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Le français dit « je me souviens » du souvenir qui ne vous quitte pas comme du nom qui vous revient soudain. Le russe sépare : un verbe pour la mémoire qui dure, un autre pour le souvenir qui revient, un troisième pour celui qu’on enregistre. Oublier et rappeler suivent la même logique.
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Le français range presque toute la mémoire sous un seul verbe. « Je me souviens de mon enfance », « attendez, je me souviens, il s’appelle Igor », « souvenez-vous bien de ce mot » : trois phrases, un même verbe, et pourtant trois expériences qui n’ont rien de commun. La première décrit un souvenir qui vous habite depuis des années ; la deuxième, l’instant où un nom vous revient ; la troisième, l’effort qu’on vous demande pour retenir une chose nouvelle. Le russe donne à chacune son verbe, et le francophone qui n’en connaît qu’un se trompe deux fois sur trois.
Le verbe central est помнить pómnit’. Il ne décrit aucune action : il constate qu’un souvenir est là, exactement comme знать constate qu’un savoir est là. Quand vous vous souvenez de la maison de votre enfance, vous ne faites rien ; l’image est présente en vous, elle l’était hier et le sera demain. Помнить est donc un verbe d’état, et c’est ce qui explique tout le reste de son comportement : il dure, il ne s’achève pas, et il n’a pas de véritable partenaire perfectif.
Le deuxième verbe est вспомнить vspómnit’. Il désigne un événement, et un seul : le moment où un souvenir absent remonte à la surface. Vous cherchiez un nom, il vous échappait, et soudain il est là. Le français dit « ça me revient », « je me rappelle », ou encore « je me souviens », sans changer de verbe ; le russe, lui, passe de l’état à l’acte, et cet acte possède sa propre forme imperfective, вспоминать vspominát’, pour le cas où il se répète ou s’étire dans le temps.
Le troisième est запомнить zapómnit’, l’acte inverse : faire entrer une information dans la mémoire, l’y fixer pour pouvoir la retrouver plus tard. C’est le « retenez bien » du professeur, le « mets-toi ça dans la tête » de la conversation. Le préfixe за- est celui de записать, noter par écrit, et l’image est juste : on inscrit le souvenir. Son imperfectif est запоминать zapominát’.
Les deux dernières lignes complètent la famille : забыть zabýt’ dit la perte du souvenir, напомнить napómnit’ le geste par lequel un autre vous le rend. Avant de parler, une seule question : le souvenir est-il là, revient-il, entre-t-il, s’en va-t-il, ou vous est-il rendu ? C’est, appliquée à la mémoire, l’opposition de l’état et de l’acte que pose la page perfectif et imperfectif.
Voici, rangées par situation, les phrases où le francophone hésite. La deuxième colonne dit quel verbe le russe choisit, la troisième dit pourquoi. Lisez-les comme des réflexes à acquérir plutôt que comme des règles à réciter.
| En français je dis | En russe je choisis | Pourquoi | La phrase russe |
|---|---|---|---|
| Je me souviens de ce jour. | помнить | le souvenir est là, il dure | Я помню этот день. Ia pómniou ètot dien’. |
| Vous vous souvenez de moi ? | помнить | on demande si le souvenir existe | Вы меня помните? Vy mieniá pómnitie ? |
| Souviens-toi de ta promesse. | помнить о | garder une chose à l’esprit | Помни о своём обещании. Pómni o svoióm obiechtchánii. |
| Ah, ça me revient ! | вспомнить | l’instant où le souvenir revient | Вспомнил! Vspómnil ! (un homme) |
| Je n’arrive pas à me rappeler son nom. | вспомнить | c’est l’acte de retrouver qui échoue | Не могу вспомнить его фамилию. Nie mogoú vspómnit’ iegó famíliiou. |
| Je repense souvent à mon enfance. | вспоминать | le retour vers le passé se répète | Я часто вспоминаю детство. Ia tchásto vspomináiou diétstvo. |
| Retenez bien ce mot. | запомнить | on fait entrer une information nouvelle | Запомните это слово. Zapómnitie èto slóvo. |
| Il retient bien les visages. | запоминать | une capacité, vraie en tout temps | Он хорошо запоминает лица. On khorochó zapomináiet lítsa. |
| J’ai oublié mes clés à la maison. | забыть | l’oubli a eu lieu, les clés y sont restées | Я забыл ключи дома. Ia zabýl klioutchí dóma. |
| J’oublie toujours son anniversaire. | забывать | l’oubli est une habitude | Я всегда забываю его день рождения. Ia vsiegdá zabyváiou iegó dien’ rojdiéniia. |
| N’oublie pas d’appeler maman. | забыть, à l’impératif nié | on met en garde contre un oubli précis | Не забудь позвонить маме. Nie zaboúd’ pozvonít’ mámie. |
| Rappelle-moi d’acheter du pain. | напомнить | quelqu’un d’autre doit vous faire souvenir | Напомни мне купить хлеб. Napómni mnie koupít’ khlieb. |
| Il me rappelle mon père. | напоминать | une ressemblance qui évoque quelqu’un | Он напоминает мне отца. On napomináiet mnie otsá. |
| Je vous rappelle demain. | перезвонить | au téléphone, la mémoire n’y est pour rien | Я вам перезвоню завтра. Ia vam pieriezvonioú závtra. |
Quelques lignes méritent un mot. La troisième montre que помнить change de sens avec sa construction : avec un complément direct, il dit qu’un souvenir est présent ; avec о, qu’une chose reste à l’esprit. La sixième et la huitième rappellent que les deux verbes d’acte ont chacun un imperfectif, pour la répétition et la capacité. La dernière signale un piège qui tient au français : quand « rappeler » veut dire téléphoner de nouveau, la mémoire n’y est pour rien, et le russe prend un verbe d’une autre famille.
Commençons par la conjugaison, qui ne réserve aucune mauvaise surprise. Помнить appartient à la seconde conjugaison, celle des désinences en -и-. Son radical se termine par deux consonnes, -мн-, et aucune alternance ne vient le modifier : la première personne garde le même radical que les cinq autres. L’accent, enfin, reste sur la première syllabe d’un bout à l’autre du paradigme, ce qui fait de ce verbe l’un des plus reposants à prononcer.
| Personne | Forme | Transcription | Exemple |
|---|---|---|---|
| я | помню | pómniou | Я помню этот город. — Je me souviens de cette ville. |
| ты | помнишь | pómnich’ | Ты помнишь нашу первую встречу? — Tu te souviens de notre première rencontre ? |
| он, она | помнит | pómnit | Она помнит всё. — Elle se souvient de tout. |
| мы | помним | pómnim | Мы помним наших учителей. — Nous nous souvenons de nos professeurs. |
| вы | помните | pómnitie | Вы помните моё имя? — Vous vous rappelez mon prénom ? |
| они | помнят | pómniat | Они помнят войну. — Ils se souviennent de la guerre. |
Le passé se forme sur l’infinitif et s’accorde en genre et en nombre : помнил, помнила, помнило, помнили pómnil, pómnila, pómnilo, pómnili. L’accent ne bouge pas davantage. Puisque le verbe décrit un état, я помнил ne raconte aucun événement : il dit que le souvenir était présent à un moment du passé.
Un verbe qui n’est pas pronominal. Le français dit « je me souviens », avec un pronom réfléchi ; le russe dit я помню, sans rien de tel. Le francophone est parfois tenté d’ajouter un -ся par analogie, mais on ne dit pas я помнюсь. La personne qui se souvient est sujet, la chose dont elle se souvient est complément, et la phrase se construit exactement comme « je vois la mer ».
La construction la plus simple est celle du complément direct, à l’accusatif. On se souvient d’une personne, d’un lieu, d’un jour, d’une voix, et le nom se place directement après le verbe, sans préposition — là où le français, lui, en réclame une. Un nom masculin de personne prend alors la forme qu’il emprunte au génitif, comme après tout verbe transitif : брат devient брата.
La deuxième construction emploie la préposition о suivie du prépositionnel, le cas que décrit la page le cas prépositionnel. Le sens se déplace alors légèrement. Il ne s’agit plus d’avoir l’image d’une chose en soi, mais de la garder présente à l’esprit, de ne pas la perdre de vue : un rendez-vous à venir, une promesse faite, une personne à qui l’on pense.
| Phrase | Construction | Ce qu’elle dit |
|---|---|---|
| Я помню эту встречу. Ia pómniou ètou vstriétchou. | accusatif | la rencontre a eu lieu, et j’en garde l’image |
| Я помню о встрече. Ia pómniou o vstriétche. | о et prépositionnel | le rendez-vous est prévu, je ne le perds pas de vue |
| Я помню этого человека. Ia pómniou ètogo tcheloviéka. | accusatif | j’ai son visage en mémoire |
| Мы помним о вас. My pómnim o vas. | о et prépositionnel | nous pensons à vous, vous n’êtes pas oublié |
La troisième construction introduit toute une proposition. Quand ce dont on se souvient est un fait, on emploie что ; quand c’est un lieu, une manière, une identité, on emploie le mot interrogatif qui convient, где, как, кто. La virgule devant la subordonnée est obligatoire, comme presque toujours en russe.
Sous la négation, enfin, le complément direct peut passer de l’accusatif au génitif. On entend Я не помню его имя Ia nie pómniou iegó ímia aussi bien que Я не помню его имени Ia nie pómniou iegó ímieni, le second un peu plus soigné que le premier. Ce glissement n’a rien de propre à ce verbe : c’est le génitif qui suit la négation, phénomène général dont la page consacrée donne les conditions.
Un état ne s’achève pas, et le perfectif n’aurait rien à exprimer. C’est pourquoi помнить rejoint le petit groupe des verbes d’état qui n’ont que l’imperfectif, aux côtés de знать, стоить ou зависеть. On présente parfois вспомнить comme son perfectif ; c’est une simplification, car ce verbe désigne un autre procès, le retour du souvenir, et forme sa propre paire avec вспоминать, de même que узнать n’est pas le perfectif de знать.
Deux conséquences pratiques en découlent. La première concerne le futur : faute de perfectif, il se construit toujours avec l’auxiliaire буду suivi de l’infinitif. La seconde concerne l’impératif : il n’existe qu’une seule série, помни et помните, dont la voyelle finale s’explique par les deux consonnes du radical, comme l’expose la formation de l’impératif.
Choisissez la forme ou la construction qui convient. Touchez une réponse, puis Correction.
Ces deux verbes forment une paire aspectuelle ordinaire, et ils ne se conjuguent pas de la même façon. Le perfectif вспомнить est bâti sur la même racine que помнить et se conjugue exactement comme lui, sur la seconde conjugaison, avec l’accent fixe sur -по-. Mais comme il est perfectif, ses formes conjuguées ne désignent pas le présent : elles désignent l’avenir. L’imperfectif вспоминать suit au contraire la première conjugaison, en -аю, comme читать ou делать.
| Personne | Perfectif, futur | Imperfectif, présent |
|---|---|---|
| я | вспомню vspómniou | вспоминаю vspomináiou |
| ты | вспомнишь vspómnich’ | вспоминаешь vspomináiech’ |
| он, она | вспомнит vspómnit | вспоминает vspomináiet |
| мы | вспомним vspómnim | вспоминаем vspomináiem |
| вы | вспомните vspómnitie | вспоминаете vspomináietie |
| они | вспомнят vspómniat | вспоминают vspomináiout |
| passé | вспомнил, вспомнила, вспомнили vspómnil, vspómnila, vspómnili | вспоминал, вспоминала, вспоминали vspominál, vspominála, vspomináli |
Le perfectif dit l’instant où le souvenir revient, et le résultat qui s’ensuit : la chose oubliée est de nouveau disponible. C’est le verbe du nom retrouvé, de l’idée qui surgit, du « ah oui ! » qui interrompt une conversation. Il sert aussi, à la forme négative et après не могу, à dire que l’on cherche sans trouver, puisque c’est l’acte de retrouver lui-même qui fait défaut.
La dernière ligne montre le futur perfectif dans l’un de ses emplois les plus vivants : mot à mot, « je vais me souvenir ». Le souvenir n’est pas encore là, on annonce qu’il arrive. Le francophone, habitué au présent, dit volontiers помню, qui affirmerait au contraire que le souvenir est déjà présent.
L’imperfectif вспоминать a deux emplois. Le premier est la répétition : on revient souvent en pensée vers un lieu, une personne, une époque. C’est le « repenser à » ou le « se remémorer » du français, et le verbe des soirées où l’on échange des souvenirs. Il se construit avec l’accusatif ou avec о et le prépositionnel, sans grande différence de sens. Le second emploi est l’effort : on cherche dans sa mémoire, et la recherche dure.
La dernière phrase résume toute la paire. L’imperfectif y décrit la recherche, avec un adverbe de durée ; le perfectif, le moment où elle aboutit, avec un adverbe de conclusion. On retrouve là le schéma de искать et найти, que la page chercher et trouver expose pour les objets perdus : la mémoire se fouille comme un tiroir, et le russe emploie deux verbes pour la fouille et pour la trouvaille. C’est pourquoi Он долго вспомнил est impossible : un instant ne dure pas.
Il existe enfin une forme pronominale, вспомниться, qui retourne la phrase. Le souvenir devient sujet, la personne passe au datif, et le verbe s’accorde avec le souvenir, exactement comme нравиться s’accorde avec ce qui plaît. La nuance est celle de l’involontaire : vous n’avez rien cherché, le souvenir s’est présenté de lui-même, à propos d’une odeur, d’une chanson, d’un visage croisé.
Le verbe s’accorde avec le souvenir : вспомнилась pour история, féminin, вспомнился pour разговор, masculin, вспомнилось pour детство, neutre. La personne au datif n’intervient jamais dans l’accord.
Le perfectif запомнить se conjugue lui aussi comme помнить : запомню zapómniou, запомнишь, запомнит, et ainsi de suite, l’accent restant sur -по-. L’imperfectif запоминать suit la première conjugaison, comme вспоминать : запоминаю zapomináiou, запоминаешь, запоминает. Une fois l’une des deux paires apprise, l’autre ne demande aucun effort supplémentaire.
Le perfectif désigne un acte unique : on reçoit une information et on la fixe, de sorte qu’elle sera disponible plus tard. Il s’emploie surtout à l’impératif, dans les consignes et les mises en garde, et au passé, pour dire qu’une information a bien été enregistrée.
L’imperfectif sert à la capacité et à l’habitude. On dit de quelqu’un qu’il retient bien ou mal les noms, les visages, les chiffres ; on dit d’une méthode qu’elle aide à retenir. Dans ces phrases, il ne s’agit pas d’une information précise mais d’une aptitude, vraie en tout temps, et l’imperfectif s’impose.
Ne confondez pas retenir et apprendre par cœur. Запомнить dit qu’une information est entrée dans la mémoire, sans préciser sous quelle forme ; pour la restitution mot pour mot d’un poème ou d’une leçon, le russe emploie выучить наизусть výoutchit’ naizoúst’.
La forme pronominale, запомниться, se construit comme вспомниться : la chose retenue devient sujet, la personne passe au datif. Elle dit qu’une chose s’est gravée dans la mémoire sans qu’on l’ait voulu, et s’emploie souvent pour un voyage, une rencontre, un spectacle qui a marqué.
Reprenons l’ensemble sur un seul exemple, un numéro de téléphone que l’on entend, que l’on garde, que l’on perd, et qui revient. Chaque étape a son verbe.
| Ce qui se passe | Verbe | Phrase russe | Français |
|---|---|---|---|
| vous l’entendez et vous le fixez | запомнить | Я запомнил её номер. Ia zapómnil ieió nómier. | J’ai retenu son numéro. |
| il reste en vous des années | помнить | Я долго помнил её номер. Ia dólgo pómnil ieió nómier. | Je me suis longtemps souvenu de son numéro. |
| il finit par s’effacer | забыть | Потом я забыл её номер. Potóm ia zabýl ieió nómier. | Ensuite, j’ai oublié son numéro. |
| il remonte d’un coup | вспомнить | Вчера я вдруг вспомнил её номер. Vtcherá ia vdroug vspómnil ieió nómier. | Hier, son numéro m’est soudain revenu. |
| quelqu’un vous le rend | напомнить | Друг напомнил мне её номер. Droug napómnil mnie ieió nómier. | Un ami m’a rappelé son numéro. |
Observez la colonne des verbes : quatre d’entre eux partagent la même racine, помн-, et ne se distinguent que par leur préfixe. вс- fait remonter le souvenir, за- l’inscrit, на- le fait parvenir à un autre. Ce procédé, qui fabrique des verbes nouveaux à partir d’une racine unique, est décrit pour lui-même à la page la valeur des préfixes verbaux. Quant à забыть, il appartient à une tout autre famille.
Demandez-vous d’abord si l’on retrouve un souvenir ou si l’on enregistre une information, puis si l’acte est unique ou répété.
Le verbe de l’oubli n’a aucun lien de forme avec les précédents. Le perfectif забыть se conjugue sur быть, dont il reprend le futur et le passé : c’est l’un des composés de быть, où le préfixe ne s’analyse plus mais où la conjugaison suit toujours. L’imperfectif забывать est régulier, sur la première conjugaison. Une différence d’accent mérite l’attention : là où была accentue la finale, забыла garde l’accent sur le radical.
| Personne | забыть, futur | забывать, présent |
|---|---|---|
| я | забуду zaboúdou | забываю zabyváiou |
| ты | забудешь zaboúdiech’ | забываешь zabyváiech’ |
| он, она | забудет zaboúdiet | забывает zabyváiet |
| мы | забудем zaboúdiem | забываем zabyváiem |
| вы | забудете zaboúdietie | забываете zabyváietie |
| они | забудут zaboúdout | забывают zabyváiout |
| passé | забыл, забыла, забыли zabýl, zabýla, zabýli | забывал, забывала, забывали zabyvál, zabyvála, zabyváli |
| impératif | забудь, забудьте zaboúd’, zaboúd’tie | забывай, забывайте zabyváï, zabyváïtie |
Le partage des aspects est celui que l’on attend. Забыть dit un oubli qui s’est produit, et dont l’effet demeure : la chose est sortie de la mémoire, ou elle est restée là où on l’a laissée. Забывать dit l’oubli qui se répète, ou celui qui progresse lentement, quand une langue, un visage, une habitude s’effacent peu à peu.
Le verbe accepte à peu près tout ce que le français met après « oublier ». Deux constructions demandent pourtant un regard : l’une a un sens que le français cache, l’autre réclame un choix d’aspect.
| Construction | Exemple | Français |
|---|---|---|
| accusatif | Я забыл его имя. Ia zabýl iegó ímia. | J’ai oublié son prénom. |
| accusatif et lieu | Я забыл телефон дома. Ia zabýl tieliefón dóma. | J’ai oublié mon téléphone à la maison. |
| о et prépositionnel | Я совсем забыл о встрече. Ia sovsiém zabýl o vstriétche. | J’avais complètement oublié le rendez-vous. |
| infinitif | Она забыла закрыть окно. Oná zabýla zakrýt’ oknó. | Elle a oublié de fermer la fenêtre. |
| что, где, как | Я забыл, как это называется. Ia zabýl, kak èto nazyváietsia. | J’ai oublié comment ça s’appelle. |
La deuxième ligne est celle que le francophone emploie le plus. « Oublier ses clés à la maison », c’est les y laisser par mégarde, et le russe dit exactement la même chose : забыть, suivi d’un complément de lieu, dit qu’un objet est resté quelque part parce qu’on n’a pas pensé à le prendre. Le verbe neutre est оставить, dont le partage avec остаться est expliqué à la page laisser et rester : Я оставил ключи дома peut être une décision, Я забыл ключи дома est toujours une distraction.
La troisième ligne oppose о et le prépositionnel à l’accusatif, comme pour помнить. Avec о, c’est un fait ou une obligation qui est sorti de l’esprit ; la langue parlée dit aussi Я забыл про встречу Ia zabýl pro vstriétchou, avec про et l’accusatif. Avec l’accusatif seul, c’est le souvenir lui-même qui s’efface : Я никогда не забуду эту встречу.
La quatrième ligne pose une question d’aspect : l’infinitif qui suit est en règle générale perfectif pour une chose précise que l’on a omis de faire une fois, imperfectif pour une chose habituelle. Le mécanisme est exposé à la page l’aspect de l’infinitif après un verbe.
Reste l’impératif, où les deux aspects ne disent pas la même chose : Не забудь! met en garde contre un oubli précis et imminent, Не забывай! demande de garder quelqu’un ou quelque chose en mémoire, durablement. Cette opposition relève d’une règle plus large, que développe la page l’aspect à l’impératif.
Dans la conversation, les deux réponses disent à peu près la même chose, mais pas du même côté. Не помню constate un état présent : le souvenir n’est pas là. Забыл ou забыла raconte une perte : le souvenir était là, il est parti. Le second s’accorde donc en genre, comme tout passé.
Le dernier verbe de la famille fait intervenir une seconde personne. Напомнить napómnit’, perfectif, et напоминать napominát’, imperfectif, se conjuguent comme вспомнить et вспоминать. Ils signifient « rappeler » au sens de faire se souvenir, et la personne à qui l’on rappelle se met au datif, comme celle à qui l’on donne : le français « rappelle-moi » cache ce cas sous un pronom qui ne le montre pas.
| Ce que l’on rappelle | Construction | Exemple | Français |
|---|---|---|---|
| un rendez-vous, un fait | datif, puis о et prépositionnel | Напомните мне, пожалуйста, о встрече. Napómnitie mnie, pojálouïsta, o vstriétche. | Rappelez-moi le rendez-vous, s’il vous plaît. |
| une chose à faire | datif, puis infinitif | Напомни мне купить хлеб. Napómni mnie koupít’ khlieb. | Rappelle-moi d’acheter du pain. |
| une information | datif, puis accusatif | Напомните, пожалуйста, ваше имя. Napómnitie, pojálouïsta, váche ímia. | Rappelez-moi votre prénom, s’il vous plaît. |
| un fait énoncé | datif, puis что | Он напомнил мне, что завтра собрание. On napómnil mnie, tchto závtra sobrániie. | Il m’a rappelé que demain il y a une réunion. |
La troisième ligne mérite d’être apprise d’un bloc : elle permet de redemander un nom sans avouer brutalement qu’on l’a oublié. On l’entend aussi sous la forme Напомните, как вас зовут Napómnitie, kak vas zovoút. Le datif peut disparaître quand la personne va de soi, comme ici.
L’imperfectif напоминать a un second sens, que le français partage : celui de la ressemblance. La chose évoquée se met à l’accusatif, la personne dans l’esprit de qui se fait le rapprochement reste au datif, et l’imperfectif s’impose, puisqu’une ressemblance dure.
« Je vous rappelle » au téléphone. Le français emploie le même verbe pour la mémoire et pour le téléphone, et l’on voit souvent des apprenants traduire « je vous rappelle demain » par un verbe de la mémoire. Le russe n’a ici aucune hésitation : rappeler, c’est appeler de nouveau, et le verbe est перезвонить pieriezvonít’, construit lui aussi avec le datif.
Complétez chaque phrase. Demandez-vous si l’oubli est unique ou habituel, et qui fait se souvenir qui.
Autour de ces verbes et du nom память pámiat’, la mémoire, le russe a fixé une série de formules qui s’emploient telles quelles. Aucune ne pose de difficulté de grammaire ; toutes en posent une de traduction.
| Formule | Transcription | Sens et emploi |
|---|---|---|
| Не помню. | Nie pómniou. | Je ne sais plus, je ne m’en souviens pas. |
| Помнишь? | Pómnich’ ? | Tu te souviens ? Pour ouvrir un souvenir commun. |
| Подожди, сейчас вспомню. | Podojdí, sieïtchás vspómniou. | Attends, ça va me revenir. |
| Если мне не изменяет память… | Iésli mnie nie izmieniáiet pámiat’… | Si j’ai bonne mémoire… |
| Сколько себя помню… | Skól’ko siebiá pómniou… | Aussi loin que je me souvienne… |
| Совсем из головы вылетело! | Sovsiém iz golový výlietielo ! | Ça m’est complètement sorti de la tête ! |
| Ничего не забыл? | Nitchegó nie zabýl ? | Tu n’as rien oublié ? (à un homme) |
| Забудь об этом. | Zaboúd’ ob ètom. | Oublie ça, n’y pense plus. |
| на память | na pámiat’ | en souvenir |
| по памяти | po pámiati | de mémoire |
| наизусть | naizoúst’ | par cœur |
La quatrième formule se comprend mieux si l’on sait que изменять, dans ce tour, signifie « trahir » : « si la mémoire ne me trahit pas ». Elle précède une date, un nom, un chiffre, et sonne un peu soutenue. La cinquième ouvre un récit de vie : Сколько себя помню, я всегда любил музыку Skól’ko siebiá pómniou, ia vsiegdá lioubíl moúzykou, « aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé la musique ». La sixième présente l’oubli comme une chose qui s’est échappée, non comme une faute.
Le nom память est un féminin en signe mou, et il se décline comme tel : памяти au génitif, au datif et au prépositionnel, памятью à l’instrumental. On l’entend dans quelques tours très utiles, qui complètent ceux du tableau.
Remarquez la préposition de la première ligne : on a la mémoire « sur » les noms, на suivi de l’accusatif, tour figé qui vaut aussi pour les visages et les chiffres.
D’abord l’état. Помнить dit que le souvenir est là. Il n’a pas de perfectif, se met au futur avec буду, prend un complément direct pour la chose dont on garde l’image et о suivi du prépositionnel pour celle que l’on garde à l’esprit.
Ensuite les deux gestes. Вспомнить fait revenir le souvenir ; запомнить le fait entrer. Leurs imperfectifs, вспоминать et запоминать, servent à la répétition, à l’effort qui dure et à la capacité.
Puis la perte et le don. Забыть se conjugue sur быть et dit aussi bien l’oubli d’un nom que l’objet laissé par mégarde. Напомнить met en jeu une seconde personne, au datif quand on la nomme.
Enfin les faux amis du français. « Se souvenir » n’est pas pronominal en russe ; « rappeler » au téléphone ne relève pas de la mémoire ; « apprendre par cœur » n’est pas « retenir ». Ces pièges disparaissent dès qu’on cesse de traduire pour se demander ce que fait le souvenir : il est là, il revient, il entre, il s’en va, ou quelqu’un le rend.
Une affaire de réflexe plus que de règle. Comprendre la différence entre помню et вспомнил prend une minute ; la produire au moment où l’on parle, sans s’arrêter, demande beaucoup de répétition orale. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : on écoute, on répète, et le bon verbe finit par venir tout seul. La méthode LIMBA se suit sur la plateforme web comme dans nos applications. Écoutez la première leçon aujourd’hui, avant que cette page ne vous sorte de la tête.
Tous les verbes de la page sont en jeu. Demandez-vous si le souvenir est là, s’il revient, s’il entre, s’il se perd, ou si quelqu’un le rend.
Plus de cent cinquante pages qui se répondent — la mécanique de la langue, les verbes pris un à un, le vocabulaire par thème — avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
50 leçons de 14 minutes, soit 11 h 39 d’écoute, en fichiers MP3. Je paie une fois, je reçois le lien par courriel, je télécharge le cours entier — ou je l’écoute en ligne.
La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Помнить décrit un état : le souvenir est là, il dure, Я помню этот день. Вспомнить décrit un événement : l’instant où un souvenir absent revient, Я вспомнил его имя. Le français dit « se souvenir » dans les deux cas ; le russe distingue la mémoire qui est là de celle qui revient.
Non, même si certains manuels le présentent ainsi. Помнить est un verbe d’état sans perfectif, dont le futur se forme avec буду : Я буду помнить. Вспомнить désigne un autre procès, le retour du souvenir, et il forme sa propre paire avec вспоминать, comme узнать n’est pas le perfectif de знать.
Avec запомнить pour un acte unique, Запомните это слово, « retenez ce mot », et avec запоминать pour une capacité, Я плохо запоминаю имена, « j’ai du mal à retenir les prénoms ». Apprendre par cœur se dit autrement : выучить наизусть.
Quand le retour vers le passé se répète, Я часто вспоминаю детство, « je repense souvent à mon enfance », ou quand on décrit l’effort de mémoire qui dure, Он долго вспоминал её имя. Le perfectif вспомнить est réservé à l’instant où le souvenir revient : и наконец вспомнил, « et il a fini par le retrouver ».
Les deux existent, avec une nuance. L’accusatif dit qu’on garde l’image d’une chose : Я помню эту встречу, la rencontre a eu lieu et j’en ai le souvenir. La préposition о suivie du prépositionnel dit qu’on garde une chose à l’esprit : Я помню о встрече, je n’oublie pas le rendez-vous. Le second tour est fréquent dans les recommandations, Помни о своём обещании.
Parce que le verbe russe n’est pas pronominal, contrairement à « se souvenir ». La personne qui se souvient est sujet, la chose dont elle se souvient est complément direct, sans préposition : Я помню этот город, « je me souviens de cette ville ». La phrase se construit comme « je vois la mer ».
Sur быть, dont il reprend le futur et le passé : забуду, забудешь, забудет, забудем, забудете, забудут, puis забыл, забыла, забыли. Le féminin забыла garde l’accent sur le radical, alors que была le porte sur la finale. L’imperfectif забывать est régulier : забываю, забываешь.
Exactement comme en français : Я забыл ключи дома pour un homme, Я забыла ключи дома pour une femme. Suivi d’un complément de lieu, забыть dit qu’un objet est resté quelque part par distraction. Le verbe neutre, оставить, dit seulement qu’on l’a laissé, que ce soit voulu ou non.
Cela dépend de ce que l’on demande. Не забудь met en garde contre un oubli précis et proche : Не забудь позвонить маме, « n’oublie pas d’appeler maman ». Не забывай demande de garder quelqu’un ou quelque chose en mémoire, durablement : Не забывай нас, « ne nous oublie pas ».
Dans la conversation, ils se valent presque. Не помню constate un état présent, le souvenir n’est pas là, et se conjugue à la personne. Забыл raconte une perte, le souvenir était là et il est parti, et s’accorde en genre comme tout passé : une femme dit забыла.
Avec напомнить, et la personne au datif : Напомните мне о встрече, « rappelez-moi le rendez-vous » ; Напомни мне купить хлеб, « rappelle-moi d’acheter du pain » ; Напомните, пожалуйста, ваше имя, « rappelez-moi votre prénom ». Le pronom est мне, jamais меня.
Avec l’imperfectif напоминать, qui sert aussi à dire la ressemblance : Вы мне кого-то напоминаете, « vous me rappelez quelqu’un » ; Этот город напоминает мне Париж, « cette ville me rappelle Paris ». La chose évoquée est à l’accusatif, la personne qui fait le rapprochement au datif.
Par перезвонить, appeler de nouveau, qui n’a aucun rapport avec la mémoire : Я вам перезвоню завтра, « je vous rappelle demain ». Employer ici напомнить serait un contresens, puisque ce verbe veut dire faire se souvenir.
Ce sont les formes pronominales de вспомнить et de запомнить. Le souvenir devient sujet, la personne passe au datif, et le verbe s’accorde avec le souvenir : Мне вспомнилась одна история, « une histoire m’est revenue » ; Мне запомнился этот вечер, « cette soirée m’est restée en mémoire ». Elles disent un souvenir qui vient ou qui reste sans qu’on l’ait cherché.
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