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Cours de langues›Grammaire du russe›Les trois « mettre »

Класть, ставить, вешать : c’est l’objet qui choisit le verbe

Le français met tout, partout, avec le même verbe. Le russe regarde d’abord comment l’objet tiendra une fois posé — couché, debout, suspendu ou assis — et choisit son verbe en conséquence. Quatre paires, et une seule question à se poser.

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Le francophone met tout, et partout : un livre sur la table, un vase sur la table, un tableau au mur, un enfant sur une chaise, un arbre en terre. Le russe ne possède aucun verbe aussi accueillant. Avant de parler, il regarde l’objet et se demande comment celui-ci tiendra une fois le geste achevé : couché, debout, suspendu ou assis. À chacune de ces positions répond un verbe distinct, et le français, qui n’en a qu’un, ne vous donne aucun indice pour trouver le bon.

Une seule question : comment l’objet tiendra-t-il ?

Partons de phrases que le français construit de façon strictement identique : « j’ai mis le livre sur la table », « j’ai mis le vase sur la table », « j’ai mis le tableau au mur ». Le sujet est le même, le geste de la main à peu près le même, le verbe rigoureusement le même. En russe, ces phrases emploient des verbes qui n’ont rien en commun, pas même une racine.

Regardez ce qui distingue ces quatre lignes. Ce n’est pas le mouvement, qui se ressemble d’une phrase à l’autre, ni le lieu, puisque la table revient deux fois. C’est la position que l’objet occupera quand vous l’aurez lâché. Le livre sera couché : положить. Le vase tiendra debout : поставить. Le tableau pendra : повесить. L’enfant sera assis : посадить. Le russe ne nomme pas le geste ; il nomme son résultat, avec une précision que le français réserve aux descriptions soignées.

Ces quatre verbes sont les partenaires actifs de quatre verbes d’état que vous connaissez peut-être déjà : ce que l’on a couché лежит, ce que l’on a mis debout стоит, ce que l’on a suspendu висит, ce que l’on a assis сидит. Le choix que vous faites en posant l’objet est donc celui que fera, après vous, quiconque le décrira. Ces verbes d’état ont leur propre page, debout, couché, assis ; celle-ci s’occupe du geste qui les produit.

En français je dis « mettre » ; en russe, je choisis
En français je dis…En russe je choisis…TranscriptionParce que l’objet sera…
mettre le livre sur la tableположить книгу на столpolojít’ knígou na stolcouché à plat
mettre les clés dans sa pocheположить ключи в карманpolojít’ klioutchí v karmáncouché, faute de base
mettre la lettre dans l’enveloppeположить письмо в конвертpolojít’ pis’mó v konviértà plat
mettre le vase sur la tableпоставить вазу на столpostávit’ vázou na stoldebout sur sa base
mettre la bouteille au réfrigérateurпоставить бутылку в холодильникpostávit’ boutýlkou v kholodíl’nikdebout sur son fond
mettre les fleurs dans le vaseпоставить цветы в вазуpostávit’ tsvietý v vázoudressé dans l’eau
mettre les assiettes sur la tableпоставить тарелки на столpostávit’ tariélki na stolposé sur son fond, donc debout
mettre le tableau au murповесить картину на стенуpoviéssit’ kartínou na stiénoususpendu
mettre le manteau au portemanteauповесить пальто на вешалкуpoviéssit’ pal’tó na viéchalkoususpendu
mettre l’enfant sur la chaiseпосадить ребёнка на стулpossadít’ riebiónka na stoulassis
mettre un arbre en terreпосадить деревоpossadít’ diérievoplanté

Le critère se laisse formuler simplement. Un objet qui repose sur une base, un fond, des pieds, des roues — une partie faite pour être en bas — se met avec ставить. Un objet qui n’a rien de tel, ou que l’on couche sur son plus grand côté, se met avec класть. Un objet qui ne repose sur rien et pend d’un point d’attache se met avec вешать. Ce que l’on installe assis, une personne le plus souvent, se met avec сажать, qui sert aussi, nous le verrons, à mettre une plante en terre. La hauteur de l’objet compte beaucoup moins que cette question de la base.

Les cas qui surprennent un francophone

Ce dernier point explique les surprises. Une assiette est plate, et pourtant le russe dit поставить тарелку : elle repose sur son fond, exactement comme un verre ou une casserole, et toute la vaisselle se range de ce côté. Une paire de chaussures se range debout, elle aussi. À l’inverse, un téléphone, un stylo, une cuillère, des lunettes n’ont pas de base au sens où l’entend le russe : on les couche. Le même livre, enfin, change de verbe selon l’endroit où il finit.

Un même objet, plusieurs verbes
Ce que l’on met, et oùVerbePosition finale
книгу на стол, le livre sur la tableположитьcouché à plat
книгу на полку, le livre sur l’étagèreпоставитьdebout, parmi les autres
ребёнка в кроватку, le bébé dans son litположитьallongé
ребёнка на стул, l’enfant sur la chaiseпосадитьassis
ребёнка на пол, l’enfant par terreпоставитьdebout sur ses jambes
сумку на пол, le sac par terreпоставитьdebout sur son fond

Les trois lignes du milieu montrent que la règle ne s’arrête pas aux choses. Un enfant que l’on met au lit est couché, un enfant que l’on met sur une chaise est assis, un enfant que l’on pose sur le sol est debout : trois verbes russes pour un seul petit garçon et un seul verbe français. La dernière ligne rappelle qu’une part de choix demeure. Un sac qui tient sur son fond se met avec поставить ; le même sac jeté à plat sur une chaise se dira plutôt avec положить. Le russe ne vous demande pas d’apprendre une liste d’objets : il vous demande de voir comment l’objet tiendra.

Couché, debout ou suspendu ?

Choisissez le verbe qu’appelle la position finale de l’objet. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Я ___ книгу на стол. (J’ai mis le livre sur la table, à plat — dit par un homme.)
  2. Он ___ вазу на стол. (Il a mis le vase sur la table.)
  3. Я ___ картину на стену. (J’ai mis le tableau au mur — dit par un homme.)
  4. Он ___ ключи в карман. (Il a mis les clés dans sa poche.)
  5. Она ___ бутылку в холодильник. (Elle a mis la bouteille debout au réfrigérateur.)
  6. Я ___ пальто на вешалку. (J’ai mis mon manteau au portemanteau — dit par un homme.)
  7. Она ___ тарелки на стол. (Elle a mis les assiettes sur la table.)
  8. Он ___ письмо в конверт. (Il a mis la lettre dans l’enveloppe.)
  9. Мама ___ сына на стул. (La mère a mis son fils sur la chaise, assis.)
  10. Я ___ книги на полку. (J’ai rangé les livres debout sur l’étagère — dit par un homme.)
  11. Он ___ цветы в вазу. (Il a mis les fleurs dans le vase.)

Quatre paires, chacune à sa façon

Chaque position dispose d’une paire complète, un imperfectif et un perfectif, selon le principe exposé à la page perfectif et imperfectif. Jusqu’ici, nos exemples n’ont employé que les perfectifs, parce que le geste unique et achevé est le cas le plus fréquent. Voici les quatre paires au complet, avec le verbe d’état qui leur répond.

Les quatre paires et l’état qu’elles produisent
Position finaleImperfectifPerfectifÉtat obtenu
couchéкласть klast’положить polojít’лежать lieját’
deboutставить stávit’поставить postávit’стоять stoiát’
suspenduвешать viéchat’повесить poviéssit’висеть vissiét’
assis, plantéсажать saját’посадить possadít’сидеть sidiét’, pour une personne

La première paire est la plus déroutante, car ses deux membres n’ont pas la même racine. класть et положить ne se ressemblent en rien, et aucun procédé ne mène de l’un à l’autre : il faut les apprendre ensemble, comme брать et взять. Ce phénomène, la supplétion, est décrit à la page suffixes et paires supplétives. Les trois autres paires sont plus sages : le perfectif y porte le préfixe по-, et, pour les deux dernières, un suffixe différent de celui de l’imperfectif.

Chaque paire a ensuite sa petite difficulté de conjugaison. класть cache un radical en д : кладу, кладёшь, кладут. Ce д devient с devant le -ть de l’infinitif et tombe devant le -л du passé, qui donne клал, comme вести donne вёл. Les quatre perfectifs, ainsi que ставить, appartiennent à la seconde conjugaison. Quand leur radical finit par в, с ou д, cette consonne change à la première personne du singulier, et là seulement : в s’adjoint un л dans поставлю, с devient ш dans повешу, д devient ж dans посажу. Le mécanisme est celui que décrit la page les alternances du radical.

Observez enfin une symétrie qui aide à retenir les deux dernières paires. Le ш et le ж que le perfectif ne montre qu’à une seule personne, l’imperfectif les porte partout : вешать, вешаю, вешает ; сажать, сажаю, сажает. Ces deux imperfectifs se conjuguent ensuite sans surprise, sur le modèle de читать.

Les formes à connaître : présent ou futur, passé, impératif
VerbeятыониPassé, masculinImpératif
кластькладу kladoúкладёшь kladióch’кладут kladoútклал klalклади kladí
положитьположу polojoúположишь polójich’положат polójatположил polojílположи polojí
ставитьставлю stávliouставишь stávich’ставят stáviatставил stávilставь stav’
поставитьпоставлю postávliouпоставишь postávich’поставят postáviatпоставил postávilпоставь postáv’
вешатьвешаю viéchaiouвешаешь viéchaiech’вешают viéchaioutвешал viéchalвешай viéchaï
повеситьповешу poviéchouповесишь poviéssich’повесят poviéssiatповесил poviéssilповесь poviés’
сажатьсажаю sajáiouсажаешь sajáiech’сажают sajáioutсажал sajálсажай sajáï
посадитьпосажу possajoúпосадишь possádich’посадят possádiatпосадил possadílпосади possadí

Pour les perfectifs, les trois premières colonnes donnent un futur et non un présent : положу veut dire « je poserai », jamais « je pose ». Notez aussi l’accent, qui recule après la première personne dans положить et посадить : polojoú mais polójich’, possajoú mais possádich’. Ce mouvement s’entend très nettement et vaut d’être répété à voix haute.

Le verbe qui n’existe pas. On entend souvent, y compris dans la bouche de Russes, я ложу ou ложи сюда, fabriqués sur le radical de положить privé de son préfixe. Ces formes appartiennent au parler populaire et passent pour une faute : la langue correcte dit я кладу et клади сюда, ou, au perfectif, положи сюда. Sans préfixe, ce radical ne s’emploie correctement que dans ложиться, se coucher, qui est un autre verbe.

Les formes des quatre paires

Choisissez la forme correcte. Méfiez-vous des formes qui sonnent juste mais n’existent pas.

  1. Каждый вечер я ___ телефон на стол. (Chaque soir, je pose mon téléphone sur la table.)
  2. Ты всегда ___ ключи в сумку? (Tu mets toujours tes clés dans ton sac ?)
  3. Я сейчас ___ вазу на окно. (Je pose le vase sur le rebord de la fenêtre, maintenant.)
  4. Завтра я ___ картину на стену. (Demain, j’accrocherai le tableau au mur.)
  5. Раньше он всегда ___ деньги в банк. (Autrefois, il mettait toujours son argent à la banque.)
  6. Я ___ ребёнка на стул. (Je vais asseoir l’enfant sur la chaise.)
  7. Завтра мы ___ яблоню. (Demain, nous planterons un pommier.)
  8. Она ___ книгу на место. (Elle a remis le livre à sa place.)
  9. ___ чашку на стол, пожалуйста. (Pose la tasse sur la table, s’il te plaît.)
  10. ___ пальто сюда. (Accrochez votre manteau ici, je vous en prie.)
  11. Каждую весну бабушка ___ цветы. (Chaque printemps, la grand-mère plante des fleurs.)

Où l’on met : l’accusatif du point d’arrivée

Tous ces verbes décrivent un déplacement : l’objet quitte la main et va quelque part. Le russe traite donc le lieu comme une destination, et il pose la question куда?, « vers où ? », non где?, « où ? ». Concrètement, après в et на, le nom se met au cas accusatif. Les verbes d’état, eux, situent un objet immobile et demandent le prépositionnel. Le même meuble change donc de cas selon que vous y posez quelque chose ou que vous constatez que quelque chose s’y trouve.

Le geste et l’état : un cas pour chacun
Le geste : куда?L’état : где?
Положи книгу на стол. Polojí knígou na stol.Книга лежит на столе. Kníga liejít na stolié.
Поставь вазу на стол. Postáv’ vázou na stol.Ваза стоит на столе. Váza stoít na stolié.
Повесь пальто в шкаф. Poviés’ pal’tó v chkaf.Пальто висит в шкафу. Pal’tó vissít v chkafoú.
Посади ребёнка на стул. Possadí riebiónka na stoul.Ребёнок сидит на стуле. Riebiónok sidít na stoulié.
Положи ключи под коврик. Polojí klioutchí pod kóvrik.Ключи лежат под ковриком. Klioutchí lieját pod kóvrikom.
Посади гостей за стол. Possadí gostiéï za stol.Гости сидят за столом. Gósti sidiát za stolóm.

Lisez les deux colonnes ensemble : на стол d’un côté, на столе de l’autre ; в шкаф contre в шкафу, où le nom prend une désinence accentuée en -у qui ne sert qu’à situer. Les deux dernières lignes montrent que le partage vaut aussi pour под, « sous », et pour за, « derrière » ou « à table » : accusatif pour le geste, instrumental pour l’état. Le mécanisme d’ensemble est exposé à la page où et vers où, et le choix entre les deux prépositions principales à la page в ou на.

Le même partage commande les questions. On demande Куда ты положил ключи? Koudá ty polojíl klioutchí ?, « où as-tu mis les clés ? », parce que la question porte sur le geste ; on répond volontiers par l’état : Они лежат на столе Oní lieját na stolié, « elles sont sur la table ». Le francophone, qui dit « où » dans les deux cas, place spontanément где devant le verbe de placement, et c’est une faute que tout Russe entend.

Dernier point de construction : посадить, et parfois положить ou поставить, s’appliquent à des personnes. Le complément est alors un être animé, et au masculin comme au pluriel son accusatif emprunte la forme du génitif : посадить сына, посадить гостей. La règle est détaillée à la page animé et inanimé.

Une fois, ou chaque fois : le choix de l’aspect

Le bon verbe trouvé, reste à choisir entre les deux membres de sa paire. Les principes sont ceux de tout le système : le perfectif présente un geste unique dont le résultat compte ; l’imperfectif présente le geste lui-même, en cours, répété, ou simplement nommé.

L’impératif obéit à la même logique, avec une nuance de plus. Pour demander un geste précis, on prend le perfectif : Поставь чайник Postáv’ tcháïnik, « mets la bouilloire à chauffer » ; Положи книгу на место Polojí knígou na miésto, « remets le livre à sa place ». Pour inviter quelqu’un à faire ce qu’il s’apprêtait à faire, l’imperfectif est plus chaleureux : l’hôte qui accueille ses invités dit Вешайте пальто сюда Viéchaïtie pal’tó siudá, « accrochez vos manteaux ici ». Et pour interdire, l’imperfectif s’impose : Не ставь чашку на край стола Nie stav’ tcháchkou na kraï stolá, « ne pose pas la tasse au bord de la table ». Ces trois emplois sont détaillés à la page l’aspect à l’impératif.

Dans les questions à l’infinitif, si fréquentes quand on aide quelqu’un, le perfectif est la règle pour un geste unique : Куда поставить сумку? Koudá postávit’ soúmkou ?, « où est-ce que je pose le sac ? » ; Сколько сахара тебе положить? Skól’ko sákhara tiebié polojít’ ?, « combien de sucre je te mets ? ». Ce second exemple mérite un arrêt : le sucre, le sel, les épices que l’on verse dans un plat se mettent avec положить, sans que personne se demande quelle position ils prennent. L’usage a tranché une fois pour toutes.

Le lieu et l’aspect

Demandez-vous d’abord si l’objet va quelque part ou s’il s’y trouve déjà, puis si le geste est unique ou répété.

  1. Положи книгу на ___. (Pose le livre sur la table.)
  2. Книга лежит на ___. (Le livre est sur la table.)
  3. Я повесил пальто в ___. (J’ai accroché mon manteau dans l’armoire.)
  4. Пальто висит в ___. (Le manteau est pendu dans l’armoire.)
  5. ___ ты положил мои ключи? (Où as-tu mis mes clés ?)
  6. Мама посадила ___ на колени. (La mère a pris son fils sur ses genoux.)
  7. Положи ключи под ___. (Mets les clés sous le paillasson.)
  8. Каждое утро она ___ чайник. (Chaque matin, elle met la bouilloire à chauffer.)
  9. Не ___ чашку на край стола! (Ne pose pas la tasse au bord de la table !)
  10. Она ___ цветы в вазу, когда позвонил брат. (Elle mettait les fleurs dans le vase quand son frère a appelé.)
  11. В прошлом году мы ___ три яблони. (L’an dernier, nous avons planté trois pommiers.)

Посадить : asseoir quelqu’un, mettre en terre

Le quatrième verbe mérite qu’on s’y arrête, car il couvre un domaine plus large que les trois autres. Son sens premier est d’installer quelqu’un en position assise : un enfant sur une chaise, un invité à table, un voyageur dans un train. Le complément est presque toujours une personne, ce qui le distingue d’emblée de ses trois voisins.

  • Мама посадила сына на колени. Máma possadíla sýna na koliéni. — La mère a pris son fils sur ses genoux.
  • Хозяйка посадила гостей за стол. Khoziáïka possadíla gostiéï za stol. — La maîtresse de maison a fait asseoir les invités à table.
  • Я посадил её на поезд. Ia possadíl ieió na póiezd. — Je l’ai mise dans le train (dit par un homme).

Ne le confondez pas avec le verbe qui dit s’asseoir soi-même. посадить fait asseoir quelqu’un d’autre ; pour vous asseoir, vous employez сесть au perfectif et садиться à l’imperfectif. Comparez Сядь на стул Siad’ na stoul, « assieds-toi sur la chaise », et Посади ребёнка на стул, « assieds l’enfant sur la chaise ». Il en va de même pour les autres positions : on se couche avec лечь, on se lève avec встать. Ces verbes du mouvement de soi appartiennent à la page des verbes de position citée plus haut.

Le second sens surprend davantage : посадить veut dire aussi planter. On « assoit » un arbre dans la terre, des fleurs dans un massif, des pommes de terre dans un champ, et le verbe est de la même famille que сад, le jardin. C’est le verbe ordinaire de ce geste, si bien que vous l’entendrez sans cesse au printemps.

  • Дедушка посадил яблоню. Diédouchka possadíl iábloniou. — Le grand-père a planté un pommier.
  • Весной мы сажаем цветы. Viesnóï my sajáiem tsvietý. — Au printemps, nous plantons des fleurs.

Deux emplois figurés, enfin, gardent l’idée d’installer quelqu’un ou quelque chose à sa place. Его посадили в тюрьму Iegó possadíli v tiour’moú signifie « on l’a mis en prison », et Пилот посадил самолёт Pilót possadíl samoliót, « le pilote a fait atterrir l’avion ». Dans les deux cas le français change de verbe ; le russe reste fidèle au sien.

Les « mettre » qui ne sont pas des gestes

Le verbe français est si vaste que les quatre paires de cette page n’en couvrent qu’une partie. Certains emplois figurés leur restent fidèles, d’autres passent à des verbes entièrement différents, et c’est là qu’un francophone se trompe le plus volontiers, en plaquant положить partout où il dirait « mettre ».

Quand « mettre » ne décrit plus un objet que l’on pose
En françaisEn russeCe qu’il faut remarquer
mettre le réveil à sept heuresпоставить будильник на семь часовla paire de la position debout
mettre une note à un élèveпоставить оценкуencore la position debout
mettre la bouilloire à chaufferпоставить чайникla bouilloire repose sur son fond
mettre de l’argent à la banqueположить деньги в банкla paire de la position couchée
raccrocher le téléphoneположить трубку, повесить трубкуles deux se disent
mettre un manteauнадеть пальтоun autre verbe, celui des vêtements
mettre la tableнакрыть на столun autre verbe, littéralement « couvrir »
mettre la télévisionвключить телевизорun autre verbe, « allumer »

Les trois dernières lignes sont les plus utiles à retenir, parce que l’erreur y est presque automatique. « Mettre un manteau » ne se dit ni avec положить ni avec повесить : on ne pose pas le vêtement, on l’enfile, et le russe emploie alors надеть, dont la page s’habiller démêle les emplois. Inversement, l’opposition de position reparaît là où le français ne l’attend pas : on « met debout » un réveil quand on le règle, on « couche » son argent à la banque, et le combiné du téléphone se pose ou se suspend selon les habitudes de chacun.

Les composés : un préfixe, un sens nouveau

Ces verbes servent de base à toute une famille de composés, où le geste de départ reste souvent visible. Les perfectifs en -ложить forment le plus souvent leur imperfectif en -кладывать, ce qui prolonge la supplétion de la paire simple ; ceux en -ставить, -весить et -садить prennent -ставлять, -вешивать et -саживать.

Quelques composés courants
PerfectifImperfectifSens
отложить otlojít’откладывать otkládyvat’mettre de côté, remettre à plus tard
переложить pierielojít’перекладывать pieriekládyvat’poser ailleurs, à plat
переставить pieriestávit’переставлять pieriestavliát’déplacer, changer de place un meuble
выставить výstavit’выставлять vystavliát’mettre dehors, exposer
развесить razviéssit’развешивать razviéchivat’suspendre çà et là, étendre le linge
пересадить pieriessadít’пересаживать pieriessájivat’replanter, faire changer de place quelqu’un

Deux remarques. La première : l’imperfectif en -кладывать n’est pas universel, et un composé très courant fait exception, предложить, proposer, dont l’imperfectif est предлагать. La seconde : un verbe aussi fréquent que оставить, laisser, se conjugue exactement comme поставить — оставлю, оставишь — et il forme avec остаться, rester, un couple traité à la page laisser, rester. Le fonctionnement général des préfixes est exposé à la page les préfixes verbaux.

Ce qu’il faut retenir

Toute la page tient dans un ordre d’opérations. D’abord, regardez l’objet et demandez-vous comment il tiendra : couché, debout, suspendu, assis. Ce premier regard choisit la paire. Ensuite, demandez-vous si vous parlez d’un geste unique dont le résultat compte, ou d’un geste en cours, répété, interdit : ce second regard choisit l’aspect. Enfin, mettez le lieu à l’accusatif, puisque l’objet y va, et gardez le prépositionnel pour décrire, après coup, l’endroit où il se trouve.

Méfiez-vous surtout des deux réflexes que le français installe. Le premier consiste à prendre положить pour l’équivalent universel de « mettre », alors qu’il ne couvre que les objets couchés. Le second consiste à juger d’après la forme de l’objet, sa hauteur ou sa minceur, au lieu de chercher sur quoi il repose : l’assiette plate et la bouteille haute se mettent avec le même verbe.

Un réflexe plutôt qu’une règle. Personne ne s’arrête, au milieu d’une phrase, pour se demander si une assiette tient debout. Le choix entre положить et поставить doit venir tout seul, avec l’objet, et cela ne s’obtient qu’en entendant et en répétant des phrases entières. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : écoutez la première aujourd’hui, et laissez votre oreille faire le tri.

Choisir le verbe en situation

Les quatre paires sont mêlées. Imaginez l’objet une fois posé, puis choisissez.

  1. Куда ___ полотенце? — На крючок у двери. (Où est-ce que je mets la serviette ? — Au crochet, près de la porte.)
  2. ___ кастрюлю на плиту. (Mets la casserole sur la cuisinière.)
  3. Мама ___ ребёнка в кроватку. (La mère a mis le bébé dans son petit lit.)
  4. Он ___ гостей за стол. (Il a fait asseoir les invités à table.)
  5. Сколько сахара тебе ___? (Combien de sucre je te mets ?)
  6. Где лампа? — Я ___ её на стол. (Où est la lampe ? — Je l’ai mise sur la table — dit par un homme.)
  7. Мы ___ новые шторы. (Nous avons mis de nouveaux rideaux.)
  8. Не ___ телефон на край стола, он упадёт. (Ne mets pas ton téléphone au bord de la table, il va tomber.)
  9. Весной дедушка ___ картошку. (Au printemps, le grand-père plante les pommes de terre.)
  10. Я ___ её на поезд и пошёл домой. (Je l’ai mise dans le train, puis je suis rentré — dit par un homme.)
  11. Он ___ машину в гараж. (Il a mis sa voiture au garage.)
  12. Куда ты ___ мои очки? Их нет на столе. (Où as-tu mis mes lunettes ? Elles ne sont pas sur la table.)

Tout le russe : grammaire, verbes et vocabulaire

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Vocabulaire : voyager et se loger
Vocabulaire : la Russie au quotidien
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Questions fréquentes

Pourquoi le russe a-t-il plusieurs verbes pour « mettre » ?

Parce qu’il ne nomme pas le geste mais la position que l’objet prendra : couché avec положить, debout avec поставить, suspendu avec повесить, assis ou planté avec посадить. Chacun de ces verbes répond à un verbe d’état, лежать, стоять, висеть, сидеть, qui décrira l’objet une fois posé.

Comment savoir s’il faut положить ou поставить ?

Demandez-vous sur quoi l’objet reposera. S’il a une base, un fond, des pieds ou des roues, il tient debout et appelle поставить : un vase, une bouteille, une lampe, une voiture. S’il n’a rien de tel, ou si on le couche sur son plus grand côté, il appelle положить : des clés, un téléphone, un livre posé à plat. La hauteur de l’objet ne décide pas.

Pourquoi dit-on « поставить тарелку » alors qu’une assiette est plate ?

Parce que l’assiette repose sur son fond, exactement comme un verre ou une casserole. Le russe range toute la vaisselle du côté de la position debout : поставить тарелки на стол, et ensuite тарелки стоят на столе. C’est l’exemple le plus net de ce que le critère n’est pas la forme de l’objet, mais la façon dont il tient.

Quel est le perfectif de класть ?

положить, qui ne vient pas de la même racine. On parle de paire supplétive : aucun préfixe ni suffixe ne mène de класть à положить, et il faut apprendre les deux ensemble. Les trois autres paires sont régulières : ставить / поставить, вешать / повесить, сажать / посадить.

Peut-on dire « я ложу » ?

Non. La forme s’entend, mais elle appartient au parler populaire et passe pour une faute. Le présent correct est я кладу ia kladoú, l’impératif клади, ou au perfectif положи. Sans préfixe, le radical -лож- ne s’emploie correctement que dans ложиться, se coucher.

Quel cas employer après ces verbes ?

L’accusatif après в et на, parce que l’objet se déplace vers un lieu : Положи книгу на стол. Le prépositionnel revient avec le verbe d’état, quand l’objet est arrivé : Книга лежит на столе. Avec под et за, on oppose de même l’accusatif du geste à l’instrumental de l’état : под коврик, mais под ковриком.

Comment se conjuguent поставить, повесить et посадить ?

Sur la seconde conjugaison, avec un changement de consonne à la première personne du singulier seulement : поставлю, поставишь ; повешу, повесишь ; посажу, посадишь. Étant perfectifs, ces formes sont des futurs. Les imperfectifs вешать et сажать gardent au contraire le ш et le ж à toutes les personnes.

Quand employer класть plutôt que положить ?

Quand le geste est répété, en cours, ou interdit. Я всегда кладу ключи в эту коробку dit une habitude ; Я положил ключи на стол dit un geste unique dont le résultat est là. À l’impératif, on demande un geste précis avec положи, mais on interdit avec не клади.

Pourquoi dit-on « Не ставь » et non « Не поставь » ?

Parce qu’une interdiction porte sur le geste lui-même, et que le russe la formule à l’imperfectif : Не ставь чашку на край стола, Не клади телефон сюда. Le perfectif nié ne s’emploie à l’impératif que pour mettre en garde contre une maladresse involontaire, et il reste rare avec ces verbes.

Que signifie посадить ?

D’abord asseoir quelqu’un : посадить ребёнка на стул, посадить гостей за стол. Ensuite planter : посадить дерево, сажать картошку. Le verbe sert aussi à installer un voyageur dans un train, посадить на поезд, à mettre quelqu’un en prison, посадить в тюрьму, et à faire atterrir un avion, посадить самолёт.

Quelle différence entre посадить et сесть ?

посадить fait asseoir quelqu’un d’autre et prend un complément à l’accusatif ; сесть, avec son imperfectif садиться, dit que l’on s’assoit soi-même. On dit donc Сядь на стул, assieds-toi, mais Посади ребёнка на стул, assieds l’enfant. Le même partage oppose положить à лечь, se coucher.

Comment dit-on « mettre un manteau » ou « mettre la table » ?

Avec des verbes qui n’ont rien à voir avec la position. On met un vêtement avec надеть : надеть пальто. On met la table avec накрыть на стол, littéralement « couvrir pour la table ». On met la télévision avec включить. Employer положить dans ces trois cas est une faute très courante chez les francophones.

Comment demander « Où as-tu mis mes clés ? » ?

Avec куда et le verbe de la position : Куда ты положил мои ключи? Koudá ty polojíl moí klioutchí ? La question porte sur un déplacement, d’où куда et non где. Dans la conversation familière, on entend aussi Куда ты дел ключи?, avec le verbe деть, qui ne dit rien de la position.

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