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Pour un Français, une datcha évoque une maison de campagne. Pour beaucoup de familles russes, c’est d’abord un terrain : on y sème, on y arrose, on y récolte, et l’on rapporte en ville des bocaux pour l’hiver. Ses mots sont ceux d’un travail autant que d’un repos.
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Demandez à un collègue russe ce qu’il fait ce week-end, entre mai et septembre : la réponse a de bonnes chances de commencer par на дачу na dátchou. Le mot n’a pas d’équivalent français. Ce n’est ni la résidence secondaire cossue ni le chalet de vacances, mais un terrain hors de la ville, une maison souvent modeste, un potager, et un calendrier de travaux qui remplit l’été. Cette page donne les mots de ce monde-là, du portillon jusqu’à la cave, puis les phrases qu’on y échange.
Le mot дача dátcha est de la famille de дать, donner : il a d’abord désigné une terre concédée. Son sens actuel est plus simple. Une datcha est une maison avec son terrain, hors de la ville, où l’on passe les week-ends et les vacances de la belle saison. De la cabane de planches posée sur un petit lopin à la maison de briques qu’on chauffe l’hiver, le même mot couvre presque tout.
À l’époque soviétique, beaucoup de familles ont obtenu, souvent par l’intermédiaire de leur entreprise, une parcelle dans un lotissement de jardins. Ces parcelles faisaient fréquemment six ares, et l’expression шесть соток chest’ sótok, « six centièmes d’hectare », est restée pour désigner la petite datcha ordinaire. Le français possède d’ailleurs l’unité exacte : une сотка vaut un are, cent mètres carrés.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| дача | dátcha | la datcha : une maison et son terrain hors de la ville | féminin ; pluriel дачи |
| дачный | dátchnyï | de datcha | дачный сезон, la saison ; дачный участок, le terrain |
| дачник, дачница | dátchnik, dátchnitsa | celui, celle qui passe l’été à sa datcha | pour les gens du village, ce sont les citadins |
| участок | outchástok | le terrain, la parcelle | masculin ; voyelle mobile : участка |
| сотка | sótka | un are, cent mètres carrés | mot courant, même dans les annonces ; génitif pluriel соток |
| садовое товарищество | sadóvoïe továrichtchestvo | l’association des jardins, le lotissement | sur les panneaux, on lit СНТ, pour садоводческое некоммерческое товарищество |
| дачный посёлок | dátchnyï possiólok | le village de datchas | voyelle mobile : посёлка |
| загородный дом | zágorodnyï dom | la maison hors de la ville | plus neutre ; souvent habitable toute l’année |
| коттедж | kottèdj | la maison individuelle moderne | faux ami : rien d’une chaumière |
| деревня | dieriévnia | le village | une vraie localité, pas un lotissement de datchas |
Gardez la préposition avec le mot : on va на дачу, on est на даче, on rentre с дачи, et la page où et vers où range ce trio parmi les autres. Les lieux voisins ont leurs propres prépositions, qu’il suffit d’apprendre avec eux : на участке, в посёлке, в деревне.
Deux mots du tableau trompent le francophone. Коттедж n’a rien d’une chaumière anglaise : c’est une maison individuelle récente, en dur, souvent spacieuse, celle des annonces immobilières de banlieue. Et la деревня n’est pas une datcha, même quand on y passe l’été : c’est un village habité à l’année, où l’on part par exemple к бабушке в деревню k bábouchkie v dieriévniou, chez la grand-mère. Pour les villageois, les дачники sont justement ces gens de la ville qui arrivent avec les beaux jours.
Le lotissement, enfin, a sa vie collective. Il élit un président, председатель priedsiedátiel’, perçoit des cotisations, взносы vznóssy, et réunit ses membres pour décider de la route ou de l’eau. Chacun y a ses voisins attitrés, les соседи по даче sossiédi po dátche, avec qui l’on parle par-dessus la clôture pendant tout l’été.
Une datcha ordinaire se compose d’une maison, que l’on appelle volontiers домик, la maisonnette, et de quelques constructions autour. Voici ce que l’on trouve en franchissant le portillon, avec la préposition qui accompagne chaque lieu quand elle mérite d’être signalée.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| домик | dómik | la maisonnette | diminutif affectueux de дом |
| веранда | vieránda | la véranda | souvent vitrée ; на веранде |
| крыльцо | kryl’tsó | le perron, les marches d’entrée | neutre ; на крыльце |
| сарай | saráï | la remise, l’appentis | masculin ; on y range les outils et le bois |
| баня | bánia | le bain de vapeur, l’étuve | féminin ; в бане ; ni банк ni банка |
| колодец | kolódiets | le puits | voyelle mobile : колодца |
| бочка | bótchka | le tonneau | on y recueille l’eau de pluie pour arroser |
| забор | zabór | la clôture | masculin ; за забором, de l’autre côté |
| калитка | kalítka | le portillon | la petite porte des piétons |
| ворота | voróta | le portail | pluriel seulement ; on y fait passer la voiture |
| погреб | pógrieb | la cave enterrée, le cellier | pluriel погреба ; в погребе |
| печка | piétchka | le poêle | pour les soirées fraîches de mai et de septembre |
Le confort varie beaucoup d’une datcha à l’autre, et les annonces le disent sans détour. L’eau vient parfois d’un колодец, celle de l’arrosage d’une бочка placée sous la gouttière, et l’on lit souvent la formule удобства на улице oudóbstva na oúlitse, « les commodités dehors », qui annonce des toilettes au fond du terrain. Le погреб, creusé sous la maison ou à côté, garde au frais ce que le potager a donné.
La баня, et la formule qui l’accompagne. Beaucoup de datchas ont leur bain de vapeur, une petite construction de bois chauffée par un poêle. On y transpire dans la парилка parílka, la pièce la plus chaude, en se frappant doucement avec un веник viénik, une botte de rameaux de bouleau ou de chêne. À la personne qui en sort, on dit С лёгким паром! S liókhkim párom !, mot à mot « avec une vapeur légère », et elle répond simplement Спасибо!. Tendez l’oreille sur la finale : баня, le bain, банка, le bocal, банк, la banque.
Le français dit « jardin » pour les fleurs, la pelouse, les légumes et les arbres fruitiers. Le russe sépare. L’огород ogoród est le potager : les planches de légumes, les pommes de terre, la serre. Le mot est de la famille de городить, clôturer : c’est, au départ, un terrain enclos. Le сад sad est le jardin d’arbres, le verger, avec ses buissons de baies et ses fleurs. La plupart des terrains ont les deux, et l’on dit volontiers сад и огород pour l’ensemble.
On travaille в огороде, et l’on entend aussi couramment на огороде. Pour сад, le lieu se dit в саду, avec la terminaison particulière que décrit la page le second locatif. Quant au детский сад, le « jardin d’enfants », c’est l’école maternelle, qui n’a rien à voir avec la datcha.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| огород | ogoród | le potager | masculin ; в огороде ou на огороде |
| сад | sad | le jardin d’arbres, le verger | в саду ; pluriel сады |
| грядка | griádka | la planche, le carré de culture | génitif pluriel грядок ; на грядке |
| клумба | kloúmba | le massif de fleurs | pour les fleurs seulement |
| газон | gazón | la pelouse | aussi la bande d’herbe le long des rues |
| теплица | tieplítsa | la serre | on y entre debout ; в теплице |
| парник | parník | le châssis, la couche | un abri bas, où l’on ne passe que les bras |
| рассада | rassáda | les plants à repiquer | collectif, au singulier |
| семена | siemiená | les graines, les semences | pluriel de семя ; génitif семян |
| куст | koust | le buisson, le pied | куст смородины, un pied de cassis |
| яблоня | iáblonia | le pommier | l’arbre ; le fruit est яблоко |
| сорняк | sorniák | la mauvaise herbe | surtout au pluriel : сорняки |
| удобрение | oudobriénie | l’engrais | neutre ; pluriel удобрения |
| навоз | navóz | le fumier | masculin, sans pluriel |
| колорадский жук | kolorádskiï jouk | le doryphore | l’ennemi déclaré des pommes de terre |
La différence entre теплица et парник est une affaire de taille. Dans la première, une construction de verre ou de plastique rigide, on entre et l’on travaille debout ; on y fait mûrir les tomates et les concombres qu’un été trop court ou trop frais ne suffirait pas à porter jusqu’au bout. Le second est un abri bas, un cadre couvert de film, où l’on protège les jeunes plants. La рассада, elle, commence sa vie en appartement : à la fin de l’hiver, les rebords de fenêtre se couvrent de pots et de gobelets.
Le nom des légumes, des fruits et des baies, avec leur genre et leur manière de se compter, est à la page les légumes et les fruits. Une remarque seulement sur les arbres du verger : la plupart portent le nom de leur fruit, вишня pour le cerisier comme pour la cerise, груша pour le poirier comme pour la poire. Le pommier fait exception, яблоня face à яблоко, et il faut retenir les deux mots.
Les verbes du potager vont par paires : un imperfectif pour l’activité ou l’habitude, un perfectif pour l’action menée à son terme. Le principe est exposé à la page perfectif et imperfectif, et le tableau donne ici les deux membres de chaque paire. Pour посадить, qui sert aussi à faire asseoir quelqu’un, voyez les verbes qui disent mettre.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| сеять / посеять | siéiat’ / possiéiat’ | semer | сею, сеешь ; посеять на рассаду, semer pour faire des plants |
| сажать / посадить | saját’ / possadít’ | planter | посадить картошку |
| высаживать / высадить | vyssájivat’ / výssadit’ | mettre les plants en place | высадить рассаду в теплицу |
| поливать / полить | polivát’ / polít’ | arroser | полью, польёшь |
| полоть / прополоть | polót’ / propolót’ | désherber, sarcler | полю, полешь ; à ne pas confondre avec le précédent |
| копать / вскопать | kopát’ / vskopát’ | bêcher | вскопать грядку, retourner la terre |
| копать / выкопать | kopát’ / výkopat’ | arracher en creusant | копать картошку, récolter les pommes de terre |
| окучивать / окучить | okoútchivat’ / okoútchit’ | butter | ramener la terre au pied des pommes de terre |
| удобрять / удобрить | oudobriát’ / oudóbrit’ | mettre de l’engrais | de la famille d’удобрение |
| обрезать / обрезать | obriezát’ / obriézat’ | tailler | même graphie : l’accent seul sépare les deux aspects |
| собирать / собрать | sobirát’ / sobrát’ | cueillir, récolter | собрать урожай |
| урожай | ourojáï | la récolte | masculin ; неурожай, la mauvaise récolte |
| сорт | sort | la variété | pluriel сорта ; сорт помидоров |
| заморозки | zamorózki | les gelées de printemps ou d’automne | pluriel ; à ne pas confondre avec заготовки |
Trois de ces verbes méritent qu’on s’y arrête. Le premier piège tient en une lettre : полю polioú, « je désherbe », et полью pol’ioú, « j’arroserai », ne diffèrent que par un signe mou, et les deux gestes se font le même soir, sur la même planche. Le deuxième est копать, creuser, dont le perfectif dépend du résultat visé : вскопать pour la terre qu’on retourne, выкопать pour ce qu’on en sort. Ainsi копать картошку, « creuser les pommes de terre », veut dire les récolter, et c’est le grand chantier de septembre.
Le troisième est обрезать, tailler. L’imperfectif porte l’accent sur la fin, obriezát’, le perfectif sur le radical, obriézat’. À l’écrit, rien ne les distingue ; à l’oral, l’accent fait tout le travail.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| лопата | lopáta | la bêche, la pelle | un seul mot pour les deux |
| грабли | grábli | le râteau | pluriel seulement |
| вилы | víly | la fourche | pluriel seulement ; génitif вил |
| тяпка | tiápka | la binette | pour désherber et butter |
| лейка | liéïka | l’arrosoir | de la famille de лить, verser |
| шланг | chlang | le tuyau d’arrosage | masculin |
| ведро | viedró | le seau | pluriel вёдра |
| тачка | tátchka | la brouette | en argot, aussi la voiture |
| секатор | siekátor | le sécateur | masculin |
| перчатки | piertchátki | les gants | singulier перчатка |
Грабли et вилы rejoignent ворота et, plus bas, дрова dans la liste des noms qui n’ont pas de singulier : un seul râteau reste un pluriel, et le verbe suit. Cette famille de mots est présentée à la page le pluriel des noms. Le râteau a d’ailleurs donné une expression familière très vivante : наступить на те же грабли, « marcher sur le même râteau », celui dont le manche vous frappe le front, c’est refaire la même erreur.
Choisissez le mot que réclame le sens de la phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Le calendrier change avec la région et avec la météo de l’année ; celui qui suit correspond, en gros, au centre de la Russie européenne. Il explique pourquoi la datcha entre dans les conversations dès que la neige fond, et n’en sort qu’avec les premières gelées.
| Période | Ce qu’on fait | Les mots qui reviennent |
|---|---|---|
| la fin de l’hiver | on sème tomates et poivrons en appartement | посеять на рассаду, подоконник |
| avril, début mai | on ouvre la maison, on bêche, on plante les pommes de terre | открыть сезон, вскопать грядки, на майские |
| mai, juin | on guette les dernières gelées avant de sortir les plants | заморозки, высадить рассаду, открытый грунт |
| juillet | on désherbe, on arrose, on cueille les baies, on fait les confitures | полоть, поливать, варить варенье |
| août | concombres, courgettes et tomates arrivent en masse ; on sale, on met en bocaux | урожай, солить, закатывать банки |
| septembre | on arrache les pommes de terre et l’on remplit la cave | копать картошку, погреб |
| octobre | on vide le tonneau, on range les outils, on ferme la maison | закрыть сезон |
L’expression открытый грунт otkrýtyï grount, « la pleine terre », s’oppose à la serre : on y met les plants quand le risque de gelée est passé. Et на майские, « pour les fêtes de mai », sous-entend праздники : les jours fériés du début de mai sont, pour beaucoup de familles, le moment de planter les pommes de terre et d’allumer le premier feu de l’année.
Pour s’y rendre, ceux qui ont une voiture partent le vendredi soir ou le samedi matin, et rentrent le dimanche dans les bouchons, les пробки próbki. Les autres prennent le train de banlieue, l’электричка, chargés de sacs et de plants ; son vocabulaire est à la page la gare et le train.
Dans les années 1990, quand les salaires arrivaient en retard ou n’arrivaient pas, le potager a aidé beaucoup de familles à passer l’hiver : les pommes de terre de septembre et les bocaux d’août comptaient vraiment. Cette mémoire reste vive. Aujourd’hui, les usages se partagent. Pour les uns, souvent des retraités, la datcha demeure un potager qu’on soigne de mai à octobre, et où l’on vit tout l’été avec les petits-enfants. D’autres ne plantent plus guère que quelques herbes et préfèrent le газон, le hamac et le мангал.
Dans les deux cas, le sujet nourrit une bonne part des conversations de la belle saison. Le lundi, au bureau, on demande Как дача? Kak dátcha ? comme on demanderait ailleurs des nouvelles du week-end ; on compare les tomates, on se plaint des gelées, et il n’est pas rare de voir arriver un collègue avec un sac de courgettes à distribuer. Accepter fait plaisir à celui qui offre.
À la fin de l’été, la cuisine de la datcha se transforme en atelier. On fait des заготовки на зиму zagotóvki na zímou, des provisions pour l’hiver : légumes salés, confitures, bocaux de tomates ou de лечо lietchó, ce mélange de poivrons et de tomates. Le vocabulaire est celui d’une technique précise, et chaque verbe dit une méthode différente.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| заготовки | zagotóvki | les provisions faites maison | pluriel dans ce sens ; делать заготовки |
| закатки, закрутки | zakátki, zakroútki | les bocaux maison | familier |
| соленья | solién’ia | les légumes salés | surtout au pluriel |
| солить / засолить | solít’ / zassolít’ | saler, mettre en saumure | sans vinaigre |
| рассол | rassól | la saumure | masculin ; огуречный рассол |
| мариновать / замариновать | marinovát’ / zamarinovát’ | mariner | au vinaigre pour les légumes ; se dit aussi de la viande |
| квасить / заквасить | kvássit’ / zakvássit’ | faire fermenter | квашеная капуста, la choucroute |
| малосольные огурцы | malossól’nyïe ogourtsý | les concombres peu salés | prêts en quelques jours, à manger vite |
| варить / сварить | varít’ / svarít’ | faire cuire | сварить варенье, faire de la confiture |
| банка | bánka | le bocal | трёхлитровая банка, le bocal de trois litres |
| крышка | krýchka | le couvercle | génitif pluriel крышек |
| закатывать / закатать | zakátyvat’ / zakatát’ | sceller un bocal | avec un couvercle de métal serti |
| сушить / высушить | souchít’ / výsouchit’ | faire sécher | сушёные яблоки, des pommes séchées |
Les trois méthodes de conservation des légumes ne se confondent pas. Les солёные огурцы soliónyïe ogourtsý fermentent dans une saumure de sel, avec de l’aneth, de l’ail et des feuilles, sans une goutte de vinaigre ; les маринованные огурцы marinóvannyïe ogourtsý, eux, baignent dans le vinaigre, et ce sont eux qui ressemblent à nos cornichons. La choucroute, enfin, se dit квашеная капуста kváchenaïa kapoústa, le chou qu’on a fait fermenter. Les малосольные, à peine salés, se préparent pour la semaine, non pour l’hiver.
Закатать désigne l’opération finale. On stérilise les bocaux, on verse la saumure ou le sirop bouillant, on pose un couvercle de métal et on le sertit avec une petite machine à main, la закаточная машинка. Quand le couvercle se visse, on dit plutôt закрутить, et le mot familier закрутки vient de là. Les bocaux pleins descendent ensuite au погреб, ou partent en ville dans le coffre de la voiture.
La confiture elle-même, варенье, figure parmi les produits du placard à la page les aliments de base ; le компот qu’on met aussi en bocaux est une boisson, non une compote, et il est présenté à la page les boissons et le thé. Les plats où reviennent ces conserves, du винегрет au plateau de соленья des jours de fête, sont décrits à la page les plats russes, et les champignons qu’on sale ou qu’on sèche à la page la forêt et les champignons. Pour la банка du magasin, achetée pleine, et pour les quantités, voyez faire ses courses.
La datcha n’est pas qu’un chantier. Le soir ou le dimanche, on allume le мангал et l’on grille un шашлык chachlýk : des morceaux de viande marinés, enfilés sur des tiges de métal et cuits au-dessus des braises. Le mot a deux emplois. Au singulier, c’est le plat. Au pluriel, шашлыки, c’est la sortie : поехать на шашлыки veut dire partir griller de la viande en plein air, à la datcha, au bord d’une rivière ou en forêt. Les longs week-ends de mai ouvrent souvent cette saison-là.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| шашлык | chachlýk | la viande en brochettes grillée | masculin ; жарить шашлык |
| шашлыки | chachlykí | la sortie grillades | au pluriel : поехать на шашлыки |
| мангал | mangál | le barbecue, le bac à braises | masculin |
| шампур | champoúr | la brochette, la tige de métal | pluriel шампуры |
| угли | oúgli | les braises | pluriel d’уголь ; на углях |
| дрова | drová | le bois à brûler | pluriel seulement ; génitif дров |
| маринад | marinád | la marinade | замариновать мясо |
| решётка | riechótka | la grille | pour le poisson ou les légumes |
| розжиг | rózjig | l’allume-feu | familier ; жидкость для розжига |
| костёр | kostiór | le feu de camp | voyelle mobile : костра |
On grille sur les braises, non sur la flamme : on laisse le bois brûler jusqu’à ce qu’il ne reste que des угли, et la viande cuit на углях. Le bois lui-même, дрова, n’a pas de singulier, et l’on dit нет дров pour « il n’y a plus de bois ». Pour la sortie en plein air, avec ou sans grillades, le russe a enfin une tournure à lui : выехать на природу výiekhat’ na priródou, « partir dans la nature », après quoi l’on est на природе. Les plats que l’on sert ensuite à table ont leur page ; celle-ci s’en tient au feu.
Voici trois échanges courts, comme on les entend d’un bout à l’autre de la saison. Lisez-les d’abord en russe, à voix haute si possible, puis vérifiez avec la colonne de droite.
| Qui parle | Russe | Français |
|---|---|---|
| La mère | Ты в субботу приедешь? Ty v soubbótou priiédiech’ ? | Tu viens samedi ? |
| Le fils | Приеду утром. В пятницу вечером на выезде из города одни пробки. Priiédou oútrom. V piátnitsou viétcherom na výiezdie iz góroda odní próbki. | Je viendrai le matin. Le vendredi soir, à la sortie de la ville, ce n’est que des bouchons. |
| La mère | Хорошо. Захвати рассаду, она на подоконнике: помидоры и перцы. Khorochó. Zakhvatí rassádou, oná na podokónnikie : pomidóry i piértsy. | Bon. Prends les plants au passage, ils sont sur le rebord de la fenêtre : tomates et poivrons. |
| Le fils | А не рано? Ночью обещают заморозки. A nie ráno ? Nótch’iou obiechtcháiout zamorózki. | Ce n’est pas trop tôt ? On annonce des gelées pour la nuit. |
| La mère | В теплицу уже можно. В открытый грунт — после заморозков. V tieplítsou oujé mójno. V otkrýtyï grount — póslie zamorózkov. | Dans la serre, on peut déjà. En pleine terre, après les gelées. |
| Le fils | Понял. Что ещё привезти? Pónial. Tchto iechtchó priviestí ? | Compris. Je t’apporte quoi d’autre ? |
| La mère | Мешок земли и удобрение для клубники. И купи новую лейку, старая течёт. Miechók ziemlí i oudobriénie dlia kloubníki. I koupí nóvouiou liéïkou, stáraïa tietchiót. | Un sac de terreau et de l’engrais pour les fraisiers. Et achète un arrosoir neuf, l’ancien fuit. |
Ce qu’il faut en retenir. Захвати, de захватить, « prendre au passage », est la manière familière de demander qu’on apporte quelque chose qu’on aura sous la main. Le fils objecte la météo : обещают заморозки, mot à mot « on promet des gelées », est la façon courante de parler des prévisions. La mère répond en jardinière, par l’opposition entre в теплицу, la serre où l’on peut déjà planter, et в открытый грунт, la pleine terre, qui attendra. Retenez enfin течёт, du verbe течь, couler : un récipient qui « coule » est un récipient qui fuit.
| Qui parle | Russe | Français |
|---|---|---|
| La voisine | Добрый день! Как у вас огурцы в этом году? Dóbryï dien’ ! Kak ou vas ogourtsý v ètom godoú ? | Bonjour ! Et vos concombres, cette année ? |
| Le voisin | Огурцов много, а помидоры никак не краснеют. Лето холодное. Ogourtsóv mnógo, a pomidóry nikák nie krasniéiout. Liéto kholódnoïe. | Des concombres, il y en a beaucoup, mais les tomates ne rougissent pas. L’été est froid. |
| La voisine | У нас то же самое. Зато кабачков — девать некуда. Хотите? Ou nas to je sámoïe. Zató kabatchkóv — dievát’ niékouda. Khotítie ? | Chez nous, c’est pareil. En revanche, des courgettes, on ne sait plus quoi en faire. Vous en voulez ? |
| Le voisin | Спасибо, у меня своих полно. Возьмите лучше смородины: её в этом году море. Spassíbo, ou mieniá svoíkh polnó. Voz’mítie loútche smoródiny : ieió v ètom godoú mórie. | Merci, j’en ai plein moi-même. Prenez plutôt du cassis : cette année, il y en a des tonnes. |
| La voisine | С удовольствием, на варенье. А колорадский жук у вас есть? S oudovól’stviiem, na varién’ie. A kolorádskiï jouk ou vas iest’ ? | Avec plaisir, pour la confiture. Et vous avez des doryphores ? |
| Le voisin | Есть. Каждое утро собираю. В сентябре будем копать картошку — посмотрим, что останется. Iest’. Kájdoïe oútro sobiráiou. V sientiabrié boúdiem kopát’ kartóchkou — posmótrim, tchto ostánietsia. | Oui. Je les ramasse tous les matins. En septembre, on arrachera les pommes de terre, on verra ce qu’il en reste. |
Ce qu’il faut en retenir. La question d’ouverture, Как у вас огурцы?, est la plus naturelle entre voisins : у вас y désigne le terrain de l’autre. Notez trois façons familières de dire l’abondance : девать некуда, « on ne sait où les mettre », полно, « plein », et море, « une mer ». Зато, « en revanche », introduit la compensation : ce qui a raté d’un côté a réussi de l’autre. Le doryphore se ramasse avec le même verbe que les baies, собирать, et на варенье dit à quoi servira le cassis. Les doryphores sont ici au singulier, колорадский жук, comme une espèce qu’on combat plutôt que des insectes qu’on compte.
| Qui parle | Russe | Français |
|---|---|---|
| La mère | Вот, бери банки: огурцы, лечо, малиновое варенье. Vot, bierí bánki : ogourtsý, lietchó, malínovoïe varién’ie. | Tiens, prends les bocaux : concombres, letcho, confiture de framboises. |
| La fille | Мам, куда столько? У нас ещё с прошлого года стоят. Mam, koudá stól’ko ? Ou nas iechtchó s próchlogo góda stoiát. | Maman, pourquoi autant ? Il nous en reste encore de l’an dernier. |
| La mère | Ничего, зимой всё съедите. Я в этом году сорок банок закатала. Nitchegó, zimóï vsio s’iedítie. Ia v ètom godoú sórok bánok zakatála. | Ce n’est rien, vous mangerez tout cet hiver. Cette année, j’ai fait quarante bocaux. |
| La fille | А пустые банки тебе привезти? A poustýïe bánki tiebié priviestí ? | Et les bocaux vides, je te les rapporte ? |
| La mère | Обязательно привези, мне на следующий год нужны. Obiazátiel’no priviezí, mnie na sliédouiouchtchiï god noujný. | Rapporte-les sans faute, j’en aurai besoin l’année prochaine. |
| La fille | Привезу. А картошку когда копать? Priviezoú. A kartóchkou kogdá kopát’ ? | Promis. Et les pommes de terre, on les arrache quand ? |
| La mère | В середине сентября. Приезжайте все, одна я не справлюсь. V sieriedínie sientiabriá. Priiezjáïtie vsie, odná ia nie správlious’. | À la mi-septembre. Venez tous, seule je n’y arriverai pas. |
Ce qu’il faut en retenir. Мам, sans son -а final, est la forme familière qu’on emploie pour appeler sa mère ; le phénomène est décrit à la page le vocatif familier. Куда столько? ne demande pas « où » : c’est « pourquoi tant ? », une protestation qui n’attend pas de réponse, et la mère n’en tient aucun compte. Сорок банок закатала résume tout le travail d’août en trois mots. Les bocaux vides, пустые банки, reviennent à la datcha pour servir l’année suivante, et les rapporter est un geste apprécié. Enfin справиться, « s’en sortir », sert d’argument pour faire venir toute la famille au moment d’arracher les pommes de terre.
Choisissez la forme que la phrase réclame. Regardez d’abord ce qui la commande : une préposition, un nombre, une négation.
Certaines phrases reviennent chaque week-end, d’un terrain à l’autre. Elles s’apprennent d’un bloc, telles qu’on les entend.
| Tournure | Transcription | Sens | Remarque |
|---|---|---|---|
| Мы на дачу. | My na dátchou. | Nous partons à la datcha. | le verbe se sous-entend |
| Как дача? | Kak dátcha ? | Ça va, la datcha ? | la question du lundi |
| Какой в этом году урожай? | Kakóï v ètom godoú ourojáï ? | La récolte est bonne, cette année ? | on répond légume par légume |
| девать некуда | dievát’ niékouda | on ne sait plus qu’en faire | le produit au génitif : кабачков девать некуда |
| хоть отбавляй | khot’ otbavliáï | à profusion | mot à mot « même à en retirer » |
| прямо с грядки | priámo s griádki | tout juste cueilli | l’argument de fraîcheur |
| на зиму | na zímou | pour l’hiver | заготовки на зиму |
| открыть, закрыть сезон | otkrýt’, zakrýt’ siezón | ouvrir, fermer la saison | au printemps et à l’automne |
| на майские | na máïskiïe | pendant les fêtes de mai | sous-entendu праздники |
| удобства на улице | oudóbstva na oúlitse | les toilettes sont dehors | la formule des annonces |
| С лёгким паром! | S liókhkim párom ! | à qui sort du bain de vapeur | réponse : Спасибо! |
| поехать на шашлыки | poiékhat’ na chachlykí | aller faire une grillade | le pluriel désigne la sortie |
| выехать на природу | výiekhat’ na priródou | partir au grand air | une fois arrivé : на природе |
| наступить на те же грабли | nastoupít’ na tie je grábli | refaire la même erreur | familier |
Deux de ces tournures vont souvent ensemble, car elles disent l’abondance de l’été. Девать некуда regarde le problème du côté de celui qui récolte : il ne sait plus où mettre ses courgettes. Хоть отбавляй constate simplement qu’il y en a trop, et s’emploie aussi loin de la datcha, pour du travail ou des problèmes. Прямо с грядки, de son côté, sert de garantie quand on offre un légume : il n’a pas passé une nuit dans un frigo.
Ces pièges tiennent moins à la grammaire qu’au découpage du monde : là où le français a un mot, le russe en a deux, et inversement.
| En français | En russe | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| le jardin potager | огород | сад, c’est le verger et les fleurs |
| aller à la datcha | на дачу | la préposition est на, et non в |
| la compote de pommes | яблочное пюре | компот est une boisson |
| les cornichons au vinaigre | маринованные огурцы | солёные sont en saumure, sans vinaigre |
| le râteau, la fourche | грабли, вилы | pluriel seulement : le verbe suit au pluriel |
| une maison de campagne | дача, загородный дом | коттедж désigne une maison moderne en dur |
| une variété de tomates | сорт помидоров | сорт n’a rien d’un sort |
| je désherbe, j’arroserai | полю, полью | un signe mou de différence |
| la banque, le bocal, le bain | банк, банка, баня | trois mots voisins à l’oreille |
| le pommier | яблоня | le cerisier, lui, se dit comme son fruit : вишня |
Le piège le plus fréquent est le premier. Un francophone qui dit я работаю в саду pour « je travaille au jardin » sera compris, mais son interlocuteur l’imaginera en train de tailler des pommiers ou d’arroser des fleurs. S’il bêchait des pommes de terre, c’est в огороде qu’il fallait dire. Le piège des cornichons a des conséquences très concrètes à table : demander des солёные огурцы en attendant le goût du vinaigre réserve une surprise.
Des mots qui se disent en faisant. Le vocabulaire de la datcha s’apprend mal en liste : il vient avec des gestes et des situations, la clôture, la serre, le bocal qu’on sertit. Ce qui compte est de retrouver la phrase entière au bon moment, Кабачков девать некуда ou С лёгким паром!, sans la reconstruire mot à mot. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, sur la plateforme web comme dans nos applications. Écoutez la première leçon aujourd’hui.
Complétez la tournure. Ce sont des formules : elles se disent ainsi, et pas autrement.
Vous passez le week-end à la datcha de vos amis. À chaque moment, choisissez la réplique qui convient.
Plus de cent cinquante pages qui se répondent — la mécanique de la langue, les verbes pris un à un, le vocabulaire par thème — avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
50 leçons de 14 minutes, soit 11 h 39 d’écoute, en fichiers MP3. Je paie une fois, je reçois le lien par courriel, je télécharge le cours entier — ou je l’écoute en ligne.
La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Une maison avec son terrain, hors de la ville, où l’on passe les week-ends et l’été. Le mot дача dátcha couvre aussi bien la cabane posée sur un petit lopin que la maison de briques chauffée l’hiver. Ce n’est pas forcément une résidence de luxe : c’est souvent d’abord un potager.
Parce que дача se construit avec на : на дачу pour y aller, на даче pour y être, с дачи pour en revenir. Le choix entre в et на se retient avec chaque nom de lieu ; il en va de même pour на участке, le terrain.
L’огород est le potager : légumes, pommes de terre, serre. Le сад est le jardin d’arbres, le verger, avec ses buissons de baies et ses fleurs. Le français dit « jardin » pour les deux ; le russe les sépare, et l’on dit volontiers сад и огород pour l’ensemble du terrain.
« Six ares ». Une сотка est un centième d’hectare, soit cent mètres carrés. Beaucoup de parcelles attribuées à l’époque soviétique avaient cette taille, et шесть соток est resté le nom de la petite datcha ordinaire. Après le nombre, le mot prend le génitif pluriel соток.
La taille. Dans la теплица, la serre, on entre et l’on travaille debout ; on y cultive surtout tomates et concombres. Le парник est un abri bas, un cadre couvert de film, où l’on protège de jeunes plants sans pouvoir y entrer.
Полоть veut dire désherber, et donne полю, полешь. Полить veut dire arroser, et donne au futur полью, польёшь. Entre « je désherbe » et « j’arroserai », il n’y a qu’un signe mou : полю polioú, полью pol’ioú.
Les provisions faites maison pour l’hiver, заготовки на зиму : légumes salés ou marinés, confitures, bocaux de tomates ou de лечо. On les appelle familièrement закатки ou закрутки, d’après les verbes qui disent fermer un bocal.
La méthode. Les солёные огурцы fermentent dans une saumure de sel, sans vinaigre. Les маринованные огурцы sont conservés dans le vinaigre, et ce sont eux qui rappellent nos cornichons. Les малосольные, à peine salés, se mangent au bout de quelques jours.
Sceller des bocaux avec un couvercle de métal qu’on sertit à l’aide d’une petite machine à main, la закаточная машинка, après avoir versé la saumure ou le sirop bouillant. Pour un couvercle qui se visse, on dit plutôt закрутить.
Les deux, pour deux choses différentes. Шашлык, au singulier, est le plat : la viande marinée grillée en brochettes, жарить шашлык. Шашлыки, au pluriel, désigne la sortie : поехать на шашлыки, partir faire une grillade en plein air.
С лёгким паром! S liókhkim párom !, mot à mot « avec une vapeur légère ». La personne répond Спасибо!. La formule accompagne aussi une douche ou un bain pris à la maison, sur un ton plus plaisant.
Parce que ces noms n’ont pas de singulier, comme ворота, le portail. Un seul râteau reste грабли, et le verbe se met au pluriel : грабли стоят. Au génitif, ils font вил et дров, d’où нет дров, « il n’y a plus de bois ».
« On ne sait plus qu’en faire », mot à mot « nulle part où les mettre ». La tournure dit l’abondance d’une récolte, avec le produit au génitif : Кабачков девать некуда. Une tournure voisine, хоть отбавляй, constate qu’il y en a à profusion.
« Pendant les fêtes de mai », le mot праздники étant sous-entendu. Les jours fériés du début de mai sont, pour beaucoup de familles, le moment de planter les pommes de terre et d’ouvrir la saison des grillades : Картошку сажаем на майские.
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