Le russe n’a qu’un temps du passé, et il ignore la personne. Il s’accorde en genre et en nombre, comme un adjectif — parce qu’il en fut un.
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Là où le français aligne l’imparfait, le passé composé, le passé simple et le plus-que-parfait, le russe ne possède qu’une seule forme de passé, et elle ne compte que quatre variantes. Le prix à payer est ailleurs : ces variantes ne dépendent pas de celui qui parle, mais du genre du sujet.
Au présent, le verbe russe change à chaque personne : six terminaisons, deux conjugaisons, le tout exposé à la page les deux conjugaisons. Au passé, tout cela disparaît. On prend le radical, on y ajoute -л, puis une marque d’accord : rien pour le masculin, -а pour le féminin, -о pour le neutre, -и pour le pluriel.
| Accord | Forme | Transcription | Exemple de sujet |
|---|---|---|---|
| masculin singulier | читал | tchitál | он, брат, я (un homme) |
| féminin singulier | читала | tchitála | она, сестра, я (une femme) |
| neutre singulier | читало | tchitálo | оно, письмо |
| pluriel, tous genres | читали | tchitáli | мы, вы, они, дети |
Une conséquence pratique s’impose aussitôt. Comme читал vaut pour « je lisais », « tu lisais » et « il lisait », le pronom sujet cesse d’être facultatif. Au présent, le russe peut s’en passer, la terminaison suffisant à désigner la personne ; au passé, l’omettre rend la phrase indéchiffrable. Les formes des pronoms sont à la page les pronoms personnels.
Ce détail ne pardonne pas : une femme qui dit я работал commet une faute que tout Russe entend. Le genre des noms est traité à la page les trois genres.
Le vouvoiement fait le pluriel. Вы adressé à une seule personne entraîne le verbe au pluriel, exactement comme s’il y en avait plusieurs. Aucune marque de genre n’apparaît alors.
À l’inverse, кто, « qui », commande le masculin singulier, même si la réponse attendue est une femme : Кто звонил? Kto zvoníl ?, « Qui a téléphoné ? ».
Pour l’immense majorité des verbes, il suffit de retirer le -ть de l’infinitif et d’ajouter -л. La manœuvre tient en une seconde.
Le point remarquable est ailleurs. Le passé se construit sur l’infinitif — aux quelques irrégularités réunies plus bas près — et ignore les remaniements du présent. Un verbe peut changer de consonne devant les terminaisons du présent sans que le passé s’en aperçoive.
Ces alternances, qui font la difficulté du présent, sont décrites à la page les alternances du radical. Elles n’ont aucune prise sur le passé. C’est pourquoi on peut dire, sans exagérer, que le passé est la partie la plus régulière du verbe russe — et pourquoi il vient souvent en premier dans l’apprentissage. Le fonctionnement d’ensemble du verbe est exposé à la page comment le verbe fonctionne.
Pourquoi un accord en genre ? Parce que cette forme en -л n’était pas un temps, mais un participe, employé avec l’auxiliaire « être ». L’auxiliaire a disparu ; le participe est resté, et avec lui son accord d’adjectif. Cela explique aussi qu’aucune personne n’y soit marquée : un participe ne se conjugue pas.
Voici la première vraie difficulté. Un groupe de verbes, peu nombreux mais très fréquents, perd le -л au masculin singulier — et là seulement. Le féminin, le neutre et le pluriel le gardent. Il s’agit des verbes dont le radical se termine par une consonne : infinitifs en -ти, en -чь, en -зть (лезть, грызть), et les verbes en -ереть.
Une réserve, et elle concerne вести dans le tableau ci-dessous : quand ce radical se termine par д ou т, c’est cette consonne-là qui tombe, et le -л reste. вести, radical вед-, donne вёл ; мести, balayer, donne мёл miol. Le masculin y est irrégulier lui aussi, mais par la chute de la dentale, non par celle du -л.
| Infinitif | Masculin | Féminin | Neutre | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| нести porter | нёс nios | несла nieslá | несло niesló | несли nieslí |
| везти transporter | вёз vioz | везла viezlá | везло viezló | везли viezlí |
| вести mener | вёл viol | вела vielá | вело vieló | вели vielí |
| расти grandir | рос ros | росла roslá | росло rosló | росли roslí |
| мочь pouvoir | мог mog | могла moglá | могло mogló | могли moglí |
| печь cuire au four | пёк piok | пекла pieklá | пекло piekló | пекли pieklí |
| лечь se coucher | лёг liog | легла lieglá | легло liegló | легли lieglí |
| умереть mourir | умер oúmier | умерла oumierlá | умерло oúmierlo | умерли oúmierli |
Deux observations. D’abord le ё de нёс, вёз, пёк : cette lettre porte toujours l’accent, et les Russes l’écrivent presque toujours е, ce qui complique la lecture. Voyez la lettre ё, jamais écrite. Ensuite l’accent, qui se déplace : нёс mais несла. Le schéma de ces déplacements appartient à la page l’accent mobile du verbe.
Le verbe идти idtí, « aller à pied », a un passé emprunté à une tout autre racine. Il ne rejoint pas le groupe précédent — son -л est bien présent au masculin — mais il ne se tire d’aucun infinitif, et il faut l’apprendre tel quel :
Tous les composés suivent : прийти donne пришёл, пришла, пришли prichiól, prichlá, prichlí, « est arrivé » ; уйти donne ушёл, ушла, ушли ouchiól, ouchlá, ouchlí, « est parti » ; найти donne нашёл, нашла, нашли nachiól, nachlá, nachlí, « a trouvé ». Le couple идти et ходить fait l’objet de la page идти ou ходить, et l’ensemble du système à la page le système des paires. Les autres verbes à formes imprévisibles sont rassemblés à la page les verbes irréguliers.
Autre irrégularité, plus discrète. Une série de verbes en -нуть abandonne la syllabe -ну- au passé, et se retrouve alors sans -л au masculin. Ce sont, pour l’essentiel, des verbes intransitifs qui décrivent un changement d’état, et dont le radical se termine par une consonne.
| Infinitif | Passé | Sens |
|---|---|---|
| привыкнуть | привык, привыкла, привыкли privýk, privýkla, privýkli | s’habituer — le -ну- tombe |
| исчезнуть | исчез, исчезла, исчезли istchiéz, istchiézla, istchiézli | disparaître — le -ну- tombe |
| погибнуть | погиб, погибла, погибли poguíb, poguíbla, poguíbli | périr — le -ну- tombe |
| замёрзнуть | замёрз, замёрзла, замёрзли zamiórz, zamiórzla, zamiórzli | geler — le -ну- tombe |
| вернуться | вернулся, вернулась viernoúlsia, viernoúlas’ | revenir — le -ну- reste |
| крикнуть | крикнул, крикнула kríknoul, kríknoula | crier — le -ну- reste |
| отдохнуть | отдохнул, отдохнула otdokhnoúl, otdokhnoúla | se reposer — le -ну- reste |
Aucune règle ne permet de trancher à coup sûr : la liste s’apprend au fur et à mesure. Elle est courte, et les formes fautives — привыкнул pour привык — sonnent en russe comme une faute de français élémentaire.
Les verbes en -ся conservent leur suffixe au passé, mais celui-ci change de forme selon ce qui le précède : -ся après une consonne, -сь après une voyelle. Comme le masculin se termine par -л et les trois autres formes par une voyelle, on obtient une répartition simple : -лся au masculin, -лась, -лось, -лись ailleurs.
| Accord | Forme | Transcription |
|---|---|---|
| masculin | учился | outchílsia |
| féminin | училась | outchílas’ |
| neutre | училось | outchílos’ |
| pluriel | учились | outchílis’ |
Quand le masculin n’a pas de -л, il se termine tout de même par une consonne, et reçoit donc -ся : Извините, я ошибся Izvinítie, ia ochíbsia, « Excusez-moi, je me suis trompé », contre я ошиблась ia ochíblas’ dans la bouche d’une femme.
Au présent, le verbe « être » ne se dit pas. Au passé, il réapparaît, et il devient l’un des mots les plus fréquents de la langue. Ses quatre formes sont à savoir sans hésiter.
| Accord | Forme | Transcription | Exemple |
|---|---|---|---|
| masculin | был | byl | Вчера был дождь. — Hier il a plu. |
| féminin | была | bylá | Она была дома. — Elle était à la maison. |
| neutre | было | býlo | В комнате было окно. — Il y avait une fenêtre dans la pièce. |
| pluriel | были | býli | Мы были в театре. — Nous étions au théâtre. |
L’accent bouge d’une forme à l’autre, et le féminin была se distingue nettement des trois autres. Il bouge encore sous la négation, où не был et не была ne s’accentuent pas de la même façon. Le détail de ces déplacements appartient à la page l’accent mobile du verbe.
Le dernier exemple mérite une remarque : le verbe ne s’accorde pas avec le possesseur, mais avec l’objet possédé — машина est féminin, d’où была. La construction elle-même, qui remplace le verbe « avoir », fait l’objet d’une page distincte. Enfin, quand быть introduit un attribut, ce dernier se met le plus souvent à l’instrumental : Он был врачом On byl vratchóm, « il était médecin ».
L’aspect. Une forme comme читал ne précise pas si la lecture a été menée à son terme. Cette information ne tient pas au temps, mais au verbe choisi : chaque verbe russe appartient à une paire, et les deux membres de la paire forment leur passé exactement de la même façon.
La morphologie est donc identique ; seul le choix change. Ce choix est le véritable obstacle du russe pour un francophone, et il est traité pour lui-même : perfectif et imperfectif pose la distinction, l’aspect au passé expose la décision au passé, et suffixes et paires supplétives montre comment les paires se constituent.
Le conditionnel. Le russe n’a pas de forme propre : il ajoute la particule бы by à la forme du passé, laquelle continue de s’accorder en genre. Я бы хотел Ia by khotiél, « je voudrais » ; Я бы хотела Ia by khotiéla dans la bouche d’une femme. Voyez le conditionnel. Apprendre le passé, c’est donc apprendre deux modes pour le prix d’un.
Les autres temps. Le futur n’emploie pas ce radical et procède de deux manières selon l’aspect : les deux futurs. L’impératif se tire du présent : former l’impératif. Le tableau d’ensemble du dossier est à la page la grammaire complète.
Une difficulté d’oreille avant d’être une difficulté de règle. Personne n’a de mal à comprendre que была répond à un sujet féminin. La difficulté est de produire la bonne forme au moment où l’on parle, sans s’arrêter pour chercher le genre du mot. Cela ne s’obtient que par la répétition orale, ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez la forme du passé qu’appelle chaque sujet. Touchez une réponse, puis Correction.
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Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Un seul. Là où le français distingue l’imparfait, le passé composé et le plus-que-parfait, le russe emploie une forme unique en -л. La nuance que le français confie aux temps, le russe la confie à l’aspect : читал contre прочитал.
Parce que le passé russe s’accorde en genre et en nombre, jamais en personne. Un homme dit я читал ia tchitál, une femme я читала ia tchitála. C’est un héritage : cette forme était à l’origine un participe.
En pratique, oui. Comme читал vaut pour les trois personnes du masculin singulier, rien d’autre que le pronom ne permet de savoir qui agit. Au présent, où la terminaison marque la personne, on peut l’omettre.
Ceux dont le radical se termine par une consonne : les infinitifs en -ти (нёс, вёз, рос), en -чь (мог, пёк, лёг), en -ереть (умер), auxquels s’ajoute ошибся. Le féminin, le neutre et le pluriel gardent le -л. En revanche вёл et шёл ne relèvent pas de ce groupe : leur -л est bien là, c’est une autre consonne qui est tombée.
Il disparaît : привык, привыкла, привыкли. Le phénomène touche surtout des verbes de changement d’état — исчезнуть, погибнуть, замёрзнуть. D’autres gardent la syllabe : крикнул, отдохнул, вернулся. La liste s’apprend verbe par verbe.
Non, la forme du passé n’y est pour rien : c’est le verbe choisi qui le dit. Les deux membres d’une paire aspectuelle forment leur passé de façon identique, et seul le choix entre eux porte l’information. La question est traitée à la page de l’aspect au passé.
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