En français, la place d’un mot dit son rôle. En russe, c’est sa terminaison — et le même mot prend jusqu’à six formes selon ce qu’il fait dans la phrase.
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Une désinence est la terminaison variable d’un mot. Le mot se découpe en deux : une partie fixe, qui porte le sens, et une partie mobile, qui porte l’information grammaticale. Le mot книга kníga — le livre — garde toujours son книг-, mais change de fin à chaque emploi.
Quatre phrases, quatre terminaisons : -а, -у, -и, -е. Le français, lui, n’a pas touché au mot « livre » : il a changé la préposition et la place. C’est toute la différence entre les deux langues, et c’est le principe qui commande le reste de la grammaire russe.
Vous connaissez déjà le procédé, en plus petit. Le français décline encore ses pronoms : je, me, moi sont un seul mot sous trois formes, choisies selon la fonction. Le russe applique ce mécanisme à presque tout son vocabulaire.
Prenons брат brat — le frère. Le mot ne bouge pas de sens ; il change de fin selon son rôle.
| Cas | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| Nominatif | брат brat | Это мой брат. Èto moï brat. — C’est mon frère. |
| Accusatif | брата bráta | Я вижу брата. Ia víjou bráta. — Je vois mon frère. |
| Génitif | брата bráta | Это дом брата. Èto dom bráta. — C’est la maison de mon frère. |
| Datif | брату brátou | Я дал книгу брату. Ia dal knígou brátou. — J’ai donné le livre à mon frère. |
| Instrumental | братом brátom | Я говорю с братом. Ia govorioú s brátom. — Je parle avec mon frère. |
| Prépositionnel | брате brátie | Я думаю о брате. Ia doúmaiou o brátie. — Je pense à mon frère. |
Ce tableau est une démonstration, pas une leçon. Ce que chaque cas signifie et quand on l’emploie relève de la page des six cas et de celles qui la suivent ; les terminaisons complètes, genre par genre, relèvent de la déclinaison du masculin et de ses voisines.
Deux détails, signalés ici sans être développés. L’accusatif et le génitif se confondent, брата dans les deux lignes : c’est le propre des noms d’êtres vivants, et la règle entière tient dans animé et inanimé. Et le pluriel de ce mot est братья brát’ia, non le régulier attendu : voir les pluriels irréguliers.
La flexion ne s’arrête pas au nom. Elle traverse la langue : l’adjectif, le pronom, le verbe et jusqu’aux nombres portent des terminaisons variables. Une phrase russe est un ensemble de mots qui s’accordent entre eux.
| Catégorie | Formes | Ce que la désinence indique |
|---|---|---|
| Le nom | книга, книгу, книге kníga, knígou, knígue | le rôle du mot dans la phrase |
| L’adjectif | новый, новая, новое, новые nóvyï, nóvaia, nóvoie, nóvyie | le genre, le nombre et le cas du nom qu’il accompagne |
| Le pronom | я, меня, мне, мной ia, mieniá, mnie, mnoï | les mêmes cas que le nom |
| Le verbe au présent | читаю, читаешь, читает tchitáiou, tchitáiech’, tchitáiet | la personne du sujet |
| Le verbe au passé | читал, читала, читали tchitál, tchitála, tchitáli | le genre et le nombre du sujet |
| Le numéral | два, двух, двум, двумя dva, dvoukh, dvoum, dvoumiá | le cas, comme pour un nom |
Chacune de ces lignes se vérifie en phrase. L’adjectif d’abord, qui prend le genre, le nombre et le cas du nom qu’il accompagne :
Le pronom ensuite, qui change de forme aux mêmes endroits que le nom :
Le verbe enfin, dont la terminaison suit la personne du sujet :
La ligne du passé mérite un arrêt. Le verbe russe, au passé, ne s’accorde pas avec la personne mais avec le genre et le nombre du sujet — ce qui oblige à connaître le genre de chaque nom avant même de raconter ce qui s’est passé. Voir les trois genres.
Les deux dernières phrases sont la même phrase française. En russe, dire « je lisais » oblige à dire du même coup si l’on est un homme ou une femme.
Si la terminaison dit qui fait quoi, la place du mot n’a plus à le dire. En français, « le chat voit le chien » et « le chien voit le chat » sont deux faits différents, et seul l’ordre les distingue. En russe, la distinction est dans le mot lui-même.
Les deux premières phrases disent la même chose. La troisième dit l’inverse, et pourtant elle suit l’ordre de la première. Ce n’est pas la place qui a parlé, c’est la terminaison : dans les deux premières, собаку porte le -у du complément et кот, resté nu, est le sujet ; dans la troisième, les deux mots ont échangé leurs formes en même temps que leurs rôles.
La même démonstration tient avec n’importe quelle paire de noms :
Un avertissement s’impose : libre ne veut pas dire indifférent. Le russe se sert de l’ordre des mots pour autre chose — pour distinguer ce qui est connu de ce qui est neuf, pour mettre en relief. Déplacer un mot ne change pas le sens de la phrase, mais change ce qu’elle met en avant. L’ordre cesse d’être grammatical pour devenir expressif.
Une langue qui charge ses terminaisons allège ailleurs. Deux absences frappent tout de suite un francophone.
Pas d’articles. Ni « le », ni « la », ni « un ». Le nom se présente nu, et le contexte décide. Voir ni « le » ni « un ».
Pas de verbe « être » au présent. La phrase se passe de copule : on juxtapose le sujet et son attribut. Le russe garde bien une forme есть iest’, mais elle est réservée à quelques tournures et ne sert pas à relier un sujet à son attribut.
Le compte n’est pas en votre faveur pour autant. Ce que vous économisez en articles, vous le payez en terminaisons : six cas au singulier, six au pluriel, et trois genres qui n’ont pas les mêmes.
Une grammaire honnête donne ses exceptions en même temps que ses principes. Il y en a trois à connaître d’emblée.
Des emprunts, pour l’essentiel, que le russe n’a jamais fait entrer dans ses modèles de déclinaison. Ils gardent la même forme dans les six cas — ce qui en fait, pour une fois, un cadeau.
Les deux phrases avec кино le montrent bien : accusatif de direction après в dans la première, prépositionnel après о dans la seconde — et le mot n’a pas bougé d’une lettre.
Six cas et deux nombres font douze cases par nom. Mais douze cases ne veulent pas dire douze terminaisons distinctes : beaucoup se confondent, et il faut alors trancher par le contexte. книги knígui, par exemple, vaut à lui seul pour trois valeurs très différentes.
C’est une bonne nouvelle pour la mémoire et une mauvaise pour la lecture : moins de formes à retenir, plus d’ambiguïtés à lever. Voir le pluriel des noms.
Chez certains noms, l’accent tonique se déplace d’une forme à l’autre. Nos tableaux le notent mais ne le commentent pas : le mécanisme est traité dans l’accent tonique et dans l’accent mobile du nom. Vous l’avez déjà croisé plus haut sans qu’on s’y arrête : кот kot porte l’accent sur sa seule voyelle, mais кота kotá le porte sur la désinence. Sachez seulement qu’une désinence ne s’apprend jamais sans son accent.
Elle n’est pas dans la compréhension du principe : il s’énonce en une phrase et vous venez de le lire. Elle n’est pas non plus dans l’apprentissage des tableaux, qui se fait en quelques semaines. Elle est dans la vitesse. Parler suppose de choisir la bonne terminaison pendant qu’on parle, sans arrêter la phrase pour réfléchir.
À l’oral, un obstacle s’ajoute. Les désinences sont le plus souvent des voyelles inaccentuées, donc brèves et affaiblies dans la prononciation ordinaire. La différence entre книги et книге tient à un seul son, faible, en fin de mot, prononcé vite. Ce qui saute aux yeux sur la page passe difficilement par l’oreille. C’est ce qu’explique la réduction des voyelles.
C’est par l’oreille que la flexion s’installe. On ne décline pas correctement en récitant des tableaux : on décline correctement quand брату et брата ne sonnent plus pareil. C’est exactement le travail de notre cours de russe, entièrement audio. Le reste du dossier est en accès libre depuis nos dossiers de grammaire.
Avant d’aborder les cas, deux chantiers préalables : savoir lire l’alphabet cyrillique sans effort, puisque toutes les désinences s’écrivent avec, et reconnaître le genre d’un nom, puisque c’est lui qui décide de la série de terminaisons à employer. Ces deux pages sont le vrai point de départ.
Choisissez la terminaison qu’appelle le rôle du mot dans la phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
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Une langue où la terminaison du mot indique sa fonction dans la phrase. Là où le français emploie une préposition et une place fixe, le russe modifie la fin du mot : книга devient книгу, книги ou книге selon son rôle.
Six cas au singulier et six au pluriel, soit douze cases. Mais plusieurs cases partagent la même terminaison, si bien que le nombre de formes réellement distinctes est plus faible — au prix d’ambiguïtés que le contexte doit lever.
Libre au sens grammatical : Кот видит собаку et Собаку видит кот disent la même chose. Mais l’ordre reste signifiant, car il sert à mettre en relief et à distinguer l’information connue de l’information neuve.
Non. Une série d’emprunts reste invariable dans tous les cas : кино, метро, пальто, такси, радио. Ils gardent partout la même forme, et le contexte seul indique leur fonction.
Oui, dans ses pronoms : je, me, moi sont un même mot sous trois formes choisies selon la fonction, exactement comme я, меня, мне. Le russe applique ce mécanisme à presque tout son vocabulaire.
Non, et c’est même déconseillé. Mieux vaut installer d’abord le genre des noms et la lecture du cyrillique, puis aborder les cas un par un, en commençant par ceux qui reviennent le plus souvent dans la conversation courante.
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