Le verbe russe ne garde pas son accent au même endroit d’une forme à l’autre. Mais le déplacement n’est pas libre : trois schémas au présent, un seul au passé, et une poignée d’exceptions qui se retiennent.
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Un verbe russe ne possède pas un accent : il possède un schéma d’accent. Le même verbe porte l’accent sur sa désinence dans une forme et sur son radical dans la suivante.
Le déplacement n’est pas une nuance d’érudit : toute voyelle non accentuée étant réduite (voir la réduction des voyelles), deux formes du même verbe sonnent très différemment, et une forme mal accentuée devient difficile à reconnaître pour un Russe.
Le fonctionnement général de l’accent est exposé dans la page de l’accent tonique ; le nom a ses propres déplacements, décrits dans l’accent mobile du nom. Cette page ne traite que le verbe, et seulement l’accent : la formation des formes — désinences, temps, aspect — relève des pages du verbe.
Une convention levée pour cette page. Le russe n’écrit jamais l’accent, et nos autres pages ne le marquent que dans la transcription. Ici, nous le marquons aussi en cyrillique : la démonstration l’exige. Un texte russe ordinaire ne vous donnera pas cette aide.
Presque toute conjugaison au présent relève de l’un des trois schémas ci-dessous. La liste est courte, et c’est ce qui rend la question abordable : trois verbes isolés en sortent, et ils sont signalés plus bas.
| чита́ть — lire accent fixe sur le radical |
говори́ть — parler accent fixe sur la désinence |
писа́ть — écrire accent mobile |
|
|---|---|---|---|
| я | чита́ю tchitáiou | говорю́ govorioú | пишу́ pichoú |
| ты | чита́ешь tchitáiech' | говори́шь govorích' | пи́шешь píchech' |
| он, она́ | чита́ет tchitáiet | говори́т govorít | пи́шет píchet |
| мы | чита́ем tchitáiem | говори́м govorím | пи́шем píchem |
| вы | чита́ете tchitáietie | говори́те govorítie | пи́шете píchetie |
| они́ | чита́ют tchitáiout | говоря́т govoriát | пи́шут píchout |
Un verbe à accent fixe s’apprend une fois pour toutes. Accent sur le radical d’abord :
Accent sur la désinence ensuite, dans toutes les formes sans exception :
Regardez la troisième colonne. L’accent est sur la désinence à la première personne du singulier, sur le radical dans les cinq autres formes. Dans la conjugaison régulière, le mouvement inverse n’existe pas : aucun verbe n’aura l’accent sur le radical à la forme « je » et sur la désinence ailleurs.
Les mêmes deux formes, pour des verbes de tous les jours.
Un verbe très courant brouille ce bel ordre : хоте́ть khotiét' — vouloir. Il commence comme un verbe mobile et finit comme un verbe à accent final : хочу́, хо́чешь, хо́чет khotchoú, khótchech', khótchet, puis хоти́м, хоти́те, хотя́т khotím, khotítie, khotiát. Il faut le retenir tel quel.
Deux verbes archaïques sortent eux aussi du système : accent sur le radical au singulier, sur la désinence au pluriel. À apprendre par cœur — ils ne sont que deux.
Puisque le déplacement n’a qu’une figure, deux formes suffisent à fixer tout le présent d’un verbe : celle de « je » et celle de « tu ». Si les deux portent l’accent au même endroit, le schéma est fixe et les quatre formes restantes suivent. Si elles diffèrent, le verbe est mobile, et les quatre formes restantes s’accentuent comme celle de « tu ».
C’est ainsi que les dictionnaires russes présentent un verbe : l’infinitif, puis ces deux formes. Apprenez-les comme un bloc ; un verbe appris à l’infinitif seul est un verbe dont vous ignorez l’accent.
Le futur perfectif se conjugue exactement comme un présent et suit le même schéma : напишу́ — напи́шешь napichoú — napíchech', приму́ — при́мешь primoú — prímech' — je prendrai, tu prendras.
Dans une forme verbale, la lettre ё porte l’accent. Là où elle apparaît dans une désinence, l’accent y est, et la question est réglée. Hors du verbe, quelques mots composés et quelques emprunts la laissent atone ; ces deux séries sont traitées dans la page consacrée à la lettre.
L’indice a une limite sérieuse : l’imprimé russe écrit presque toujours е à la place de ё. Vous lirez идешь et devrez savoir qu’il faut lire идёшь. Voir la lettre ё, jamais écrite.
Dans un verbe perfectif, le préfixe вы- porte l’accent, quelles que soient les formes. C’est l’une des rares règles d’accent russe sans exception pratique.
L’imperfectif correspondant, lui, ne suit pas cette règle. Même préfixe, deux accents opposés : l’opposition est audible, et utile.
Au passé, le verbe russe garde en général l’accent de l’infinitif : писа́ть → писа́л, писа́ла, писа́ли pissát' → pissál, pissála, pissáli. Rien à signaler pour la grande majorité des verbes.
Mais un groupe de verbes très employés, presque tous courts, déplace l’accent à la seule forme du féminin singulier. Les trois autres formes gardent l’accent sur le radical. Il compte quelques dizaines de verbes simples, tous du fonds courant, plus leurs composés préfixés : cela se retient par l’usage, pas par une règle.
| infinitif | masculin | féminin | neutre | pluriel |
|---|---|---|---|---|
| быть byt' — être | был byl | была́ bylá | бы́ло býlo | бы́ли býli |
| жить jit' — vivre | жил jil | жила́ jilá | жи́ло jílo | жи́ли jíli |
| взять vziat' — prendre | взял vzial | взяла́ vzialá | взя́ло vziálo | взя́ли vziáli |
| нача́ть natchát' — commencer | на́чал nátchal | начала́ natchalá | на́чало nátchalo | на́чали nátchali |
| поня́ть poniát' — comprendre | по́нял pónial | поняла́ ponialá | по́няло pónialo | по́няли póniali |
Le même quatuor de formes, pour une douzaine d’autres verbes du groupe :
La contre-épreuve compte autant : l’immense majorité des verbes ne bouge pas, féminin compris.
En phrase, l’opposition s’entend immédiatement.
Une nuance, parce qu’elle vous sera opposée. Le neutre hésite pour certains verbes : les dictionnaires admettent да́ло et дало́ dálo, daló. Ces flottements sont rares, mais ils existent : le tableau n’est pas une mécanique sans jeu.
Quand ces verbes-là prennent -ся, l’accent va plus loin encore. Chez les verbes du groupe ci-dessus, et chez eux seulement, le suffixe réfléchi tire l’accent sur la finale à toutes les formes du passé, masculin compris.
N’étendez surtout pas la règle à tous les verbes en -ся : l’immense majorité d’entre eux garde au passé l’accent de son infinitif, masculin et féminin confondus.
La particule не nie n’est normalement pas accentuée. Devant le passé de quelques verbes de la liste précédente — surtout быть, дать, жить, пить byt', dat', jit', pit' — elle le devient : le verbe abandonne son accent à la négation. C’est l’accentuation des dictionnaires ; l’usage actuel laisse aussi l’accent sur le verbe, sans faute.
Une précaution de lecture : notre transcription ne montre pas ce déplacement — не s’y écrit toujours nie, sans accent, puisqu’un monosyllabe n’en porte jamais. Ici, c’est le cyrillique qu’il faut regarder.
Le féminin échappe au phénomène : il garde son accent final, et la négation reste atone. La même répartition vaut pour не́ дал, не дала́ nie dal, nie dalá, не́ жил, не жила́ nie jil, nie jilá, не́ пил, не пила́ nie pil, nie pilá.
La construction его́ не́ было demande par ailleurs le génitif, pour une raison qui n’a rien à voir avec l’accent : voir le génitif de négation.
L’impératif s’accentue sur la même syllabe que la première personne du singulier du présent. La règle couvre la quasi-totalité des verbes, et elle évite d’en inventer une fausse.
Le dernier exemple mérite un arrêt. On lit souvent que l’impératif en -и est toujours accentué sur cette finale ; c’est faux. по́мни se termine par -и et porte l’accent sur le radical, parce que по́мню l’y porte déjà. La règle de la forme « je » rend compte des deux cas.
Quand le participe passé passif court déplace son accent, il le fait comme le passé : féminin à part, les trois autres ensemble. Nous n’en donnons que l’accentuation ; leur formation et leur emploi relèvent des pages du participe et du passif.
Tous les participes ne bougent pas. Ceux-ci gardent leur accent partout, féminin compris :
Là encore, le déplacement concerne un groupe, pas la langue entière.
Le russe écrit sans accent, et certaines formes verbales deviennent alors des homographes. Seule la place de l’accent les sépare. Le contexte tranche presque toujours, mais à l’oral, c’est l’accent qui porte l’information.
Les six dernières méritent d’être relues à voix haute : présent de politesse et impératif pluriel s’écrivent à l’identique, et seul l’accent dit si l’on constate ou si l’on ordonne.
Deux accents sont régulièrement fautifs, chez les apprenants comme chez des locuteurs natifs : la norme demande звони́т zvonít — il téléphone — et non зво́нит, включи́т vklioutchít — il allumera — et non вклю́чит. Ces deux verbes appartiennent au schéma à accent final : звоню́, звони́шь, звоня́т zvonioú, zvoních', zvoniát.
Ce sujet se règle par l’oreille, pas par les tableaux. Les schémas ci-dessus expliquent ce que vous entendez ; ils ne l’installent pas. Ce qui installe un accent, c’est de l’avoir entendu des dizaines de fois et répété. C’est exactement le travail de notre cours de russe, entièrement audio, où chaque verbe arrive avec ses formes accentuées. La vue d’ensemble du dossier se trouve dans la grammaire russe.
Dans chaque phrase, une seule des formes proposées porte l’accent au bon endroit. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Sur la désinence à la première personne du singulier, sur le radical dans les cinq autres formes : пишу́, mais пи́шешь, пи́шет, пи́шем, пи́шете, пи́шут. Dans la conjugaison régulière, le mouvement inverse n’existe pas.
Parce qu’un groupe de verbes courts et très fréquents déplace l’accent sur la désinence à la seule forme du féminin singulier : был, была́, бы́ло, бы́ли. Le phénomène touche aussi жить, взять, нача́ть, поня́ть, брать, ждать, пить.
C’est l’accentuation que donnent les dictionnaires au masculin, au neutre et au pluriel : не́ был, не́ было, не́ были. La langue parlée d’aujourd’hui laisse aussi l’accent sur le verbe, sans faute. Le féminin, lui, ne bascule jamais : не была́. Même répartition pour не́ дал, не́ жил, не́ пил.
En apprenant trois formes ensemble : l’infinitif, la forme de « je » et celle de « tu ». C’est ainsi que les dictionnaires russes les présentent, et ces trois formes déterminent tout le reste du présent.
Oui : dans une forme verbale, ё porte l’accent — берёшь, идёшь, живёшь, поёшь, пьёшь. Mais l’imprimé russe l’écrit presque toujours е, si bien qu’on lit идешь et qu’il faut savoir prononcer идёшь. L’indice est fiable, il n’est pas visible.
Non, et c’est une erreur répandue. Seuls les verbes du groupe был/была́ le font quand ils prennent -ся : начался́, начала́сь, начало́сь, начали́сь. Les autres gardent l’accent de leur infinitif, masculin et féminin confondus : учи́лся, учи́лась ; верну́лся, верну́лась.
Oui. Пла́чу signifie « je pleure » et плачу́ « je paie » ; сто́ит veut dire « il coûte » et стои́т « il est debout ». Même chose entre le présent вы пи́шете et l’impératif пиши́те. Le contexte lève presque toujours l’ambiguïté, mais à l’oral, c’est l’accent qui informe.
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