Le russe se parle bien au-delà des frontières de la Russie. Mais les chiffres varient du simple au double selon ce qu’on compte — et selon qui compte.
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On lit partout que le russe compte « deux cent millions de locuteurs ». Le nombre n’est faux que si l’on omet de dire ce qu’il mesure. Voici les expressions russes qui distinguent les questions posées.
La base de données Ethnologue, édition 2026, donne 145 millions de locuteurs de langue maternelle et 65,2 millions en seconde langue, soit 210 millions. C’est l’estimation la plus citée ; elle agrège des sources nationales de qualité très inégale, et son détail n’est pas public.
Un recensement, lui, est une mesure directe — mais il ne mesure qu’un pays. Celui de 2010 a enregistré 137 494 893 personnes déclarant savoir le russe en Russie. Le recensement suivant, en 2021, a donné un total inférieur ; comme une part notable de ses fiches n’a reçu aucune réponse sur les langues, ce total n’est pas comparable au précédent et nous ne le reprenons pas ici.
Une règle de lecture. Un chiffre de locuteurs sans date ni source ne vaut rien. Les recensements de l’ex-URSS ont été menés à des années différentes et avec des questions différentes — « quelle est votre langue maternelle ? » n’est pas « quelle langue parlez-vous à la maison ? ». Toutes les données de cette page portent leur année.
Quatre États membres de l’ONU inscrivent le russe dans leur Constitution, mais pas sous le même titre : langue d’État en Russie et en Biélorussie, langue officielle au Kirghizistan, langue officiellement employée dans les organes de l’État au Kazakhstan. Un cinquième lui reconnaît un statut intermédiaire, nommé d’une formule héritée de l’époque soviétique.
La distinction n’est pas décorative. государственный engage l’État lui-même ; официальный se limite d’ordinaire à l’administration ; la troisième formule ne confère aucun droit précis et décrit un usage.
| Pays | Statut du russe | Texte qui le fonde |
|---|---|---|
| Russie | langue d’État sur tout le territoire | Constitution, article 68 |
| Biélorussie | langue d’État, à égalité avec le biélorusse | Constitution, article 17, après le référendum de mai 1995 |
| Kazakhstan | employé officiellement à égalité avec le kazakh dans les organes de l’État | Constitution, article 7, alinéa 2 |
| Kirghizistan | langue officielle, le kirghize restant langue d’État | Constitution de 2021, article 13 |
| Tadjikistan | langue de communication entre les peuples | Constitution, article 2 |
| Gagaouzie (Moldavie) | l’une des trois langues officielles de la région autonome, avec le gagaouze et le roumain | loi du 23 décembre 1994 sur le statut juridique particulier de la Gagaouzie |
| ONU | l’une des six langues officielles | résolution 2 (I) de l’Assemblée générale, 1er février 1946 |
Au niveau national, la Moldavie a suivi le chemin inverse : le 21 janvier 2021, sa Cour constitutionnelle a déclaré inconstitutionnelle la loi qui venait de faire du russe la langue de communication entre les communautés. Les entités dont le statut international est contesté ne figurent pas dans ce tableau.
À l’ONU, le russe fait partie des cinq langues officielles retenues dès 1946 — l’arabe n’a été ajouté qu’en 1973. Depuis 2010, l’Organisation lui consacre une journée, le 6 juin, jour de naissance de Pouchkine.
C’est là que se joue l’essentiel. Quinze républiques sont devenues quinze États, chacun avec sa politique linguistique, et les courbes divergent nettement.
Le recensement de 2019 a posé deux questions distinctes. 54,1 % de la population a nommé le biélorusse comme langue maternelle ; mais 71,4 % — soit 6 718 557 personnes — a déclaré parler russe à la maison, contre 26,0 % le biélorusse. L’écart entre langue déclarée et langue pratiquée est ici le plus large de la région.
Le dernier recensement ukrainien remonte à 2001 : 67,5 % d’ukrainophones de langue maternelle et 29,6 % de russophones, soit 14 273 670 personnes. Aucun recensement n’a eu lieu depuis, et toute donnée postérieure provient de sondages. La loi de 2019 sur le fonctionnement de l’ukrainien comme langue d’État a par ailleurs modifié en profondeur l’usage public des langues.
Le russe y conserve un statut constitutionnel et reste la langue de l’administration, des affaires et d’une partie de l’enseignement supérieur, tandis que la part de population d’origine russe diminue depuis 1991. Le russe local s’est enrichi de mots empruntés à la langue titulaire : au Kazakhstan, la presse russophone écrit couramment аким et акимат sans les traduire.
Le recensement estonien de 2021 donne 28,5 % d’habitants dont le russe est la langue maternelle — 379 210 personnes —, contre 67,2 % pour l’estonien. En Lettonie, le recensement de 2011 relevait 37,2 % de la population parlant russe à la maison, contre 62,1 % le letton. Depuis, la Lettonie a fait voter des amendements scolaires appliqués par paliers : à la rentrée de septembre 2025, tout le préscolaire et l’enseignement fondamental étaient passés au letton seul.
Deux mots russes désignent cet ensemble. Ils sont datés et ne sont pas neutres, mais vous les rencontrerez :
Hors de l’ancien espace soviétique, presque aucune statistique ne compte les russophones. Les trois cas ci-dessous vont du mieux mesuré au moins mesuré, et l’écart entre les trois est en lui-même instructif.
États-Unis. Ici la mesure existe : l’enquête annuelle du Bureau du recensement, l’American Community Survey, a dénombré 1 021 165 personnes de cinq ans et plus parlant russe à la maison en 2024. Le chiffre est étroit — il ne compte que ce qui se parle à la maison —, mais sa méthode ne change pas d’une année à l’autre, ce qui en fait le seul de cette page qu’on puisse suivre dans le temps.
Allemagne. Ce qui est compté, ce sont les arrivées, non les locuteurs : 2 334 334 personnes sont venues d’Union soviétique et de ses États successeurs entre 1950 et 2005 au titre du retour des Allemands de Russie, l’essentiel après 1987. Le nombre de russophones, lui, n’est établi par aucune enquête allemande ; les chiffres qui circulent sont des estimations, parfois émises par des sources qui sont partie à la question, et nous n’en retenons aucune.
Israël. C’est le cas le moins bien mesuré des trois. Aucun décompte officiel des russophones israéliens n’est publié : ce qui circule relève de l’estimation de presse et non du comptage, et nous n’en reprenons aucun chiffre. Ce qui est établi, c’est l’origine de cette population — l’immigration venue de toute l’ex-URSS depuis les années 1970, et ses descendants.
Les deux premières formes illustrent une mécanique générale : le même mot change de cas selon qu’il répond à « où ? » ou à « vers où ? ». Voyez où et vers où.
Pour l’essentiel, oui, et c’est une particularité du russe. Le territoire est immense, mais la norme y est d’une uniformité remarquable : un interlocuteur de Vladivostok et un autre de Riga se comprennent sans effort. Les dialectes ruraux existent — le nord de la Russie ne réduit pas ses о non accentués —, mais ils ne fragmentent pas la langue commune. Voyez la réduction des voyelles.
Ce qui varie hors de Russie, c’est le lexique emprunté à la langue du pays. Et, aux frontières linguistiques, des parlers mixtes sont apparus, qui ne sont ni du russe ni la langue voisine :
Le verbe называть met à l’instrumental le nom qu’il attribue — суржиком, et non суржик : voyez le cas instrumental. Conséquence pratique, ce que vous apprenez vaut partout ; vous aurez en revanche à vous habituer à des voix très diverses, et cela, seule l’écoute répétée le donne.
Parler du russe dans le monde suppose de savoir dire les pays. Le russe organise cela en trois séries régulières : le nom du pays, un adverbe en по- pour la langue, un nom d’habitant. Les désinences de la deuxième colonne sont celles du cas prépositionnel.
| Pays | « dans ce pays » | « en cette langue » | L’habitant |
|---|---|---|---|
| Россия Rossíia | в России v Rossíi | по-русски po-roússki | русский roússkiï |
| Беларусь Bielaroús’ | в Беларуси v Bielaroússi | по-белорусски po-bielaroússki | белорус bielaroús |
| Украина Oukraína | на Украине na Oukraínie | по-украински po-oukraínski | украинец oukraíniets |
| Казахстан Kazakhstán | в Казахстане v Kazakhstánie | по-казахски po-kazákhski | казах kazákh |
| Киргизия Kirguíziia | в Киргизии v Kirguízii | по-киргизски po-kirguízski | киргиз kirguíz |
| Таджикистан Tadjikistán | в Таджикистане v Tadjikistánie | по-таджикски po-tadjíkski | таджик tadjík |
| Латвия Látviia | в Латвии v Látvii | по-латышски po-latýchski | латыш latých |
| Эстония Èstóniia | в Эстонии v Èstónii | по-эстонски po-èstónski | эстонец èstóniets |
| Литва Litvá | в Литве v Litvié | по-литовски po-litóvski | литовец litóviets |
| Германия Guiermániia | в Германии v Guiermánii | по-немецки po-niemiétski | немец niémiets |
| Израиль Izráil’ | в Израиле v Izráilie | — | — |
La ligne de l’Ukraine appelle une précision immédiate : la forme на Украине retenue ici est l’usage traditionnel du russe, tandis que l’usage officiel ukrainien dit в Украине. Le point est repris plus bas.
L’adverbe n’est pas le nom. On dit говорить по-русски, avec un adverbe, mais знать русский язык, avec un complément direct. Une troisième tournure est tout aussi courante, говорить на русском языке, avec le prépositionnel. Ce qui est faux, et qui est la faute la plus fréquente des débutants, c’est говорить русский.
Deux noms pour certains pays. La forme officielle adoptée après 1991 et la forme traditionnelle coexistent : Беларусь à côté de Белоруссия, Молдова à côté de Молдавия, Кыргызстан à côté de Киргизия. Le choix n’est pas seulement stylistique, et les deux formes ne se déclinent pas de même : Беларусь est un féminin en signe mou, d’où в Беларуси, tandis que Белоруссия suit les féminins en -ия, d’où в Белоруссии. Voyez les féminins en signe mou et la déclinaison du féminin.
Le nom de l’Ukraine pose en outre une question de préposition : l’usage ancien dit на Украине, l’usage officiel ukrainien в Украине, et les deux s’entendent. L’arbitrage entre в et на est traité à la page в ou на.
Citoyen ou peuple. Le russe dispose de deux mots là où le français n’en a qu’un. русский désigne l’appartenance au peuple russe ; россиянин, mot ancien que l’usage officiel a remis en service après 1991, désigne le citoyen de la Fédération, quelle que soit son origine.
Ces noms d’habitants se forment par une poignée de suffixes réguliers, décrits à la page les suffixes du nom ; русский se décline pour sa part comme un adjectif, selon le modèle de la déclinaison de l’adjectif. L’origine du mot lui-même relève de l’histoire du russe et des racines et doublets slavons.
Le russe reste la langue slave la plus parlée. Sa part relative, elle, se déplace. Le service W3Techs, qui relève la langue de contenu des sites les plus consultés, plaçait le russe au deuxième rang mondial au début des années 2010 ; son relevé du 20 septembre 2026 le situe au septième rang, avec 3,4 % des sites, loin derrière l’anglais à 49,5 %.
Un tel indicateur ne compte pas les locuteurs : il mesure une part de marché du Web, que la croissance des autres langues suffit à faire baisser. C’est un signal, non un verdict.
Ce que cela change pour vous. Le russe reste, de l’Estonie au Kirghizistan, le moyen d’entente entre des gens qui n’ont aucune autre langue commune. Sa grammaire est exigeante ; mais elle est la même partout. Elle est exposée en entier à la page la grammaire complète, et notre cours de russe, entièrement audio, la travaille en leçons de quatorze minutes.
Chaque phrase reprend un fait ou une forme exposés plus haut. Choisissez la seule forme possible. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Quatre États membres de l’ONU lui donnent un statut constitutionnel, mais pas le même : langue d’État en Russie (article 68) et en Biélorussie (article 17), langue officielle au Kirghizistan (Constitution de 2021, article 13), langue officiellement employée dans les organes de l’État au Kazakhstan (article 7, alinéa 2). Le Tadjikistan lui reconnaît par son article 2 un statut distinct, celui de язык межнационального общения, langue de communication entre les peuples. Le russe est en outre langue officielle de l’ONU depuis la résolution 2 (I) du 1er février 1946, qui en retenait cinq ; l’arabe, ajouté en 1973, a porté ce nombre à six.
Cela dépend de ce qu’on compte. Ethnologue, édition 2026, donne 145 millions de locuteurs de langue maternelle et 65,2 millions en seconde langue, soit 210 millions : c’est une estimation agrégée, dont le détail n’est pas public. Un recensement, lui, est une mesure directe, mais il ne porte que sur un pays — celui de 2010 a enregistré 137 494 893 personnes déclarant savoir le russe en Russie. Aucun chiffre unique ne répond à la question, et il faut se méfier de ceux qu’on cite sans dire ce qu’ils mesurent.
Oui, pour la grammaire et pour l’essentiel du vocabulaire. Le russe est d’une uniformité remarquable sur un territoire immense. Ce qui change est lexical : le russe du Kazakhstan a intégré des mots kazakhs que la presse locale n’a plus besoin de traduire, comme аким ou акимат. Ce que vous apprenez vaut partout.
Les deux s’entendent. на Украине est l’usage ancien du russe, в Украине celui que l’Ukraine a adopté officiellement. Le choix est devenu un marqueur, et aucune règle grammaticale ne le tranche — l’arbitrage entre в et на est de toute façon lexical en russe, comme l’expose la page qui lui est consacrée.
Parce qu’il sépare le peuple et l’État. русский roússkiï dit l’appartenance au peuple russe ; россиянин rossiiánin, mot ancien que l’usage officiel a remis en service après 1991, désigne tout citoyen de la Fédération de Russie, quelle que soit son origine. Le français ne dispose que de « russe » pour les deux.
Le cadre juridique s’est resserré dans plusieurs pays : loi ukrainienne de 2019 sur la langue d’État, annulation le 21 janvier 2021, par la Cour constitutionnelle moldave, de la loi qui venait d’accorder au russe un statut particulier, passage complet de l’enseignement fondamental letton au letton seul à la rentrée de septembre 2025. L’usage, lui, bouge plus lentement que la loi : en Biélorussie, le recensement de 2019 relevait encore 71,4 % de la population parlant russe à la maison.
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