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Le français dit « pour » devant un cadeau, une somme, une semaine, une cause qu’il défend et un but qu’il poursuit. Le russe n’a aucun mot qui couvre tout cela : il choisit entre для, ради, на, за, по et чтобы selon le rapport que « pour » exprime, et chaque préposition arrive avec son cas.
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Peu de mots français voyagent aussi mal que « pour ». Il désigne la personne qui recevra un cadeau, l’être pour qui l’on se sacrifie, la voiture pour laquelle on économise, la semaine que l’on compte passer quelque part, le prix d’un achat, le camp que l’on choisit, la raison d’une absence et le but d’une action. Le russe n’a pas de mot passe-partout pour tout cela. Il répartit le travail entre cinq prépositions, для, ради, на, за et по, chacune liée à son cas, et une conjonction, чтобы. Celui qui rend « pour » par для à chaque occasion se fait souvent comprendre, mais il parle un russe d’étranger.
La méthode consiste à oublier un instant le mot français et à regarder ce qu’il relie. Derrière « pour », il y a un rapport précis entre deux choses, et c’est ce rapport que le russe nomme. Une personne ou une chose qui recevra, utilisera, ou servira de mesure à un jugement : для et le génitif. Une personne ou une valeur pour laquelle on consent un effort, parfois un sacrifice : ради et le génitif. Une somme, une quantité, une date, une occasion, une durée prévue : на et l’accusatif. Une contrepartie, un mérite, un soutien : за et l’accusatif. Une affaire, une raison de service, une cause administrative : по et le datif. Une action à accomplir, exprimée par un verbe : чтобы.
Le tableau qui suit range les phrases où le francophone hésite. La troisième colonne est la plus importante : c’est la question qu’elle pose qui doit vous venir à l’esprit, et non la traduction mot à mot. Deux d’entre elles, за et по, ont leur propre page dans ce dossier ; celle-ci ne fait que les mettre côte à côte, là où le français ne voit qu’un seul mot.
| En français je dis | En russe je choisis | Pourquoi | La phrase russe |
|---|---|---|---|
| J’ai acheté des fleurs pour ma grand-mère. | для et le génitif | elle les recevra | Я купила цветы для бабушки. Ia koupíla tsvietý dlia bábouchki. |
| C’est une crème pour les mains. | для et le génitif | l’usage auquel l’objet est destiné | Это крем для рук. Èto kriem dlia rouk. |
| Pour un étranger, vous parlez très bien russe. | для et le génitif | la mesure à laquelle on rapporte un jugement | Для иностранца вы очень хорошо говорите по-русски. Dlia inostrántsa vy ótchien’ khorochó govorítie po-roússki. |
| Il a tout quitté pour elle. | ради et le génitif | un sacrifice consenti par attachement | Ради неё он бросил всё. Rádi nieió on brósil vsio. |
| Nous économisons pour une voiture. | на et l’accusatif | ce que la somme doit financer | Мы копим деньги на машину. My kópim dién’gui na machínou. |
| Une table pour six personnes. | на et l’accusatif | la quantité prévue | Стол на шесть человек. Stol na chest’ tcheloviék. |
| Qu’est-ce qu’on t’a offert pour ton anniversaire ? | на et l’accusatif | l’occasion | Что тебе подарили на день рождения? Tchto tiebié podaríli na dien’ rojdiéniia ? |
| J’ai pris la voiture pour trois jours. | на et l’accusatif | la durée prévue du résultat | Я взял машину на три дня. Ia vzial machínou na tri dnia. |
| Merci pour l’invitation. | за et l’accusatif | ce qui motive le merci | Спасибо за приглашение. Spassíbo za priglachéniie. |
| Il a vendu sa guitare pour une bouchée de pain. | за et l’accusatif | la contrepartie d’un échange | Он продал гитару за бесценок. On pródal guitárou za biestsénok. |
| Tu es pour ou contre ? | за, employé seul | le soutien | Ты за или против? Ty za íli prótiv ? |
| Je viens vous voir pour une affaire. | по et le datif | la raison qui amène quelqu’un | Я к вам по делу. Ia k vam po diélou. |
| Le vol est annulé pour raisons techniques. | по et le datif | une cause administrative | Рейс отменён по техническим причинам. Riéïs otmienión po tiekhnítcheskim pritchínam. |
| Je me suis levé tôt pour avoir le train. | чтобы et l’infinitif | un but exprimé par un verbe | Я встал рано, чтобы успеть на поезд. Ia vstal ráno, tchtóby ouspiét’ na póiezd. |
Regardez d’abord la deuxième colonne sous l’angle des cas. Для et ради veulent le génitif, на et за l’accusatif dans les emplois de ce tableau, по le datif. Une erreur de préposition entraîne donc souvent une erreur de désinence, et la phrase est alors fausse deux fois. Les régimes de toutes les prépositions sont réunis à la page quelle préposition, quel cas.
Regardez ensuite les lignes cinq à huit. Quatre fois de suite, le russe répond par на, une préposition que le francophone associe au lieu, « sur » ou « à », et à laquelle il ne pense guère pour dire « pour ». C’est pourtant elle qui sert à parler d’argent, de repas, de fêtes, de réservations et de séjours, c’est-à-dire d’une bonne part de la vie quotidienne.
Для dlia est le « pour » du destinataire. Il désigne la personne qui recevra une chose, qui en profitera, à l’intention de qui l’on agit. Le nom qui suit se met au génitif, selon les désinences présentées à la page le cas génitif, et les pronoms de troisième personne prennent après lui le н- que déclenchent presque toutes les prépositions : для него, для неё, для них dlia niegó, dlia nieió, dlia nikh. Ce détail de forme est exposé à la page les pronoms personnels.
Le destinataire n’a besoin ni d’être présent ni même d’être au courant : il suffit que la chose lui soit destinée. C’est ce qui distingue для du datif, qui désigne celui à qui l’on remet effectivement quelque chose, comme on le verra un peu plus bas.
Le même для désigne l’usage auquel une chose est destinée, là où le français hésite entre « pour » et « à » : une crème pour les mains, une boîte à chaussures. Le nom qui suit est au génitif, souvent au pluriel, puisqu’il désigne une catégorie.
Appliqué à un livre, à un cours ou à un produit, для désigne le public visé, et il faut le distinguer de по, qui désigne la matière. Учебник для начинающих outchébnik dlia natchináiouchtchikh est un manuel pour débutants ; учебник по химии est un manuel de chimie. Les deux idées se combinent sans peine : учебник русского языка для иностранцев outchébnik roússkogo iazyká dlia inostrántsev, un manuel de russe pour étrangers, où la matière est ici un simple génitif. Le « de » de la matière avec по est traité à la page la préposition по.
Pour demander à quoi sert une chose, on dit Для чего? Dlia tchegó ? : Для чего эта кнопка? Dlia tchegó èta knópka ?, « à quoi sert ce bouton ? ». La question porte sur la fonction d’un objet. Quand on demande dans quel but quelqu’un a agi, le russe emploie plutôt зачем : Зачем ты нажал на кнопку? Zatchém ty najál na knópkou ?, « pourquoi as-tu appuyé sur le bouton ? ». La différence entre зачем et почему appartient à la page les questions.
Enfin, для se combine avec un nom abstrait pour dire dans quel but on fait une chose, sans passer par un verbe : Он читает для удовольствия On tchitáiet dlia oudovól’stviia, « il lit pour le plaisir » ; Я плаваю для здоровья Ia plávaiou dlia zdoróv’ia, « je nage pour ma santé ». Quand ce but est une action précise, le russe courant préfère un verbe et чтобы, comme on le verra plus loin.
Un troisième emploi surprend moins, car le français fait exactement la même chose. Suivi d’un nom, для introduit la référence à laquelle on rapporte un jugement : on est grand pour son âge, il fait doux pour la saison. Le génitif ne change pas.
Le dernier exemple ouvre une nuance. « Pour moi » peut vouloir dire « en ce qui me concerne, à mes yeux », et c’est для меня. Il peut aussi vouloir dire « à mon avis », et le russe emploie alors l’adverbe по-моему po-móiemou. Comparez Для меня это важно Dlia mieniá èto vájno, « c’est important pour moi », qui dit ce qui compte dans ma vie, et По-моему, это важно Po-móiemou, èto vájno, « à mon avis, c’est important », qui donne une opinion sur une question générale. Le second prend une virgule, le premier n’en prend pas.
Le francophone qui a retenu l’équation « pour = для » l’applique aussi là où le russe emploie un simple datif. Le cas le plus net est celui des verbes de transfert : donner, offrir, envoyer, montrer, dire. Celui qui reçoit s’y met au datif, sans préposition, et для y serait au mieux maladroit.
Les deux dernières lignes montrent la zone où les deux tournures se rencontrent. Avec купить, приготовить ou сделать, le datif et для se disent l’un et l’autre : le datif présente le fils comme celui qui reçoit le vélo, для comme celui à qui il est destiné. Avec дать ou подарить, en revanche, le datif est la construction normale.
Le même datif apparaît devant les mots qui disent un état ou une appréciation, трудно, интересно, нужно. Devant un infinitif, c’est lui que l’on attend : Мне трудно говорить по-русски Mnie troúdno govorít’ po-roússki, « c’est difficile pour moi de parler russe ». Для меня reste possible quand on porte un jugement sur une chose désignée par un nom ou par это : Для меня это трудно. Ces phrases sans sujet sont étudiées à la page les tournures impersonnelles.
Deux situations de la vie courante demandent encore le datif. Au café, on commande ce que chacun prendra : Мне чай, пожалуйста, а ему кофе Mnie tchaï, pojálouïsta, a iemoú kófie, « pour moi un thé, s’il vous plaît, et pour lui un café ». Et en tendant un cadeau ou des fleurs, on dit volontiers Это вам! Èto vam !, « c’est pour vous ! », même si Это для вас est correct aussi.
Un piège attend le francophone à la pharmacie. Il dit « un médicament pour la toux » et « des gouttes pour les yeux » avec la même préposition ; le russe en emploie deux. Ce contre quoi agit le remède se met après от et au génitif : préposition de l’éloignement, elle désigne ce dont on veut se protéger. Ce qui doit en profiter, un organe ou une personne, se met après для.
Retenez la question à se poser : contre quoi, ou pour qui ? Le génitif est le même dans les deux cas, seule la préposition change. La préposition от a d’autres emplois, dont la cause d’un état physique ou d’une émotion, qui sont rassemblés à la page exprimer la cause.
Ради rádi se construit lui aussi avec le génitif, mais il ne désigne pas celui qui recevra quelque chose. Il désigne la personne ou la valeur qui motive un effort, et souvent un renoncement : on agit « pour l’amour de », « par égard pour », « dans l’intérêt de ». Le mot n’a rien de livresque, mais il donne à la phrase une certaine gravité, celle du choix que l’on fait pour quelqu’un.
La frontière avec для se voit le mieux sur deux phrases au même pronom. Я испекла этот пирог для тебя Ia ispieklá ètot piróg dlia tiebiá, « j’ai fait cette tourte pour toi » : c’est toi qui la mangeras. Я осталась в городе ради тебя Ia ostálas’ v górodie rádi tiebiá, « je suis restée en ville pour toi » : c’est à cause de toi que j’ai renoncé à partir, et tu n’en retires peut-être rien de concret. Le premier regarde le bénéficiaire, le second le motif.
La différence devient tranchée avec un nom de chose. Кошелёк для денег kochieliók dlia diénieg est un porte-monnaie, un objet fait pour contenir de l’argent ; работать ради денег rabótat’ rádi diénieg, c’est travailler pour l’argent, parce que l’argent est le motif. Avec un nom de personne, en revanche, les deux se disent souvent, et le choix tient à ce que vous voulez souligner : Он много работает для семьи dit qu’il fait vivre sa famille, Он много работает ради семьи qu’il se sacrifie pour elle.
Une bonne part des emplois de ради passe par quelques expressions toutes faites, qu’il vaut mieux apprendre telles quelles. Elles appartiennent à des registres différents, de la conversation familière au discours soutenu.
Ради бога a deux visages : une supplication, dans le premier exemple, et une permission accordée de bon cœur, dans le second, où il équivaut à « faites donc ». Ради интереса, « par curiosité, pour voir », est courant à l’oral. Справедливости ради, « pour être juste », relève d’un registre plus soutenu, celui des articles et des discours. Чего ради?, enfin, est une question familière, souvent agacée.
Observez l’ordre des mots dans справедливости ради et чего ради : la préposition vient après son nom. C’est la seule des prépositions de cette page qui puisse se placer ainsi, et elle le fait surtout dans une poignée de tours, comme шутки ради choútki rádi, « pour rire », que l’on dit aussi ради шутки. Ailleurs, ради précède son nom comme toute préposition. Les pronoms de troisième personne y prennent le н- habituel : ради него, ради неё, ради них.
Choisissez le mot qui convient. Demandez-vous si la phrase parle d’un destinataire, d’un usage, d’une mesure ou d’un sacrifice. Touchez une réponse, puis Correction.
Avec на, le « pour » change de nature. Il ne désigne plus une personne, mais ce à quoi l’on destine une ressource : une somme d’argent, une quantité, un moment du calendrier, une fête, une durée. Le nom se met à l’accusatif, le cas de la direction, comme si l’argent ou le temps étaient lancés vers leur emploi futur. Le francophone, qui a retenu que для veut dire « pour », l’y met spontanément ; le russe courant dit на.
Dans les trois premières lignes, на désigne ce que l’argent doit financer ; dans les deux dernières, le nombre de personnes ou de parts qu’une quantité doit couvrir. Les verbes de dépense et d’épargne, тратить, копить, откладывать, se construisent avec cette préposition, et le nom деньги l’attire aussi quand il est employé seul : деньги на билеты, деньги на подарки. Après un nombre, le nom de personne prend la forme qu’exige ce nombre : на двенадцать человек, avec le génitif pluriel человек et non людей.
Le même accusatif dit pour quand une chose est prévue : la date d’un billet, le jour d’un rendez-vous, le repas que l’on prépare, la fête pour laquelle on offre un cadeau.
La question se forme avec la même préposition : На когда? Na kogdá ?, « pour quand ? », et На какое число? Na kakóie tchisló ?, « pour quelle date ? ». Au téléphone d’un restaurant, vous entendrez На когда вы хотите заказать столик? Na kogdá vy khotítie zakazát’ stólik ?, « pour quand voulez-vous réserver une table ? », et vous répondrez на субботу, на восемь часов. Notez aussi на завтрак, на обед, на десерт : ce que l’on mange à un repas se dit avec на et non avec для.
Reste le « pour » de la durée : « je pars pour une semaine », « prête-moi ton livre pour deux jours ». Ici encore, на et l’accusatif : la durée est celle du résultat que l’action met en place, comptée à partir du moment où l’action est faite.
Le deuxième exemple montre bien ce que dit на : une durée prévue, qui peut fort bien ne pas être respectée. Le troisième montre l’autre construction : avec un verbe qui décrit l’état lui-même, comme жить, la durée effective se met à l’accusatif nu, sans préposition. Ce partage, et le rôle qu’y joue l’aspect du verbe, sont exposés à la page dire combien de temps, avec la troisième construction, за et l’accusatif, qui dit en combien de temps une action est menée à son terme.
Un dernier piège tient à une seule lettre. Après на, l’accusatif dit ce que l’on vise, le prépositionnel dit où l’on est ou par quel moyen on circule. Мы копим на машину My kópim na machínou, « nous économisons pour une voiture », mais Мы едем на машине My iédiem na machínie, « nous y allons en voiture ». L’alternance des deux cas sous une même préposition est démontée à la page où et vers où.
Choisissez la forme qui convient. Ce que vise une somme, une date, une fête ou une durée prévue se met à l’accusatif après на.
La quatrième préposition, за za, traduit « pour » quand il y a un échange : ce que l’on paie, ce que l’on obtient contre de l’argent, ce qui vaut un merci, une excuse ou une sanction, la cause que l’on soutient, la personne pour qui l’on s’inquiète. Le nom se met à l’accusatif. Ces emplois sont nombreux et détaillés un à un à la page la préposition за ; nous n’en retenons ici que ce qui sert à choisir.
Le quatrième exemple mérite un arrêt, car il contient un « pour » que le français emploie sans y penser : signer pour quelqu’un, c’est signer à sa place. Для y changerait tout : Я распишусь для тебя pourrait se comprendre comme « je te signerai un autographe ». Le dernier exemple, lui, montre ce que devient « pour » suivi d’un infinitif passé, que le russe ne possède pas : le démonstratif то prend l’accusatif après за, et une subordonnée vient l’expliciter.
Le meilleur moyen de fixer la frontière entre за, на, для et ради est de les voir tourner autour d’un même objet. Le français dirait « pour l’appartement » ou « pour mon fils » dans chacune de ces phrases.
| Phrase russe | Français | Préposition et cas | Ce qu’elle dit |
|---|---|---|---|
| Я заплатил за квартиру. Ia zaplatíl za kvartírou. | J’ai payé pour l’appartement, le loyer. | за et l’accusatif | la contrepartie d’un paiement |
| Я коплю на квартиру. Ia koplioú na kvartírou. | J’économise pour un appartement. | на et l’accusatif | ce que l’argent financera |
| Это квартира для студентов. Èto kvartíra dlia stoudiéntov. | C’est un appartement pour étudiants. | для et le génitif | ceux qui l’occuperont |
| Он продал квартиру ради сына. On pródal kvartírou rádi sýna. | Il a vendu l’appartement pour son fils. | ради et le génitif | la personne qui motive le sacrifice |
Lisez la troisième colonne : deux accusatifs, deux génitifs. Une confusion entre за et на ne se voit pas à la désinence, puisque le cas reste le même ; c’est le sens qui trahit l’erreur. Payer « pour » une chose, c’est la régler, et c’est за ; mettre de l’argent de côté « pour » une chose, c’est préparer son achat, et c’est на. Une confusion entre за et для, en revanche, se double d’une erreur de cas, et elle s’entend aussitôt.
La cinquième préposition, по, traduit « pour » dans deux familles de phrases. La première est celle de la raison qui amène quelqu’un quelque part : une affaire, le travail, une question à régler. La seconde est celle de la cause présentée de façon administrative, sur une affiche, dans une lettre, dans un communiqué. Dans les deux cas, le nom se met au datif.
Ces tournures ont un parfum officiel, surtout les deux dernières. Dans la conversation, la cause se dit plus volontiers avec из-за et le génitif, из-за болезни, ou avec потому что. Le partage entre ces moyens d’exprimer la cause est l’objet de la page consacrée à la cause, déjà citée. La page по et ses trois cas recense en outre la cause « intérieure », celle de по ошибке et de по привычке.
Un troisième « pour » passe par по : celui du partage, « un pour chacun ». Le russe ne dit pas « pour chacun », il place по devant ce que chacun reçoit : Мы взяли по чашке кофе My vziáli po tcháchkie kófie, « nous avons pris un café chacun ». Avec un nom seul, c’est le datif ; avec les nombres deux, trois et quatre, c’est l’accusatif : Каждый получил по два билета Kájdyï polouchíl po dva biliéta, « chacun a reçu deux billets ». Les autres nombres, dont certains hésitent entre deux cas, sont traités avec le reste du système sur la page de по. On y trouve aussi l’accusatif de la borne finale, с понедельника по пятницу, « du lundi au vendredi inclus », qui ne traduit plus du tout « pour ».
Choisissez la préposition. Demandez-vous si le complément est une contrepartie, ce que l’on prévoit, ou un bénéficiaire.
Quand « pour » est suivi d’un infinitif, aucune préposition ne convient : une préposition russe régit un cas, et un verbe ne se décline pas. Le but s’exprime alors par la conjonction чтобы tchtóby, suivie de l’infinitif si le sujet reste le même, de la forme en -л s’il change, ce qui correspond au « pour que » français. Ce mécanisme, et la raison pour laquelle cette forme ressemble à un passé, sont exposés à la page les subordonnées. Retenez ici les quelques décisions qui concernent la traduction de « pour ».
La virgule, d’abord, est obligatoire : elle sépare la proposition en чтобы du reste de la phrase, qu’elle vienne en tête ou à la fin. Le français n’en met pas d’ordinaire devant « pour » ; le russe en met une devant чтобы, et une après la proposition quand celle-ci ouvre la phrase.
Une simplification attend le francophone. Après un verbe qui dit que l’on va quelque part, идти, прийти, поехать, le but peut s’exprimer par l’infinitif seul, exactement comme en français « je suis venu te parler ». Чтобы reste correct, mais il appuie davantage sur l’intention.
Les deux tours de mesure, « trop… pour » et « assez… pour », reposent eux aussi sur чтобы. Le premier se dit слишком…, чтобы, le second достаточно…, чтобы, avec la virgule devant la conjonction.
Deux variantes de чтобы appartiennent plutôt à l’écrit. La première, для того чтобы, insiste sur le but, comme « afin de » ; la virgule se place le plus souvent devant le groupe entier, mais elle peut passer entre для того et чтобы quand on veut souligner le but. La seconde remplace le verbe par un nom d’action après для : c’est la langue des formulaires et des règlements.
Comparez les deux lignes : le verbe получить devient le nom получение, au génitif après для, et son complément, визу, passe lui aussi au génitif, визы. Dans la conversation, la tournure avec чтобы est la plus naturelle.
Reste une série de tournures où le russe n’emploie aucune des cinq prépositions dans les sens vus jusqu’ici sur cette page. Les unes passent par un adverbe, les autres par un cas sans préposition, d’autres encore par une préposition de lieu. Elles sont parmi les plus fréquentes de la conversation, et c’est justement pour cela qu’il faut les apprendre en bloc, sans chercher à traduire le mot « pour ».
| En français | En russe | Transcription | Ce qui se passe |
|---|---|---|---|
| pour toujours | навсегда | navsiegdá | un adverbe, écrit en un seul mot |
| pour la première fois | впервые, в первый раз | vpiervýie, v piérvyï raz | un adverbe, ou в et l’accusatif |
| pour l’instant | пока | poká | un adverbe de temps |
| pour rien, en vain | зря | zria | un adverbe |
| pour rien, gratuitement | бесплатно, даром | biesplátno, dárom | deux adverbes |
| dix pour cent | десять процентов | diéssiat’ protséntov | un nom au génitif après le nombre |
| partir pour Moscou | уехать в Москву | ouiékhat’ v Moskvoú | la destination : в ou на et l’accusatif |
| le bus pour l’aéroport | автобус в аэропорт, до аэропорта | avtóbous v aèropórt, do aèropórta | la destination, ou le terminus avec до |
| c’est difficile pour moi | мне трудно | mnie troúdno | le datif de la personne |
| pour moi, un thé | мне чай | mnie tchaï | le datif, au café |
| pour ma part | что касается меня | tchto kassáietsia mieniá | une locution, suivie du génitif |
| pour ainsi dire | так сказать | tak skazát’ | une locution figée |
Trois lignes demandent un commentaire. Навсегда s’écrit soudé, et ne se confond pas avec всегда, « toujours » au sens de « tout le temps » : Он уехал навсегда, « il est parti pour toujours », mais Он всегда опаздывает, « il est toujours en retard ». Le double « pour rien » du français se scinde en deux : зря pour l’effort inutile, Мы зря ждали, « nous avons attendu pour rien », бесплатно pour ce qui ne coûte rien. Enfin, la destination d’un voyage n’a rien à voir avec les emplois de « pour » vus sur cette page : « partir pour » se dit avec в ou на et l’accusatif de lieu, selon le système de la page où et vers où, citée plus haut.
Tout ce qui précède se ramène à une suite de questions, que l’on peut se poser dans l’ordre avant d’ouvrir la bouche. La première qui reçoit un oui donne la traduction.
Un verbe suit-il « pour » ? Alors чтобы, avec une virgule devant, ou l’infinitif seul après un verbe de mouvement. Si le sujet change, la forme en -л remplace l’infinitif.
Est-ce un prix, un merci, un soutien, une place que l’on prend ? Alors за et l’accusatif : on paie, on remercie, on vote, on signe за quelque chose ou quelqu’un.
Est-ce une somme, une quantité, une date, une fête, une durée prévue ? Alors на et l’accusatif : de l’argent на отпуск, un gâteau на двенадцать человек, un cadeau на Новый год, une voiture на три дня.
Est-ce une affaire, une raison de service, une cause officielle, un partage ? Alors по et le datif : по делу, по семейным обстоятельствам, по чашке кофе.
Est-ce une personne ou une chose qui recevra, utilisera, ou servira de mesure ? Alors для et le génitif, sauf après un verbe de transfert, qui demande le datif. Si l’on parle d’un sacrifice ou d’un motif, ради et le génitif. Si l’on parle d’un remède, от pour le mal, для pour celui qui en profite.
L’ordre de ces questions n’est pas arbitraire : il place для en dernier, parce que c’est la réponse que le francophone donne trop vite. En vous obligeant à écarter d’abord чтобы, за, на et по, vous évitez l’essentiel des fautes de cette page. Et si aucune ne convient, pensez au tableau des « pour » sans préposition : le russe dit peut-être la chose par un adverbe.
Le bon « pour » se choisit à l’oreille. Au moment de parler, personne ne parcourt cinq questions : on entend que спасибо за приглашение sonne juste et que спасибо для приглашения ne se dit pas. Cette intuition naît de groupes entendus puis répétés à voix haute, préposition, désinence et accent compris. C’est elle que construit notre cours de russe entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, sur la plateforme web comme dans nos applications.
Trouvez la traduction de « pour ». Il faut cette fois choisir la préposition, le cas, la conjonction, ou renoncer à toute préposition.
Plus de cent cinquante pages qui se répondent — la mécanique de la langue, les verbes pris un à un, le vocabulaire par thème — avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
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Il n’existe pas de traduction unique. Le russe choisit selon le sens : для et le génitif pour un destinataire ou un usage, ради et le génitif pour un motif ou un sacrifice, на et l’accusatif pour une somme, une date ou une durée prévue, за et l’accusatif pour un prix, un merci ou un soutien, по et le datif pour une affaire ou une cause officielle, et чтобы devant un verbe.
Для regarde le bénéficiaire, celui qui recevra ou utilisera : Я испекла этот пирог для тебя, c’est toi qui le mangeras. Ради regarde le motif, souvent un sacrifice : Я осталась в городе ради тебя, je suis restée à cause de toi. Avec un nom de chose, la différence est nette : кошелёк для денег, un porte-monnaie, mais работать ради денег, travailler pour l’argent.
Le génitif, dans tous ses emplois : для бабушки, для детей, для своего возраста. Les pronoms de troisième personne prennent un н- : для него, для неё, для них. Ради se construit avec le même cas.
Parce que ce que l’argent doit financer se dit avec на et l’accusatif, comme tout ce que l’on prévoit : une quantité, une date, une occasion. Les verbes de dépense et d’épargne, тратить, копить, откладывать, suivent la même règle : Сколько вы тратите на еду?
Avec на et l’accusatif quand il s’agit d’une durée prévue, mise en place par l’action : Он приехал на неделю, « il est venu pour une semaine ». Quand on décrit la durée effective d’un état, on emploie l’accusatif sans préposition : Мы жили там неделю. Le détail, et le rôle de l’aspect, sont à la page consacrée à la durée.
La même qu’entre régler une chose et préparer son achat. Я заплатил за квартиру, « j’ai payé pour l’appartement », désigne la contrepartie d’un paiement : c’est за. Я коплю на квартиру, « j’économise pour un appartement », désigne ce que l’argent financera : c’est на. Le cas est l’accusatif dans les deux phrases, seul le sens départage.
Par чтобы et l’infinitif, précédé d’une virgule : Я встал рано, чтобы успеть на поезд. Si le sujet change, « pour que », le verbe prend la forme en -л : Говорите медленнее, чтобы все поняли. Après un verbe de mouvement, l’infinitif seul suffit souvent : Я пришёл поговорить с тобой.
Avec слишком…, чтобы et достаточно…, чтобы : Она слишком молода, чтобы это понять, « elle est trop jeune pour comprendre cela » ; У нас достаточно денег, чтобы купить квартиру, « nous avons assez d’argent pour acheter un appartement ». La virgule devant чтобы est obligatoire.
Avec по et le datif, qui présente la cause de façon officielle : по болезни, по семейным обстоятельствам, по техническим причинам. On les lit sur les affiches et dans les lettres. Dans la conversation, on dit plus volontiers из-за болезни ou потому что он заболел.
Cela dépend du sens. « À mes yeux, en ce qui me concerne » se dit для меня : Для меня это не главное. « À mon avis » se dit по-моему : По-моему, он прав. Devant un infinitif, « c’est difficile pour moi » se dit avec le datif, Мне трудно, et au café, « pour moi, un thé » se dit Мне чай.
Лекарство от кашля, avec от et le génitif du mal que l’on combat : таблетки от головной боли, средство от комаров. Для désigne au contraire l’organe ou la personne qui profite du produit : капли для глаз, витамины для детей.
Ce n’est pas la construction normale. Les verbes de transfert, дать, подарить, показать, сказать, mettent celui qui reçoit au datif, sans préposition : Я подарил ей часы. Avec купить ou приготовить, les deux se disent : Я купил сыну велосипед et Я купил велосипед для сына.
Deux choses, selon le ton. C’est une supplication, « pour l’amour du ciel » : Ради бога, осторожнее! C’est aussi une permission accordée de bon cœur, « je vous en prie, faites donc » : — Можно взять вашу ручку? — Да ради бога! Ce second emploi appartient à la conversation familière.
Par des adverbes ou des tours figés, sans aucune des cinq prépositions de cette page : навсегда, écrit en un seul mot, Он уехал навсегда ; впервые ou в первый раз, Я впервые в Москве, « je suis à Moscou pour la première fois ». Ne confondez pas навсегда avec всегда, « tout le temps ».
50 leçons de 14 minutes, 11 h 39 d’écoute, en fichiers audio. Un seul paiement de 49 € — aucun abonnement, rien à résilier.
La leçon 1 est gratuite et complète, en haut de cette page : je l’écoute en entier avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Ce que je reçois : les 50 leçons audio du cours de russe, à télécharger sur mon téléphone, ma tablette ou mon ordinateur, ou à écouter en ligne — les deux options restent ouvertes. Une question avant d’acheter : info@limbaaudio.com.