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Cours de languesLa concordance des temps

Pas de concordance des temps : rien ne recule

Le français fait reculer le temps dès que le verbe principal passe au passé : « il a dit qu’il travaillait ». Le russe ne recule rien. Il dit, mot à mot, « il a dit qu’il travaille » — et c’est la forme correcte.

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La règle tient en une phrase

Dans une subordonnée russe, le temps du verbe se calcule par rapport au verbe principal, et non par rapport au moment où l’on parle. La conséquence est immédiate : le verbe de la subordonnée ne change pas quand le verbe principal change. On le déplace dans le temps, la subordonnée reste où elle est.

Les trois phrases russes ont la même subordonnée. Les trois phrases françaises n’ont pas le même verbe subordonné, parce que le français suit la règle inverse : il aligne la subordonnée sur le moment de l’énonciation. C’est ce mécanisme, appelé concordance des temps, que le russe ignore.

Une seule subordonnée russe pour trois traductions françaises
Verbe principalPhrase russeFrançais
présentЯ знаю, что она дома. Ia znáiou, tchto oná dóma.Je sais qu’elle est à la maison.
passéЯ знал, что она дома. Ia znal, tchto oná dóma.Je savais qu’elle était à la maison.
futurЯ буду знать, что она дома. Ia boúdou znat’, tchto oná dóma.Je saurai qu’elle est à la maison.

Notez au passage que la subordonnée что она дома ne contient aucun verbe : au présent, le russe se passe du verbe « être », comme l’explique la page la phrase sans « être ». Cette absence rend la règle encore plus visible, puisqu’il n’y a même pas de forme à faire reculer.

Les trois relations possibles

Puisque le temps de la subordonnée se mesure sur le verbe principal, il n’a que trois choses à dire : l’action est simultanée, elle est antérieure, elle est postérieure. À chacune correspond un temps, et un seul.

Le temps de la subordonnée et son rendu français après un verbe principal au passé
Temps en russeRelation au verbe principalTraduction française
présenten même tempsimparfait
passéavantplus-que-parfait
futuraprèsconditionnel présent

Simultanéité : le présent

  • Он сказал, что живёт в Москве. On skazál, tchto jiviót v Moskvié. — Il a dit qu’il habitait à Moscou.
  • Я не знал, что вы говорите по-русски. Ia nie znal, tchto vy govorítie po-roússki. — Je ne savais pas que vous parliez russe.
  • Он ответил, что ничего не понимает. On otviétil, tchto nitchegó nie ponimáiet. — Il a répondu qu’il ne comprenait rien.
  • Мы думали, что она спит. My doúmali, tchto oná spit. — Nous pensions qu’elle dormait.
  • Она сказала, что ей холодно. Oná skazála, tchto ieï khólodno. — Elle a dit qu’elle avait froid.

Antériorité : le passé

  • Он сказал, что уже написал письмо. On skazál, tchto oujé napissál pis’mó. — Il a dit qu’il avait déjà écrit la lettre.
  • Она сказала, что потеряла ключи. Oná skazála, tchto potieriála klioutchí. — Elle a dit qu’elle avait perdu ses clés.
  • Я думал, что ты уже ушёл. Ia doúmal, tchto ty oujé ouchól. — Je pensais que tu étais déjà parti.
  • Мы узнали, что поезд опоздал. My ouználi, tchto póiezd opozdál. — Nous avons appris que le train avait eu du retard.
  • Он не сказал, где был вчера. On nie skazál, gdie byl vtcherá. — Il n’a pas dit où il avait été hier.

Postériorité : le futur

  • Он сказал, что придёт завтра. On skazál, tchto pridiót závtra. — Il a dit qu’il viendrait demain.
  • Она обещала, что позвонит. Oná obiechtchála, tchto pozvonít. — Elle a promis qu’elle appellerait.
  • Я знал, что он опоздает. Ia znal, tchto on opozdáiet. — Je savais qu’il serait en retard.
  • Мы надеялись, что будет хорошая погода. My nadiéialis’, tchto boúdiet khoróchaia pogóda. — Nous espérions qu’il ferait beau.
  • Они решили, что встретятся в субботу. Oní riechíli, tchto vstriétiatsia v soubbótou. — Ils ont décidé qu’ils se retrouveraient samedi.

Le choix du temps est donc mécanique. Le choix de l’aspect, lui, ne l’est pas : написал et писал sont deux passés qui ne disent pas la même chose, et cette question relève entièrement des pages l’aspect au passé et l’aspect au futur. La concordance des temps et l’aspect sont deux décisions séparées, prises l’une après l’autre.

Le futur là où le français dit « viendrait »

C’est le point qui coûte le plus cher au francophone. Notre langue possède un futur du passé, identique au conditionnel présent : « il a dit qu’il viendrait ». Le russe n’en a aucun. Un fait postérieur au verbe principal se met au futur, purement et simplement, même si le verbe principal est un passé lointain.

Le russe possède bien une forme en бы by, mais elle n’a rien à voir. Elle exprime l’irréel et l’hypothèse — « il écrirait, s’il avait le temps » — et la traduire sur un futur du passé français produit un contresens. Он сказал, что написал бы signifie « il a dit qu’il écrirait si… », et non « il a dit qu’il allait écrire ». La page le conditionnel expose cette forme ; la page les deux futurs donne les formes qui servent ici.

Quand vous rapportez une parole, posez-vous donc une seule question : au moment où la personne a parlé, le fait était-il déjà accompli, en cours, ou encore à venir ? La réponse vous donne le temps, sans passer par le français.

Ce qui change malgré tout : la personne

L’immobilité du temps ne dispense pas du reste. En passant du discours direct au discours rapporté, les pronoms et les possessifs changent de personne, exactement comme en français. Seul le temps reste intact.

Les adverbes de temps, eux, ne suivent pas le verbe : ils se règlent sur le moment où l’on rapporte. Tant que le repère vaut encore, завтра reste завтра. Dès qu’il ne vaut plus, le russe le remplace exactement comme le français : на следующий день na sliédouiouchtchiï dien’ pour « le lendemain », накануне nakanoúnie pour « la veille ». Le temps du verbe, lui, ne bouge dans aucun des deux cas. Pour les pronoms eux-mêmes, voyez les pronoms personnels et les possessifs ; pour la conjonction qui ouvre la subordonnée et pour la virgule qui la précède obligatoirement, voyez les subordonnées.

La question indirecte

Rapporter une question suit la même règle : le temps ne recule pas. Deux cas se présentent.

Question fermée : la particule ли

Quand la question appelle oui ou non, elle est introduite par la particule ли li, qui se place après le mot sur lequel porte le doute ; sa place exacte est traitée à la page les subordonnées. Ce qui se joue ici est le temps : le verbe garde celui qu’il avait dans la question d’origine.

Question ouverte : le mot interrogatif suffit

Quand la question porte un mot interrogatif, celui-ci sert de charnière et ли n’a plus lieu d’être. L’ordre des mots reste celui d’une phrase ordinaire : pas d’inversion, pas de point d’interrogation.

La forme directe de ces questions est traitée à la page les questions ; la souplesse générale de l’ordre des mots, à la page l’ordre des mots.

La même logique hors du discours rapporté

Le réflexe ne sert pas qu’à rapporter une parole. Dans une subordonnée de temps ou de condition, le russe nomme lui aussi le fait tel qu’il est situé, là où le français impose un présent après « si » : Если он придёт, я скажу ему Iésli on pridiót, ia skajoú iemoú, « s’il vient, je le lui dirai ». Le détail de ces conjonctions — если, когда, как только, пока не — et du futur qu’elles appellent appartient à la page les subordonnées, qui les traite une bonne fois.

Retenez seulement que le futur n’y est pas automatique : le présent reprend ses droits dès que la subordonnée porte sur le moment présent — Если ты хочешь, пойдём в кино Iésli ty khótchech’, poïdióm v kinó, « si tu veux, allons au cinéma » — ou sur une habitude — Когда я прихожу домой, я ужинаю Kogdá ia prikhojoú domóï, ia oújinaiou, « quand je rentre, je dîne ». Là encore, le temps suit le fait, et rien d’autre.

Présent ou passé : le sens change vraiment

Parce que le temps de la subordonnée n’est plus contraint par la principale, il redevient porteur de sens. Le russe distingue par cette seule forme des choses que le français doit préciser autrement.

La forme courte болен relève de la page la forme courte ; les formes du passé, de la page le passé. Sur la construction de la subordonnée elle-même, sur ses conjonctions et sur le cas particulier de чтобы, voyez les subordonnées ; sur l’accord des relatives, la page les relatives en который.

Une règle simple, un réflexe long. Comprendre qu’il n’y a rien à faire reculer demande une minute. Se retenir de le faire, en parlant, quand le français pousse de toutes ses forces vers l’imparfait, demande beaucoup plus. La tournure Он сказал, что придёт doit finir par sonner naturelle à l’oreille avant de venir à la bouche. C’est le travail que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La grammaire complète est rassemblée à la page la grammaire du russe.

Exercez-vous

Choisissez le temps qu’appelle chaque subordonnée. La traduction française entre parenthèses fixe le sens : lisez-la avant de répondre. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Он говорит, что ___. (Il dit qu’il travaille.)
  2. Он сказал, что ___. (Il a dit qu’il travaillait, et il travaillait pendant qu’il parlait.)
  3. Я знал, что она ___ в Москве. (Je savais qu’elle habitait à Moscou.)
  4. Он ответил, что ничего не ___. (Il a répondu qu’il ne comprenait rien.)
  5. Она сказала, что ___ ключи. (Elle a dit qu’elle avait perdu ses clés.)
  6. Я думал, что ты уже ___. (Je pensais que tu étais déjà parti.)
  7. Мы узнали, что поезд ___. (Nous avons appris que le train avait eu du retard.)
  8. Он сказал, что ___ завтра. (Il a dit qu’il viendrait demain.)
  9. Она обещала, что ___. (Elle a promis qu’elle appellerait.)
  10. Я знал, что он ___. (Je savais qu’il serait en retard.)
  11. Мы надеялись, что ___ хорошая погода. (Nous espérions qu’il ferait beau.)
  12. Они решили, что ___ в субботу. (Ils ont décidé qu’ils se retrouveraient samedi.)
  13. Он сказал, что ___ дома в шесть. (Il avait dit : « Je serai à la maison à six heures. »)
  14. Она сказала, что ждёт ___. (Elle m’avait dit : « Je t’attends. » — et c’est moi qui le rapporte.)
  15. Маша сказала, что ___ брат в Петербурге. (Macha avait dit : « Mon frère est à Saint-Pétersbourg. »)
  16. Я не знаю, ___ магазин. (Je ne sais pas si le magasin est ouvert.)
  17. Он спросил, ___ я. (Il a demandé si j’étais à la maison.)
  18. Она спросила, ___ я его адрес. (Elle a demandé si je connaissais son adresse.)
  19. Он спросил, где я ___. (Il a demandé où j’habitais.)
  20. Она спросила, когда я ___. (Elle a demandé quand je rentrerais.)
  21. Если он ___, я скажу ему. (S’il vient, je le lui dirai.)
  22. Если ты ___, пойдём в кино. (Si tu en as envie maintenant, allons au cinéma.)
  23. Я не знал, что вы здесь ___. (Je ne savais pas que vous travailliez ici, et vous y êtes toujours.)
  24. Он сказал, что ___ болен. (Il a dit qu’il avait été malade, et qu’il était guéri.)

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Questions fréquentes

Pourquoi dit-on « Он сказал, что работает » et non « работал » ?

Parce que le russe ne pratique pas la concordance des temps. Le temps de la subordonnée se mesure sur le verbe principal : au moment où cet homme a parlé, il travaillait, donc le russe emploie le présent. Le français, lui, aligne la subordonnée sur le moment où l’on raconte, d’où son imparfait.

Comment traduire « il a dit qu’il viendrait » ?

Par un futur : Он сказал, что придёт On skazál, tchto pridiót. Le russe n’a pas de futur du passé. La forme en бы n’est pas une solution de remplacement : elle exprime l’irréel et changerait le sens.

Faut-il le présent ou le futur après « если » ?

Le futur, dès que la condition porte sur l’avenir : Если он придёт, я скажу ему. Le présent français après « si » est une servitude propre au français. Le présent russe se garde quand la subordonnée porte sur le moment présent ou sur une habitude. Le détail de cette conjonction est exposé à la page les subordonnées.

La particule « ли » change-t-elle le temps du verbe ?

Non : le verbe garde le temps qu’il avait dans la question d’origine. Я не знаю, работает ли магазин reste au présent, Она спросила, когда я вернусь reste au futur. La particule ne s’emploie d’ailleurs pas quand la question contient déjà un mot interrogatif : Он спросил, где я живу.

Quelque chose change-t-il quand même au discours rapporté ?

Oui : les pronoms et les possessifs changent de personne, comme en français. «Я приду» devient что придёт. Le temps, lui, ne bouge jamais. Les adverbes de temps se règlent sur le moment où l’on rapporte : завтра se garde tant que ce repère vaut encore, et cède la place à на следующий день dès qu’il ne vaut plus.

Cette règle vaut-elle pour toutes les subordonnées ?

Elle vaut partout où le verbe subordonné se situe par rapport au verbe principal : discours rapporté, question indirecte, subordonnées de temps et de condition. Elle ne dit en revanche rien du choix de l’aspect, qui se décide séparément, ni de la construction de la subordonnée, traitée à la page des subordonnées.

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