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Le français dit « bien que », « malgré », « pourtant », « quand même », et ajoute un subjonctif pour faire bonne mesure. Le russe se passe du subjonctif, mais il trie ses outils selon ce qui vient après : un nom appelle несмотря на et l’accusatif, une proposition appelle хотя, et une phrase nouvelle se rattache à la précédente par однако, всё-таки ou зато, qui ne disent pas la même chose.
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Concéder, c’est reconnaître un fait qui aurait dû en empêcher un autre, puis constater qu’il ne l’a pas empêché. Il faisait froid, et pourtant nous sommes sortis. Le français dispose pour cela d’une bonne dizaine d’outils, des conjonctions suivies du subjonctif aux adverbes que l’on glisse en tête de phrase. Le russe en a autant, mais il les range autrement : moins selon le sens, à peu près le même pour tous, que selon ce qui suit le mot et selon le ton de la phrase.
Partez de la phrase française que vous avez en tête. Trois situations se présentent, et chacune a ses outils. Si l’obstacle tient en un nom — « malgré la pluie », « malgré son âge » —, le russe emploie une préposition, несмотря на niesmotriá na, suivie de l’accusatif. Si l’obstacle est une proposition entière, avec son verbe — « bien qu’il pleuve » —, il faut une conjonction de subordination, le plus souvent хотя khotiá. Si, enfin, vous avez terminé une phrase et voulez en commencer une autre qui la contredit — « Il avait promis. Pourtant, il n’est pas venu » —, vous prenez un mot de liaison : однако odnáko, тем не менее tiem nie miénieie, всё-таки vsió-taki, всё равно vsio ravnó.
À ces trois familles s’en ajoutent deux plus petites. La première concède pour mieux compenser : c’est зато zató, « en revanche », que le français ne distingue pas toujours de l’opposition ordinaire. La seconde concède une simple hypothèse : даже если dáje iésli, « même si », et пусть poust’, « admettons que ». La page les subordonnées a posé la règle de la virgule et rangé хотя parmi les conjonctions courantes ; nous partons de là pour décrire chaque outil, sa construction, sa place et son registre.
Voici les phrases françaises où l’on hésite, rangées à peu près dans l’ordre où elles viennent à l’esprit. La deuxième colonne donne l’outil russe, la troisième la raison du choix. C’est cette troisième colonne qu’il faut retenir : elle vous dit quelle question vous poser avant d’ouvrir la bouche.
| En français je dis | En russe je choisis | Pourquoi | La phrase russe |
|---|---|---|---|
| Bien qu’il soit tard, je travaille encore. | хотя et l’indicatif | un fait réel, exprimé par une proposition | Хотя уже поздно, я ещё работаю. Khotiá oujé pózdno, ia iechtchó rabótaiou. |
| Malgré la fatigue, il a fini son travail. | несмотря на et l’accusatif | l’obstacle tient en un nom | Несмотря на усталость, он закончил работу. Niesmotriá na oustálost’, on zakóntchil rabótou. |
| Bien qu’il ait plu toute la journée, le concert a eu lieu. | несмотря на то что | une proposition, avec plus d’insistance sur l’obstacle | Несмотря на то что весь день шёл дождь, концерт состоялся. Niesmotriá na to tchto vies’ dien’ chol dojd’, kontsért sostoiálsia. |
| Il ne m’a pas aidé, alors qu’il le pouvait. | хотя après la principale | un « alors que » de concession, non de simple contraste | Он мне не помог, хотя мог. On mnie nie pomóg, khotiá mog. |
| Il avait promis de venir ; pourtant, il n’est pas venu. | однако | relier deux propositions, sur un ton posé | Он обещал прийти, однако не пришёл. On obiechtchál priïtí, odnáko nie prichól. |
| Il faisait nuit ; nous avons néanmoins poursuivi notre route. | тем не менее | « néanmoins », neutre ou soutenu | Было уже темно, тем не менее мы продолжили путь. Býlo oujé tiemnó, tiem nie miénieie my prodóljili pout’. |
| Il a quand même réussi son examen. | всё-таки ou всё же | l’issue est atteinte contre ce qu’on craignait | Он всё-таки сдал экзамен. On vsió-taki sdal èkzámien. |
| Il m’a tout expliqué, je n’ai quand même rien compris. | всё равно | l’effort n’a rien changé au résultat | Он мне всё объяснил, но я всё равно ничего не понял. On mnie vsio obiasníl, no ia vsio ravnó nitchegó nie pónial. |
| Il n’est pas grand, mais en revanche il est rapide. | зато | un avantage qui compense un défaut | Он невысокий, зато быстрый. On nievysókiï, zató býstryï. |
| Même s’il pleut, je viendrai. | даже если | un obstacle seulement supposé | Даже если пойдёт дождь, я приду. Dáje iésli poïdiót dojd’, ia pridoú. |
| Admettons que tu aies raison : ce n’est pas une raison pour crier. | пусть…, но | on accorde un point pour les besoins de la discussion | Пусть ты прав, но кричать не нужно. Poust’ ty prav, no kritchát’ nie noújno. |
| Je viendrai. Encore que… non, demain je ne peux pas. | хотя en tête de phrase | on se reprend, dans la conversation | Я приду. Хотя нет, завтра не могу. Ia pridoú. Khotiá niet, závtra nie mogoú. |
| Contre toute attente, notre équipe a gagné. | вопреки et le datif | aller contre une attente, une volonté, une règle | Вопреки ожиданиям, наша команда выиграла. Vopriekí ojidániiam, nácha kománda výigrala. |
| Quoi qu’il dise, je ne le crois pas. | что бы ни | une concession généralisée, traitée à part | Что бы он ни говорил, я ему не верю. Tchto by on ni govoríl, ia iemoú nie viériou. |
Trois lignes appellent un mot dès maintenant. La quatrième rappelle que « alors que » a deux sens en français : la concession, que rend хотя, et le simple contraste — « je travaille alors qu’il se repose » —, qui relève de la conjonction а : Я работаю, а он отдыхает Ia rabótaiou, a on otdykháiet. Ce second emploi appartient à la page coordonner avec и, а, но. La septième et la huitième traduisent toutes deux « quand même », et ne se confondent pas : nous verrons pourquoi plus bas.
La dernière ligne ouvre une famille entière, celle des tours en -бы ни, qui disent « quoi que », « où que », « si fort que » ou « avoir beau ». Ce mécanisme a sa page, quoi qu’il arrive : les tours en -бы ни, et la présente page n’y revient pas.
Хотя est la conjonction de concession la plus courante, et la plus neutre : elle convient à la conversation comme à l’écrit. Elle ouvre une subordonnée qui pose un fait réel, et ce fait aurait dû empêcher celui de la principale. La subordonnée peut précéder la principale ou la suivre ; dans les deux cas, une virgule obligatoire l’en sépare, comme pour toute subordonnée russe.
La place change l’éclairage plus que le sens. En tête, la subordonnée installe d’abord l’obstacle, et la principale arrive comme une surprise. Après la principale, elle sonne souvent comme une remarque ajoutée après coup, ce que le français rend volontiers par « alors que » ou « et pourtant » : dans Он мне не помог, хотя мог, on reproche quelque chose à quelqu’un. L’ordre des mots, à l’intérieur de la subordonnée, reste celui d’une phrase indépendante.
Le français impose le subjonctif après « bien que » et « quoique ». C’est une contrainte de grammaire, non de sens : le fait concédé est parfaitement réel, et le français le met pourtant au mode du doute. Le russe ne connaît pas ce mode au sens français. Après хотя, le verbe prend simplement le temps qu’il aurait dans une phrase indépendante : le présent pour ce qui est, le passé pour ce qui a été, le futur pour ce qui sera.
| En français | Le fait est… | En russe |
|---|---|---|
| Bien qu’il fasse froid, les enfants jouent dans la cour. | présent : sans verbe exprimé | Хотя на улице холодно, дети играют во дворе. Khotiá na oúlitse khólodno, diéti igráiout vo dvorié. |
| Bien qu’il ait gelé hier, nous avons fait du ski. | passé | Хотя вчера был мороз, мы катались на лыжах. Khotiá vtcherá byl moróz, my katális’ na lýjakh. |
| Bien qu’il doive faire froid demain, nous irons à la datcha. | futur | Хотя завтра будет холодно, мы поедем на дачу. Khotiá závtra boúdiet khólodno, my poiédiem na dátchou. |
| Bien qu’il doive arriver tard, nous l’attendrons. | futur, perfectif | Хотя он приедет поздно, мы его подождём. Khotiá on priiédiet pózdno, my iegó podojdióm. |
Le piège n’est donc pas là où on l’attend. Le francophone ne cherche guère de subjonctif russe ; il oublie plutôt le futur, parce que son « bien qu’il fasse froid demain » est au présent. Le russe, lui, regarde le calendrier : un fait à venir se dit au futur, comme après если et когда. La formation de ces futurs est exposée à la page les deux futurs.
La particule бы, qui sert au russe de conditionnel et dans bien des cas de subjonctif, n’apparaît guère dans la concession qu’en deux endroits : les tours en -бы ни déjà signalés, et l’hypothèse irréelle даже если бы, que nous verrons plus bas. Accolée à хотя, elle forme un tout autre mot, хотя бы, qui, sauf dans un usage livresque où il vaut даже если бы, ne concède plus rien.
On entend très souvent хотя accompagné de la particule и, placée devant le mot sur lequel porte la concession, en général le prédicat. Elle ne veut pas dire « et » : elle souligne que l’on accorde le fait, un peu comme « certes » ou « il est vrai ». La phrase reste correcte sans elle.
Les deux dernières lignes montrent que хотя и peut se passer de verbe et s’attacher à un simple complément : « quoique pas tout de suite », « bien qu’avec retard ». Le français fait de même avec « quoique » ; le russe le fait plus volontiers encore, et ces petites concessions finales sont très fréquentes dans la conversation.
La deuxième ligne fait apparaître autre chose : un но en tête de la principale, alors que la subordonnée en хотя a déjà marqué l’opposition. En français, « bien qu’il soit difficile, mais il est intéressant » est une faute. Le russe admet cette reprise, en particulier après хотя и et хоть и, où elle est presque attendue. Elle n’est pas obligatoire pour autant, et un texte soigné s’en dispense souvent quand la subordonnée vient en tête.
Remarquez la place de хоть dans le second exemple : après le sujet, au milieu de la phrase, et non en tête. C’est la construction naturelle pour dire « il a beau être jeune » quand la qualité concédée est un adjectif. Quand c’est une action répétée que l’on concède — « il a beau essayer » —, le russe recourt plutôt aux tours en как ни, qui relèvent de la page des tours en -бы ни.
Хоть khot’ est la forme familière de la conjonction. Il s’emploie surtout suivi d’и, comme dans он хоть и молод, et il appartient à la langue parlée : à l’écrit neutre, on attend хотя. Mais le même mot, seul ou suivi de бы, a un second emploi, qui n’a plus rien d’une concession : « au moins », « ne serait-ce que ». On n’y accorde pas un fait, on réclame un minimum.
Le signe est facile à repérer : dans cet emploi, aucune subordonnée ne s’ouvre, et le mot porte sur un seul élément de la phrase, qu’il précède — un nom, une quantité, parfois un verbe. Si vous pouvez traduire par « au moins », vous n’êtes plus dans la concession.
Un dernier emploi, très vivant à l’oral. Placé en tête d’une phrase, après un point, хотя sert à corriger ce que l’on vient de dire, à la manière de « remarque », « cela dit » ou « encore que » en français parlé. Il est souvent suivi de нет, quand on revient sur une proposition qu’on vient de faire.
Ce хотя de conversation a un équivalent plus posé, впрочем, que l’on retrouvera plus bas, à côté de правда.
Choisissez le mot ou la forme qu’appelle chaque phrase. La traduction française indique le sens voulu. Touchez une réponse, puis Correction.
Quand l’obstacle tient en un nom, le russe emploie несмотря на. C’est une préposition en deux éléments, dont le premier est un ancien gérondif : не смотря на, mot à mot « sans regarder vers ». Le sens s’est figé en « malgré », l’orthographe a soudé la négation au verbe, et le second élément a gardé le régime qu’il avait après смотреть на : l’accusatif. La page les gérondifs montre comment distinguer несмотря, écrit en un mot, du gérondif не смотря, « sans regarder », écrit en deux.
Le piège tient au petit на. Le francophone l’a appris avec le prépositionnel, на столе, et il est tenté de le reproduire ici. Mais ce на-là est celui de la direction, et la forme qui suit est celle de l’accusatif, sans exception. Pour la plupart des noms inanimés, cela veut dire que rien ne bouge : seuls les féminins en -а ou -я changent visiblement, et l’adjectif qui les accompagne suit.
| Nominatif | Après несмотря на | Ce qui change | Sens |
|---|---|---|---|
| мороз | несмотря на мороз niesmotriá na moróz | masculin inanimé : rien | malgré le gel |
| погода | несмотря на погоду niesmotriá na pogódou | féminin en -а : -у | malgré le temps qu’il fait |
| плохая дорога | несмотря на плохую дорогу niesmotriá na plokhóuiou dorógou | l’adjectif suit : -ую | malgré la mauvaise route |
| усталость | несмотря на усталость niesmotriá na oustálost’ | féminin en signe mou : rien | malgré la fatigue |
| расстояние | несмотря на расстояние niesmotriá na rasstoiánie | neutre : rien | malgré la distance |
| проблемы | несмотря на проблемы niesmotriá na probliémy | pluriel inanimé : rien | malgré les problèmes |
| это | несмотря на это niesmotriá na èto | pronom neutre : rien | malgré cela |
Un nom de personne ou d’animal prendrait la forme que l’accusatif donne aux êtres animés, empruntée au génitif pour les masculins et au pluriel (un nom en -а ou -я, féminin ou masculin comme папа, prend simplement -у ou -ю) ; le cas arrive rarement après cette préposition, mais la règle est celle de la page le cas accusatif. La liste générale des prépositions et de leurs cas, où несмотря на figure parmi celles de l’accusatif, est à la page quelle préposition, quel cas.
Côté ponctuation, le groupe en несмотря на se détache en règle générale par des virgules : une seule s’il ouvre ou ferme la phrase, deux s’il s’insère au milieu. Le français fait souvent de même, et l’habitude se prend vite.
Une préposition russe exige un cas, et une proposition entière ne se décline pas. Pour dire « malgré le fait que », le russe glisse donc le démonstratif то entre la préposition et la subordonnée : то reçoit l’accusatif, et что ouvre la proposition. C’est le mécanisme de дело в том, что, appliqué à la concession.
Les deux dernières lignes montrent la latitude que laisse le russe : la virgule se met soit devant tout le groupe, soit à l’intérieur, devant что, mais pas aux deux endroits à la fois. En tête de phrase, c’est la virgule de fin de subordonnée qui compte ; celle qui couperait le groupe reste possible.
Faut-il préférer несмотря на то что ou хотя ? Les deux disent « bien que », et l’on peut presque toujours passer de l’un à l’autre. Le premier est plus long, plus lourd, et il appuie sur l’obstacle : il convient à l’exposé, au récit écrit, au discours qui argumente. Хотя reste le mot ordinaire de la conversation, et il est seul à connaître la particule и, la forme familière хоть et les petites concessions sans verbe.
Deux tours figés complètent la série. Несмотря на это, « malgré cela », ouvre une phrase qui contredit la précédente, à la manière d’un mot de liaison. Несмотря ни на что, « envers et contre tout », généralise l’obstacle : le ни y est celui des pronoms négatifs, et non celui des tours en -бы ни.
Вопреки vopriekí se traduit lui aussi souvent par « malgré », mais il ne dit pas tout à fait la même chose. Il oppose l’action à une volonté, à une règle, à une attente, à un conseil : вопреки ожиданиям, « contre toute attente », вопреки здравому смыслу vopriekí zdrávomou smýslou, « au mépris du bon sens ». Un obstacle matériel, comme la pluie ou le froid, se range plutôt sous несмотря на. Вопреки se construit avec le datif, et la faute qui consiste à lui donner un génitif est décrite à la page le cas datif.
Невзирая на nievziráia na, suivi lui aussi de l’accusatif, est un synonyme livresque de несмотря на. On le rencontre dans les textes officiels et dans la formule невзирая на лица nievziráia na lítsa, « sans considération de personne ». Dans la conversation, il sonnerait guindé.
Enfin, при всём suivi du prépositionnel forme quelques concessions toutes faites : При всём желании я не смогу прийти Pri vsióm jelánii ia nie smogoú priïtí, « même avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrai pas venir ». Méfiez-vous, en revanche, du voisinage avec la cause : из-за дождя dit pourquoi l’on est resté, non ce que l’on a surmonté. Cette autre relation est traitée à la page exprimer la cause.
Choisissez la forme ou le mot qui convient. Rappelez-vous que несмотря на veut un nom à l’accusatif, et qu’une proposition demande un relais.
Les mots de cette section ne subordonnent rien. Ils rattachent une seconde proposition, ou une seconde phrase, à la première, et c’est la première qui joue le rôle de l’obstacle. Leur outil de base est la conjonction но, « mais », dont l’emploi face à а relève de la page sur la coordination. Ce qu’ils ajoutent à но, c’est un ton : plus posé, plus insistant, ou plus résigné.
Однако odnáko peut remplacer но presque partout, sur un ton plus posé ; il est à sa place à l’écrit, dans un récit, un exposé, un article, et il reste parfaitement naturel à l’oral quand on argumente. Il a surtout une liberté que но n’a pas : il peut quitter la tête de la proposition et se glisser au milieu, comme le français « cependant ». Sa ponctuation dépend de cette place.
En tête de proposition, однако fonctionne comme une conjonction : une virgule le précède s’il relie deux propositions, mais aucune ne le suit. Le francophone, habitué à « Cependant, … », en met une par réflexe ; la norme russe ne l’admet pas ici. Au milieu de la proposition, en revanche, однако devient un mot incident, et il s’encadre de deux virgules, comme dans le troisième exemple. Но, lui, ne peut jamais occuper cette place.
Тем не менее tiem nie miénieie se décompose sans peine : тем est l’instrumental du démonstratif то, présenté à la page les démonstratifs, et l’ensemble veut dire « pas moins pour autant ». Il appartient au registre neutre ou soutenu, et s’entend dans la conversation quand on pèse ses mots. Il se place en tête de la proposition ou devant le verbe, souvent précédé de но.
Retenez deux choses. D’abord, тем не менее n’est pas un mot incident : on ne l’isole pas entre virgules, contrairement à « néanmoins » qu’on détache volontiers en français. Ensuite, il ne faut pas le confondre avec тем более tiem bóliee, « d’autant plus », qui ajoute une raison au lieu de concéder : Он не обиделся, тем более что сам был виноват On nie obídielsia, tiem bóliee tchto sam byl vinovát, « il ne s’est pas vexé, d’autant plus qu’il était lui-même en tort ».
Ces deux particules disent que le fait s’est produit, ou reste vrai, malgré ce qui précède : « tout de même », « malgré tout », et souvent « finalement ». Elles se placent devant le mot sur lequel elles portent, en général le verbe, et ne prennent pas de virgules. L’orthographe les distingue : всё-таки s’écrit avec un trait d’union, всё же en deux mots séparés. Dans la plupart des phrases, l’une remplace l’autre sans changer le sens.
Le troisième exemple montre un emploi fréquent dans la question : всё-таки y insiste pour obtenir enfin une réponse, après une discussion qui tourne en rond. Le quatrième montre la tournure а всё-таки, par laquelle on revient sur un point qu’on avait semblé abandonner. La page же, ведь et вот range всё-таки parmi les particules de la langue parlée ; on voit ici qu’il sert aussi de charnière entre deux phrases.
Le français dit « quand même » dans deux situations que le russe sépare. Avec всё-таки, l’issue arrive au bout d’une hésitation ou contre une crainte : on a douté, et finalement c’est arrivé. Avec всё равно vsio ravnó, mot à mot « tout pareil », l’effort ou l’obstacle n’a rien changé au résultat : on a fait quelque chose, et c’est resté comme avant. Il appartient à la conversation courante, se place devant le verbe, ne prend pas de virgules, et s’emploie aussi bien pour un fait passé que pour une intention.
La dernière ligne n’est pas une concession : avec un datif de la personne, всё равно dit l’indifférence. Le contexte suffit à trancher, puisque la tournure de concession accompagne un verbe et suit un premier fait.
| Mot | Ce qu’il dit | Registre | Place et virgule |
|---|---|---|---|
| но no | « mais », l’opposition de base | tous registres | en tête de la seconde proposition, virgule devant |
| однако odnáko | « cependant, pourtant » | neutre, ton posé, à sa place à l’écrit | en tête : pas de virgule après ; au milieu : entre deux virgules |
| тем не менее tiem nie miénieie | « néanmoins » | neutre ou soutenu | en tête ou devant le verbe, sans virgules autour |
| всё же vsio je | « tout de même, malgré tout » | courant | devant le mot visé, sans virgules |
| всё-таки vsió-taki | « quand même, finalement » | courant, très vivant à l’oral | devant le mot visé, sans virgules, avec trait d’union |
| всё равно vsio ravnó | « de toute façon » : le résultat ne change pas | conversation | devant le verbe, sans virgules |
| зато zató | « en revanche » : un avantage compense | courant | en tête de la seconde partie, virgule devant |
Зато zató fait une chose précise : il reconnaît un défaut, puis lui oppose un avantage qui le rachète. Le français dit « en revanche », « en contrepartie », « mais au moins », ou simplement « mais ». Le mot vient de за то, « pour cela, en échange de cela », et il garde ce sens de compensation. Il ouvre la seconde partie de la phrase, une virgule le précède, et on le renforce volontiers par но ou а : но зато, а зато.
Le dernier exemple montre un emploi très courant : зато en tête de réplique, pour répondre à une critique en faisant valoir un mérite. C’est le mot de l’hôte qui défend sa maison, du vendeur qui défend son produit, de l’ami qui voit le bon côté des choses.
Le français « par contre » ou « en revanche » couvre deux relations que le russe sépare. Quand il y a un défaut et un avantage qui le compense, c’est зато. Quand on met simplement deux faits en regard, sans que l’un rachète l’autre, c’est la conjonction а : Я встаю рано, а мой брат — поздно Ia vstaioú ráno, a moï brat — pózdno, « je me lève tôt ; mon frère, par contre, se lève tard ». Employer зато ici laisserait entendre qu’il est préférable de se lever tard, ce que la phrase ne voulait pas dire.
Comparez aussi зато et хотя sur les mêmes faits. Хотя работа скучная, платят хорошо Khotiá rabóta skoútchnaia, plátiat khorochó concède l’ennui dans une subordonnée, et le salaire reste l’information principale. Работа скучная, зато платят хорошо Rabóta skoútchnaia, zató plátiat khorochó pose les deux faits côte à côte, et donne explicitement au second le rôle de contrepoids. Le sens est voisin ; le mouvement de la phrase ne l’est pas.
Зато en un mot, за то en deux. Écrit en un seul mot, зато est la conjonction de compensation. Écrit en deux, за то est la préposition за suivie du démonstratif, et il annonce d’ordinaire une subordonnée : Его похвалили за то, что он помог Iegó pokhvalíli za to, tchto on pomóg, « on l’a félicité d’avoir aidé ». À l’oral, rien ne les distingue que la construction.
Reste la concession qui ne porte pas sur un fait établi. Le français la confie à « même si », à « admettons que », à « soit », ou à un « il est vrai que » suivi d’un « mais ». Le russe a pour chacune de ces nuances un outil distinct, et le choix tient à une question : le fait concédé est-il réel, seulement possible, ou accordé pour les besoins de la discussion ?
Даже если, « même si », envisage un obstacle qui ne s’est pas encore produit, ou dont on n’est pas sûr, et affirme qu’il n’empêchera rien. Comme après если, le verbe se met au futur quand le fait est à venir, là où le français garde le présent. Pour un fait passé dont on doute, le passé convient.
Le troisième exemple passe à l’irréel : la particule бы apparaît dans les deux propositions, avec la forme en -л, comme dans toute condition contraire aux faits. Ce mécanisme est exposé à la page le conditionnel. Notez la différence avec хотя : хотя concède un fait, « bien que » ; даже если concède une hypothèse, « même si ». Le français emploie parfois « même si » pour un fait avéré, « même s’il est riche, il n’est pas heureux » ; le russe dira alors plus volontiers хотя, puisque la richesse est établie.
Пусть poust’ ouvre une concession que l’on accorde sans s’y attarder, pour mieux faire valoir ce qui suit : « admettons », « soit », « peut-être, mais ». La suite s’ouvre le plus souvent par но ou par зато, et la particule и peut renforcer la concession, comme après хотя. Пускай pouskáï dit la même chose sur un ton plus familier. Ne confondez pas cet emploi avec la particule de l’impératif à la troisième personne, « qu’il vienne » : ici, on ne souhaite rien, on accorde un point.
Deux mots incidents servent à concéder au fil de la phrase. Правда právda, entre virgules, veut dire « il est vrai », « c’est vrai » : on reconnaît un défaut, et un но suit d’ordinaire. Il ne faut pas le confondre avec le nom правда, « la vérité », qui n’est pas entre virgules : Это правда, « c’est la vérité ».
Впрочем vprótchem nuance après coup ce que l’on vient d’affirmer : « remarquez », « du reste », « cela dit ». C’est l’équivalent plus posé du хотя de conversation vu plus haut, et il convient aussi bien à l’écrit. Placé au milieu de la phrase, il s’encadre de virgules.
Choisissez le mot qui donne à la phrase le sens indiqué entre parenthèses. Lisez bien la traduction : elle dit s’il s’agit de compenser, de concéder ou d’ajouter.
Tout ce qui précède se ramène à une suite de questions, que l’on peut se poser dans l’ordre avant de parler. Elles ne demandent aucune traduction mot à mot, seulement un regard sur la forme de ce que l’on veut dire.
Qu’est-ce qui suit ? Un nom seul, ou un nom accompagné d’adjectifs : c’est несмотря на et l’accusatif. Une proposition avec son verbe : хотя, ou несмотря на то что si vous voulez appuyer. Une phrase nouvelle, après un point ou une virgule de coordination : un mot de liaison.
Le fait est-il réel ? S’il l’est, хотя. S’il n’est que possible, даже если, avec le futur pour l’avenir. S’il est contraire aux faits, даже если бы. Si vous l’accordez sans le discuter, пусть suivi de но.
Quel ton voulez-vous donner à la liaison ? Но pour l’opposition ordinaire, однако pour un ton posé, тем не менее pour un « néanmoins » appuyé, всё-таки ou всё же pour une issue obtenue malgré tout, всё равно pour un résultat que rien n’a changé.
Compensez-vous ? Si le second fait rachète le premier, c’est зато. S’il se contente de lui faire face, c’est а. Et si vous voulez dire « quoi que », « où que » ou « si… que », vous quittez cette page pour celle des tours en -бы ни.
Une page se lit en vingt minutes ; un réflexe se construit en semaines. Comprendre que несмотря на veut l’accusatif ne coûte rien. Dire несмотря на плохую погоду sans chercher la désinence, ou placer зато au bon moment dans une conversation, demande d’avoir entendu et répété ces tournures des dizaines de fois. C’est ce que travaille notre cours de russe entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, sur la plateforme web comme dans nos applications. Écoutez la première leçon aujourd’hui.
Toutes les familles sont mêlées. Demandez-vous ce qui suit le blanc, si le fait est réel ou supposé, et si la phrase compense ou concède.
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Le plus souvent par хотя khotiá, suivi d’un verbe à l’indicatif : Хотя уже поздно, я ещё работаю, « bien qu’il soit tard, je travaille encore ». Несмотря на то что dit la même chose avec plus d’insistance sur l’obstacle, et s’entend surtout dans un registre soutenu. Dans les deux cas, une virgule sépare la subordonnée de la principale, où qu’elle se place.
Parce que le russe ne connaît pas ce mode au sens français, et que le fait concédé est réel. Le verbe prend le temps qu’il aurait dans une phrase indépendante : présent, passé, ou futur si le fait est à venir. « Bien qu’il doive faire froid demain » se dit donc Хотя завтра будет холодно, au futur, là où le français met un subjonctif présent.
L’accusatif : несмотря на погоду, несмотря на плохую дорогу, несмотря на мороз. Le на de cette préposition est celui de la direction, hérité du verbe смотреть на ; il n’entraîne pas le prépositionnel qu’on attend après на de lieu. Pour la plupart des inanimés, seuls les féminins en -а ou -я changent de forme.
Cela dépend du sens. Au sens de « malgré », la préposition s’écrit en un seul mot : несмотря на усталость. Au sens propre, « sans regarder », c’est un gérondif précédé de la négation, et il s’écrit en deux mots : Он ушёл, не смотря на меня, « il est parti sans me regarder ».
Oui. Là où le français tient « bien que…, mais… » pour une faute, le russe admet un но en tête de la principale après une subordonnée en хотя : Хотя было поздно, но никто не хотел уходить. Cette reprise est très fréquente après хоть и, Он хоть и молод, но очень опытен. Elle n’est pas obligatoire, et un texte soigné s’en passe souvent.
Comme conjonction de concession, хоть est la forme familière de хотя, employée surtout avec la particule и : Он хоть и молод…. Mais хоть et хотя бы ont aussi le sens de « au moins », qui n’a rien d’une concession : Отдохни хоть немного, « repose-toi au moins un peu ».
« En revanche », « en contrepartie » : зато reconnaît un défaut et lui oppose un avantage qui le compense. Дорога длинная, зато красивая, « la route est longue, mais elle est belle ». Une virgule le précède, et on le renforce souvent par но. Pour une simple mise en regard sans compensation, le russe emploie а.
Le sens est très proche, le ton diffère. Однако est plus posé et convient bien à l’écrit, tandis que но sert dans tous les registres. Surtout, однако peut se placer au milieu de la proposition, entre deux virgules, comme le français « cependant » : Он, однако, не растерялся. Но reste en tête de la proposition qu’il introduit.
En tête de proposition, однако est une conjonction : une virgule le précède s’il relie deux propositions, aucune ne le suit. Однако дело не в этом s’écrit sans virgule après le premier mot. Au milieu ou à la fin de la proposition, il devient un mot incident et s’encadre de virgules.
Non : ce n’est pas un mot incident, et on ne l’isole pas, contrairement au français « néanmoins » qu’on détache volontiers. Он был болен, тем не менее пришёл на собрание. Ne le confondez pas avec тем более, « d’autant plus », qui ajoute une raison au lieu de concéder.
Les deux traduisent « quand même », mais pas dans la même situation. Всё-таки marque une issue obtenue au bout d’une hésitation ou contre une crainte : Мы долго спорили и всё-таки договорились. Всё равно dit qu’un effort ou un obstacle n’a rien changé au résultat : Я выпил кофе, но всё равно хочу спать. Avec un datif, мне всё равно veut dire « ça m’est égal ».
Avec даже если, et le futur quand le fait est à venir : Даже если поезд опоздает, мы успеем, « même si le train a du retard, nous aurons le temps ». Pour une hypothèse contraire aux faits, on ajoute бы dans les deux propositions : Даже если бы у меня были деньги, я бы не купил эту машину. Pour un fait avéré, хотя convient mieux.
Selon la construction. Devant une phrase entière, comme formule figée, on dit несмотря ни на что, « envers et contre tout ». Dans le corps de la phrase, devant le verbe, la particule всё-таки ou всё же fait l’affaire : Он всё-таки сдал экзамен, « il a réussi son examen malgré tout ».
Par les tours qui associent un mot interrogatif et ни, avec ou sans la particule бы, comme что бы ни ou как ни. Ils forment un système à part, traité à la page des tours en -бы ни. Pour « il a beau être jeune », avec un adjectif, Он хоть и молод, но… est la tournure la plus simple.
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