Savoir ce que signifie chaque aspect ne suffit pas à trancher dans une phrase réelle. Il faut un ordre de questions, et quelques mots à repérer au passage.
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Cette page ne redit pas ce que sont le perfectif et l’imperfectif : c’est l’objet de la page perfectif et imperfectif, qu’il faut avoir lue. Elle ne montre pas non plus comment se fabrique une paire, ce qui relève de la perfectivation par préfixe et des suffixes et paires supplétives. Elle répond à une seule question, celle qui se pose au moment de parler : lequel des deux verbes employer dans cette phrase-ci.
La réponse ne vient pas d’un raisonnement unique, mais d’une suite de vérifications dont certaines coupent court aux autres. Voici l’ordre.
1. Le verbe a-t-il seulement le choix ? Quelques verbes n’ont pas de partenaire et règlent la question d’eux-mêmes. знать znat’, « savoir », et стоить stóit’, « coûter », n’existent qu’à l’imperfectif ; d’autres verbes servent aux deux aspects sous une seule forme. Voyez les verbes sans paire.
2. Un autre mot commande-t-il le verbe ? Un infinitif qui dépend de начать, de успеть, de нельзя n’est pas libre : le mot qui précède impose son aspect.
3. L’action se répète-t-elle ? Si elle a lieu plus d’une fois — chaque jour, souvent, d’habitude —, l’imperfectif s’impose, même si chaque occurrence aboutit à un résultat. Ce test prime sur les deux suivants ; il ne cède que devant une série comptée et close, examinée plus bas.
4. La phrase mesure-t-elle une durée ou un délai ? « pendant deux heures » décrit un déroulement et appelle l’imperfectif ; « en deux heures » mesure le temps qu’il a fallu pour aller au bout et appelle le perfectif. Un seul mot russe sépare les deux.
5. Reste-t-il un résultat ? Si l’action a produit un état qui tient encore, ou si elle en amène une autre dans un récit, le perfectif s’impose. Sinon, l’imperfectif nomme le fait sans rien affirmer de plus.
Une conséquence est à retenir telle quelle : en cas de doute réel, l’imperfectif est le choix le moins risqué. Il ne prétend rien, tandis que le perfectif affirme un terme atteint, au risque de contredire le reste de la phrase. Mal placé, l’un donne une phrase plate, l’autre une phrase fausse.
Le contexte laisse presque toujours un indice, et cet indice est souvent un adverbe. Les apprendre par cœur épargne le raisonnement : dès que l’un d’eux apparaît, l’aspect est fixé dans la quasi-totalité des phrases. Les rares réserves sont signalées au passage.
| Mot | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| обычно obýtchno | d’habitude | Обычно я встаю в семь. Obýtchno ia vstaioú v siem’. |
| часто tchásto | souvent | Он часто опаздывает. On tchásto opázdyvaiet. |
| редко riédko | rarement | Мы редко смотрим телевизор. My riédko smótrim tielievízor. |
| иногда inogdá | parfois | Иногда она готовит сама. Inogdá oná gotóvit samá. |
| всегда vsiegdá | toujours | Она всегда помогает мне. Oná vsiegdá pomogáiet mnie. |
| никогда nikogdá | jamais | Он никогда не курил. On nikogdá nie kouríl. |
| каждый день kájdyï dien’ | chaque jour | Каждый день он бегает в парке. Kájdyï dien’ on biégaiet v párkie. |
| по субботам po soubbótam | le samedi | По субботам мы ходим на рынок. Po soubbótam my khódim na rýnok. |
| постоянно postoiánno | constamment | Она постоянно теряет перчатки. Oná postoiánno tieriáiet pierchátki. |
| раньше rán’che | autrefois | Раньше он играл на гитаре. Rán’che on igrál na guitárie. |
| долго dólgo | longtemps | Мы долго искали ключи. My dólgo iskáli klioutchí. |
| целый день tsélyï dien’ | toute la journée | Он целый день чинил машину. On tsélyï dien’ tchiníl machínou. |
Deux familles s’y mêlent. Les premiers mots comptent les occurrences ; les derniers mesurent une étendue de temps occupée par une seule action. Le russe demande l’imperfectif dans les deux cas, pour des raisons différentes. Une réserve toutefois sur la seconde famille : quelques perfectifs sont fabriqués exprès pour mesurer une durée, comme проработать prorabótat’ dans Он проработал целый день On prorabótal tsélyï dien’, « il a travaillé toute la journée d’affilée ». Hors de cette petite famille, la règle tient.
| Mot | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| вдруг vdroug | soudain | Вдруг погас свет. Vdroug pogás sviet. |
| сразу srázou | tout de suite | Он сразу узнал меня. On srázou ouznál mieniá. |
| наконец nakoniéts | enfin | Наконец мы нашли билеты. Nakoniéts my nachlí biliéty. |
| однажды odnájdy | un jour, une fois | Однажды я встретил его в поезде. Odnájdy ia vstriétil iegó v póiezdie. |
| случайно sloutcháïno | par accident | Я случайно разбил чашку. Ia sloutcháïno razbíl tcháchkou. |
| чуть не tchout’ nie | faillir | Я чуть не упал. Ia tchout’ nie oupál. |
| за + durée za | en tant de temps | Он убрал квартиру за час. On oubrál kvartírou za tchas. |
| потом potóm | puis, ensuite | Он позавтракал, потом ушёл. On pozávtrakal, potóm ouchiól. |
Ces mots ont un point commun : ils désignent un événement unique, situé, borné. вдруг introduit une rupture ; потом enchaîne deux faits d’un récit, et l’enchaînement suppose que le premier soit terminé — mais dans une suite d’habitudes, l’imperfectif se maintient de part et d’autre ; за suivi d’une durée à l’accusatif répond à la question « en combien de temps ? », non « pendant combien de temps ? ».
Cette dernière opposition est la plus rentable de la page : elle se voit à l’œil nu.
Dans chaque couple, la première phrase décrit une occupation, la seconde annonce un travail mené à son terme.
Quand aucun mot déclencheur n’apparaît, posez-vous ces trois questions, de la plus décisive à la plus fine.
Si la réponse est « plus d’une », l’imperfectif s’impose, même quand chaque occurrence atteint son terme. C’est le test le plus puissant : aucun des deux suivants ne le renverse, et il ne connaît qu’une brèche, la série comptée dont il est question plus bas.
Reformulez la phrase française avec « pendant » puis avec « en ». Celle des deux qui garde un sens vous donne l’aspect : « pendant » pour l’imperfectif, « en » pour le perfectif.
Le russe pose ces deux questions avec deux verbes différents, et la réponse s’aligne presque toujours sur la question. Repérez laquelle des deux vous êtes en train de poser.
Un quatrième test existe, réservé au récit : si l’action en amène une autre et que l’on peut intercaler « puis », le perfectif s’impose ; si les deux actions se déroulent en même temps, l’imperfectif convient à celle qui sert de décor.
Un infinitif n’est pas toujours libre. Certains mots commandent l’aspect du verbe qui les suit, presque mécaniquement ; le dernier du tableau fait exception : il admet les deux et y attache une différence de sens. Cette liste de contrôle évite un grand nombre de fautes.
| Mot | Aspect imposé | Exemple |
|---|---|---|
| начать natchát’ | imperfectif | Он начал изучать русский язык. On nátchal izoutchát’ roússkiï iazýk. |
| продолжать prodolját’ | imperfectif | Он продолжал молчать. On prodoljál moltchát’. |
| перестать pieriestát’ | imperfectif | Она перестала писать ему письма. Oná pieriestála pissát’ iemoú pís’ma. |
| не надо nie nádo | imperfectif | Не надо об этом говорить. Nie nádo ob ètom govorít’. |
| успеть ouspiét’ | perfectif | Я успел купить билеты. Ia ouspiél koupít’ biliéty. |
| забыть zabýt’ | perfectif | Я забыл выключить свет. Ia zabýl výklioutchit’ sviet. |
| нельзя niel’ziá | les deux, et le sens change | Здесь нельзя курить. Zdies’ niel’ziá kourít’. |
Les trois premiers forment une famille : commencer, continuer, cesser supposent un déroulement, et un déroulement ne se dit pas au perfectif. забыть n’appelle le perfectif que sur un oubli unique : répété, il reprend l’imperfectif (Он всегда забывает выключать свет On vsiegdá zabyváiet vyklioutchát’ sviet, « il oublie toujours d’éteindre la lumière »). La dernière ligne, elle, repose sur une opposition que le français ne fait pas.
Avec l’imperfectif, нельзя défend ; avec le perfectif, il constate une impossibilité.
En revanche хотеть khotiét’, мочь motch’ et надо nádo affirmatif ne décident de rien : l’infinitif qui les suit choisit son aspect selon les règles ordinaires. Ce tableau n’est qu’une liste de contrôle : la liste complète des mots régissants et le détail de ces constructions appartiennent à la page l’aspect après un modal.
Une erreur courante consiste à tenir pour déclencheur un mot qui ne l’est pas. вчера vtcherá, сегодня siegódnia, завтра závtra situent dans le temps et laissent l’aspect entièrement libre. когда kogdá n’impose rien non plus : tout dépend du rapport entre les deux actions.
Le cas de уже oujé, « déjà », est plus délicat encore, car les deux aspects s’y rencontrent avec une nuance réelle.
La répétition comptée fait exception. La règle « plusieurs fois donc imperfectif » cède quand la langue présente la série comme un bloc unique et achevé. Un nombre de fois précis, dans un événement clos, admet le perfectif.
L’imperfectif y reste possible et déplace le regard vers l’insistance. C’est l’une des zones où deux réponses sont justes et où seule l’habitude départage.
Les fautes d’aspect du francophone viennent presque toutes d’une équivalence supposée entre un temps français et un aspect russe. Voici les cinq plus coûteuses.
Le passé composé n’appelle pas le perfectif. Une question sur l’expérience vécue, « avez-vous déjà… », se pose à l’imperfectif : elle demande si le fait a eu lieu, non ce qu’il a produit.
Une durée longue n’appelle pas le perfectif non plus, même quand le français emploie le passé composé. Ce qui compte est l’étendue occupée, non la clôture.
Chercher l’auteur d’un fait n’appelle pas le perfectif. Quand le résultat est sous les yeux et que la question porte sur celui qui l’a produit, le russe nomme l’action seule.
Le perfectif n’y est pas fautif : il redevient possible dès qu’on insiste sur le résultat plutôt que sur son auteur. Mais c’est l’imperfectif qu’il faut installer comme réflexe, car c’est lui qu’un Russe emploie pour demander qui a fait quelque chose.
Le futur français ne dit pas l’aspect. « Je ferai » recouvre deux phrases russes de sens différent, et le choix suit exactement les mêmes questions qu’au passé. Le terrain a sa page : l’aspect au futur.
L’impératif inverse une partie des règles. À la forme négative surtout, l’aspect ne se choisit pas comme ailleurs. N’appliquez pas ici les questions de cette page : allez à l’aspect à l’impératif.
Ces questions valent partout, mais chaque temps ajoute ses habitudes. Les pages précédentes détaillent chacune un terrain.
Au passé, l’opposition se joue sur le résultat, sur son annulation éventuelle et sur la valeur de constat : l’aspect au passé.
Au futur, le choix commande la forme même du verbe, composée ou simple : l’aspect au futur, dont la formation est décrite à la page les deux futurs.
À l’impératif, la politesse et la négation entrent dans la balance : l’aspect à l’impératif, formation à la page former l’impératif.
Après un autre verbe, l’infinitif obéit souvent au mot qui le gouverne : l’aspect après un modal.
Avec les verbes de mouvement, une seconde opposition se superpose à celle-ci et les questions de cette page ne suffisent plus : le système des paires.
Pour revenir aux formes elles-mêmes, voyez le passé et comment le verbe fonctionne ; la place de l’aspect dans l’ensemble de la langue est esquissée à la page la grammaire complète.
Ces questions doivent finir par disparaître. Tant qu’on se les pose, la phrase s’arrête. Le russe se parle quand le choix précède la réflexion, et cela ne s’obtient qu’en entendant les mêmes tournures des dizaines de fois, dans des phrases entières. C’est le principe de notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez la forme que le contexte impose. Touchez une réponse, puis Correction.
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Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
En parcourant cinq vérifications dans l’ordre : le verbe a-t-il une paire, un autre mot commande-t-il l’infinitif, l’action se répète-t-elle, la phrase mesure-t-elle une durée ou un délai, reste-t-il un résultat. La première qui répond tranche, et les suivantes deviennent inutiles.
Ceux de la répétition et de la durée : обычно obýtchno, часто, иногда, каждый день, никогда, раньше, долго, целый день. Dès que l’un d’eux apparaît, la question est réglée.
Ceux de l’événement unique et borné : вдруг vdroug, сразу, наконец, однажды, случайно, потом, et surtout за suivi d’une durée, qui répond à « en combien de temps ».
Elle commande l’aspect à elle seule. Он убирал квартиру час On oubirál kvartírou tchas dit « pendant une heure » et décrit une occupation ; Он убрал квартиру за час On oubrál kvartírou za tchas dit « en une heure » et annonce un travail terminé.
Prenez l’imperfectif. Il nomme le fait sans rien affirmer de plus, alors que le perfectif déclare un terme atteint et peut contredire la suite de la phrase. Un imperfectif mal placé donne une phrase plate ; un perfectif mal placé donne une phrase fausse.
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