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Là où le français se contente de « est » ou de « il y a », le russe dit comment la chose se tient. Un livre est couché sur la table, un verre y est debout, un tableau pend au mur, et le verbe change à chaque fois. Ce choix s’entend dans la moindre description.
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Demandez à un francophone où est son livre : il vous répondra qu’il est sur la table. Posez la même question à un Russe : il vous dira que le livre y est couché. Le verre, lui, y est debout, le tableau pend au mur, et le chat est assis sur le rebord de la fenêtre. Là où le français se contente d’un verbe, « être », ou d’une tournure, « il y a », le russe choisit entre quatre verbes, selon la façon dont la chose se tient.
Les quatre verbes de cette page décrivent une position que l’on garde, sans mouvement. Стоять stoiát’ veut dire être debout ; лежать lieját’, être couché, être posé à plat ; сидеть sidiét’, être assis ; висеть vissiét’, être suspendu, pendre. Le français connaît évidemment ces sens : il dit « debout », « couché », « assis », « accroché ». Mais il ne les emploie que lorsque la posture importe, et bien plus rarement pour un objet que pour une personne. Le russe, lui, s’en sert à tout propos, pour les êtres comme pour les choses ; c’est l’une des manières les plus ordinaires de dire où quelque chose se trouve. On les appelle pour cette raison des verbes de position.
Ces quatre phrases ont en français le même verbe. En russe, chacune a le sien, et aucun ne pourrait prendre la place d’un autre sans changer l’image. La question que se pose un Russe n’est pas seulement « où est la chose ? », mais « comment est-elle là ? » : sur une base, à plat, suspendue, assise. Il y répond sans y penser, comme un francophone choisit entre « le » et « la » sans réfléchir au genre du nom.
Il faut dire tout de suite ce que cette habitude n’exige pas. La phrase sans verbe, Книга на столе Kníga na stolié, est parfaitement correcte : elle situe le livre, sans plus, et elle répond très bien à la question Где книга? Gdie kníga ?, « où est le livre ? ». Rien n’oblige donc à préciser une posture. Mais dès que le russe met un verbe — et il en met un très souvent, surtout pour décrire une pièce, un paysage, l’intérieur d’un sac —, c’est presque toujours l’un de ces quatre, et il faut que ce soit le bon. Les personnes n’y échappent pas davantage que les objets.
L’erreur typique n’est pas d’oublier ces verbes, c’est d’en prendre un au hasard, ou d’étendre à tout le premier que l’on a appris. Beaucoup d’apprenants retiennent стоять, qui leur paraît le plus proche de « se trouver », et l’appliquent partout. Or Книга стоит на столе n’est pas une faute de grammaire : c’est une autre image. Le Russe qui l’entend voit un livre dressé sur sa tranche, comme dans une vitrine de librairie. Il vous comprend, mais il voit autre chose que ce que vous pensiez dire, et c’est précisément ce décalage que cette page veut corriger.
La seconde erreur tient à la différence entre une position et le geste qui y conduit. En français, « il s’est assis » et « il était assis » partagent le même verbe ; en russe, ce sont deux verbes distincts, qui ne régissent pas le même cas. Une section entière y est consacrée plus bas. Quant aux verbes qui placent un objet quelque part, « mettre debout », « poser à plat », « accrocher », ils ont leur propre page : les trois « mettre ». Celle-ci s’occupe de l’état qui en résulte, une fois l’objet posé.
Voici le tableau qui vous servira le plus. Lisez-le dans le sens où vous parlerez : vous partez de la phrase française, vous regardez la chose dont vous parlez, et c’est sa position, non son nom, qui vous donne le verbe russe. La colonne de droite dit ce que voit un Russe quand il choisit.
| En français je dis… | En russe je choisis… | Parce que… |
|---|---|---|
| Le livre est sur la table. | Книга лежит на столе. | il est posé à plat, sans base |
| Les livres sont sur l’étagère. | Книги стоят на полке. | rangés sur leur tranche, ils sont debout |
| Le verre est sur la table. | Стакан стоит на столе. | un récipient tient sur son fond |
| Le lait est au réfrigérateur. | Молоко стоит в холодильнике. | la bouteille ou la brique est debout |
| Mes clés sont dans mon sac. | Мои ключи лежат в сумке. | de petits objets sans base sont couchés |
| Les serviettes sont sur l’étagère. | Полотенца лежат на полке. | pliées, elles sont à plat |
| Les chemises sont dans l’armoire. | Рубашки висят в шкафу. | sur des cintres, elles pendent |
| Il y a un tableau au-dessus du canapé. | Над диваном висит картина. | fixé au mur, il est suspendu |
| Le lustre est au plafond. | Под потолком висит люстра. | il est retenu par le haut |
| La voiture est devant la maison. | Машина стоит перед домом. | elle repose sur ses roues |
| Il y a une église sur la colline. | На холме стоит церковь. | un bâtiment est debout |
| Il y a de la neige dehors. | На улице лежит снег. | la neige couvre le sol, à plat |
| Il y a un oiseau sur la branche. | На ветке сидит птица. | un oiseau perché est assis |
| Le chat est sur le canapé. | Кошка лежит на диване. ou Кошка сидит на диване. | selon que l’animal est allongé ou assis |
| Elle est à table. | Она сидит за столом. | on est assis à table |
| Je fais la queue. | Я стою в очереди. | on attend debout |
| Il est à l’hôpital. | Он лежит в больнице. | le malade est pensé comme alité |
Quatre critères se dégagent de ces exemples, et ils suffisent dans la grande majorité des cas. Prenez-les dans l’ordre, comme une suite de questions que vous vous posez avant de parler.
La chose tient-elle sur une base ? Alors стоять. Une base, c’est un fond, des pieds, des roues, une tranche : ce sur quoi l’objet repose dans sa position normale, celle pour laquelle il est fait. Les récipients, les meubles, les véhicules, les bâtiments, les arbres, les bouteilles, les chaussures, les livres rangés sur une étagère « sont debout », même lorsqu’ils sont plus larges que hauts. Une voiture garée, un fauteuil, une tasse ne se dressent pas vers le ciel ; ils tiennent sur ce qui est fait pour les porter, et cela suffit.
La chose s’étend-elle, sans base ? Alors лежать. Un livre posé à plat, un téléphone, des clés, des papiers, de l’argent, un tapis, la neige sur le sol : tout ce qui repose sur sa plus grande surface, ou qui n’a pas de position propre, « est couché ». C’est aussi le verbe des petits objets rangés en vrac dans une poche, un sac, un tiroir, où personne ne se soucie de savoir comment ils sont tournés.
La chose est-elle retenue par le haut, ou fixée au mur ? Alors висеть. Un tableau, une horloge murale, une lampe, un lustre, des rideaux, des vêtements sur un cintre ou un crochet, une affiche sur une porte « pendent ». Le point d’attache compte plus que la forme de l’objet.
Est-ce un être vivant assis, un oiseau ou un insecte posé ? Alors сидеть. Ce verbe est celui des personnes et des animaux assis. Il s’étend, d’une façon qui surprend toujours un francophone, aux oiseaux perchés et aux insectes posés, quelle que soit leur posture réelle : une mouche « est assise » au plafond, la tête en bas. Pour les objets, en revanche, il ne sert presque jamais.
La meilleure preuve que ces verbes décrivent une position, et non une catégorie d’objets, c’est qu’un même objet change de verbe dès qu’il change de position. Un francophone qui chercherait à apprendre « le verbe du verre » ou « le verbe du livre » ferait fausse route : il n’y en a pas. Il y a un verbe pour chaque manière d’être posé.
| Objet | Une position | Une autre position |
|---|---|---|
| un stylo | Ручки стоят в стакане. — debout dans un pot | Ручка лежит на столе. — à plat sur la table |
| une bouteille | Бутылка стоит на столе. — sur son fond | Бутылка лежит на полу. — tombée, sur le flanc |
| une horloge | Часы стоят на полке. — posée sur une étagère | Часы висят на стене. — accrochée au mur |
| un tableau | Картина стоит у стены. — posé par terre, appuyé au mur | Картина висит на стене. — accroché |
| une veste | Куртка висит на стуле. — sur le dossier | Куртка лежит на стуле. — jetée sur le siège |
| une serviette | Полотенце висит в ванной. — sur un crochet | Полотенце лежит на полке. — pliée |
La deuxième ligne mérite qu’on s’y arrête. Tant que la bouteille est sur son fond, elle est debout ; dès qu’elle tombe, elle a perdu sa base et elle est couchée, même si elle n’a presque pas changé de place. Le russe enregistre ce changement dans le verbe, là où le français dirait simplement « la bouteille est par terre ». Habituez-vous à cette petite gymnastique : avant de parler d’un objet, voyez-le. Le mot часы, qui désigne aussi bien une montre qu’une horloge, ne s’emploie qu’au pluriel, d’où стоят et висят pour un seul objet.
Quand la posture n’a pas d’intérêt. Pour une ville, un bâtiment, un monument, le russe emploie volontiers стоять : Город стоит на реке Górod stoít na riekié, « la ville est au bord d’un fleuve ». Mais pour une adresse ou un renseignement pratique, il préfère souvent le verbe neutre находиться nakhodít’sia, « se trouver », qui ne dit rien de la posture : Музей находится в центре Mouziéï nakhóditsia v tséntrie, « le musée se trouve dans le centre ». C’est le mot des guides, des panneaux et de l’administration.
Après ce choix, qui demande de l’attention, les formes vous paraîtront reposantes. Les quatre verbes appartiennent à la même conjugaison, la seconde, celle dont les désinences portent un -и- : -ишь, -ит, -им, -ите, puis -ат ou -ят à la dernière personne. Leurs infinitifs en -ать, -ять et -еть pourraient faire croire le contraire, mais ils ne figurent pas pour autant parmi les exceptions que l’on fait apprendre aux écoliers russes : leurs désinences sont accentuées, donc parfaitement audibles, et l’oreille suffit à les classer. Le mécanisme d’ensemble est exposé à la page la seconde conjugaison et ses pièges.
| Forme | стоять | лежать | сидеть | висеть |
|---|---|---|---|---|
| я | стою stoioú | лежу liejoú | сижу sijoú | вишу vichoú |
| ты | стоишь stoích’ | лежишь liejích’ | сидишь sidích’ | висишь vissích’ |
| он, она, оно | стоит stoít | лежит liejít | сидит sidít | висит vissít |
| мы | стоим stoím | лежим liejím | сидим sidím | висим vissím |
| вы | стоите stoítie | лежите liejítie | сидите sidítie | висите vissítie |
| они | стоят stoiát | лежат lieját | сидят sidiát | висят vissiát |
| passé masculin | стоял stoiál | лежал liejál | сидел sidiél | висел vissiél |
| passé féminin | стояла stoiála | лежала liejála | сидела sidiéla | висела vissiéla |
| passé neutre | стояло stoiálo | лежало liejálo | сидело sidiélo | висело vissiélo |
| passé pluriel | стояли stoiáli | лежали liejáli | сидели sidiéli | висели vissiéli |
| impératif | стой, стойте stoï, stóïtie | лежи, лежите liejí, liejítie | сиди, сидите sidí, sidítie | rare |
Deux de ces verbes modifient leur consonne finale à la première personne du singulier, et à elle seule : le д de сидеть devient ж dans сижу, le с de висеть devient ш dans вишу. Les cinq autres personnes reprennent la consonne de l’infinitif. Ce sont les séries ordinaires que décrit la page les alternances de consonnes ; стоять et лежать, eux, n’en connaissent aucune.
L’accent, ensuite, est fixe, ce qui n’est pas si fréquent parmi les verbes les plus employés. Au présent, il tombe sur la désinence à toutes les personnes ; au passé, sur la voyelle qui précède le -л, aux quatre formes. Vous n’avez donc aucun déplacement à mémoriser : сижу, сидишь, сидят se disent sur le même rythme, et сидел, сидела, сидели aussi. Notez seulement qu’à l’impératif pluriel, сидите et лежите se confondent avec le présent : сидите veut dire « vous êtes assis » ou « restez assis », selon l’intonation et la situation. Pour стоять, les deux formes se séparent : стоите au présent, стойте à l’impératif.
Ces verbes sont tous imperfectifs. Leur présent est un vrai présent, leur passé décrit une position qui a duré, et leur futur se forme avec l’auxiliaire : Здесь будет стоять шкаф Zdies’ boúdiet stoiát’ chkaf, « ici, il y aura une armoire ». Au passé, comme tous les verbes, ils s’accordent en genre et en nombre avec leur sujet, ce qui oblige à savoir si la chose dont on parle est masculine, féminine ou neutre. La difficulté est réelle avec les objets, dont le genre ne se devine pas toujours.
Choisissez la forme qu’appelle le sujet, au présent ou au passé. Touchez une réponse, puis Correction.
Voici la difficulté que les francophones sous-estiment le plus. En français, la position et le geste qui y mène se disent avec le même verbe : « s’asseoir » donne « il s’assoit » pour le geste et « il est assis » pour l’état, le second n’étant que le participe du premier. Le russe ne procède pas ainsi. Il possède un verbe pour la position tenue, et un autre, tout différent, pour le geste de la prendre. Сидеть veut dire « être assis », jamais « s’asseoir » ; pour le geste, il faut садиться sadít’sia et son perfectif сесть siest’.
Le même partage vaut pour les autres postures, et il se prolonge d’une troisième colonne : à côté du geste que l’on fait soi-même, il y a celui que l’on fait subir à un objet ou à une personne. On obtient ainsi un système complet, que le tableau suivant met à plat.
| Position tenue : où ? | Prendre la position : vers où ? | Mettre dans cette position : vers où ? |
|---|---|---|
| стоять, être debout | вставать / встать, se lever, se mettre debout | ставить / поставить, mettre debout |
| лежать, être couché | ложиться / лечь, se coucher, s’allonger | класть / положить, poser à plat |
| сидеть, être assis | садиться / сесть, s’asseoir | сажать / посадить, faire asseoir |
| висеть, être suspendu | pas de verbe courant | вешать / повесить, accrocher |
Lisez ce tableau en colonnes. La première décrit un état, sans mouvement ni changement. La deuxième, un changement de position du sujet lui-même : il se lève, se couche, s’assoit. La troisième, un changement de position qu’il impose à autre chose : il met debout, pose à plat, fait asseoir, accroche. Ces verbes de la troisième colonne, avec leurs cas et leurs objets typiques, sont traités à la page des verbes qui posent un objet. Pour висеть, la colonne du milieu reste vide dans l’usage courant : un objet ne s’accroche pas tout seul, il faut quelqu’un pour l’accrocher. Seul повиснуть, « se retrouver suspendu », s’en approche, pour une personne qui s’agrippe ou une chose qui reste en l’air.
Remarquez aussi que les couples de la deuxième colonne ne se déduisent pas l’un de l’autre par un préfixe ou un suffixe régulier : садиться et сесть, ложиться et лечь s’apprennent ensemble, comme deux mots. La page les paires supplétives les range parmi les couples aspectuels irréguliers. Le verbe d’état, lui, reste en dehors de ces couples : сидеть n’est le partenaire aspectuel de personne.
Cette différence de verbe entraîne une différence de cas, et c’est là que l’erreur devient audible. Le verbe d’état situe : il répond à la question где, « où », et prend les prépositions в et на suivies du prépositionnel. Le verbe du geste oriente : il répond à куда, « vers où », et prend les mêmes prépositions suivies de l’accusatif. La règle générale est exposée à la page la question где et la question куда ; voici ce qu’elle donne avec nos verbes.
| Position : où ? | Geste : vers où ? |
|---|---|
| Он сидит на стуле. On sidít na stoúlie. Il est assis sur la chaise. | Он сел на стул. On siel na stoul. Il s’est assis sur la chaise. |
| Она лежит на диване. Oná liejít na divánie. Elle est allongée sur le canapé. | Она легла на диван. Oná lieglá na diván. Elle s’est allongée sur le canapé. |
| Он стоит в очереди. On stoít v ótcheriedi. Il fait la queue. | Он встал в очередь. On vstal v ótchered’. Il s’est mis dans la queue. |
| Мы сидим за столом. My sidím za stolóm. Nous sommes à table. | Мы сели за стол. My siéli za stol. Nous nous sommes mis à table. |
| Кошка лежит под столом. Kóchka liejít pod stolóm. Le chat est couché sous la table. | Кошка легла под стол. Kóchka lieglá pod stol. Le chat est allé se coucher sous la table. |
Les deux dernières lignes montrent que le mécanisme s’étend aux prépositions за et под : l’instrumental pour la position, l’accusatif pour le geste. Une phrase comme Я сижу на стул mélange donc les deux colonnes, le verbe de l’une et le cas de l’autre, et elle sonne aussi faux en russe que « je suis assis vers la chaise » en français. Avant de choisir le cas, choisissez donc la colonne.
Les verbes du geste ont des formes moins régulières que ceux de la position, et il vaut la peine d’avoir sous les yeux celles qui servent le plus. N’oubliez pas que le perfectif n’a pas de présent : ses formes conjuguées sont des futurs, « je m’assiérai », « je me coucherai ».
| Geste | Imperfectif, présent | Perfectif, futur | Passé du perfectif | Impératif |
|---|---|---|---|---|
| s’asseoir | садиться : сажусь, садишься sajoús’, sadích’sia | сесть : сяду, сядешь siádou, siádiech’ | сел, села, сели siel, siéla, siéli | садись, сядь |
| se coucher | ложиться : ложусь, ложишься lojoús’, lojích’sia | лечь : лягу, ляжешь liágou, liájech’ | лёг, легла, легли liog, lieglá, lieglí | ложись, ляг |
| se lever | вставать : встаю, встаёшь vstaioú, vstaióch’ | встать : встану, встанешь vstánou, vstániech’ | встал, встала, встали vstal, vstála, vstáli | вставай, встань |
Deux de ces formes demandent une attention particulière. Le masculin лёг se passe du -л que l’on attendrait, comme tous les verbes en -чь, et retrouve ce -л dès le féminin легла : c’est l’une des irrégularités que rassemble la page le passé du verbe. Le futur de лечь, ensuite, change de consonne en cours de route : лягу et лягут ont un г, les quatre autres personnes un ж.
L’impératif rend la différence très concrète, parce que vous l’entendrez dès votre premier rendez-vous. Pour inviter quelqu’un à prendre place, le russe emploie l’impératif imperfectif du geste, садитесь, qui est la formule polie et accueillante. Le perfectif сядьте existe aussi, mais il sonne davantage comme une consigne. Et сидите, l’impératif du verbe d’état, ne veut pas dire « asseyez-vous » du tout : il demande de rester assis.
Le dernier exemple montre l’impératif du verbe d’état стоять : il ne signifie pas « lève-toi » mais « reste debout là où tu es », d’où son sens de « halte ! ». Pour « levez-vous », il faut le verbe du geste, встаньте. Le deuxième exemple, lui, est une formule de politesse très courante : on la dit à quelqu’un qui fait mine de se lever pour vous saluer.
La différence se retrouve au passé, et elle recouvre une distinction que le français confie à ses temps. Он сидел décrit une position qui durait, comme notre imparfait « il était assis » ; Он сел décrit le geste accompli, « il s’est assis », « il s’assit ». Dans un récit, le premier pose le décor, le second fait avancer l’action.
La dernière phrase signale un emploi très fréquent : сесть в ou сесть на suivi d’un moyen de transport veut dire « monter dans », puisqu’on y prend place. Мы сели в автобус My siéli v avtóbous, « nous sommes montés dans le bus ». Le russe dit même que le soleil « s’assoit » quand il se couche : Солнце садится, « le soleil se couche ». L’image est différente, mais le système est le même : un geste, donc le verbe du geste.
Demandez-vous si la phrase décrit une position tenue ou le geste qui y mène, puis regardez le cas du lieu.
Puisque ces verbes situent, ils sont presque toujours suivis d’un complément de lieu, et ce complément obéit aux règles ordinaires : в pour l’intérieur, на pour la surface, suivis du prépositionnel. Mais ils présentent une particularité de fréquence qu’il faut connaître. Les noms de meubles, de recoins, de lieux familiers qu’ils appellent sans cesse — l’armoire, le sol, le coin, la rive, le jardin — se rangent parmi les quelques masculins qui prennent, dans ce sens, une désinence accentuée en -у au lieu du -е attendu. On ne dit pas в шкафе, mais в шкафу.
| Nom | Lieu | Exemple | Français |
|---|---|---|---|
| шкаф | в шкафу v chkafoú | Платье висит в шкафу. | La robe est pendue dans l’armoire. |
| пол | на полу na poloú | Кошка лежит на полу. | Le chat est couché par terre. |
| угол | в углу v ougloú | Зонтик стоит в углу. | Le parapluie est dans le coin. |
| берег | на берегу na bieriegoú | Дом стоит на берегу. | La maison est au bord de l’eau. |
| сад | в саду v sadoú | Мы сидели в саду. | Nous étions assis dans le jardin. |
| порт | в порту v portoú | Корабль стоит в порту. | Le navire est au port. |
| бок | на боку na bokoú | Он лежит на боку. | Il est couché sur le côté. |
| снег | в снегу v sniegoú | Ключи лежали в снегу. | Les clés étaient dans la neige. |
Ce second locatif ne se forme qu’après в et на, et presque toujours au sens du lieu : on dit в шкафу, mais о шкафе, « au sujet de l’armoire ». La liste de ces noms, leurs conditions et leurs exceptions sont réunies à la page le second locatif en -у. Ici, une seule consigne : chaque fois que vous apprenez l’un de ces noms, apprenez-le avec un verbe de position, car c’est avec lui que vous l’emploierez le plus souvent.
Les prépositions qui situent par rapport à un repère — au-dessus, en dessous, derrière, devant, entre — demandent l’instrumental : над, под, за, перед, между. Elles aussi sont des compagnes ordinaires des verbes de position, et elles donnent à une description sa géographie.
Reste à savoir où placer le verbe. Comparez ces deux phrases, qui contiennent exactement les mêmes mots dans un ordre différent.
Le russe, qui n’a pas d’articles, distingue ce que l’on sait déjà de ce que l’on apprend par la place des mots : ce qui est nouveau vient à la fin. Dans la première phrase, on parle d’un livre connu et l’on dit où il est ; dans la deuxième, on décrit la table et l’on apprend qu’un livre s’y trouve. C’est cette seconde construction, lieu, verbe, sujet, qui rend le « il y a » français dans une description. Le principe est développé à la page l’ordre des mots. Les questions suivent le même partage : Где лежит книга? demande la place d’un livre connu, Что лежит на столе? demande ce qu’il y a sur la table.
Pour la négation, deux tournures se partagent le travail. Pour dire qu’il n’y a rien, on peut garder le verbe : На столе ничего не лежит Na stolié nitchegó nie liejít, « il n’y a rien sur la table ». Pour dire qu’une chose précise est absente, le russe abandonne le plus souvent le verbe de position au profit de нет suivi du génitif : Книги на столе нет Knígui na stolié niet, « le livre n’est pas sur la table ».
Un piège d’écriture attend ici le lecteur, et seule l’oreille permet de le déjouer. Le russe possède un autre verbe très courant, стоить stóit’, « coûter, valoir ». À l’infinitif, les deux se distinguent sans peine. Au présent, en revanche, leurs six formes s’écrivent exactement de la même façon, lettre pour lettre. Seul l’accent les sépare : стоять le porte sur la désinence, стоить sur le radical.
| Forme écrite | De стоять, être debout | De стоить, coûter |
|---|---|---|
| я стою | stoioú | stóiou |
| ты стоишь | stoích’ | stóich’ |
| он стоит | stoít | stóit |
| мы стоим | stoím | stóim |
| вы стоите | stoítie | stóitie |
| они стоят | stoiát | stóiat |
| passé | стоял stoiál | стоил stóil |
Pour un francophone qui apprend surtout par l’écrit, c’est un vrai traquenard : la question Где стоит машина? et la question Сколько стоит машина? partagent le même mot, et rien sur la page ne dit qu’il ne se prononce pas de la même manière. L’accent russe, qui n’est presque jamais noté, distingue ainsi des mots entiers ; c’est le rôle que décrit la page l’accent tonique. Le contexte, heureusement, tranche presque toujours : un lieu appelle le premier verbe, un prix ou une somme le second.
Les deux dernières lignes rassurent : au passé, l’écriture redevient distincte, стоял contre стоил. Il reste un emploi de стоить qu’il faut savoir reconnaître, car il est très fréquent : стоит suivi d’un infinitif, « cela vaut la peine de ». Этот фильм стоит посмотреть Ètot fil’m stóit posmotriét’, « ce film vaut la peine d’être vu » ; Не стоит Nie stóit, « ce n’est pas la peine », sert aussi à répondre à un remerciement. Ici encore l’accent est sur le radical, et ici encore l’écriture ne le dit pas.
Un dernier détail achève de séparer les deux verbes. Стоять forme un perfectif de durée, постоять, « rester debout un moment » ; стоить n’en a aucun, comme d’autres verbes d’état réunis à la page les verbes sans paire. Si vous entendez постоять, il ne s’agit donc jamais d’un prix.
Comme tous les verbes très employés, ceux-ci ont pris des sens qui débordent la posture du corps. Certains sont si fréquents qu’on les entend avant même d’avoir appris le sens propre. Ils gardent pourtant une logique, que l’on retrouve presque à chaque ligne du tableau suivant : être debout, c’est être immobile ou bien établi ; être couché, c’est être immobilisé ou étendu ; être assis, c’est rester quelque part longtemps ; pendre, c’est rester accroché.
| Russe | Transcription | Français |
|---|---|---|
| Стоит хорошая погода. | Stoít khoróchaia pogóda. | Il fait beau, et le temps se maintient. |
| Мои часы стоят. | Moí tchasý stoiát. | Ma montre est arrêtée. |
| Поезд стоит пять минут. | Póiezd stoít piat’ minoút. | Le train s’arrête cinq minutes. |
| Снег лежит до апреля. | Snieg liejít do apriélia. | La neige tient jusqu’en avril. |
| Бабушка лежит в больнице. | Bábouchka liejít v bol’nítse. | Grand-mère est hospitalisée. |
| Он сидит дома и никуда не ходит. | On sidít dóma i nikoudá nie khódit. | Il reste chez lui et ne sort nulle part. |
| Она сидит на диете. | Oná sidít na diiétie. | Elle est au régime. |
| Костюм хорошо сидит. | Kostioúm khorochó sidít. | Le costume tombe bien. |
| Он весь вечер висит на телефоне. | On vies’ viétcher vissít na tieliefónie. | Il passe la soirée pendu au téléphone (familier). |
| Компьютер завис. | Komp’ioúter zavís. | L’ordinateur s’est figé, il a planté (familier). |
Arrêtons-nous sur quelques lignes. Стоять dit l’arrêt : une montre qui ne marche plus « est debout », un train à quai aussi, et le temps qu’il fait, quand il s’installe pour durer, « se tient » sur le pays. Всё лето стояла жара Vsio liéto stoiála jará, « tout l’été, il a fait une chaleur écrasante ». Сидеть dit la durée et l’immobilité : on « est assis » à la maison quand on ne sort pas, au régime pendant des semaines. Un vêtement, enfin, « est assis » sur la personne quand il lui va bien, comme s’il avait trouvé sa place.
Les deux dernières lignes appartiennent à la langue familière. Le français partage d’ailleurs la première image, puisqu’il dit lui aussi « pendu au téléphone ». La seconde emploie un verbe dérivé, зависнуть, « se figer, rester bloqué », dont le passé perd la syllabe -ну- : завис, зависла, зависли, exactement comme привык ou исчез.
Ce qui frappe, c’est que le partage entre l’état et le geste se maintient dans ces expressions. On стоит в очереди, on fait la queue, mais on встаёт в очередь, on s’y met ; on лежит в больнице, mais on ложится в больницу le jour de son admission ; on сидит на диете, mais on садится на диету le jour où l’on commence. Le système de la section précédente fonctionne ici tel quel, et c’est une bonne raison de l’apprendre une fois pour toutes.
Choisissez la forme juste. Pensez au cas du lieu, puis au verbe que cache chaque стоит.
Ces quatre verbes sont imperfectifs, et ils n’ont pas de partenaire perfectif au sens où читать a прочитать : une position tenue n’a pas de terme à atteindre, pas de résultat à constater. Pour dire qu’on a pris la position, on change de verbe, comme on l’a vu plus haut. Mais ils acceptent deux préfixes qui mesurent la durée de la position, et qui donnent des perfectifs d’usage quotidien.
Le premier est по-, qui découpe un moment bref, sans importance particulière : посидеть, rester assis un moment ; полежать, s’allonger un peu ; постоять, rester debout un instant. Il sert surtout aux invitations et aux propositions, où il adoucit tout ce qu’il touche. Sa valeur générale est décrite à la page le по- de la durée limitée.
Le second est про-, qui couvre au contraire une durée entière, souvent longue, et qui demande un complément de temps à l’accusatif. Il insiste sur le temps passé, souvent avec une nuance de lassitude ou d’étonnement devant la durée.
Comparez enfin trois phrases sur la même file d’attente : Мы стояли в очереди, nous faisions la queue, simple description ; Мы постояли в очереди, nous avons fait la queue un moment, puis autre chose ; Мы простояли в очереди два часа, nous y avons passé deux heures, et c’était long. Le verbe de position ne change pas, seul le préfixe mesure le temps.
Trois mots courts complètent la famille. Ils servent à dire dans quelle position on fait autre chose : on lit couché, on voyage debout, on dort assis. Le russe emploie pour cela des formes tirées des verbes de position et figées en adverbes : стоя stóia, debout ; лёжа liója, couché ; сидя sídia, assis. Retenez leur accent, qui tombe sur le radical, à l’inverse du présent. Ces formes appartiennent à la famille des gérondifs, mais vous pouvez les apprendre dès maintenant comme de simples adverbes.
D’abord, voir la chose. Avant de parler d’un objet, demandez-vous comment il tient. Sur une base, un fond, des pieds, des roues : стоять. À plat, étendu, ou rangé en vrac : лежать. Retenu par le haut ou fixé au mur : висеть. Pour une personne, un animal assis, un oiseau perché, un insecte posé : сидеть. La forme du nom ne vous aidera pas ; seule l’image compte, et un même objet change de verbe quand il change de position.
Ensuite, séparer l’état du geste. Les verbes de cette page décrivent une position tenue, et répondent à где avec le prépositionnel. Pour le geste de prendre cette position, il faut встать, лечь, сесть, qui répondent à куда avec l’accusatif. Pour le geste de placer un objet, il faut encore d’autres verbes. Ne mélangez jamais le verbe d’une colonne et le cas d’une autre.
Puis le lieu. Les noms que ces verbes appellent le plus souvent prennent volontiers le second locatif : в шкафу, на полу, в углу. Les repères au-dessus, au-dessous, derrière demandent l’instrumental. Et pour dire « il y a », commencez par le lieu et finissez par la chose : На столе лежит книга.
Enfin, l’oreille. Les quatre verbes ont un accent fixe et une conjugaison régulière, ce qui est un cadeau. Mais стоит s’écrit de la même façon qu’il vienne de « être debout » ou de « coûter », et seul l’accent les sépare. Lisez donc ces phrases à voix haute, jamais seulement des yeux.
Une affaire d’image avant d’être une affaire de règle. On peut connaître ce tableau par cœur et continuer, dans la conversation, à dire стоит pour tout, faute de temps pour se représenter l’objet. Le bon verbe ne vient vite que lorsqu’on a entendu et répété assez de phrases pour que l’image et le mot arrivent ensemble. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La méthode LIMBA se suit sur la plateforme web comme dans nos applications : écoutez la première leçon aujourd’hui, avant d’avoir oublié la moitié de cette page.
Représentez-vous la chose ou la personne, sa forme et la façon dont elle tient, puis choisissez le verbe.
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Parce que, pour dire où se trouve une chose, le russe emploie volontiers un verbe qui décrit sa position : лежать pour ce qui est posé à plat, стоять pour ce qui tient sur une base, висеть pour ce qui pend, сидеть pour ce qui est assis. Un livre posé sur une table n’a pas de base, il s’étend : Книга лежит на столе Kníga liejít na stolié.
Oui, la phrase sans verbe est parfaitement correcte : elle situe le livre sans rien dire de sa position, et c’est la réponse la plus naturelle à la question Где книга?. Les verbes de position s’imposent surtout quand on décrit un lieu, une pièce, l’intérieur d’un sac : На столе лежит книга, « il y a un livre sur la table ». Dans ce cas, il faut choisir le bon des quatre.
Demandez-vous s’il repose sur une base : un fond, des pieds, des roues, une tranche. Si oui, стоять : un verre, une bouteille, une chaise, une voiture, des livres rangés. S’il s’étend sans base, лежать : un livre à plat, des clés, un tapis, la neige. Le même objet change de verbe quand il change de position, comme la bouteille qui tombe : Бутылка лежит на полу.
Parce que сидеть s’emploie pour les oiseaux perchés et les insectes posés, quelle que soit leur posture réelle : Птица сидит на ветке, Муха сидит на потолке. Le français dirait « est perché » ou « est posé ». Pour les objets, en revanche, сидеть ne sert presque jamais, sinon pour un vêtement qui tombe bien.
Tous les quatre suivent la seconde conjugaison, avec l’accent sur la désinence à toutes les personnes : стою, стоишь, стоят ; лежу, лежишь, лежат. Deux d’entre eux changent de consonne à la première personne seulement : сижу mais сидишь, вишу mais висишь. Le passé est régulier, avec un accent qui ne bouge pas : стоял, лежал, сидел, висел.
Сидеть décrit la position tenue, « être assis » ; садиться et son perfectif сесть décrivent le geste, « s’asseoir ». Le cas suit le verbe : Он сидит на стуле, avec le prépositionnel, mais Он сел на стул, avec l’accusatif. Les mêmes couples existent pour les autres postures : лежать et лечь, стоять et встать.
Parce que l’invitation porte sur le geste, et que le russe emploie pour inviter poliment l’impératif imperfectif de ce geste : Садитесь, пожалуйста. Сидите existe aussi, mais il dit autre chose : « restez assis ». On l’entend dans Сидите, сидите, не вставайте!, adressé à quelqu’un qui fait mine de se lever.
À l’écrit, on ne peut pas : les six formes du présent de стоять et de стоить s’écrivent de la même façon. Seul l’accent les sépare, sur la désinence pour le premier, stoít, sur le radical pour le second, stóit. Le contexte tranche presque toujours : un lieu pour l’un, un prix ou un infinitif pour l’autre. Au passé, l’écriture redevient distincte : стоял contre стоил.
Parce que шкаф appartient au petit groupe de masculins qui prennent une désinence accentuée en -у après в et на lorsqu’ils désignent un lieu. Les verbes de position, qui répondent sans cesse à la question где, les appellent constamment : в шкафу, на полу, в углу, на берегу, в саду. Au sens de « au sujet de », on revient au -е : о шкафе.
Avec un verbe de position : стоять в очереди, faire la queue, et лежать в больнице, être hospitalisé. Le geste qui y mène prend le verbe du mouvement correspondant : встать в очередь, se mettre dans la queue, лечь в больницу, entrer à l’hôpital. Le même parallèle se retrouve dans сидеть на диете, être au régime, et сесть на диету, s’y mettre.
Часы стоят signifie que la montre ou l’horloge est arrêtée : le mécanisme ne marche plus, il « se tient » sans avancer. Стоит жара, ou au passé стояла жара, dit qu’une chaleur s’est installée et qu’elle dure. Le russe emploie de même стоять pour un train à l’arrêt : Поезд стоит пять минут, « le train s’arrête cinq minutes ».
Pas de partenaire qui dirait un aboutissement, puisqu’une position tenue n’a pas de terme. Ils forment en revanche des perfectifs de durée : avec по-, un moment, comme посидеть ou постоять ; avec про-, toute une durée, souvent longue, comme dans Мы простояли в очереди два часа. Le geste de prendre la position, lui, a ses propres verbes : сесть, лечь, встать.
Ce sont des formes tirées de ces verbes et employées comme adverbes, pour dire dans quelle position on fait autre chose : ехать стоя, voyager debout ; читать лёжа, lire couché ; спать сидя, dormir assis. Leur accent tombe sur le radical, stóia, liója, sídia, et non sur la finale comme au présent.
On peut l’employer, et on l’entend souvent : На холме стоит церковь, « il y a une église sur la colline » ; Город стоит на реке, « la ville est au bord d’un fleuve ». Mais pour une adresse ou un renseignement pratique, le russe préfère souvent le verbe neutre находиться, « se trouver » : Музей находится в центре. La posture n’y joue alors aucun rôle.
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