Là où le français dit « aller », le russe oblige à choisir entre deux verbes — et ce choix n’a rien à voir avec l’aspect. Quatorze paires fonctionnent ainsi. Elles s’apprennent par deux, jamais une à une.
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Un francophone qui veut dire « je vais à l’école » dispose d’un seul verbe. Un russophone doit trancher avant même d’ouvrir la bouche : il dira иду ou хожу, et les deux phrases ne racontent pas la même chose.
Une seule traduction française, deux verbes russes distincts, avec leur infinitif propre et leur conjugaison propre : идти idtí et ходить khodít’. Le phénomène se répète sur toute une série de verbes.
Le groupe est fermé et court : quatorze paires, pas une de plus. Tous les autres verbes de la langue, y compris ceux qui parlent de déplacement, n’ont qu’un seul imperfectif et ne posent aucune question de ce genre.
Aucun de ces trois verbes n’a de jumeau. La difficulté est donc circonscrite : elle tient en une liste que l’on peut afficher au mur, et elle ne s’étend jamais au reste du lexique.
Les grammaires russes nomment les deux séries однонаправленные et разнонаправленные : à sens unique et à sens multiple. Les manuels francophones disent plutôt « déterminé » et « indéterminé ». Les mots importent peu ; ce qui compte est la question à se poser.
Elle décrit un trajet précis, en cours ou projeté, qui va d’un point vers un autre. On peut montrer du doigt d’où l’on part et où l’on arrive.
L’autre membre couvre tout le reste, et son domaine est plus large qu’on ne le croit. Quatre emplois le résument.
La répétition. L’action se produit régulièrement, et chaque occurrence importe moins que l’habitude qu’elles forment.
L’aller-retour accompli. Au passé, la série à sens multiple dit que l’on est parti et revenu. Le français ne marque pas cette nuance ; le russe l’impose.
Le mouvement sans direction fixe. On se déplace à l’intérieur d’un espace, en tous sens, sans destination.
L’aptitude, la caractérisation. Aucun déplacement réel n’a lieu : on dit ce dont quelqu’un est capable, ou ce qu’il fait d’ordinaire.
Résumez le partage ainsi : y a-t-il un trajet unique et orienté ? Si oui, première série ; si non, seconde. Ce raccourci suffit dans la grande majorité des phrases, mais il a ses zones d’ombre, et elles sont réelles. La page идти ou ходить les examine une à une sur le couple le plus fréquent de la langue : c’est là que se règlent les cas douteux, non ici.
Voici la liste complète. Elle est stable : les grammaires russes donnent toutes les mêmes quatorze couples. Apprenez-la comme un bloc de vocabulaire, les deux verbes ensemble, jamais séparés.
| Sens unique | Sens multiple | Signification |
|---|---|---|
| идти idtí | ходить khodít’ | aller à pied, marcher |
| ехать iékhat’ | ездить iézdit’ | aller en véhicule |
| бежать bieját’ | бегать biégat’ | courir |
| лететь lietiét’ | летать lietát’ | voler, aller en avion |
| плыть plyt’ | плавать plávat’ | nager, naviguer |
| ползти polztí | ползать pólzat’ | ramper |
| лезть liezt’ | лазить lázit’ | grimper, se hisser |
| брести briestí | бродить brodít’ | avancer péniblement, errer |
| нести niestí | носить nossít’ | porter dans les bras |
| вести viestí | водить vodít’ | mener quelqu’un, conduire |
| везти vieztí | возить vozít’ | transporter par véhicule |
| тащить tachtchít’ | таскать taskát’ | traîner, tirer |
| катить katít’ | катать katát’ | faire rouler |
| гнать gnat’ | гонять goniát’ | pousser devant soi, chasser |
Deux remarques sur cette liste. D’abord, les huit premières paires sont intransitives : le sujet se déplace lui-même. Les six dernières — нести, вести, везти, тащить, катить, гнать — sont transitives : quelqu’un déplace autre chose, et le complément se met à l’accusatif. Ce sous-groupe a sa page, porter, mener, transporter, car le choix entre les trois premiers dépend du mode de transport et non de la direction.
Ensuite, toutes ces paires ne pèsent pas le même poids. Cinq d’entre elles couvrent la quasi- totalité de la conversation courante : идти, ехать, бежать, лететь et нести, chacune avec son jumeau. Брести, ползти, катить et гнать sont rares hors de leurs emplois spécialisés ou figurés. Commencez par ces cinq-là.
Signalons une variante que vous rencontrerez : лазить possède un doublet лазать lázat’, de même sens. Vous l’entendrez souvent, mais les dictionnaires le marquent toujours comme familier : лазить reste la forme à écrire et à apprendre.
Le partage ne se lit pas seulement dans le sens : il se voit dans la forme. La série à sens multiple est régulière de part en part : sept de ses verbes finissent en -ить et suivent la deuxième conjugaison, les sept autres finissent en -ать et suivent la première. La série à sens unique concentre au contraire une bonne part des irrégularités du verbe russe.
| идти | ходить | ехать | ездить | |
|---|---|---|---|---|
| я | иду idoú | хожу khojoú | еду iédou | езжу iézjou |
| ты | идёшь idióch’ | ходишь khódich’ | едешь iédiech’ | ездишь iézdich’ |
| он, она | идёт idiót | ходит khódit | едет iédiet | ездит iézdit |
| мы | идём idióm | ходим khódim | едем iédiem | ездим iézdim |
| вы | идёте idiótie | ходите khóditie | едете iédietie | ездите iézditie |
| они | идут idoút | ходят khódiat | едут iédout | ездят iézdiat |
Trois faits méritent d’être retenus dès maintenant.
L’accent bouge dans la série à sens multiple. Il tombe sur la finale à la première personne, puis recule sur le radical partout ailleurs : khojoú mais khódich’, nochoú mais nóssich’. Le tableau le note ; il ne l’explique pas, car ce déplacement obéit à des schémas généraux exposés à la page l’accent mobile du verbe.
La première personne fait alterner la consonne. C’est la marque de fabrique de cette série, et elle surprend toujours.
Remarquez les deux formes identiques : вожу peut venir de водить comme de возить, et seul le contexte tranche. Le mécanisme de ces alternances est décrit à la page les alternances du radical.
Le passé de la série à sens unique réserve des surprises. Plusieurs de ces verbes forment leur passé sur un radical qui ne ressemble pas à l’infinitif ; et lorsque ce radical se termine par une consonne, le masculin singulier se passe du -л habituel — нёс, вёз, полз, tandis que шёл et вёл le gardent.
Les règles générales de formation sont à la page le passé ; ces formes-ci s’apprennent avec le verbe. Un dernier détail utile : ехать n’a pas d’impératif propre et l’emprunte à un verbe préfixé, поезжай poiezjáï, « vas-y, pars ». C’est la seule forme reconnue par la norme ; езжай iezjáï s’entend partout à l’oral mais reste familier. La fabrication de l’impératif est exposée à la page former l’impératif.
Les deux membres sont imperfectifs. C’est le contresens le plus fréquent et le plus coûteux : идти et ходить ne forment pas un couple perfectif–imperfectif. Aucun des deux ne peut dire qu’un déplacement a eu lieu une fois et s’est achevé. Ils s’opposent sur la direction, non sur l’aspect, et la superposition des deux systèmes fait du verbe de mouvement le point le plus difficile de la morphologie russe.
Le perfectif vient d’ailleurs : d’un préfixe. Ajouté au membre à sens unique, по- donne un perfectif de mise en route.
Les autres préfixes vont plus loin : ils refont entièrement le couple, et la paire de direction se transforme en véritable paire d’aspect. Nous n’en donnons ici ni la règle ni les exemples, pour ne pas mêler deux mécanismes distincts : tout cela est exposé à la page les préfixes de mouvement. Sur la façon dont les paires d’aspect se constituent dans le reste du lexique, voyez suffixes et paires supplétives.
Une conséquence pratique de cette indépendance : un verbe de mouvement non préfixé au présent peut très bien annoncer l’avenir, sans que rien ne le signale. Завтра я еду в Москву Závtra ia iédou v Moskvoú signifie « demain je pars pour Moscou ». Le français connaît le même tour, mais il le réserve à un projet ferme et proche ; en russe, c’est la façon ordinaire d’annoncer un déplacement à venir. Les autres moyens d’exprimer l’avenir sont à la page les deux futurs.
Cette page pose l’architecture. Quatre difficultés en découlent, et chacune a sa page.
Le trajet ou l’habitude. L’arbitrage fin entre les deux séries, les cas où les deux sont possibles, le passé qui dit l’aller-retour : tout se joue sur le couple идти ou ходить.
Le moyen de déplacement. Le russe ne laisse pas le choix : on ne dit pas идти pour un trajet en train. Comment la langue code la marche, le véhicule et l’avion est traité à la page à pied ou en véhicule.
Le déplacement d’autrui. Trois verbes transitifs se partagent ce que le français dit avec « emmener » : porter, mener, transporter.
Les préfixes. Une quinzaine de préfixes multiplient les quatorze paires et produisent l’essentiel du vocabulaire du déplacement : les préfixes de mouvement.
Reste un cinquième domaine, considérable. Ces verbes servent bien au-delà du déplacement physique : ils disent le temps qui passe, la pluie, le fonctionnement d’une montre, le succès d’un vêtement, l’accord que l’on donne. Ces emplois sont si nombreux et si idiomatiques qu’ils occupent une page entière, les emplois figurés, et nous n’en donnons aucun exemple ici.
Le seul obstacle est la vitesse. Comprendre le partage prend un quart d’heure ; choisir la bonne série dans une phrase qui avance, sans s’arrêter pour réfléchir, prend des mois. Aucune règle écrite ne remplace l’oreille. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Pour situer ce chapitre dans l’ensemble du verbe, voyez comment le verbe fonctionne et la grammaire complète.
Choisissez le verbe et la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Parce qu’il distingue deux façons de se déplacer : un trajet unique et orienté d’un côté, une répétition, un aller-retour ou un mouvement sans direction de l’autre. Я иду в школу dit que l’on est en route ; Я хожу в школу dit que l’on y va régulièrement. Le français rend les deux par le même verbe.
Quatorze paires, soit vingt-huit verbes, et la liste ne bouge pas. Cinq d’entre elles suffisent à la conversation courante : идти–ходить, ехать–ездить, бежать–бегать, лететь–летать, нести–носить.
Non, et c’est l’erreur la plus répandue. Les deux verbes sont imperfectifs. Ils s’opposent sur la direction du déplacement, pas sur l’achèvement de l’action. Le perfectif ne s’obtient qu’en ajoutant un préfixe : пойти poïtí, « partir ».
Ses quatorze verbes finissent tous en -ить ou en -ать, sept de chaque côté, et se conjuguent tous régulièrement. Attention, l’inverse n’est pas vrai : ехать, бежать, гнать, тащить et катить ont la même allure et appartiennent à l’autre série. Le signe sûr est ailleurs : la série à sens unique concentre les irrégularités, y compris des passés bâtis sur un tout autre radical, comme шёл pour идти.
Parce que водить et возить aboutissent à la même première personne : le д et le з alternent tous deux en ж. Я вожу машину veut dire « je conduis une voiture », Я вожу детей в школу « je conduis les enfants à l’école ». Seul le contexte tranche.
Non. Prenez d’abord les cinq plus fréquentes, toujours par deux, avec leur conjugaison complète. Les plus rares — брести, ползти, катить, гнать — ne servent guère en dehors de leurs emplois figurés : il suffit de les reconnaître avant de savoir les produire.
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