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Cours de languesLe conditionnel

Le conditionnel : une seule forme pour tous les emplois

Le russe ne conjugue pas son conditionnel. Il assemble la forme du passé et une petite particule invariable. Ni personne, ni temps : la difficulté est ailleurs.

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Deux pièces, et rien d’autre

Le français conjugue : je dirais, nous dirions, et il oppose un conditionnel présent à un conditionnel passé. Le russe ne fait rien de cela. Il prend la forme du passé du verbe et pose à côté d’elle la particule бы by. Le procédé vaut pour tous les verbes de la langue, y compris les plus irréguliers : il n’existe aucune exception.

La forme employée est exactement celle décrite à la page le passé. Elle ne marque pas la personne ; elle marque le genre et le nombre du sujet. Le conditionnel hérite de cette propriété.

Le conditionnel de сказать skazát’, dire
SujetFormeFrançais
masculin singulierя сказал бы ia skazál byje dirais
féminin singulierя сказала бы ia skazála byje dirais
neutre singulierоно сказало бы onó skazálo bycela dirait
plurielмы сказали бы my skazáli bynous dirions
plurielвы сказали бы vy skazáli byvous diriez
plurielони сказали бы oní skazáli byils diraient

Quatre formes couvrent donc six personnes. Le pronom sujet devient indispensable : sans lui, сказал бы ne dit pas qui parle. C’est la contrainte du passé, exposée à la page les pronoms personnels.

Trois faits à retenir d’emblée. La particule est invariable : elle ne s’accorde jamais. Elle s’écrit séparée du verbe, sauf lorsqu’elle se soude à что. Enfin elle ne se combine ni avec un présent ni avec un futur : on ne dit pas я скажу бы, on ne dit pas я буду бы. Le débutant francophone produit cette faute presque mécaniquement, parce que le futur français de je dirai et le conditionnel de je dirais se ressemblent. En russe, les deux n’ont pas une lettre en commun — voyez les deux futurs.

Huit verbes courants, au masculin singulier
InfinitifConditionnelFrançais
быть byt’был бы byl byserait
мочь motch’мог бы mog bypourrait
хотеть khotiét’хотел бы khotiél byvoudrait
жить jit’жил бы jil byvivrait
идти idtíшёл бы chol byirait
прийти priïtíпришёл бы prichiól byviendrait
взять vziat’взял бы vzial byprendrait
помочь pomótch’помог бы pomóg byaiderait

Les formes du passé qui déplacent leur accent au féminin le déplacent aussi ici : был бы mais была бы bylá by. Ce déplacement est traité à la page l’accent mobile du verbe.

Où se place la particule

бы ne porte pas d’accent propre : elle s’appuie sur le mot qui la précède. De là sa mobilité. Elle se place le plus souvent après le verbe, mais aussi après le pronom sujet, ou après le premier mot accentué. Le sens ne change pas ; ce qui change est le mot mis en avant.

Une position est en revanche fixe : après если iésli, la particule suit immédiatement la conjonction, avec laquelle elle fait bloc. Après un mot interrogatif, la place immédiate est la norme sans être obligatoire : Что ты сделал бы? Tchto ty sdiélal by ? reste correct, mais se dit beaucoup moins.

Après une voyelle, la particule se réduit parfois à б b. La forme brève se rencontre surtout à l’oral et dans la langue poétique ; бы reste possible partout. Sachez la reconnaître.

Soudée à что, elle donne чтобы tchtóby, la conjonction de la volonté et du but. Quand le sujet change, le verbe qui la suit prend la forme du passé, sans aucune valeur de passé : c’est la particule cachée dans la conjonction qui l’exige. Quand le sujet reste le même, c’est l’infinitif qui suit — Я пришёл, чтобы помочь. Ia prichiól, tchtóby pomótch’. Le détail de cette construction relève de la page des subordonnées, qui n’est pas encore en ligne.

Il faut distinguer cette conjonction de la suite что бы tchto by en deux mots, où что garde son sens plein de « quoi ». L’oreille ne les sépare pas ; seul le sens tranche.

La phrase hypothétique

C’est l’emploi principal, et le point où le russe s’écarte le plus du français. Quand l’hypothèse est contraire aux faits, la particule apparaît dans les deux propositions : une fois après если, une fois dans la principale. Le français, lui, place l’imparfait d’un côté et le conditionnel de l’autre.

  • Если бы я знал, я бы сказал. Iésli by ia znal, ia by skazál. — Si je savais, je le dirais.
  • Если бы у меня были деньги, я бы купил машину. Iésli by ou mieniá býli dién’gui, ia by koupíl machínou. — Si j’avais de l’argent, j’achèterais une voiture.
  • Если бы было время, мы бы пошли в кино. Iésli by býlo vriémia, my by pochlí v kinó. — S’il y avait le temps, nous irions au cinéma.
  • Он приехал бы, если бы ты позвонил. On priiékhal by, iésli by ty pozvoníl. — Il viendrait si tu appelais.
  • Если бы она согласилась, всё было бы проще. Iésli by oná soglassílas’, vsio býlo by próchtche. — Si elle acceptait, tout serait plus simple.

L’ordre des deux propositions est libre, la virgule obligatoire dans les deux sens. Notez que le verbe быть se met lui aussi à la forme du passé : было бы, были бы. Là où le français dit serait, le russe dit « était » plus la particule.

Si ce n’était…

Une tournure très fréquente écarte une circonstance réelle : если бы не suivi du nom. Ce nom reste au nominatif, car il est sujet de la condition niée.

  • Если бы не дождь, мы бы пошли гулять. Iésli by nie dojd’, my by pochlí gouliát’. — S’il n’y avait pas la pluie, nous irions nous promener.
  • Если бы не ты, я бы не справился. Iésli by nie ty, ia by nie správilsia. — Sans toi, je ne m’en serais pas sorti.

La condition qu’on tient pour possible

Il faut la distinguer avec soin. Quand la condition peut se réaliser, le russe n’emploie aucune particule : если seul, suivi de l’indicatif, futur le plus souvent. Là où le français hésite entre « si j’ai le temps » et « si j’avais le temps », le russe impose un choix net, et ce choix est visible dès le deuxième mot de la phrase.

  • Если будет время, я приду. Iésli boúdiet vriémia, ia pridoú. — S’il y a le temps, je viendrai.
  • Если ты позвонишь, я отвечу. Iésli ty pozvoních’, ia otviétchou. — Si tu appelles, je répondrai.
  • Если бы ты позвонил, я бы ответил. Iésli by ty pozvoníl, ia by otviétil. — Si tu appelais, je répondrais.

Une seule forme pour trois temps français

Voici la vraie difficulté de ce chapitre, et elle n’est pas dans la fabrication. Если бы я знал, я бы сказал se traduit, selon le contexte, par « si je savais, je le dirais » ou par « si j’avais su, je l’aurais dit ». Le russe ne distingue pas l’irréel du présent de l’irréel du passé. La forme est la même, et elle sert aussi pour l’avenir.

Une forme russe, trois tournures françaises
RusseLecture possibleCe qui tranche
Если бы я знал, я бы сказал.Si je savais, je le dirais.rien : lecture par défaut
Если бы я знал вчера, я бы сказал.Si j’avais su hier, je l’aurais dit.вчера vtcherá, hier
Если бы он приехал завтра, мы бы встретились.S’il venait demain, nous nous verrions.завтра závtra, demain

Le russe s’en remet au contexte, et au besoin à un adverbe. Simplification pour celui qui parle, gêne pour celui qui lit : quand la précision compte, l’adverbe devient nécessaire. Les deux aspects sont par ailleurs possibles au conditionnel, et le choix obéit aux règles générales, exposées aux pages perfectif et imperfectif et choisir l’aspect.

Les emplois hors de la condition

Réduire cette forme à l’hypothèse serait une erreur : dans la conversation, elle sert surtout à adoucir. La particule est l’un des principaux outils de politesse du russe.

La demande polie

La dernière phrase est impersonnelle : pas de sujet au nominatif, un verbe au neutre, et la personne portée par le datif мне, décrit à la page le datif.

Le souhait

La particule seule suffit à exprimer l’envie. Elle s’appuie sur un infinitif, sur un nom ou sur une forme du passé, et la phrase se passe le plus souvent de sujet exprimé.

Le dernier exemple emploie l’ancien partitif чаю, signalé à la page le cas génitif.

Le conseil, et le reproche léger

Un pronom sujet, la particule, la forme du passé : le russe obtient un conseil bien plus doux que l’impératif. Selon le ton, la même phrase conseille ou reproche.

Le souhait inquiet, et la concession

Trois petits mots courants se combinent avec elle pour former des souhaits : только бы tól’ko by, лишь бы lich’ by, хоть бы khot’ by. Et un mot interrogatif suivi de la particule puis de ни ni donne la concession, que le français rend par « quoi que », « qui que ».

L’impératif qui pose une condition

Une tournure surprend le lecteur francophone : la proposition conditionnelle peut se passer de если et commencer par une forme d’impératif. Cet impératif ne commande rien ; il ouvre l’hypothèse. Il reste au singulier quel que soit le sujet, et la principale, elle, garde sa particule et sa forme du passé.

  • Будь я на твоём месте, я бы туда не пошёл. Boud’ ia na tvoióm miéstie, ia by toudá nie pochiól. — Si j’étais à ta place, je n’irais pas là-bas.
  • Знай я об этом раньше, всё было бы иначе. Znaï ia ob ètom rán’che, vsio býlo by inátche. — Si je l’avais su plus tôt, tout serait différent.
  • Приди он вовремя, он бы успел на поезд. Pridí on vóvriemia, on by ouspiél na póiezd. — S’il était venu à l’heure, il aurait eu son train.

Le tour est figé. Quelques formules toutes faites, будь я на твоём месте en tête, s’entendent couramment ; les autres appartiennent plutôt à l’écrit. Sachez reconnaître la tournure à la lecture : если бы convient partout.

Ce que cette page ne traite pas

La formation du passé. Le suffixe en , les verbes qui s’en passent, l’accord au féminin et au pluriel : tout cela est à la page le passé, et le conditionnel réutilise ces formes telles quelles. Voyez aussi les deux conjugaisons et comment le verbe fonctionne.

Le devoir. должен dóljen n’est pas un verbe mais un adjectif court, et il se combine avec la particule : он должен был бы on dóljen byl by, « il aurait dû ». Ces formes sont exposées à la page la forme courte.

La subordination. Les conjonctions, la virgule obligatoire et le détail de чтобы relèvent de la page des subordonnées, à venir.

Une forme simple, un réflexe long à installer. Comprendre que le russe assemble un passé et une particule prend deux minutes. Placer cette particule au bon endroit sans y penser, et l’entendre passer dans une phrase rapide, demande beaucoup d’écoute. C’est le travail que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. L’ensemble du dossier est rassemblé à la page la grammaire complète.

Exercez-vous

Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Я ___ сказал правду. (Je dirais la vérité.)
  2. Она ___ бы тебе. (Elle t’aiderait.)
  3. Мы ___ бы вам. (Nous vous écririons.)
  4. Если бы у меня было время, я ___ тебе. (Si j’avais le temps, je t’appellerais.)
  5. ___ я знал, я бы сказал. (Si je savais, je le dirais.)
  6. ___ будет время, я приду. (S’il y a le temps, je viendrai.)
  7. Я хочу, ___ ты пришёл. (Je veux que tu viennes.)
  8. Вы не ___ мне помочь? (Pourriez-vous m’aider ?)
  9. Я ___ заказать кофе. (Je voudrais commander un café.)
  10. ___ бы! (Ah, se reposer un peu.)
  11. Ты бы ___ к врачу. (Tu ferais bien d’aller chez le médecin.)
  12. Если бы не ___, мы бы пошли гулять. (S’il n’y avait pas la pluie, nous irions nous promener.)
  13. Я не знаю, ___ ему подарить. (Je ne sais pas quoi lui offrir.)
  14. ___ ни случилось, я тебе помогу. (Quoi qu’il arrive, je t’aiderai.)
  15. Что бы ты ___ на моём месте? (Que ferais-tu à ma place ?)
  16. Если бы я знал вчера, я ___ пришёл. (Si j’avais su hier, je serais venu.)
  17. Мне ___ отдохнуть. (J’aimerais bien me reposer.)
  18. Будь я на твоём месте, я ___ туда не пошёл. (Si j’étais à ta place, je n’irais pas là-bas.)
  19. ___ бы дождь не пошёл! (Pourvu qu’il ne pleuve pas.)
  20. Я сказал ему, чтобы он ___. (Je lui ai dit de venir.)
  21. Это ___ бы проще. (Ce serait plus simple.)
  22. Мы ___ бы в кино, но нет времени. (Nous irions au cinéma, mais nous n’avons pas le temps.)
  23. Если бы у меня ___ деньги, я бы купил машину. (Si j’avais de l’argent, j’achèterais une voiture.)
  24. Он ___ бы, если бы ты позвонил. (Il viendrait si tu appelais.)

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Questions fréquentes

Comment forme-t-on le conditionnel en russe ?

Avec la forme du passé du verbe et la particule бы : я сказал бы ia skazál by, je dirais. Le verbe ne se conjugue pas ; il s’accorde seulement en genre et en nombre avec le sujet, ce qui donne quatre formes pour six personnes.

Où faut-il placer бы dans la phrase ?

Elle est mobile : après le verbe, après le pronom sujet, ou après le premier mot accentué. Я бы сказал et Я сказал бы sont tous deux corrects. Deux positions sont fixes : elle suit immédiatement если, et immédiatement un mot interrogatif.

Comment dire « si j’avais su » plutôt que « si je savais » ?

Le russe n’a pas de forme distincte : Если бы я знал couvre les deux. Pour lever le doute, ajoutez un adverbe de temps — вчера vtcherá, hier, ou тогда togdá, alors. L’ambiguïté est réelle et le contexte la résout la plupart du temps.

Quelle différence entre если et если бы ?

если introduit une condition qu’on tient pour possible, suivi de l’indicatif : Если будет время, я приду. если бы introduit une condition contraire aux faits, et la principale porte alors elle aussi la particule : Если бы было время, я бы пришёл.

Pourquoi le verbe est-il au passé après чтобы ?

Parce que чтобы contient la particule, soudée à что. La forme du passé y perd toute valeur temporelle : Я хочу, чтобы ты пришёл se traduit par « je veux que tu viennes », au présent. Cela vaut quand le sujet change ; si le sujet reste le même, чтобы est suivi d’un infinitif. La construction complète relève de la page des subordonnées.

Peut-on dire « я буду бы » ?

Non. La particule ne se combine ni avec un présent ni avec un futur : elle s’appuie sur la forme du passé, sur un infinitif, ou, dans les tournures de souhait, sur un simple nom. C’est la faute la plus fréquente chez les francophones, à cause de la ressemblance entre je dirai et je dirais.

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