Le russe possède, à côté de l’adjectif ordinaire, une seconde forme réduite à quatre variantes. Elle ne connaît ni cas ni déclinaison et ne peut occuper qu’une seule place dans la phrase.
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La plupart des adjectifs qualificatifs russes existent sous deux habits. Le premier est celui que donnent les dictionnaires et que décrit la page la déclinaison de l’adjectif : une forme longue, qui s’accorde en genre, en nombre et en cas. Le second est une forme courte, réduite à quatre variantes : masculin, féminin, neutre, pluriel. Aucun cas. Aucune déclinaison.
La différence de place est la première chose à retenir, et le russe d’aujourd’hui ne l’enfreint jamais, hors quelques locutions figées signalées en fin de page. La forme longue peut être épithète — collée au nom qu’elle qualifie — ou attribut. La forme courte ne peut être qu’attribut, c’est-à-dire séparée du nom par le verbe, ou par le silence qui tient lieu de verbe en russe : le présent de « être » ne s’écrit pas. Comme le russe n’a par ailleurs ni article défini ni article indéfini, la phrase se réduit à deux mots.
Écrire нов дом est impossible. L’inverse — employer la forme longue en attribut — reste correct : Дом новый Dom nóvyï se dit très bien, et c’est même la tournure la plus courante à l’oral.
On retire la terminaison de la forme longue et l’on ajoute la marque du genre. Le masculin ne reçoit rien du tout : il s’arrête sur la consonne du radical.
| Forme longue | Masculin | Féminin | Neutre | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| красивый krassívyï | красив krassív | красива krassíva | красиво krassívo | красивы krassívy |
| готовый gotóvyï | готов gotóv | готова gotóva | готово gotóvo | готовы gotóvy |
| похожий pokhójiï | похож pokhój | похожа pokhója | похоже pokhóje | похожи pokhóji |
| молодой molodóï | молод mólod | молода molodá | молодо mólodo | молоды mólody |
Les marques sont donc : rien au masculin, -а au féminin, -о au neutre, -ы au pluriel, unique pour les trois genres. Deux ajustements orthographiques suivent des règles connues. Le pluriel s’écrit -и partout où la règle des sept lettres l’impose : похожи, дороги, хороши, узки. Et après ж, ч, ш, щ, le neutre s’écrit -е tant qu’il ne porte pas l’accent — похоже pokhóje — et -о dès qu’il le porte : свежо sviejó. C’est le genre du nom sujet qui commande l’accord ; la page les trois genres en donne les repères.
Le masculin s’arrête sur la consonne finale du radical. Quand ce radical se termine par deux consonnes, le russe insère presque toujours une voyelle pour briser le groupe. Cette voyelle n’apparaît qu’au masculin : les trois autres formes, qui ont une terminaison, n’en ont pas besoin. Quelques adjectifs y échappent et gardent leur groupe final tel quel : добр dobr, быстр bystr, мудр moudr.
| Forme longue | Masculin | Féminin | Voyelle insérée |
|---|---|---|---|
| интересный | интересен intieriéssien | интересна intieriésna | -е- |
| нужный | нужен noújen | нужна noujná | -е- |
| свободный | свободен svobódien | свободна svobódna | -е- |
| довольный | доволен dovólien | довольна dovól’na | -е-, le signe mou disparaît |
| больной | болен bólien | больна bol’ná | -е-, le signe mou disparaît |
| голодный | голоден gólodien | голодна golodná | -е- |
| узкий | узок oúzok | узка ouzká | -о- après к |
| лёгкий | лёгок liógok | легка liegká | -о- après г |
| полный | полон pólon | полна polná | -о- |
| умный | умён oumión | умна oumná | -ё- accentuée |
| сильный | силён silión | сильна sil’ná | -ё- accentuée |
La tendance est claire, sans être une loi : -о- après к, г, х et dans quelques mots comme полон ; -е- partout ailleurs ; -ё- quand elle porte l’accent. Le nom connaît la même insertion à son génitif pluriel : voyez la voyelle mobile.
La forme courte est l’un des endroits du russe où l’accent bouge le plus. Le féminin, en particulier, attire très souvent l’accent sur sa terminaison. Trois comportements se dégagent.
| Schéma | Masculin | Féminin | Neutre | Pluriel |
|---|---|---|---|---|
| Accent fixe | готов gotóv | готова gotóva | готово gotóvo | готовы gotóvy |
| Accent fixe | свободен svobódien | свободна svobódna | свободно svobódno | свободны svobódny |
| Féminin seul déplacé | молод mólod | молода molodá | молодо mólodo | молоды mólody |
| Féminin seul déplacé | дорог dórog | дорога dorogá | дорого dórogo | дороги dórogui |
| Terminaison accentuée, sauf au masculin | умён oumión | умна oumná | умно oumnó | умны oumný |
| Terminaison accentuée, sauf au masculin | хорош khoróch | хороша khorochá | хорошо khorochó | хороши khorochí |
Le pluriel hésite souvent entre les deux places, et les dictionnaires enregistrent alors deux prononciations également reçues : новы se lit nóvy ou nový, веселы se lit viéssiely ou viessielý. Les tableaux et les exemples de cette page donnent à chaque fois la première des deux. Le masculin de сильный hésite lui aussi, mais le partage y est tranché : силён silión est la forme d’aujourd’hui, силен sílien une variante que les dictionnaires donnent pour vieillie. Aucune règle ne permet de prévoir le schéma : il s’apprend avec le mot, comme l’accent mobile du nom. La page l’accent tonique dit ce que cette instabilité coûte à l’oreille d’un francophone.
En attribut, les deux formes se disputent la place. Quatre critères permettent de trancher. Aucun n’est absolu, mais ils couvrent l’essentiel.
La forme courte dit un état constaté à un moment ; la forme longue, une propriété stable. La différence se voit bien avec les adjectifs de santé ou d’humeur.
C’est l’emploi le plus utile au quotidien. La forme courte, accompagnée d’un datif de personne, dit qu’une chose dépasse ou n’atteint pas la taille voulue. Le français traduit par « trop ».
Notez le piège : велик et мал sont en propre les formes courtes de великий et малый, et l’usage les prête à большой et маленький, qui n’en ont pas ; mais elles ont glissé vers ce sens d’excès. Комната велика ne dit pas que la pièce est grande, mais qu’elle est trop grande. Le datif employé ici est décrit à la page le cas datif.
Dès que l’adjectif traîne derrière lui un complément — une préposition, un nom à un cas oblique, un infinitif — la forme courte devient obligatoire. C’est le critère le plus mécanique des quatre, donc le plus sûr.
Chacun de ces adjectifs impose son cas, comme le ferait un verbe : доволен réclame l’instrumental, полон réclame le génitif, похож réclame на suivi de l’accusatif ; le système entier est exposé à la page les six cas.
À sens égal, la forme courte est plus écrite, plus tranchée, plus proche du jugement. Он умён pèse plus lourd que Он умный, qui sonne comme une remarque en passant. La langue parlée préfère la forme longue ; la prose, la presse et les formules d’usage préfèrent la courte.
Au passé et au futur. Le verbe быть byt’ reparaît hors du présent, et la forme courte reste au nominatif à côté de lui : Он был болен On byl bólien, Завтра я буду свободен Závtra ia boúdou svobódien. Avec la forme longue, en revanche, le russe met l’adjectif à l’instrumental : Он был больным. Les formes du verbe se trouvent aux pages le passé et les deux futurs.
Ce mot n’a pas de forme longue dans ce sens : il n’existe qu’en forme courte. Il s’accorde avec le sujet, puis se fait suivre d’un infinitif. Le français dit « devoir », le russe ne conjugue rien.
Le dernier exemple montre le second sens, celui de la dette : la personne à qui l’on doit se met au datif, la chose due à l’accusatif.
Voici le point où les francophones se trompent le plus. нужен s’accorde avec la chose dont on a besoin, jamais avec la personne, qui reste au datif. Là où le français fait de la personne le sujet — « j’ai besoin de » — le russe fait de l’objet le sujet.
Les constructions impersonnelles voisines — надо, можно, мне холодно — relèvent d’une autre page, celle des tournures impersonnelles, qui n’est pas encore en ligne.
Tous les adjectifs ne forment pas de forme courte, et le partage n’a rien d’arbitraire : elle exprime un état, or beaucoup d’adjectifs russes disent une origine, une matière, une appartenance.
Les adjectifs de relation — русский roússkiï, деревянный dierieviánnyï, вчерашний vtcheráchniï, детский diétskiï — n’en forment pas. Ils disent ce qu’une chose est, non dans quel état elle se trouve ; ils sont traités à la page les adjectifs de relation. большой et маленький n’en ont pas non plus, et empruntent велик et мал à великий et малый, avec le glissement de sens signalé plus haut.
рад rad, « content », n’a pas de forme longue : рад, рада, радо, рады. Même chose pour должен : la forme longue должный existe, mais elle signifie « dû, requis » et ne le remplace jamais. Ces mots sont peu nombreux, mais très fréquents, et il faut résister à la tentation de leur fabriquer une forme longue par analogie.
Un voisinage mérite d’être signalé. Les participes passés passifs ont eux aussi une forme courte — открыт otkrýt, закрыто zakrýto — bâtie de la même manière. Ce ne sont pourtant pas des adjectifs, et ils relèvent de la page consacrée au passif, qui n’est pas encore publiée.
Le neutre court ressemble à un adverbe. Il lui ressemble parce que les deux sortent de la même source : интересно, хорошо, трудно peuvent être l’un ou l’autre. La place tranche. Это интересно Èto intieriésno, « c’est intéressant », est un attribut ; Он говорит интересно On govorít intieriésno, « il parle de façon intéressante », est un adverbe.
Le comparatif fonctionne comme elle. Le comparatif court russe — интереснее, труднее — ne s’accorde pas davantage et ne se décline pas non plus. Il occupe la place d’une forme courte, en attribut, ce qui n’est pas un hasard de forme mais une parenté réelle. Voyez comparatif et superlatif.
Quelques formes courtes anciennes se déclinaient. Le russe médiéval déclinait la forme courte comme un nom ; il en reste des fossiles figés dans des locutions : средь бела дня sried’ biéla dnia, « en plein jour », на босу ногу na bóssou nógou, « à même le pied ». On les reconnaît, on ne les produit pas.
Ce qui se travaille, ici, c’est l’accord instantané. Savoir que нужен s’accorde avec l’objet demande une minute ; dire Мне нужна машина sans compter le genre, dans une phrase qui avance, demande des dizaines de répétitions. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le reste de la grammaire est classé à la page la grammaire complète.
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C’est une seconde forme de l’adjectif, réduite à quatre variantes — masculin, féminin, neutre, pluriel — et dépourvue de déclinaison : новый donne нов, нова, ново, новы. Elle ne peut être qu’attribut, jamais épithète.
Elle est obligatoire dès que l’adjectif porte un complément : готов к экзамену, похож на отца, доволен работой. Ailleurs, elle marque un état passager plutôt qu’une qualité permanente, et appartient à un registre plus écrit.
Parce que le masculin s’arrête sur la consonne du radical, et que le russe n’accepte pas le groupe final -сн. Une voyelle mobile s’insère pour le briser : -е- le plus souvent, -о- après к, г, х, -ё- quand elle porte l’accent comme dans умён.
Avec la chose dont on a besoin, jamais avec la personne. On dit Мне нужен словарь, Мне нужна книга, Нам нужны деньги : la personne reste au datif et ne commande aucun accord.
Les adjectifs de relation, qui disent une matière, une origine ou une appartenance : русский, деревянный, вчерашний, детский. большой et маленький n’en ont pas non plus et empruntent велик et мал, formes courtes de великий et малый, qui signifient « trop grand » et « trop petit ».
Très souvent, et le féminin est le plus touché : молод mais молода, дорог mais дорога. Trois schémas dominent — accent fixe, féminin seul déplacé, masculin seul immobile — mais aucun ne se déduit de la forme écrite : il s’apprend avec le mot.
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