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Le français possède déjà les deux verbes, mais il les laisse se remplacer sans cesse. Le russe, lui, ne les confond jamais : l’un dit le son qui vous arrive, l’autre l’attention que vous lui donnez. Et il en garde un troisième pour l’obéissance.
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Le français connaît la différence entre entendre et écouter, et il aime même la rappeler : « entendre n’est pas écouter », dit-on aux enfants distraits. Mais dans la conversation, il laisse les deux verbes se remplacer l’un l’autre à tout moment. Le russe, lui, tient la frontière sans jamais la franchir, et c’est à cet endroit précis que le francophone se trompe : non pas sur les formes, qui sont simples, mais sur le choix.
Le russe range la perception auditive dans deux verbes, exactement comme il range la vue, et le partage est celui que décrit la page voir ou regarder. Слышать slýchat’, entendre, dit le son qui vous parvient, que vous l’ayez cherché ou non : c’est une perception, un résultat, et aussi une faculté, celle d’une oreille qui fonctionne. Слушать sloúchat’, écouter, dit l’attention que vous dirigez vers un son : c’est une activité, que l’on commence, que l’on poursuit, que l’on peut aussi refuser.
Un critère simple permet de les séparer. Ce que l’on écoute, on peut l’écouter attentivement, longtemps, ou pas du tout si l’on préfère ; ce que l’on entend, on l’entend, et la volonté n’y a aucune part. On peut donc écouter sans entendre, et le russe le dit avec une netteté que le français n’atteint pas toujours : Я слушал, но ничего не слышал Ia sloúchal, no nitchegó nie slýchal, « j’écoutais, mais je n’entendais rien ». Les deux verbes ne font pas double emploi : ils se complètent, l’un dit l’effort, l’autre le résultat, ici le résultat qui n’est pas venu.
Les troisième et quatrième lignes méritent d’être relues ensemble. En français, au téléphone, « tu m’entends ? » et « tu m’écoutes ? » se disent presque indifféremment. En russe, ce sont deux questions distinctes : la première porte sur la ligne, la seconde sur votre interlocuteur. Poser l’une pour l’autre n’est pas une faute de grammaire, c’est une question qui tombe à côté, et l’on vous répondra à la question que vous avez posée, non à celle que vous pensiez poser.
Le français mêle les deux verbes de trois façons, et chacune produit en russe une faute typique. D’abord, il emploie « entendre » pour une écoute volontaire : on va « entendre un concert », on a « entendu ce pianiste à Moscou ». Le russe y voit une activité choisie, et il dit слушать : Я слушал этого пианиста в Москве Ia sloúchal ètogo pianísta v Moskvié. Ensuite, il emploie « écouter » au sens d’obéir — « il n’écoute pas ses parents » —, et le russe a pour cela un verbe à part, dont il sera question plus bas. Enfin, il donne à « entendre » des sens qui n’ont plus rien à voir avec l’oreille : « s’entendre avec quelqu’un », « qu’entendez-vous par là ? », « c’est entendu ». Aucun de ces emplois ne se traduit par слышать.
| En français je dis | En russe je choisis | Pourquoi |
|---|---|---|
| Tu m’entends ? (au téléphone) | Ты меня слышишь? | on demande si le son arrive |
| Tu m’écoutes ? | Ты меня слушаешь? | on demande si l’autre est attentif |
| J’écoute la radio. | Я слушаю радио. | une activité choisie, qui dure |
| J’entends un bruit. | Я слышу шум. | une perception subie, sans intention |
| Il entend mal. | Он плохо слышит. | la faculté de l’oreille |
| Je n’ai pas bien entendu. | Я не расслышал. | on n’a pas pu distinguer les mots |
| J’ai entendu parler de lui. | Я слышал о нём. | une information parvenue à l’oreille |
| J’ai entendu dire qu’il partait. | Я слышал, что он уезжает. | une information rapportée : что |
| Je l’ai entendue chanter. | Я слышал, как она пела. | une scène perçue : как, jamais l’infinitif |
| On n’entend rien. | Ничего не слышно. | personne n’est nommé : tournure sans sujet |
| Écoute cette chanson ! | Послушай эту песню! | une écoute brève, que l’on propose |
| Il n’écoute pas ses parents. | Он не слушается родителей. | écouter au sens d’obéir |
| Nous nous entendons bien. | Мы хорошо ладим. | aucun rapport avec l’oreille |
| Qu’entendez-vous par là ? | Что вы имеете в виду? | entendre au sens de vouloir dire |
Lisez la colonne du milieu de haut en bas : chaque fois, le russe a posé une question avant de choisir. Quelqu’un dirige-t-il son attention ? Le son parvient-il à l’oreille, avec ou sans effort ? S’agit-il d’obéir ? Le verbe français a-t-il encore quelque chose d’auditif ? Les sections qui suivent reprennent ces questions une à une, avec les formes et les constructions qu’elles entraînent. Les deux dernières lignes rappellent seulement que le dictionnaire bilingue ne suffit pas : ладить ládit’, s’entendre, et иметь в виду, vouloir dire, sont des expressions à apprendre pour elles-mêmes, que vous ne trouverez jamais en cherchant du côté de l’oreille.
Commençons par le plus simple des deux. слушать suit la première conjugaison, sans aucune alternance : on retire le -ть, on garde le radical слуша-, et l’on y ajoute les désinences -ю, -ешь, -ет, comme pour читать ou знать. L’accent reste sur la première syllabe dans toutes les formes, ce qui rend ce verbe facile à reconnaître à l’oreille : un « ou » appuyé, puis une suite de syllabes faibles.
| Personne | Forme | Transcription | Exemple |
|---|---|---|---|
| я | слушаю | sloúchaiou | Я слушаю радио. — J’écoute la radio. |
| ты | слушаешь | sloúchaiech’ | Ты меня слушаешь? — Tu m’écoutes ? |
| он, она | слушает | sloúchaiet | Она слушает музыку. — Elle écoute de la musique. |
| мы | слушаем | sloúchaiem | Мы слушаем учителя. — Nous écoutons le professeur. |
| вы | слушаете | sloúchaietie | Вы слушаете новости? — Vous écoutez les informations ? |
| они | слушают | sloúchaiout | Они слушают лекцию. — Ils écoutent la conférence. |
Le passé est tout aussi régulier : слушал, слушала, слушали sloúchal, sloúchala, sloúchali, avec l’accord en genre que connaît tout passé russe. L’impératif se tire du présent : слушай sloúchaï quand on tutoie, слушайте sloúchaïtie quand on vouvoie ou que l’on s’adresse à plusieurs personnes.
Ce qu’on écoute se met à l’accusatif, sans préposition, exactement comme le complément d’« écouter » : слушать музыку, слушать радио, слушать лекцию. Le cas lui-même est exposé à la page l’accusatif, cas de l’objet. Quand on écoute une personne désignée par un nom masculin, cet accusatif prend la forme du génitif, comme pour tout masculin animé : слушать учителя, слушать брата. Le francophone n’a ici aucun piège de construction : le russe dit littéralement « écouter quelque chose », sans rien glisser entre le verbe et son complément.
Observez le deuxième exemple : une soirée entière passée à écouter appelle l’imperfectif, puisqu’on décrit une activité dans sa durée. C’est la marque de ce verbe. On le trouve avec des adverbes de manière, comme внимательно, attentivement, et avec des compléments de durée, comme весь вечер ou два часа : toutes choses qui n’ont guère de sens pour une perception qui vous tombe dessus sans prévenir. Si vous pouvez ajouter « attentivement » à votre phrase française sans la rendre absurde, c’est presque toujours слушать qu’il vous faut.
Ce verbe fournit trois formules que vous entendrez dès les premiers jours, et qui s’éloignent peu à peu de l’écoute proprement dite. La première sert à décrocher le téléphone. La deuxième s’emploie au guichet, au bureau, dans un magasin, quand on invite quelqu’un à exposer sa demande : c’est notre « je vous écoute », souvent dit à la place de « que puis-je pour vous ? ». La troisième n’a plus rien d’une écoute : l’impératif, placé en tête de phrase, sert à attirer l’attention avant une question ou une idée, comme notre « dis donc » ou notre « écoute » de conversation.
La version perfective du même impératif, послушай, joue un rôle voisin, sur un ton un peu plus posé. Elle est présentée plus bas, avec l’aspect.
Le second verbe ressemble au premier à une lettre près, et il se conjugue tout autrement. слышать a beau se terminer en -ать, il appartient à la seconde conjugaison : слышу slýchou, слышишь slýchich’, слышит, слышим, слышите, слышат slýchat. Il figure parmi les onze verbes que les écoliers russes apprennent par une comptine, et son tableau complet, aux côtés de говорить et de смотреть, se trouve à la page les deux conjugaisons du présent. Inutile de le recopier ici ; ce qui compte, c’est de comprendre pourquoi il a cette conjugaison-là, car cette raison vous servira pour d’autres verbes.
La réponse est historique, et elle a le mérite d’être simple. Dans la langue ancienne, слышать se terminait comme видеть et смотреть, par une voyelle de la série du е : il appartenait à la même famille de verbes d’état et de perception, qui se conjuguent tous en -и-. Mais la consonne ш qui précédait cette voyelle était alors molle, et après les chuintantes molles, cette voyelle s’est changée en а. L’infinitif a donc changé de visage, et la conjugaison est restée celle de la famille. Autrement dit, слышать n’est pas une anomalie : c’est un verbe en -еть qui a changé de costume.
La même histoire explique ses voisins. держать, tenir, et дышать, respirer, figurent dans la même comptine pour la même raison. лежать, être couché, молчать, se taire, кричать, crier, suivent eux aussi la seconde conjugaison, mais chez eux l’accent tombe sur la désinence — лежишь, молчишь, кричишь —, on entend donc la voyelle и, et la comptine, qui sert à l’orthographe, n’a pas besoin de les nommer. Remarquez que tous ces verbes ont une chuintante juste avant leur -ать : c’est la trace laissée par le changement.
Deux formes demandent encore un regard, слышу et слышат. On attendrait -ю et -ят, comme dans смотрю et смотрят ; on écrit -у et -ат, parce qu’après ш l’orthographe russe interdit ю et я. La prononciation n’en est pas affectée, puisque ш est toujours dur, et la page la règle des sept lettres explique ce mécanisme, qui touche des dizaines d’autres verbes.
Puisque cette page s’adresse à des gens qui apprennent le russe en l’écoutant, mettons les deux verbes côte à côte, non pour la grammaire mais pour le son. Les formes ci-dessous sont celles que vous entendrez le plus, et ce sont aussi celles que l’on confond le plus.
| Forme | Écouter | Entendre | Ce qui les distingue |
|---|---|---|---|
| я | слушаю sloúchaiou | слышу slýchou | la voyelle du radical, et une syllabe de plus |
| ты | слушаешь sloúchaiech’ | слышишь slýchich’ | -аешь contre -ишь |
| он, она | слушает sloúchaiet | слышит slýchit | -ает contre -ит |
| они | слушают sloúchaiout | слышат slýchat | -ают contre -ат |
| passé, masculin | слушал sloúchal | слышал slýchal | la seule voyelle du radical |
La première différence est celle des voyelles du radical, у contre ы : un « ou » arrondi, que le français connaît bien, contre un son qu’il ne possède pas, prononcé lèvres écartées et langue en arrière. La seconde est la longueur : au présent, le verbe de l’attention compte toujours une syllabe de plus. Au passé, cette seconde différence disparaît, et seule la voyelle radicale distingue слушал de слышал. C’est la paire la plus difficile à séparer pour une oreille francophone, et c’est donc elle qu’il faut écouter et répéter en priorité, à voix haute, jusqu’à ce que la différence devienne évidente.
Deux remarques pour terminer avec ce verbe. Il n’a pas d’impératif d’usage courant : on ne commande pas à quelqu’un d’entendre, et la langue emploie à sa place la question Слышишь? Slýchich’ ?, « tu entends ? », ou l’impératif du verbe voisin, слушай. Vous entendrez bien dans la rue une forme abrégée, слышь, mais elle est très familière, voire relâchée, et mieux vaut ne pas l’imiter.
Par ailleurs, la faculté d’entendre se dit sans aucun verbe modal. Là où le français hésite entre « je ne t’entends pas » et « je n’arrive pas à t’entendre », le russe dit simplement Я тебя не слышу Ia tiebiá nie slýchou, sans passer par мочь. Et quand vous avez entendu quelque chose sans parvenir à saisir les mots, un verbe préfixé prend le relais, que l’on verra avec les perfectifs.
Choisissez la forme juste. Rappelez-vous que l’un des verbes suit la première conjugaison, l’autre la seconde.
Le verbe de la perception accepte quatre constructions, et le français, qui n’a pourtant qu’un verbe, les distingue lui aussi, mais par des tours différents : « entendre quelque chose », « entendre parler de », « entendre dire que », « entendre quelqu’un faire ». Le russe fait correspondre à chacun de ces tours une construction fixe, et il ne les mélange pas.
| En français | Construction russe | Exemple |
|---|---|---|
| entendre quelque chose | accusatif | Я слышу шум. — J’entends un bruit. |
| entendre parler de | о et le prépositionnel | Я слышал о нём. — J’ai entendu parler de lui. |
| entendre dire que | что et une proposition | Я слышал, что он уехал. — J’ai entendu dire qu’il était parti. |
| entendre quelqu’un faire | как et une proposition | Я слышал, как она пела. — Je l’ai entendue chanter. |
La deuxième ligne réclame la préposition о suivie du prépositionnel, le cas que présente la page le cas prépositionnel. La préposition devient об devant une voyelle, et обо devant quelques pronoms, d’où обо мне, « de moi ». La langue parlée emploie aussi про suivi de l’accusatif, avec le même sens et un ton plus familier.
Le dernier exemple montre un trait de plus : sous la négation, le complément de слышать passe volontiers de l’accusatif au génitif, этого слова au lieu de это слово. Le phénomène n’a rien de propre à ce verbe ; c’est le génitif de négation, qui touche la plupart des verbes transitifs et que le dossier traite à part. Notez aussi que la question « en avez-vous entendu parler ? » se pose avec l’imperfectif слышали : on demande si l’information est connue, non à quel moment elle est arrivée.
La quatrième ligne du tableau est celle où le francophone se trompe le plus, et pour une raison qui tient à sa propre langue. Le français dit « je l’entends chanter », avec un infinitif ; le russe n’a pas cette construction. Il emploie une proposition complète, introduite par как, avec un sujet et un verbe conjugué : mot à mot, « j’entends comment elle chante ». La même règle vaut pour видеть, et c’est elle qu’il faut appliquer chaque fois que le français place un infinitif après un verbe de perception.
Observez la dernière phrase : le verbe de la subordonnée, поют, s’accorde avec son propre sujet, птицы, et non avec celui du verbe principal. Le français, avec son infinitif, n’a pas à se poser la question ; le russe, lui, vous oblige à construire une seconde phrase entière.
Quant à la différence entre что et как, elle est capitale, car les deux phrases sont correctes et ne disent pas du tout la même chose. Я слышал, что она пела veut dire qu’on vous l’a raconté : vous rapportez une information. Я слышал, как она пела veut dire que vous étiez là et que sa voix vous est parvenue. Le premier tour correspond à « entendre dire », le second à « entendre » tout court. L’ensemble des conjonctions est présenté à la page les subordonnées.
Choisissez la préposition, le cas ou la conjonction qui conviennent. Demandez-vous ce qui parvient à l’oreille : un son, une nouvelle ou une scène.
Chacun des deux verbes a son partenaire perfectif, et le préfixe n’est pas le même. слышать s’associe à услышать ouslýchat’, qui se conjugue exactement comme lui ; слушать s’associe à послушать posloúchat’, conjugué comme lui aussi. Ces préfixes qui servent à former un perfectif ont leur page, perfectiver par un préfixe, et la notion même d’aspect est posée à la page perfectif et imperfectif.
| Sens | Imperfectif | Perfectif | Futur perfectif (я) | Passé perfectif (он) |
|---|---|---|---|---|
| entendre | слышать | услышать | услышу ouslýchou | услышал ouslýchal |
| écouter | слушать | послушать | послушаю posloúchaiou | послушал posloúchal |
| obéir | слушаться | послушаться | послушаюсь posloúchaious’ | послушался posloúchalsia |
Les deux premiers perfectifs ne disent pas la même chose, parce que les verbes de départ ne disent pas la même chose. услышать marque l’instant où le son atteint l’oreille : un cri, un pas, une sonnette, une nouvelle, tout ce qui surgit. On le trouve naturellement avec вдруг, « soudain », et dans les récits où les événements s’enchaînent. Au futur, on le trouve notamment après если, « si », là où le français emploie un présent.
послушать, lui, ne marque aucun instant. Il découpe dans l’écoute une portion limitée : écouter un moment, écouter une fois, prêter l’oreille le temps d’une chanson ou d’une conversation. C’est le verbe des propositions et des invitations, et c’est pourquoi son impératif est si fréquent, au point de servir, comme слушай, à attirer l’attention avant de parler.
Une remarque d’usage, qui surprend toujours. Pour demander à quelqu’un s’il connaît une nouvelle, le russe emploie l’imperfectif : Ты слышал новость? Ty slýchal nóvost’ ?, « tu as entendu la nouvelle ? ». La question porte sur le fait d’en avoir eu connaissance, non sur l’instant où elle est arrivée, exactement comme Вы читали эту книгу? demande si l’on a lu un livre. Le perfectif revient dès que la phrase s’attache à un moment précis : Когда ты услышал эту новость?, « quand as-tu appris la nouvelle ? ».
Autour de ces deux racines gravite une petite famille de verbes préfixés, très employés, dont chacun précise une manière d’entendre ou d’écouter. Le cas le plus curieux, прослушать, qui veut dire à la fois « écouter en entier » et « laisser passer sans entendre », est déjà exposé à la page les préfixes du verbe ; voici les autres.
| Verbe | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| выслушать výslouchat’ | écouter jusqu’au bout, sans interrompre | Выслушайте меня! — Écoutez-moi jusqu’au bout ! |
| подслушать podsloúchat’ | écouter en cachette | Кто-то подслушивал у двери. — Quelqu’un écoutait à la porte. |
| расслышать rasslýchat’ | parvenir à distinguer ce qui est dit | Простите, я не расслышал. — Pardon, je n’ai pas bien entendu. |
| ослышаться oslýchat’sia | entendre de travers, se méprendre | Я не ослышался? — J’ai bien entendu ? |
| прислушаться prisloúchat’sia | tendre l’oreille ; tenir compte d’un avis | Он прислушался к шуму. — Il a tendu l’oreille vers le bruit. |
Deux de ces verbes réclament un mot d’explication. расслышать s’emploie surtout à la forme négative, et c’est la formule exacte pour faire répéter quelqu’un sans lui reprocher de mal parler : Извините, я не расслышал Izvinítie, ia nie rasslýchal, « excusez-moi, je n’ai pas bien entendu ». прислушаться se construit avec к et le datif, et il a deux sens, l’un propre, l’autre figuré : tendre l’oreille vers un son, ou prêter attention à un avis. Прислушайтесь к его совету Prisloúchaïties’ k iegó soviétou signifie « tenez compte de son conseil ». Son imperfectif, прислушиваться prisloúchivat’sia, décrit une attention qui se prolonge.
Le français a son « on » : « on n’entend rien », « on t’entend mal ». Le russe n’a pas ce pronom, et il recourt à une tournure sans sujet, construite sur слышно slýchno, qui signifie à peu près « c’est audible ». Le mot ne varie pas ; il se met au passé avec было et au futur avec будет. C’est une tournure impersonnelle, de la famille que décrit la page les tournures impersonnelles, et elle est d’un emploi constant au téléphone, en classe, dans une salle de réunion.
La personne qui entend, quand on veut la nommer, se met au datif, comme dans мне холодно, « j’ai froid » : Мне отсюда не слышно Mnie otsioúda nie slýchno, « d’ici, je n’entends pas ». Ce que l’on entend, en revanche, n’est jamais le sujet de cette tournure : un pronom se met à l’accusatif, тебя, его, et sous la négation le complément passe au génitif, d’où ничего не слышно. Le dernier exemple montre enfin que la subordonnée introduite par как peut garder le présent, играет, dans une phrase au passé : le russe ne pratique pas la concordance des temps, et ce présent dit simplement que la musique jouait au moment où on l’entendait.
Quand ce qu’on entend est un nom, le russe préfère souvent en faire le sujet de la phrase, et il emploie alors la forme courte de l’adjectif слышный, audible, qui s’accorde en genre et en nombre : слышен slýchen au masculin, слышна au féminin, слышно au neutre, слышны au pluriel. Le mécanisme de ces formes est exposé à la page la forme courte de l’adjectif.
On dira de même За стеной слышна музыка, « on entend de la musique derrière le mur », et За дверью слышны голоса, « on entend des voix derrière la porte ». La langue parlée dit aussi слышно музыку, avec un accusatif, mais la forme accordée reste la plus sûre pour un apprenant. Retenez la répartition : un nom au nominatif appelle la forme accordée ; un pronom complément, une négation ou une subordonnée appellent слышно.
Une dernière formule, familière et très courante : Что слышно? Tchto slýchno ?, mot à mot « qu’est-ce qu’on entend ? », c’est-à-dire « quoi de neuf ? ». On demande ainsi des nouvelles d’une affaire ou d’une personne : Что слышно о нём?, « on a des nouvelles de lui ? ».
Choisissez la forme qui convient. Demandez-vous si l’on parle d’un instant, d’une écoute limitée, ou d’un son que personne en particulier n’entend.
Reste la troisième façon dont le français emploie « écouter », la plus traîtresse parce qu’elle paraît naturelle. « Il n’écoute pas ses parents », « écoute ta mère », « mon chien ne m’écoute pas » : il ne s’agit plus d’attention, mais d’obéissance. Le russe ajoute alors le suffixe -ся au verbe de l’écoute et obtient un verbe nouveau, слушаться sloúchat’sia, obéir, que la page les verbes en -ся range parmi ceux dont le suffixe déplace le sens.
| Personne | Forme | Transcription |
|---|---|---|
| я | слушаюсь | sloúchaious’ |
| ты | слушаешься | sloúchaiech’sia |
| он, она | слушается | sloúchaietsia |
| мы | слушаемся | sloúchaiemsia |
| вы | слушаетесь | sloúchaieties’ |
| они | слушаются | sloúchaioutsia |
Ce verbe ne prend pas l’accusatif. Ce à quoi l’on obéit se met au génitif, le cas que présente la page le génitif : слушаться родителей, слушаться бабушки, слушаться совета. L’oral emploie parfois l’accusatif devant un nom de personne, слушаться маму, mais l’écrit et la langue soignée s’en tiennent au génitif, et c’est lui qu’il faut apprendre. Le verbe s’emploie aussi sans complément, pour dire qu’un enfant est sage, ou qu’il ne l’est pas.
Le perfectif est послушаться, et il dit le moment où l’on cède : on a suivi l’avis, on a fini par obéir. C’est lui qu’on emploie pour raconter un conseil suivi, et plus encore pour exprimer un regret.
La dernière ligne est une formule à part. Prononcée au garde-à-vous, ou par plaisanterie entre amis, Слушаюсь! est la réponse de celui qui reçoit un ordre, et elle condense à elle seule tout le sens du verbe. Retenez aussi l’adjectif послушный posloúchnyï, obéissant, que l’on applique volontiers aux enfants et aux chiens.
Mettons maintenant côte à côte les verbes qui traduisent tous « écouter quelqu’un » en français. Chacun impose son cas, et c’est le cas, autant que le verbe, qui dit de quelle écoute il s’agit.
| En français | En russe | Verbe et cas |
|---|---|---|
| Écoute le professeur. | Слушай учителя. | слушать et l’accusatif : l’attention |
| Écoute ta mère, obéis-lui. | Слушайся мамы. | слушаться et le génitif : l’obéissance |
| J’ai écouté ton conseil. | Я послушался твоего совета. | послушаться et le génitif : l’avis suivi |
| Écoute son avis, tiens-en compte. | Прислушайся к его мнению. | прислушаться к et le datif : la prise en compte |
Une nuance pour finir. Dans la langue parlée, слушать peut lui-même glisser vers le sens d’obéir — une mère dira volontiers Слушай маму! —, mais слушаться ne laisse aucun doute, et c’est le choix sûr dès qu’il s’agit d’obéissance. À l’inverse, n’employez jamais слушаться pour une simple écoute : слушаться музыки n’a aucun sens.
La racine des deux verbes se retrouve dans un nom très employé, слух sloukh, qui réunit trois sens. C’est d’abord l’ouïe, le sens lui-même ; c’est ensuite l’oreille au sens musical, l’aptitude à reconnaître les sons ; c’est enfin la rumeur, ce que l’on entend dire sans savoir d’où cela vient. Les trois emplois se rattachent sans peine à слышать : il s’agit chaque fois de ce qui parvient à l’oreille.
Le dernier exemple contient une expression précieuse pour qui apprend une langue : на слух, « à l’oreille », « d’oreille ». On parle de понимать на слух pour la compréhension orale, et c’est exactement la compétence que les deux verbes de cette page mettent à l’épreuve. Savoir distinguer слушал de слышал en une fraction de seconde, au milieu d’une phrase prononcée à vitesse normale, ne s’apprend pas dans un tableau.
Entendre la différence avant de la comprendre. Toute cette page repose sur une voyelle, у contre ы, et sur une syllabe de plus ou de moins. Un francophone qui lit la règle la comprend en une minute ; il lui faut bien plus longtemps pour l’entendre au vol. C’est ce que travaille le cours audio LIMBA, entièrement oral, en leçons de quatorze minutes : on écoute, on répète, et l’oreille finit par trier toute seule ce que l’œil devait déchiffrer. Écoutez la première leçon aujourd’hui, avant d’avoir oublié la moitié de cette page.
Rassemblons. Devant un « entendre » ou un « écouter » français, posez-vous quatre questions, dans cet ordre, et la réponse russe viendra presque toujours d’elle-même. L’ordre compte : la première question écarte les cas d’obéissance, qui ressemblent à de l’écoute sans en être, et la dernière ramasse ce qui reste.
S’agit-il d’obéir ? Alors ce n’est ni l’un ni l’autre des deux verbes de départ, mais слушаться, avec le génitif, et послушаться quand on raconte un avis finalement suivi. Si l’on parle seulement de tenir compte d’une opinion, прислушаться к et le datif conviennent mieux.
Quelqu’un dirige-t-il son attention ? C’est слушать, le verbe de l’activité, de la durée, de la manière ; послушать pour une écoute brève ou proposée ; выслушать quand on laisse l’autre parler jusqu’au bout. Le complément est un accusatif direct, sans préposition.
Le son parvient-il à quelqu’un ? C’est слышать, le verbe de la faculté, de la perception, de la nouvelle apprise ; услышать pour l’instant où le son surgit ; расслышать quand il s’agit de saisir les mots. Choisissez ensuite la construction : l’accusatif pour un son, о et le prépositionnel pour « entendre parler de », что pour « entendre dire », как pour une scène.
Personne n’est nommé ? C’est слышно, la tournure sans sujet, ou la forme accordée слышен, слышна, слышны quand le son est un nom au nominatif.
Et si le verbe français n’a plus rien à voir avec l’oreille — s’entendre avec quelqu’un, vouloir dire, être d’accord —, laissez les deux verbes de côté et cherchez l’expression propre : ладить, иметь в виду, договорились. Le même raisonnement en quatre temps s’applique, à peu de chose près, aux verbes de la vue, et il vous fera gagner beaucoup de temps le jour où vous les aborderez.
Chaque phrase demande l’un des verbes de cette page. Avant de choisir, demandez-vous s’il s’agit d’attention, de perception ou d’obéissance.
Plus de cent cinquante pages qui se répondent — la mécanique de la langue, les verbes pris un à un, le vocabulaire par thème — avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
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La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
слышать dit la perception : le son vous parvient, que vous l’ayez cherché ou non, et c’est aussi la faculté d’entendre. слушать dit l’attention : une activité que l’on choisit, que l’on poursuit, que l’on peut refuser. On peut donc écouter sans entendre : Я слушал, но ничего не слышал, « j’écoutais, mais je n’entendais rien ».
Ты меня слышишь? Ty mieniá slýchich’ ?, ou Вы меня слышите? si vous vouvoyez. La question porte sur le son, donc sur слышать. Ты меня слушаешь? demanderait autre chose : si l’autre est attentif. Pour dire que la ligne est mauvaise, on emploie la tournure sans sujet Тебя плохо слышно.
Parce que c’est, à l’origine, un verbe de la même famille que видеть et смотреть, dont l’infinitif se terminait par une voyelle de la série du е. Après la chuintante ш, alors molle, cette voyelle s’est changée en а, et la conjugaison en -и- est restée. держать et дышать ont la même histoire.
À cause de la règle orthographique qui interdit ю et я après ж, ш, ч et щ. On écrit donc -у et -ат, sans que la prononciation change, puisque ш est toujours dur. Les quatre autres formes, слышишь, слышит, слышим, слышите, ne sont pas touchées.
Avec слышать suivi de о et du prépositionnel : Я много слышал о вас, « j’ai beaucoup entendu parler de vous ». La préposition devient об devant une voyelle, Вы слышали об этом?, et обо dans обо мне. La langue familière emploie aussi про et l’accusatif.
Non. Le russe ne dit pas avec un infinitif ce que l’on entend quelqu’un faire. Il construit une proposition complète introduite par как : Я слышал, как она пела, mot à mot « j’ai entendu comment elle chantait ». Le verbe de la subordonnée s’accorde avec son propre sujet, et il peut rester au présent même si la phrase est au passé.
Я слышал, что она пела rapporte une information : on vous l’a raconté, c’est notre « entendre dire ». Я слышал, как она пела décrit une perception directe : vous étiez là, et sa voix vous est parvenue. Les deux phrases sont correctes, et elles ne disent pas du tout la même chose.
услышать pour le premier, послушать pour le second, et ils ne fonctionnent pas de la même façon. услышать marque l’instant où le son atteint l’oreille : Вдруг я услышал шаги. послушать découpe une écoute limitée, un moment, une chanson : Послушай эту песню! Pour demander si quelqu’un connaît une nouvelle, on garde pourtant l’imperfectif : Ты слышал новость?
C’est le mot de la tournure sans sujet, l’équivalent de notre « on entend » : Здесь ничего не слышно, « on n’entend rien ici » ; Тебя плохо слышно, « on t’entend mal ». La personne qui entend se met au datif, Мне не слышно. Quand le son est un nom au nominatif, on emploie la forme accordée : слышен, слышна, слышны. Familièrement, Что слышно? veut dire « quoi de neuf ? ».
Avec слушаться, suivi du génitif : Он не слушается родителей, « il n’écoute pas ses parents » ; Ребёнок не слушается, « l’enfant n’obéit pas ». Le perfectif послушаться dit l’avis finalement suivi : Надо было тебя послушаться, « j’aurais dû t’écouter ». L’oral met parfois l’accusatif après ce verbe, mais le génitif reste la règle.
Le plus simple est Извините, я не расслышал, ou не расслышала pour une femme : « excusez-moi, je n’ai pas bien entendu ». Le verbe расслышать dit qu’on n’a pas réussi à distinguer les mots, sans reprocher à l’autre de mal parler. Vous pouvez ajouter Повторите, пожалуйста, « répétez, s’il vous plaît ».
Littéralement « j’écoute » : c’est l’une des façons les plus courantes de répondre au téléphone, souvent après Алло. Au guichet ou au bureau, Слушаю вас invite le visiteur à exposer sa demande. Ne la confondez pas avec Слушаюсь!, « à vos ordres », qui vient du verbe de l’obéissance.
Pas avec слышать, qui ne concerne que l’oreille. On dit ладить : Мы с ним хорошо ладим, « je m’entends bien avec lui ». De même, « qu’entendez-vous par là ? » se dit Что вы имеете в виду? Chaque fois que le verbe français a perdu son sens auditif, il faut chercher l’expression russe propre.
« À l’oreille », « d’oreille ». Le nom слух désigne l’ouïe, l’oreille musicale et aussi la rumeur : Он играет на гитаре на слух, « il joue de la guitare d’oreille » ; Ходят слухи, « le bruit court ». Понимать на слух, c’est comprendre la langue parlée, la compétence même que cette page met à l’épreuve.
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