Le russe s'écrit avec trente-trois lettres. Cinq se lisent comme en français, huit ont l'allure d'une lettre latine sans en avoir la valeur — et ce sont celles-là qui coûtent le plus cher.
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L'alphabet russe compte trente-trois lettres : dix voyelles, vingt et une consonnes, et deux signes qui ne notent aucun son. C'est l'affaire de quelques jours de travail, pas de quelques mois. L'alphabet n'est pas la difficulté du russe ; il en est seulement le péage.
Tant que le déchiffrage n'est pas automatique, tout le reste est ralenti. Un mot qu'on épelle est un mot qu'on ne retient pas. Mieux vaut donc passer ce péage vite et une bonne fois.
Contrairement à ce qu'on croit, les lettres réellement nouvelles ne posent presque aucun problème. Ж, Щ, Ы n'évoquent rien pour un francophone : elles s'installent proprement, sans concurrence. Ce qui résiste, ce sont les lettres qui ressemblent à des lettres latines. L'œil les lit à la française pendant des semaines.
Apprendre les trente-trois lettres dans l'ordre alphabétique est le plus mauvais chemin. Rangez-les plutôt selon l'effort qu'elles demandent.
Même dessin, même valeur qu'en français. Rien à apprendre.
| Lettre | Se lit | Exemple |
|---|---|---|
| А а | a | там tam — là-bas |
| К к | k | кот kot — le chat |
| М м | m | мама máma — la maman |
| О о | o | окно oknó — la fenêtre |
| Т т | t | тут tout — ici |
Le cœur du problème. Ces lettres ont une forme latine familière et une autre valeur. Elles ne s'apprennent pas, elles se désapprennent : il faut éteindre un réflexe de lecture installé depuis l'enfance.
| Lettre | Se lit | Et non | Exemple |
|---|---|---|---|
| В в | v | b | вода vodá — l'eau |
| Е е | ié, é | e français | нет niet — non |
| Ё ё | io | e | мёд miod — le miel |
| Н н | n | h | нос nos — le nez |
| Р р | r roulé | p | рука rouká — la main |
| С с | s | c | сын syn — le fils |
| У у | ou | u | утро oútro — le matin |
| Х х | kh raclé | x | хлеб khlieb — le pain |
Le у est le plus tenace des huit, parce qu'il est fréquent et que le u français n'existe pas en russe : aucune lettre ne viendra jamais occuper la place que votre œil lui réserve.
Ces huit lettres ne sont pas une curiosité de manuel : elles vous attendent sur la première porte et le premier menu venus. Lisez ces six mots à voix haute, lentement.
Le dernier réunit six des huit faux amis à lui seul : с, у, в, е, н, р.
Dessin inconnu, son connu. Elles s'apprennent par pure mémoire visuelle, ce qui va vite.
| Lettre | Se lit | Exemple |
|---|---|---|
| Б б | b | брат brat — le frère |
| Г г | g toujours dur | город górod — la ville |
| Д д | d | дом dom — la maison |
| З з | z | зима zimá — l'hiver |
| И и | i | имя ímia — le prénom |
| Л л | l | лампа lámpa — la lampe |
| П п | p | письмо pis'mó — la lettre (la missive) |
| Ф ф | f | фильм fil'm — le film |
| Э э | è | этаж ètáj — l'étage |
Le г ne prend jamais le son du j français, même devant e ou i. Nous le transcrivons donc gu dans ce cas, pour éviter la lecture française.
Celles que l'alphabet latin ne sait pas noter d'un seul signe. Le russe, lui, y consacre une lettre, ce qui rend son orthographe remarquablement économe.
| Lettre | Se lit | Exemple |
|---|---|---|
| Ж ж | j de « jour » | журнал journál — la revue |
| Й й | ï bref | чай tchaï — le thé |
| Ц ц | ts | центр tsentr — le centre |
| Ч ч | tch | час tchas — l'heure |
| Ш ш | ch dur | школа chkóla — l'école |
| Щ щ | chtch | борщ borchtch — le bortsch |
| Ъ ъ | aucun son | подъезд podiézd — l'entrée d'immeuble |
| Ы ы | y sourd | рыба rýba — le poisson |
| Ь ь | aucun son | дверь dvier' — la porte |
| Ю ю | iou | юг ioug — le sud |
| Я я | ia | мясо miáso — la viande |
Quatre d'entre elles — ж, ц, ч, ш — n'ont plus rien de difficile une fois le dessin retenu. Huit mots courants suffisent à les installer.
Deux de ces lettres méritent une mise en garde. Le ы n'est pas un i : il se forme plus en arrière dans la bouche, et il distingue des mots entiers. Il est partout, y compris dans les pronoms les plus fréquents.
Le щ n'est pas un ш renforcé : c'est un ch long et mouillé, que nous transcrivons chtch faute de mieux. Quatre consonnes pour une lettre : c'est là que le russe est plus économe que nous.
Le meilleur entraînement des premiers jours consiste à lire des mots empruntés. Vous en connaissez déjà le sens : toute votre attention reste disponible pour les lettres.
Viennent ensuite les mots que vous emploierez le premier jour. Ceux-là, il faut les lire et les entendre : здравствуйте est long à l'œil et bref à l'oreille.
Le й n'est pas une voyelle mais un i très bref, qui ferme la syllabe. Il se distingue du и par le petit signe courbe qui le surmonte — un détail que l'œil débutant saute régulièrement.
Le signe mou ь et le signe dur ъ ne notent aucun son. Ils règlent la lecture de ce qui les entoure. Le signe mou, très fréquent, amollit la consonne qui le précède.
Le signe dur, beaucoup plus rare, fait l'inverse : il sépare le plus souvent un préfixe de la voyelle qui suit, et empêche les deux de se souder.
Nous rendons le signe mou par une apostrophe dans nos transcriptions ; le signe dur, lui, n'y laisse aucune trace, puisqu'il ne correspond à aucun son. Ce que le signe mou fait réellement à la consonne, et pourquoi le signe dur existe encore, appartient à deux autres pages : les consonnes molles et signe mou, signe dur.
Connaître les trente-trois lettres permet de déchiffrer, pas encore de prononcer. Quatre informations manquent à l'écrit russe, et il vaut mieux savoir dès maintenant qu'elles manquent.
L'accent tonique n'est presque jamais noté. Les dictionnaires, les manuels et les livres pour enfants le marquent ; un texte ordinaire ne l'écrit que pour lever une ambiguïté. Et il tombe à des places imprévisibles : рука rouká et окно oknó sur la fin, рыба rýba et лампа lámpa sur le début. C'est une information qu'il faut apprendre mot par mot. Voir l'accent tonique.
Le ё est imprimé е. Dans les livres et les journaux, les deux points disparaissent presque toujours ; vous lirez мед là où le mot est мёд miod. Voir la lettre ё, jamais écrite.
Les voyelles non accentuées changent de son. Nos transcriptions suivent l'orthographe, lettre à lettre, et non la prononciation réelle : elles vous servent à lire un mot que vous ne savez pas encore déchiffrer. La façon dont les voyelles se déforment loin de l'accent est traitée dans la réduction des voyelles.
Les consonnes se contaminent entre elles. Une sonore devient sourde en fin de mot et au contact d'une sourde. Voir assourdissement et assimilation.
Enfin, les dix voyelles fonctionnent par paires : à chaque voyelle « dure » répond une voyelle « molle » qui commande la consonne précédente. C'est la clé de tout le système graphique du russe, et elle est expliquée dans les voyelles par paires. Elle a une conséquence orthographique constante, la règle des sept lettres, qui interdit certaines combinaisons de lettres et que vous rencontrerez dans chaque tableau de déclinaison.
L'alphabet s'apprend par l'œil, la langue s'apprend par l'oreille. Les deux travaux sont distincts, et le second est le plus long. C'est celui que mène notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
L'ordre alphabétique russe suit celui du grec là où il le peut : а б в г д е ё ж з и й к л м н о п р с т у ф х ц ч ш щ ъ ы ь э ю я. Il faut le connaître pour ouvrir un dictionnaire, et seulement pour cela. Notez la place des deux signes : ils ne se suivent pas, le ы s'est glissé entre eux, et les trois dernières voyelles ferment la marche.
Ce que vous venez de lire concerne l'alphabet imprimé. La cursive russe est un tout autre objet : plusieurs lettres y deviennent méconnaissables, et une suite de и, ш et м manuscrits ressemble à une ligne de vagues. La disposition de clavier ЙЦУКЕН pose encore un autre problème. Ces deux sujets ont leur page : la cursive et le clavier.
Le cyrillique est né au neuvième siècle dans le monde slave du Sud, dans l'entourage des disciples de Cyrille et Méthode. Il doit sa forme au grec, ce qui explique г, д, л, п, ф ; les lettres proprement slaves, ж, ш, щ, ц, ont été ajoutées pour des sons que le grec ne notait pas.
Deux dates expliquent son aspect actuel. En 1708, Pierre le Grand impose la graphie civile, un dessin de caractères aligné sur les typographies européennes et réservé aux publications profanes ; l'aspect moderne des lettres date de là. En 1918, une réforme supprime quatre lettres devenues inutiles — ѣ, і, ѳ, ѵ — et met fin au signe dur final que l'on trouve encore sur les enseignes anciennes. C'est de cette réforme que date la liste actuelle.
Le ё est le plus récent : proposé en 1783 à l'Académie de Saint-Pétersbourg, il a été diffusé par l'écrivain Karamzine à la toute fin du dix-huitième siècle. Sa jeunesse explique en partie qu'on continue de s'en passer à l'impression.
Chaque question porte sur une lettre ou sur une règle de lecture vue plus haut. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Trente-trois : dix voyelles, vingt et une consonnes, et deux signes sans son propre, le signe mou ь et le signe dur ъ.
Quelques jours pour le reconnaître, quelques semaines pour lire sans effort. Le retard vient rarement des lettres nouvelles : il vient des huit faux amis — В Е Ё Н Р С У Х — que l'œil continue de lire à la française.
Р se lit r et non p, С se lit s, Н se lit n, В se lit v et У se lit ou. Le mot ресторан riestorán en contient quatre à lui seul, et сувенир souvienír six sur huit.
Parce que les Russes n'en ont pas besoin : ils le savent. Les manuels et les dictionnaires le marquent pour les étrangers ; un texte ordinaire ne le marque que pour distinguer deux mots qui s'écrivent de la même façon. Il s'apprend donc avec chaque mot, comme le genre d'un nom en français.
Non, il n'a pas de son propre. Il amollit la consonne qui le précède, ce qui change le mot : le т de мать mat' n'est pas le т dur de там tam. Nous le rendons par une apostrophe.
Rien n'y oblige. L'imprimé suffit pour lire, et c'est la priorité. La cursive devient utile si vous écrivez à la main ou si vous devez déchiffrer une écriture manuscrite ; elle demande alors un apprentissage à part, plusieurs lettres y étant méconnaissables.
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