C’est la case la plus difficile du nom russe. Trois sorties possibles — -ов, -ей, ou rien du tout — et une répartition qui n’est pas celle qu’on attendrait.
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Au pluriel, le russe est d’ordinaire généreux. Le datif, l’instrumental et le prépositionnel ont une seule terminaison chacun, la même pour les trois genres : -ам, -ами, -ах (et leurs variantes molles -ям, -ями, -ях, et une poignée d’instrumentaux en -ьми comme детьми́ diet'mí ou людьми́ lioud'mí). Un nom, quel qu’il soit, se met au datif pluriel sans hésitation.
Le génitif pluriel fait exception. Il dispose de trois désinences concurrentes, et le choix dépend à la fois du genre du nom et du son sur lequel se termine son radical. C’est le seul endroit du système nominal où il faut réellement réfléchir avant de parler.
Cette page traite uniquement la forme : comment fabriquer le génitif pluriel d’un nom donné. Elle ne dit pas quand employer le génitif — c’est le travail de la page du cas génitif, et de celle du génitif de négation. Elle suppose aussi connu le pluriel du nominatif, qui sert de point de départ.
Une observation simple met de l’ordre dans le désordre apparent. Regardez ce que chaque nom porte au nominatif singulier, puis ce qu’il porte au génitif pluriel.
| Nominatif singulier | Ce qu’il porte | Génitif pluriel | Ce qu’il porte |
|---|---|---|---|
| стол stol — table | rien | столо́в stolóv | -ов |
| слова́рь slovár' — dictionnaire | signe mou | словаре́й slovariéï | -ей |
| кни́га kníga — livre | -а | книг knig | rien |
| сло́во slóvo — mot | -о | слов slov | rien |
Les noms qui se présentent nus au singulier — les masculins — reçoivent une désinence au génitif pluriel. Ceux qui se présentent avec une voyelle — les féminins en -а, les neutres en -о — la perdent, et le mot se termine alors sur sa dernière consonne.
Ce chassé-croisé n’est pas une loi sans faille : quelques masculins courants ont une forme nue, et les neutres en -е se répartissent autrement. Nous y venons. Mais il donne la bonne réponse dans la grande majorité des cas, et il évite l’erreur la plus fréquente des francophones, qui consiste à ajouter une terminaison à un nom féminin.
Un masculin reçoit presque toujours quelque chose. Lequel des quatre, cela dépend de la dernière lettre du nominatif singulier.
| Le nom se termine par… | Désinence | Exemple |
|---|---|---|
| une consonne dure | -ов | дом → домо́в dom → domóv — maison |
| -й, désinence inaccentuée | -ев | музе́й → музе́ев mouziéï → mouziéiev — musée |
| -й, désinence accentuée | -ёв | чай → чаёв tchaï → tchaióv — thé |
| -ь | -ей | рубль → рубле́й roubl' → roubliéï — rouble |
| ж, ш, ч, щ | -ей | нож → ноже́й noj → nojéï — couteau |
Les consonnes dures sont de loin le cas le plus fréquent, et -ов la désinence que vous produirez le plus souvent :
Les noms en -ь et ceux qui se terminent par une chuintante partagent la même désinence -ей, ce qui simplifie les choses :
Les noms en -ц hésitent entre -ов et -ев, et c’est l’accent qui tranche : accentuée, la désinence s’écrit -о́в ; inaccentuée, elle s’écrit -ев. Le russe n’écrit pas de о non accentué après une chuintante ou après ц.
Le paradigme complet du masculin, cas par cas, est détaillé dans la déclinaison du masculin.
Pour ces noms, le génitif pluriel se fabrique en retirant la voyelle finale. Le mot se termine alors sur une consonne, ce qui déroute au début : la forme ressemble à un nom masculin.
Les noms en -я suivent le même principe, mais comme la consonne finale reste molle, il faut un signe mou pour le noter :
Une famille échappe à la règle : les noms dont le -ня final est précédé d’une consonne n’écrivent pas le signe mou, et une voyelle vient desserrer le groupe final :
Deux mots très courants résistent et gardent leur signe mou : дере́вня → дереве́нь dieriévnia → dierievién' (village) et ку́хня → ку́хонь koúkhnia → koúkhon' (cuisine). Sur le comportement des consonnes molles, voir les consonnes molles.
Très nombreux, et parfaitement réguliers : ils donnent -ий.
Quelques noms en -ья accentué se comportent autrement et prennent -ей : семья́ → семе́й siem'iá → siemiéï (famille), статья́ → стате́й stat'iá → statiéï (article). Ce sont des mots courants : mieux vaut les retenir tout de suite.
Enfin, les masculins qui se déclinent comme des féminins suivent la règle des féminins : мужчи́на → мужчи́н moujtchína → moujtchín (homme). Sur l’attribution du genre, voir les trois genres.
C’est le groupe le plus simple de tous. Tous les féminins terminés par -ь font leur génitif pluriel en -ей, sans aucune irrégularité de désinence.
Deux d’entre eux allongent leur radical avant de prendre la désinence — мать → матере́й mat' → matieriéï (mère) et дочь → дочере́й dotch' → dotcheriéï (fille) — mais la désinence, elle, reste bien -ей.
Ces noms partagent donc leur désinence avec les masculins en -ь, ce qui rend inutile, ici précisément, la question du genre. Elle redevient décisive partout ailleurs : voir les féminins en signe mou et la déclinaison du féminin.
Les neutres en -о se comportent comme les féminins en -а : on retire la voyelle, rien ne la remplace.
Les neutres en -е ne forment pas un bloc : c’est la lettre qui précède le -е qui décide. Seuls ceux dont le radical se termine par une consonne molle prennent -ей — ils sont rares, mais ce sont eux l’entorse annoncée au chassé-croisé du début :
Les neutres en -ие, eux très nombreux dans la langue écrite, donnent -ий, exactement comme les féminins en -ия :
Les neutres en -ье les suivent le plus souvent :
Un mot très courant y échappe et prend -ьев : пла́тье → пла́тьев plát'ie → plát'iev (robe). Retenez-le tel quel plutôt que d’en tirer une règle.
Enfin, les neutres en -це et ceux dont le radical se termine par une chuintante reviennent à la désinence zéro :
Le paradigme entier figure sur la déclinaison du neutre.
Retirer la voyelle finale laisse parfois une fin de mot imprononçable. Le russe insère alors une voyelle — о ou е — entre les deux dernières consonnes. C’est le phénomène le plus déstabilisant de cette case, parce que la forme obtenue ne ressemble plus au nom de départ.
Le choix entre о et е, les consonnes qui déclenchent l’insertion et les cas où elle ne se produit pas sont traités à part, dans la voyelle mobile. Le même mécanisme joue ailleurs dans la déclinaison, et il mérite une page entière.
Reste une série de noms dont le génitif pluriel s’apprend un par un. Ils sont peu nombreux, mais ce sont parmi les mots les plus employés de la langue : les éviter n’est pas une option.
Certains masculins n’ajoutent rien du tout. La liste est courte et se retient telle quelle : elle concerne surtout des unités de mesure, des objets qui vont par paires, et des noms de peuples.
Attention : cette liste ne s’étend pas par analogie. носо́к nossók (chaussette) fait носко́в noskóv dans la langue soignée, malgré le voisinage de сапо́г. De même, грамм gramm a une forme régulière гра́ммов grámmov, même si la forme nue s’entend à l’oral.
Deux mots méritent un avertissement. год god (an) emprunte son génitif pluriel à un autre mot : лет liet. Et челове́к a deux formes selon le contexte, люде́й et челове́к, la seconde restant invariable. Ces pluriels sont repris en détail dans les pluriels irréguliers.
Voici maintenant ces formes en situation. Les quantités et les nombres qui les gouvernent obéissent à leurs propres règles, que nous ne traitons pas ici : ne regardez que la forme du nom, jamais la raison pour laquelle il est au génitif.
Vous aurez remarqué que l’accent se déplace d’une forme à l’autre : го́род devient городо́в, окно́ devient о́кон. Nos tableaux le notent sans le commenter ; le mécanisme est décrit dans l’accent mobile du nom.
La difficulté réelle n’est pas de comprendre la règle, mais de la produire vite. Un lecteur reconnaît люде́й ou пи́сем sans peine ; les sortir en parlant, au bon moment, est un tout autre exercice. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le reste du dossier est accessible depuis nos dossiers de grammaire et depuis la page des six cas.
Chaque phrase attend un génitif pluriel. Regardez le genre du nom et sa dernière lettre au nominatif singulier. Touchez une réponse, puis Correction.
Ici la forme ne se déduit plus du seul tableau : une voyelle s’insère, l’accent se déplace, ou le mot ne change pas du tout. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Trois : -ов (avec ses variantes -ев et -ёв), -ей, et la désinence zéro, qui laisse le mot se terminer sur une consonne.
Parce que les noms qui portent une voyelle au nominatif singulier la perdent au génitif pluriel. Les masculins, qui n’en portent pas, en reçoivent une à l’inverse.
Quand le retrait de la voyelle finale laisserait un groupe de consonnes difficile à prononcer. Le russe insère alors о ou е. Voir la voyelle mobile.
Non, pas pour la désinence : дверь → двере́й, ночь → ноче́й, вещь → веще́й. C’est le groupe le plus régulier de tous.
Non. Seuls les rares neutres à radical mou le font : мо́ре → море́й, по́ле → поле́й. Les autres suivent leur finale : -ие et -ье donnent -ий (зда́ние → зда́ний, варе́нье → варе́ний), et -це comme les chuintantes reviennent à la désinence zéro (се́рдце → серде́ц, кла́дбище → кла́дбищ).
Parce que les noms dont le -ня final est précédé d’une consonne n’écrivent pas le signe mou : пе́сня → пе́сен, ба́шня → ба́шен, ви́шня → ви́шен. дере́вня et ку́хня sont deux exceptions courantes qui le gardent.
люде́й, дете́й, друзе́й, бра́тьев, матере́й, времён, лет et раз. Ce sont des mots que l’on emploie tous les jours.
Non, elle ne traite que la forme. Les emplois du cas sont sur la page du cas génitif, et l’alternance commandée par la négation sur le génitif de négation.
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