Un livre et une note manuscrite ne se lisent pas avec le même alphabet. À la main, une bonne dizaine de lettres russes deviennent méconnaissables — et le clavier russe les range dans un ordre qui n'est celui d'aucun clavier latin.
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Ce que vous avez appris en ouvrant l'alphabet cyrillique concerne les lettres imprimées. C'est la forme utile : celle des livres, des panneaux, des écrans, de tout ce que vous lirez. Nous n'en redonnons pas ici la liste.
La cursive est un second jeu de formes. Les enfants russes le travaillent dès la première année d'école, dans des cahiers-modèles appelés прописи própissi. Le résultat est une écriture entièrement liée, où la plume ne se lève presque jamais et où plusieurs lettres n'ont plus aucun rapport visible avec leur dessin imprimé.
Écrire en capitales d'imprimerie existe, mais reste surtout réservé aux formulaires. Une carte postale, une liste de courses, une adresse notée à la volée : tout cela sera le plus souvent cursif.
Voici d'abord de quoi nommer la chose. Ce sont les mots que vous verrez sur une consigne d'exercice, sur un formulaire ou dans la bouche d'un professeur.
Plusieurs lettres se tracent à peu près comme elles s'impriment : а, е, о, с, к, х ne réservent aucune surprise. Les suivantes, si. Notez que la ressemblance annoncée est celle du tracé, jamais celle du son : un т manuscrit a la forme d'un m et se lit toujours t.
| Lettre | Ce que trace la main | Exemple |
|---|---|---|
| т | un m latin, trois jambages | три tri — trois |
| д | un g latin, boucle sous la ligne | дом dom — la maison |
| и | un u latin | игра igrá — le jeu |
| п | un n latin | парк park — le parc |
| ш | trois jambages arrondis, comme un w | школа chkóla — l'école |
| л | deux jambages, précédés d'un petit crochet d'attaque | луна louná — la lune |
| м | trois jambages, même crochet d'attaque | мост most — le pont |
| г | un simple crochet, à ne pas confondre avec le ч | год god — l'année |
| в | un b latin | вода vodá — l'eau |
| б | un 6 dont le sommet part vers la droite | бумага boumága — le papier |
| з | un 3 dont la boucle descend sous la ligne | завтра závtra — demain |
| у | un y latin, queue sous la ligne | улица oúlitsa — la rue |
| ф | un trait flanqué de deux ovales, qui monte au-dessus de la ligne et descend en dessous | февраль fievrál' — février |
Rien ne remplace la lecture de mots entiers. Ceux-ci cumulent chacun plusieurs des lettres du tableau : couvrez la transcription, déchiffrez, puis vérifiez.
Deux d'entre elles produisent des lectures fausses tenaces. Le д manuscrit se lit spontanément g, et le т se lit m : le mot тот tot — celui-là — arrive sous les yeux comme mom. Faites passer ces deux lettres avant les autres.
Les majuscules ont leurs propres surprises, mais elles sont moins urgentes : on les rencontre en début de phrase et sur les noms propres, là où le contexte aide.
La vraie difficulté n'est pas lettre à lettre. Elle vient de ce que и, ш, щ, м, л, п et т sont faits des mêmes jambages répétés. Un mot qui les enchaîne devient une ligne de vagues, et se déchiffre en comptant les traits : deux pour и, trois pour ш, trois pour т.
L'exemple classique est лишишься : presque tout le mot est fait d'éléments identiques, et seul le sens de la phrase permet de trancher. Plus troublant encore, dans une main régulière, deux suites de lettres différentes s'écrivent de la même façon : le groupe лш de волшебник volchébnik — le magicien — et le groupe ми de домик dómik — la petite maison — sont, sur le papier, le même dessin.
Les Russes ont leurs parades. Beaucoup tracent une barre horizontale au-dessus du т et une barre sous le ш ; d'autres écrivent le т et le д sous leur forme imprimée, au milieu d'un mot cursif. Ces habitudes sont personnelles : rien ne les impose, et vous rencontrerez des mains qui ne les emploient pas.
Une consolation : c'est ce que fait déjà tout francophone devant une écriture rapide. On ne lit pas les lettres, on reconnaît la silhouette du mot. Lire la cursive russe demande donc surtout du vocabulaire : on ne déchiffre bien que les mots qu'on connaît déjà.
Ces trois objectifs n'ont pas le même coût, et il vaut la peine de choisir.
Identifier les treize lettres du tableau ci-dessus. Une heure de travail, et vous ne confondrez plus un menu manuscrit avec une langue inconnue.
Déchiffrer sans effort une main réelle, souvent négligée. Quelques semaines d'exposition, et seulement si vous en avez l'usage : correspondance, archives, administration.
Tracer soi-même une cursive liée et lisible. C'est un apprentissage de calligraphie, long, et dont la plupart des apprenants n'ont aucun besoin.
Notre position est nette : la cursive n'est pas une étape obligatoire du russe. Elle le devient si vous remplissez des formulaires à la main. Les mêmes champs y reviennent d'un papier à l'autre, et ils s'apprennent en une fois.
Un mot sur le ё : à la main non plus, les deux points ne sont pas toujours notés, et un ё qui les perd devient un е — le même abandon qu'à l'impression, traité dans la lettre ё, jamais écrite. Quant à l'accent tonique, il ne change rien à votre affaire : les manuels et les dictionnaires le notent, l'écriture ordinaire ne le note ni à l'impression, ni à la main, ni au clavier.
Le clavier russe porte un nom formé de ses six premières touches, comme azerty ou qwerty : ЙЦУКЕН. Ce n'est pas un clavier latin auquel on aurait ajouté des accents, mais une seconde disposition complète, héritée des machines à écrire et fixée dans sa forme actuelle par Microsoft au début des années quatre-vingt-dix.
| Rangée | Lettres | Touches |
|---|---|---|
| Haut | Й Ц У К Е Н Г Ш Щ З Х Ъ | 12 |
| Milieu | Ф Ы В А П Р О Л Д Ж Э | 11 |
| Bas | Я Ч С М И Т Ь Б Ю | 9 |
Trente-deux touches pour trente-trois lettres : la trente-troisième, le ё, est reléguée tout en haut à gauche, sur la touche qui précède le chiffre 1. Sa place en dit long sur son statut.
La rangée du milieu est celle du repos des doigts, et le russe y a mis ce qu'il emploie le plus : le о, lettre la plus fréquente de la langue, tombe sous l'index droit, et le а sous l'index gauche. Le е, presque aussi courant, est à un doigt de là, sur la rangée du haut. Les lettres rares sont repoussées vers les bords : ф, э, ж, х, ъ. Ce dernier, l'une des plus rares du russe, est exilé à l'extrémité droite de la rangée du haut — sa fonction est expliquée dans signe mou, signe dur.
Pour prendre la disposition en main, tapez des mots qui vous forcent à quitter la rangée du repos. Ceux-ci vont chercher le ё, le щ, le ъ, le э, le ж, le х et le ф — les touches que vos doigts oublieront le plus longtemps.
La virgule demande la touche Maj. C'est la surprise la plus coûteuse. Sur la disposition russe de Windows, la touche à gauche de la touche Maj droite donne un point seule, et une virgule avec Maj. Une langue qui ponctue autant que le russe se tape donc avec un doigt posé sur Maj. Attention, la remarque ne vaut que pour cette disposition-là : la disposition « russe — machine à écrire » et celles d'Apple rangent la ponctuation autrement.
Les lettres latines disparaissent. Tant que la disposition russe est active, aucune lettre latine n'est accessible : il faut basculer. Sous Windows, la bascule se fait d'ordinaire par Windows + Espace ; sous macOS, par Ctrl + Espace ou la touche du globe, selon les réglages. Prenez l'habitude de vérifier la langue active avant de taper, faute de quoi vous obtiendrez des suites du genre ghbdtn : c'est привет priviét — salut — tapé sur un clavier qwerty resté en latin.
Vos touches ne portent pas les bonnes lettres. Trois solutions, par ordre d'efficacité décroissante : garder un schéma du clavier sous les yeux ; afficher le clavier visuel du système ; coller des autocollants cyrilliques sur les touches. Les autocollants rassurent au début et entretiennent ensuite le regard sur les doigts.
Et les dispositions phonétiques ? Certaines associent chaque touche latine à la lettre russe qui lui ressemble : a donne а, b donne б, k donne к, v donne в, s donne с ; les lettres sans équivalent latin, ж, щ, ы, ъ, ь, atterrissent sur les touches de ponctuation. macOS en propose une sous le nom anglais de Russian – Phonetic ; Windows offre depuis Windows 10 un Russian – Mnemonic qui ne suit pas tout à fait le même principe, puisqu'il demande des combinaisons de touches pour certaines lettres. L'avantage est immédiat, l'inconvénient arrive plus tard : aucun ordinateur russe n'aura cette disposition, et vous serez alors sans ressource. Si vous prévoyez d'écrire souvent en russe, apprenez ЙЦУКЕН ; sinon, le compromis est honnête.
Sur téléphone, la question ne se pose pas : ajoutez le clavier russe dans les réglages, les lettres s'affichent à l'écran, et le ё s'obtient d'ordinaire en maintenant le doigt sur le е — le procédé varie selon le clavier installé. C'est souvent par là qu'on commence.
Tapez-les, puis recopiez-les à la main. Elles font travailler les touches inconfortables — ё, щ, ь — et les jambages de la cursive.
Rien de tout cela ne vous fera parler. La cursive et le clavier servent l'œil et la main ; la langue, elle, s'installe par l'oreille. C'est le travail que mène notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le reste du dossier écrit est rassemblé dans la grammaire russe.
Chaque question porte sur un point de cette page : le vocabulaire de l'écrit, les lettres qui changent de dessin à la main, ou le clavier ЙЦУКЕН. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Pas pour parler ni pour lire des textes imprimés. Elle devient utile si vous devez déchiffrer une note, une lettre ou un formulaire remplis à la main. Reconnaître les treize lettres qui changent de dessin demande une heure ; écrire soi-même une cursive liée est un autre travail, beaucoup plus long.
Parce que и, ш, щ, м, л, п et т sont composés des mêmes jambages répétés. On les distingue en comptant les traits — deux pour и, trois pour ш — et en s'appuyant sur le sens de la phrase.
Les deux se tracent en trois jambages. Beaucoup de Russes ajoutent une barre horizontale au-dessus du т et une barre sous le ш. L'usage est fréquent mais facultatif : certaines mains ne le pratiquent pas, et il faut alors deviner par le contexte.
Rien : ce sont les six premières lettres de la rangée supérieure du clavier russe, exactement comme azerty nomme le clavier français. La disposition vient des machines à écrire russes et place les lettres les plus fréquentes sous les doigts les plus forts.
Ni l'un ni l'autre au début. Un schéma de la disposition posé à côté de l'écran, ou le clavier visuel du système, suffit et pousse à mémoriser les positions. Les autocollants dépannent, mais ils entretiennent l'habitude de regarder ses doigts.
Sur la même touche, à gauche de la touche Maj droite, dans la disposition russe de Windows : le point s'obtient seul, la virgule avec Maj. C'est l'inverse du confort auquel un clavier français habitue, et c'est le premier réflexe à prendre.
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