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Le russe possède bel et bien un verbe « être » : il a un infinitif, un passé, un futur, un impératif. Il lui manque seulement le présent, et cette unique case vide a fait croire à des générations de francophones que le verbe n’existait pas. Le voici en entier.
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De tous les verbes russes, celui-ci est le seul à être à la fois indispensable et incomplet. Partout où le français met « est », « sont », « suis », le russe ne met rien ; mais dès qu’on quitte le présent, le verbe réapparaît et devient l’un des mots les plus fréquents de la langue. Il faut donc l’apprendre deux fois : une fois pour ce qu’il dit, une fois pour ce qu’il ne dit pas.
L’infinitif est быть byt’. Il s’emploie constamment, et vous l’entendrez dès les premières leçons. Le vieux russe conjuguait ce verbe au présent comme n’importe quel autre, à six personnes ; cette conjugaison est morte, et il n’en reste qu’un débris, la forme есть iest’, qui a d’ailleurs changé de sens en chemin. Toutes les autres formes, elles, sont intactes et d’un usage quotidien.
Ce que cette page traite, c’est donc le verbe lui-même, de l’infinitif au gérondif. La conséquence du trou au présent — une phrase russe complète qui ne contient aucun verbe, Он врач, le tiret de l’écrit, le vide après un pronom — appartient en propre à la page la phrase sans être, et nous n’y reviendrons pas. Ici, nous regardons les formes, leur accord, et le cas qu’elles imposent au mot qui les suit.
| Forme | Russe | Transcription | Ce qu’il faut en savoir |
|---|---|---|---|
| infinitif | быть | byt’ | très fréquent, surtout après un verbe modal |
| présent | есть | iest’ | une seule forme, et elle dit l’existence, non l’identité |
| passé | был, была, было, были | byl, bylá, býlo, býli | accord en genre et en nombre, jamais en personne |
| futur | буду, будешь, будет, будем, будете, будут | boúdou, boúdiech’, boúdiet, boúdiem, boúdietie, boúdout | accord en personne, six formes pleines |
| impératif | будь, будьте | boud’, boúd’tie | surtout dans des conseils et des formules de politesse |
| conditionnel | был бы, была бы, было бы, были бы | byl by, bylá by, býlo by, býli by | la forme du passé suivie de la particule бы |
| gérondif | будучи | boúdoutchi | réservé à l’écrit littéraire ; à reconnaître, non à produire |
Lisez ce tableau de haut en bas et vous verrez le verbe changer deux fois de système d’accord. Le passé ne connaît que le genre et le nombre : quatre formes, et aucune ne désigne une personne. Le futur ne connaît que la personne : six formes, et aucune ne désigne un genre. Un même verbe demande donc deux réflexes différents selon le temps où vous le placez, et c’est là que se fabriquent la plupart des fautes. Au passé, cherchez le sujet et demandez-vous s’il est masculin, féminin, neutre ou pluriel ; au futur, cherchez le sujet et demandez-vous quelle personne il est. La formation du passé en général est exposée à la page le passé, celle du futur à la page les deux futurs.
быть est un verbe imperfectif. Or tous les verbes imperfectifs du russe forment leur futur de la même façon, en plaçant быть conjugué devant leur infinitif. Tous, sauf un : быть lui-même, qui possède un futur simple, буду, sans auxiliaire. C’est logique, puisqu’il ne pourrait être son propre auxiliaire, mais cela fait de lui une exception unique dans le système verbal. Retenez-en la conséquence pratique : буду быть ne se dit pas, jamais, et nous y reviendrons plus bas.
Autre remarque, d’oreille celle-ci. Les formes du futur sont toutes accentuées sur la première syllabe, бу-, et cette syllabe ne bouge pas d’une personne à l’autre. Le passé, lui, déplace son accent, et nous verrons que la négation le déplace encore. Si vous ne devez retenir qu’une chose de cette page avant de l’avoir lue en entier, retenez que le futur de ce verbe est d’une régularité parfaite et que le passé demande de l’attention.
De l’ancienne conjugaison du présent, une seule forme a survécu dans la langue courante, et elle ne s’accorde plus avec rien : есть. Elle ne change ni selon la personne, ni selon le genre, ni selon le nombre. Elle sert pour un nom au singulier comme pour un nom au pluriel, et c’est à vrai dire moins un verbe conjugué qu’un mot invariable qui affirme quelque chose.
Ce quelque chose n’est pas l’identité. есть ne signifie plus « est » : il signifie « il existe », « il y a », « il s’en trouve ». C’est le premier de ses deux emplois, et le plus simple à saisir.
Observez la deuxième phrase : музеи est un pluriel, et есть n’en tient aucun compte. Observez la dernière : accompagnée de la particule и, la forme sert à souligner une identité qu’on vient d’établir, et le français la rend par un adverbe, « c’est bien là ». Cet emploi d’insistance est le seul où есть s’approche encore du sens de « est », et il reste marginal.
Le russe n’a pas de verbe « avoir ». Pour dire qu’on possède quelque chose, il dit qu’il y a quelque chose auprès de quelqu’un : la préposition у suivie du possesseur au génitif, puis есть, puis l’objet possédé au nominatif. La chose possédée est donc le sujet grammatical de la phrase, et le possesseur n’en est qu’un complément.
Cette construction a sa page, dire « avoir », qui en détaille les formes du possesseur et les cas où l’on omet есть. Ce qu’il faut en retenir ici est que les deux emplois ne sont qu’un seul et même emploi : poser une existence. Qu’il y ait un ascenseur dans l’immeuble ou une question dans ma tête, le russe emploie le même mot invariable.
Reste le point qui dérange le plus un débutant : le contraire de есть n’est pas есть nié. On ne dit pas не есть. L’absence se dit par un mot entièrement différent, нет niet, et ce mot met au génitif ce dont il nie l’existence. Vous changez donc de verbe et de cas en même temps.
Comparez les deux dernières lignes avec leurs équivalents affirmatifs et vous verrez que la phrase change de squelette : У нас есть время, avec время au nominatif, devient У нас нет времени, avec un génitif. Le mécanisme de ce génitif est exposé à la page le génitif après la négation.
| Ce qu’on veut dire | Présent | Passé | Futur |
|---|---|---|---|
| il y a | есть iest’ | был, была, было, были byl, bylá, býlo, býli | будет, будут boúdiet, boúdout |
| il n’y a pas | нет + génitif niet | не было + génitif nié bylo | не будет + génitif nie boúdiet |
| accord de l’affirmatif | aucun, la forme est invariable | avec le nom qui suit | avec le nom qui suit |
| accord du négatif | aucun | aucun, la forme est figée au neutre | aucun, la forme est figée au singulier |
La dernière ligne de ce tableau vaut d’être relue. À l’affirmatif, le verbe s’accorde avec le nom : был трамвай, была аптека. Au négatif, il cesse de s’accorder et se fige, parce que le nom est passé au génitif et qu’un génitif ne peut pas être sujet. Il n’y a donc plus rien avec quoi s’accorder, et le verbe prend une forme par défaut.
Un homonyme à connaître immédiatement. есть est aussi l’infinitif du verbe « manger ». Я хочу есть Ia khotchoú iest’ signifie « j’ai faim », mot à mot « je veux manger ». Les deux mots s’écrivent et se prononcent exactement de la même façon, et seule la place dans la phrase les distingue : après un verbe comme хочу, on attend un infinitif, donc « manger ».
Signalons aussi, pour la seule reconnaissance, la vieille forme de troisième personne du pluriel суть sout’. Elle ne survit que dans l’écrit savant, et surtout comme nom signifiant « l’essentiel ». Ne cherchez pas à l’employer.
Choisissez le mot qui convient. Demandez-vous d’abord si la phrase affirme une existence ou la nie. Touchez une réponse, puis Correction.
Au passé, le verbe redevient un verbe ordinaire, et il suit la règle commune : il s’accorde en genre et en nombre avec son sujet, jamais en personne. Quatre formes suffisent donc à couvrir ce que le français étale sur l’imparfait, le passé composé et le plus-que-parfait.
| Accord | Forme | Transcription | Où tombe l’accent |
|---|---|---|---|
| masculin singulier | был | byl | sur le radical, une seule syllabe |
| féminin singulier | была | bylá | sur la terminaison |
| neutre singulier | было | býlo | sur le radical |
| pluriel, tous genres | были | býli | sur le radical |
Trois de ces exemples demandent un commentaire. Dans le premier, le français emploie un sujet vide, « il a plu » ; le russe a un vrai sujet, дождь, qui est masculin, et le verbe s’accorde avec lui. Dans le troisième, il n’y a aucun sujet du tout, et le verbe se fige alors au neutre : c’est la forme par défaut du russe, celle qu’il prend quand il n’a rien avec quoi s’accorder. Dans le cinquième, le verbe ne s’accorde pas avec le possesseur, mais avec l’objet possédé : собака est féminin, d’où была. Changez l’objet et le verbe change avec lui.
Précisons l’affaire de l’accent, car elle s’entend très nettement. Trois formes sur quatre portent l’accent sur le radical. La quatrième, le féminin была, le porte sur la terminaison : le féminin ne se contente donc pas d’ajouter une lettre, il déplace le centre du mot, et à l’oreille il ressemble peu aux trois autres.
Vient ensuite un phénomène rare en russe, et ce verbe est l’endroit où on le rencontre le plus souvent. Sous la négation, l’accent quitte le verbe et se porte sur la particule не, qui d’ordinaire n’en a aucun. Le groupe se prononce alors d’un seul souffle, avec le poids au début. Mais le féminin résiste : il garde son accent final, et la particule reste faible.
| Accord | Affirmatif | Négatif | Ce qu’on entend |
|---|---|---|---|
| masculin | был byl | не был nié byl | l’accent passe sur la négation |
| féminin | была bylá | не была nie bylá | l’accent reste sur la terminaison |
| neutre | было býlo | не было nié bylo | l’accent passe sur la négation |
| pluriel | были býli | не были nié byli | l’accent passe sur la négation |
Ce déplacement ne concerne que le passé. Au futur, la négation ne touche pas à l’accent : не будет se prononce avec le poids sur бу-, comme la forme affirmative. Personne ne vous reprendra si vous accentuez mal les quatre groupes du tableau ; en revanche, ne pas les reconnaître à l’écoute coûte cher, car не был peut facilement passer pour un seul mot. Le schéma général de ces déplacements est exposé à la page l’accent mobile du verbe.
Un emploi mérite d’être isolé, parce qu’il est très courant et qu’il ne ressemble à rien en français. Pour nier une existence ou une présence au passé, le russe emploie не было, qui se fige au neutre et cesse de s’accorder, et met au génitif ce dont il nie l’existence. C’est exactement le passé du нет du présent.
Comparez maintenant deux manières de nier, car le russe en a deux là où le français n’en a qu’une. Avec un sujet au nominatif et le verbe accordé, Она не была дома, on nie un fait, une visite, un séjour : elle n’est pas passée. Avec le génitif et le neutre figé, Её не было дома, on constate une absence à un moment donné : elle n’était pas là quand on a cherché. Les deux phrases se traduisent pareillement en français, et c’est le génitif qui fait toute la différence.
Au futur, le verbe change de système : il abandonne l’accord en genre et se conjugue en personnes, sur un radical qui ne ressemble pas à son infinitif. Rien ici n’est irrégulier au sens des terminaisons — ce sont celles de la première conjugaison — mais le radical буд- ne se devine pas à partir de быть, et il faut l’apprendre tel quel.
| Sujet | Forme | Transcription | Français |
|---|---|---|---|
| я | буду | boúdou | je serai |
| ты | будешь | boúdiech’ | tu seras |
| он, она, оно | будет | boúdiet | il sera, elle sera |
| мы | будем | boúdiem | nous serons |
| вы | будете | boúdietie | vous serez |
| они | будут | boúdout | ils seront, elles seront |
La troisième personne du singulier, будет, est la plus utile des six, parce qu’elle sert aussi dans toutes les phrases sans sujet. Là où le français dit « il fera », « il y aura », « ce sera », avec un « il » qui ne désigne personne, le russe emploie cette forme seule, sans pronom : Завтра будет тепло n’a aucun sujet. La dernière ligne montre la même forme au service de la possession future : la construction est celle du présent, avec будет à la place de есть.
La négation, au futur, procède comme au passé : la forme se fige, le nom passe au génitif, et не будет devient invariable. Notez qu’elle se fige au singulier même si le nom est un pluriel.
Un mot, enfin, sur le conditionnel, puisqu’il se tire du passé et non du futur. Il suffit d’ajouter la particule бы aux quatre formes du passé, qui continuent de s’accorder en genre : Было бы хорошо Býlo by khorochó, « ce serait bien » ; Если бы у меня было время Iésli by ou mieniá býlo vriémia, « si j’avais le temps ». Le fonctionnement de cette particule appartient à la page le conditionnel.
Complétez chaque phrase. Au passé, cherchez le genre du sujet ; au futur, cherchez la personne.
L’impératif se tire du radical du futur et donne deux formes seulement, l’une pour le tutoiement singulier, l’autre pour le vouvoiement et le pluriel. Sa formation ne présente aucune difficulté ; son emploi, lui, demande un avertissement.
| À qui l’on parle | Forme | Transcription | Exemple |
|---|---|---|---|
| une personne, tutoiement | будь | boud’ | Будь осторожен. — Sois prudent. |
| plusieurs, ou vouvoiement | будьте | boúd’tie | Будьте внимательны. — Soyez attentifs. |
| nous, invitation | будем | boúdiem | Будем здоровы! — À notre santé ! |
| défense | не будь, не будьте | nie boud’, nie boúd’tie | Не будь таким упрямым. — Ne sois pas si têtu. |
L’avertissement est celui-ci : cet impératif ne s’emploie presque jamais librement. On ne construit pas des phrases avec lui comme on en construit avec « sois » en français. Il apparaît dans un petit nombre de conseils et surtout dans des formules de politesse figées, qu’il vaut mieux apprendre d’un bloc, sans les analyser.
Observez la dernière ligne de cette liste et la première du tableau : l’adjectif qui suit l’impératif s’accorde avec la personne à qui l’on parle, et non avec le verbe. Будь осторожен s’adresse à un homme, Будь осторожна à une femme, et Будьте осторожны à un groupe ou à une personne qu’on vouvoie. Ce sont des formes courtes de l’adjectif, et c’est l’un des endroits où un francophone s’entend corriger le plus vite. La formation de l’impératif en général est exposée à la page former l’impératif.
Nous arrivons au point le plus utile de cette page, et à celui qui coûte le plus de fautes. Quand le verbe est absent, au présent, l’attribut reste tout simplement au nominatif, puisqu’il n’y a aucun verbe pour le régir : Он врач On vratch, « il est médecin ». Mais dès que быть est exprimé — au passé, au futur, à l’infinitif, au conditionnel — il réclame son cas, et l’attribut nominal passe à l’instrumental.
Le français n’a rien de tel. Chez nous, « il est médecin » et « il était médecin » ne diffèrent que par le verbe ; le mot « médecin » ne bronche pas. En russe, c’est le mot qui suit le verbe qui change de forme, et il change parce que le verbe est là. Apprendre ce verbe, c’est donc apprendre à modifier la fin du mot suivant.
| Temps ou mode | Phrase | Cas de l’attribut |
|---|---|---|
| présent, verbe absent | Он врач. On vratch. | nominatif |
| passé | Он был врачом. On byl vratchóm. | instrumental |
| futur | Он будет врачом. On boúdiet vratchóm. | instrumental |
| infinitif après un verbe | Он хочет быть врачом. On khótchet byt’ vratchóm. | instrumental |
| conditionnel | Он был бы хорошим врачом. On byl by khoróchim vratchóm. | instrumental |
La logique de ce cas est celle du rôle occupé pendant un temps. L’instrumental ne présente pas le métier comme une identité définitive, mais comme une fonction qu’on remplit, une place qu’on tient, un état par lequel on passe. C’est pourquoi il s’étend naturellement à deux autres verbes très utiles. стать stat’, devenir, le réclame toujours ; работать rabótat’, travailler, l’emploie pour dire en quelle qualité on travaille.
Notez la quatrième ligne : quand l’attribut est accompagné d’un possessif ou d’un adjectif, tout le groupe passe à l’instrumental, моей соседкой, et pas seulement le nom. Notez la dernière : même avec un sujet neutre comme это, qui ne désigne personne, l’attribut nominal suit la règle.
| Nominatif | Instrumental | Transcription | Sens |
|---|---|---|---|
| переводчик | переводчиком | pierievódtchikom | traducteur |
| переводчица | переводчицей | pierievódtchitseï | traductrice |
| директор | директором | diriéktorom | directeur |
| журналист | журналистом | journalístom | journaliste |
| журналистка | журналисткой | journalístkoï | journaliste, une femme |
| медсестра | медсестрой | miedsiestróï | infirmière |
| друг | другом | droúgom | ami |
| школа | школой | chkóloï | école |
Les terminaisons sont celles du cas lui-même, qui a sa page : le cas instrumental. Retenez la mécanique pour les deux genres les plus fréquents : les masculins en consonne reçoivent -ом, les féminins en -а reçoivent -ой, et les féminins en -ца donnent -цей.
Il faut être honnête sur les limites de cette règle, et un professeur qui vous dirait « toujours l’instrumental » vous rendrait un mauvais service. La règle est ferme quand l’attribut est un nom et qu’il désigne une fonction, un métier, un rôle, un état temporaire. Elle se relâche dans deux cas.
Le premier est celui de l’identité permanente, non choisie, qui ne peut pas cesser. On rencontre alors aussi le nominatif après la forme du passé, et l’usage hésite. Comme un débutant ne distingue pas facilement ce qui est permanent de ce qui l’est moins, et comme l’instrumental n’est jamais choquant pour une fonction, le conseil pratique est simple : employez l’instrumental, vous serez compris et correct dans l’immense majorité des cas.
Le second cas est celui des adjectifs, et c’est le plus délicat. Quand l’attribut est un adjectif, le russe dispose de plusieurs tours — la forme courte, la forme longue au nominatif, la forme longue à l’instrumental — et le choix dépend de nuances que cette page ne prétend pas trancher. Ce qu’il faut savoir à ce stade est que la forme courte reste au nominatif, et qu’elle est parfaitement sûre : Он был болен On byl bólien, « il était malade » ; Вы были правы Vy býli právy, « vous aviez raison » ; Он будет рад On boúdiet rad, « il sera content ». Pour les adjectifs, préférez donc ces formes courtes et laissez l’instrumental aux noms.
Choisissez la forme de l’attribut, ou la forme de l’impératif. Regardez d’abord si le verbe est exprimé ou absent.
Ce verbe a une seconde vie, et elle est considérable : il sert d’auxiliaire au futur de tous les verbes imperfectifs de la langue. On conjugue быть aux six personnes du futur, on place derrière lui l’infinitif du verbe principal, et c’est tout. Le verbe principal ne bouge plus : il reste à l’infinitif d’un bout à l’autre du tableau.
| Sujet | Forme | Transcription | Français |
|---|---|---|---|
| я | буду читать | boúdou tchitát’ | je lirai |
| ты | будешь читать | boúdiech’ tchitát’ | tu liras |
| он, она | будет читать | boúdiet tchitát’ | il lira, elle lira |
| мы | будем читать | boúdiem tchitát’ | nous lirons |
| вы | будете читать | boúdietie tchitát’ | vous lirez |
| они | будут читать | boúdout tchitát’ | ils liront, elles liront |
Un francophone reconnaît là une structure familière, celle de son futur proche, et il la manie vite. Deux garde-fous s’imposent néanmoins. Le premier : cette construction ne vaut que pour les verbes imperfectifs. Un verbe perfectif n’a pas besoin d’auxiliaire, parce que ses terminaisons de présent expriment déjà le futur ; placer буду devant un infinitif perfectif est une faute, et c’est la plus répandue chez les débutants. La répartition entre les deux procédés, et la notion d’aspect qui la commande, sont exposées à la page les deux futurs.
Le second garde-fou concerne le verbe qui nous occupe : буду быть ne se dit pas. Pour dire « je serai », on emploie буду seul, sans rien derrière. Le francophone, qui attend un attribut ou un infinitif, a l’impression d’une phrase inachevée en entendant Я буду дома ; elle est complète.
L’infinitif быть est d’un usage constant, et c’est par lui que le verbe revient dans des phrases qui, autrement, n’auraient pas de présent. Dès qu’un mot modal réclame un infinitif, c’est быть qui le fournit, et la phrase retrouve un verbe là où elle n’en avait pas.
Trois observations. La troisième ligne illustre la règle de cas vue plus haut : надо commande un infinitif, l’infinitif быть commande l’instrumental, et l’adjectif y passe, осторожным. La cinquième montre au contraire un adjectif court, прав, qui reste au nominatif. La sixième est un tour très courant où la négation entraîne un génitif, ошибки : littéralement « il ne peut pas y avoir d’erreur ».
Comparez enfin deux phrases qui se ressemblent et ne disent pas la même chose. Он должен быть здесь signifie « il doit être ici », avec une obligation. Он должен быть дома peut dire la même chose, mais aussi « il doit être chez lui à l’heure qu’il est », avec une supposition — exactement l’ambiguïté du français. Le russe la connaît aussi, et c’est l’intonation qui tranche.
Du même radical, le russe a tiré un second verbe, бывать byvát’, qui dit non pas « être » mais « être de temps en temps, se trouver régulièrement, fréquenter un lieu ». Il a un avantage considérable sur son aîné : il possède un présent complet, aux six personnes, là où быть n’en a plus. C’est donc par lui que le russe exprime un état répété au présent.
| Sujet | Forme | Transcription | Français |
|---|---|---|---|
| я | бываю | byváiou | je vais parfois, je me trouve parfois |
| ты | бываешь | byváiech’ | tu vas parfois |
| он, она | бывает | byváiet | il va parfois, cela arrive |
| мы | бываем | byváiem | nous allons parfois |
| вы | бываете | byváietie | vous allez parfois |
| они | бывают | byváiout | ils vont parfois |
Les trois dernières lignes montrent un emploi qui déborde le sens premier. Employée seule à la troisième personne du singulier, la forme бывает signifie « cela arrive, c’est une chose qui se produit », et elle sert de réponse toute faite dans la conversation. Niée, elle dit le contraire : ce n’est pas ainsi que les choses se passent. Suivie de что, elle introduit une proposition entière.
Au passé, le verbe s’accorde comme tous les autres, бывал, бывала, бывало, бывали byvál, byvála, byválo, byváli, et il entretient avec был une différence nette : Я был в Москве pose un séjour, une fois, tandis que Я бывал в Москве Ia byvál v Moskvié en annonce plusieurs, « il m’est arrivé plus d’une fois d’aller à Moscou ». Cette opposition est la raison même d’exister du verbe.
Reste un tour qu’un débutant n’a pas besoin de produire, mais qu’il doit savoir reconnaître, parce qu’il ouvre beaucoup de récits et de chansons : бывало placé en tête de phrase, détaché par une virgule, et sorti de tout accord. Il installe le récit dans une habitude ancienne, avec une nuance de nostalgie, et le verbe qui le suit est presque toujours à l’imperfectif.
Aucun verbe russe n’a produit autant de formules figées, et plusieurs d’entre elles comptent parmi les premiers mots qu’on entend en conversation. Elles ne s’analysent pas : on les apprend d’un bloc, avec leur intonation, et l’on gagne du temps sur la grammaire.
| Locution | Transcription | Sens |
|---|---|---|
| может быть | mójet byt’ | peut-être |
| не может быть | nie mójet byt’ | ce n’est pas possible, pas croyable |
| то есть | to iest’ | c’est-à-dire |
| как быть | kak byt’ | que faire, comment s’y prendre |
| так и быть | tak i byt’ | soit, qu’il en soit ainsi |
| будь что будет | boud’ tchto boúdiet | advienne que pourra |
| всё будет хорошо | vsio boúdiet khorochó | tout ira bien |
| будьте добры | boúd’tie dobrý | ayez l’amabilité |
| будьте здоровы | boúd’tie zdoróvy | portez-vous bien |
| будь здоров | boud’ zdoróv | à tes souhaits |
| будем здоровы | boúdiem zdoróvy | à notre santé |
| будьте как дома | boúd’tie kak dóma | faites comme chez vous |
Trois de ces locutions méritent un mot de plus. Может быть, détaché par une virgule, n’est plus une forme verbale mais un adverbe entier, qui se place où l’on veut dans la phrase : Может быть, он уже дома Mójet byt’, on oujé dóma, « il est peut-être déjà chez lui ». То есть est l’outil de reformulation du russe parlé, et vous l’entendrez vingt fois par conversation. Не может быть est une exclamation de surprise, et elle se prononce en détachant les trois mots.
Il existe une façon de combler le présent manquant, et un francophone la découvre souvent avec soulagement avant d’en faire un mauvais usage. Le verbe являться iavliát’sia sert, dans l’écrit administratif et scientifique, à exprimer ce que le présent vide laisse implicite. Sa forme de troisième personne, является iavliáietsia, revient constamment dans les textes officiels et les articles savants.
Deux choses à noter, et une à ne pas faire. La première est que ce verbe exige l’instrumental, sans exception et sans hésitation possible : il n’admet jamais le nominatif derrière lui. La deuxième est qu’il appartient à la famille des verbes en -ся, décrite à la page les verbes en -ся, et qu’il se conjugue comme eux.
Ce qu’il ne faut pas faire, c’est l’employer en parlant. Dans une conversation, является produit l’effet d’un formulaire administratif récité à voix haute : on dit Он директор, deux mots, et c’est tout. Reconnaissez cette forme quand vous la lisez, traduisez-la par un simple « est », et laissez-la dans les textes où vous l’avez trouvée. Signalons enfin, pour éviter un contresens, que la même racine fournit le verbe явиться, qui signifie « se présenter, se montrer », et qui n’a rien à voir avec le sens de « être ».
Le vrai travail est de produire la forme sans y penser. Rien dans cette page ne demande un effort de mémoire considérable : quatre formes au passé, six au futur, deux à l’impératif. La difficulté est ailleurs. Elle consiste à ne rien dire au présent, puis à choisir instantanément entre был et была selon le genre d’un mot, puis à faire passer le mot suivant à l’instrumental — et tout cela au milieu d’une phrase, sans s’arrêter. Cela ne s’obtient qu’à l’oreille, par la répétition orale, ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La méthode LIMBA se suit sur la plateforme web comme dans nos applications : écoutez la première leçon aujourd’hui, pendant que ces quatre formes sont encore fraîches.
Pour aller plus loin, deux voisines immédiates déjà citées plus haut : celle qui traite la conséquence du présent vide, avec le tiret de l’écrit et les tours où l’on ne met rien, et celle qui traite l’autre grand verbe que le russe n’a pas, « avoir ». La vue d’ensemble du dossier est à la page la grammaire complète.
Choisissez la forme que la phrase réclame. Demandez-vous si le verbe porte la personne ou s’il reste à l’infinitif.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
50 leçons de 14 minutes, soit 11 h 39 d’écoute, en fichiers MP3. Je paie une fois, je reçois le lien par courriel, je télécharge le cours entier — ou je l’écoute en ligne.
La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Oui, et il est très vivant. быть byt’ a un infinitif, un passé à quatre formes, un futur à six personnes, un impératif, un conditionnel et même un gérondif. Il lui manque une seule chose, le présent, et c’est précisément la forme que le francophone emploie le plus.
есть ne signifie plus « est » : il affirme une existence ou une présence, « il y a », « il s’en trouve ». On ne dit donc pas Он есть врач, qui sonne comme une traduction mot à mot, mais simplement Он врач. En revanche В городе есть музей est parfait : il y a un musée dans la ville.
Parce que ce n’est plus une forme accordée. L’ancienne conjugaison du présent est morte, et есть en est le seul débris : il a cessé de varier. La même forme sert donc pour В городе есть музей et pour В городе есть музеи, au singulier comme au pluriel.
Par trois formes figées suivies du génitif : нет niet au présent, не было nié bylo au passé, не будет nie boúdiet au futur. Aucune des trois ne s’accorde, parce que le nom nié est passé au génitif et qu’un génitif ne peut pas être sujet. On ne dit jamais не есть.
Sur le radical dans trois cas, был, было, были, et sur la terminaison au féminin, была bylá. Le féminin ne se contente donc pas d’ajouter une lettre : il déplace le centre du mot, et à l’oreille il ressemble peu aux trois autres formes.
Au passé, elle le déplace : l’accent quitte le verbe et se porte sur la particule, si bien que l’on entend не был, не было, не были comme un seul bloc. Le féminin fait exception et garde son accent final, не была. Au futur, rien de tel : не будет garde son accent sur la première syllabe du verbe.
Il se conjugue aux six personnes, буду, будешь, будет, будем, будете, будут, avec les terminaisons de la première conjugaison et l’accent fixe sur la première syllabe. Le radical буд- ne se devine pas à partir de l’infinitif : il faut l’apprendre tel quel, comme un verbe irrégulier.
Parce qu’au présent aucun verbe ne régit l’attribut, qui reste donc au nominatif, tandis que быть exprimé réclame l’instrumental. Dès que le verbe apparaît — au passé, au futur, à l’infinitif, au conditionnel — le mot qui le suit change de forme. C’est une opération que le français ne connaît pas du tout.
Il est le choix sûr quand l’attribut est un nom désignant un métier, une fonction, un rôle ou un état : Он был директором, Это было ошибкой. Quand il s’agit d’une identité permanente, l’usage hésite et le nominatif se rencontre aussi. Et quand l’attribut est un adjectif, préférez la forme courte au nominatif, Он был болен, Вы были правы, qui ne pose aucun problème.
Non, jamais. Ce verbe sert d’auxiliaire au futur de tous les verbes imperfectifs, mais il ne peut pas être son propre auxiliaire : on dit Я буду дома Ia boúdou dóma, et la phrase est complète. C’est le seul verbe imperfectif du russe à posséder un futur sans auxiliaire.
Я был в Москве pose un séjour, une fois. Я бывал в Москве Ia byvál v Moskvié en annonce plusieurs : il m’est arrivé plus d’une fois d’y aller. бывать est un verbe distinct, tiré du même radical, et il dit la répétition ou la fréquentation.
Par бывать, qui possède un présent complet : Я часто бываю в Москве, Он редко бывает дома, Зимой здесь бывает холодно. Employée seule, la forme бывает signifie « cela arrive », et niée, так не бывает, « ce n’est pas ainsi que les choses se passent ».
Presque uniquement dans des conseils et des formules de politesse figées : Будьте добры, Будьте здоровы, Будь здоров, Будьте как дома. On ne construit pas librement des phrases avec lui comme en français. Notez que l’adjectif qui suit s’accorde avec la personne à qui l’on parle : Будь осторожен à un homme, Будь осторожна à une femme.
Il comble le présent manquant dans l’écrit administratif et scientifique : Москва является столицей России Moskvá iavliáietsia stolítseï Rossíi. Il exige l’instrumental, sans exception. Mais ne l’employez pas en parlant : il produit l’effet d’un formulaire récité à voix haute, là où le russe courant dit Он директор, deux mots. Reconnaissez-le, traduisez-le par « est », et laissez-le dans ses textes.
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