe qu’à l’imperfectif. Le perfectif, lui, se conjugue directement au futur, sans auxiliaire.
Oui, les verbes biaspectuels, qui n’ont pas de paire : использовать, жениться et une poignée d’autres. Leur infinitif unique vaut pour les deux valeurs, et c’est le contexte qui tranche.
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