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Aucun autre verbe russe ne se conjugue comme celui-là. Son singulier suit une conjugaison, son pluriel l’autre, et une consonne change au passage. Ensuite viennent les emplois, et ils sont nombreux.
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Dire ce que l’on veut est l’un des premiers besoins de celui qui apprend une langue, et le russe place sur ce chemin un obstacle qu’il n’a mis nulle part ailleurs : le verbe хотеть khotiét’ ne se conjugue comme aucun autre. Sa première moitié appartient à une conjugaison, sa seconde moitié à l’autre. Rien dans son infinitif ne l’annonce, et rien dans la langue ne permet de le déduire : il s’apprend par cœur, en six formes, une fois pour toutes.
Le russe conjugue presque tout son vocabulaire selon deux séries de désinences, celle en -е- et celle en -и-, exposées à la page les deux conjugaisons. Un verbe choisit l’une ou l’autre et s’y tient. хотеть fait exception : il prend les désinences de la première conjugaison aux trois personnes du singulier, puis celles de la seconde aux trois personnes du pluriel. Les grammaires russes réservent un nom à cette poignée de verbes à deux régimes, et хотеть en est de loin le plus employé. Les autres sont rassemblés à la page les verbes irréguliers.
Une seconde chose se produit en même temps, et il faut la voir comme indépendante de la première. Au singulier, le т du radical devient ч ; au pluriel, il revient. Vous avez donc deux changements qui se superposent exactement au même endroit du paradigme, et c’est ce cumul qui rend ce verbe mémorable : le singulier se dit avec ч et des désinences en -е-, le pluriel avec т et des désinences en -и-.
| Personne | Forme | Transcription | Régime suivi |
|---|---|---|---|
| я | хочу | khotchoú | première conjugaison, radical en ч |
| ты | хочешь | khótchech’ | première conjugaison, radical en ч |
| он, она, оно | хочет | khótchet | première conjugaison, radical en ч |
| мы | хотим | khotím | seconde conjugaison, radical en т |
| вы | хотите | khotítie | seconde conjugaison, radical en т |
| они | хотят | khotiát | seconde conjugaison, radical en т |
Prononcez cette série plusieurs fois de suite, et vous entendrez que la coupure tombe au milieu, entre хочет et хотим. C’est à cet endroit précis que le verbe change de camp. Beaucoup d’apprenants retiennent sans peine хочу, parce que c’est la forme qu’ils emploient le plus, et se trompent dès qu’ils passent au nous ou au ils. L’exercice utile n’est donc pas de réciter la première personne, mais de réciter les six formes dans l’ordre, jusqu’à ce que la charnière devienne automatique.
Insistons, car c’est le seul endroit de cette page où la mémoire remplace le raisonnement. L’alternance т contre ч ressemble, de loin, à celles que connaissent les verbes ordinaires : un radical modifie sa dernière consonne devant certaines désinences. Mais chez les verbes réguliers, cette modification suit une règle, et surtout elle frappe toujours les mêmes cases. Ici, elle se combine avec un changement de conjugaison qui n’a d’équivalent nulle part. Aucune déduction ne vous mènera donc aux six formes : il faut les avoir en bouche.
Un mot de l’accent, puisque ce verbe se parle plus qu’il ne s’écrit. Il se déplace, et de façon un peu surprenante. La première personne хочу porte l’accent sur la désinence ; les deux suivantes, хочешь et хочет, le portent sur le radical ; les trois formes du pluriel le reportent sur la désinence. Vous obtenez ainsi un mouvement en trois temps que l’oreille enregistre vite, à condition de ne jamais apprendre ces formes isolées les unes des autres.
Deux formes à ne pas produire. On entend parfois хочем et хочут, bâties sur le radical du singulier étendu au pluriel. Elles n’appartiennent pas à la langue normée. Le pluriel est хотим, хотите, хотят, sans exception. L’erreur est assez répandue chez les apprenants pour mériter d’être nommée : elle consiste à régulariser un verbe qui, par définition, ne se régularise pas.
Notez encore ce que ce verbe ne possède pas. Il n’a pas d’impératif d’usage courant, et on comprend pourquoi : ordonner à quelqu’un de vouloir n’a pas grand sens. Là où le français dirait « veuillez », le russe emploie tout autre chose, le plus souvent un impératif du verbe principal, ou bien la petite particule dont il sera question plus bas. Son ancien gérondif présent, en revanche, a connu une belle carrière : c’est le mot хотя khotiá, qui ne signifie plus « voulant » mais « quoique », et que vous rencontrerez comme simple conjonction.
Après tant d’irrégularité, le passé rassure. Il se forme comme celui de n’importe quel verbe en -ть : on retire la terminaison de l’infinitif, on ajoute -л, puis la marque d’accord. Le radical reste celui de l’infinitif, avec son т, et l’alternance en ч n’apparaît nulle part. C’est la règle générale, exposée à la page le passé du verbe : le passé ignore les remaniements du présent.
| Accord | Forme | Transcription | Exemple de sujet |
|---|---|---|---|
| masculin singulier | хотел | khotiél | он, брат, я (un homme) |
| féminin singulier | хотела | khotiéla | она, сестра, я (une femme) |
| neutre singulier | хотело | khotiélo | un sujet neutre, rare avec ce verbe |
| pluriel, tous genres | хотели | khotiéli | мы, вы, они, дети |
Comme toujours au passé, l’accord se fait sur le genre et le nombre du sujet, jamais sur la personne. Une femme qui dit я хотел commet une faute immédiatement perceptible, et l’avant-dernier exemple ci-dessus mérite d’être relu pour cette raison. Vous verrez plus loin que cette forme en -л sert aussi à la politesse, jointe à une petite particule, et que c’est de très loin la forme la plus utile de tout le paradigme pour un débutant.
Quant au futur, il se construit sans difficulté particulière, avec l’auxiliaire suivi de l’infinitif. Mais il est rare, et pour une raison de sens : on exprime rarement une volonté à venir. Le russe préfère alors employer le perfectif, dont il sera question plus bas, et qui dit non pas « je voudrai » mais « l’envie me viendra ». Retenez simplement que si la forme existe, elle ne fait pas partie des phrases que vous aurez à produire les premiers mois.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
La conjugaison réglée, reste à savoir ce que l’on met après. Trois constructions se partagent l’essentiel du travail, et la première est celle que le français attend : un complément d’objet direct, qui se met à l’accusatif, le cas décrit à la page l’accusatif. On l’emploie quand l’objet voulu est un objet précis, délimité, que l’on peut compter ou désigner du doigt.
| Nominatif | Accusatif | Transcription | Sens |
|---|---|---|---|
| машина | машину | machínou | voiture |
| книга | книгу | knígou | livre |
| квартира | квартиру | kvartírou | appartement |
| собака | собаку | sobákou | chien |
| мороженое | мороженое | morójenoïe | glace, crème glacée |
| что | что | tchto | quoi |
Deux détails valent d’être signalés. Les deux dernières lignes du tableau rappellent que l’accusatif ne se voit pas toujours : мороженое, neutre formé sur un adjectif, ne change pas de forme, et le pronom interrogatif что non plus. Vous entendrez d’ailleurs très souvent la question sous une autre forme, Чего ты хочешь? Tchegó ty khótchech’ ?, avec le génitif du même pronom : c’est la construction la plus courante dans la conversation, et elle nous conduit tout droit à la section suivante.
L’autre détail concerne le nom de personne ou d’animal. Quand l’objet voulu est un être animé, l’accusatif se calque sur une autre forme que celle de l’inanimé, question que la page de l’accusatif traite en détail. Dans Дочь хочет собаку, le féminin ne laisse rien voir de cette subtilité, puisque les féminins en -а font tous leur accusatif en -у. Mais la difficulté réapparaîtrait avec un masculin, et c’est une raison supplémentaire de ne pas apprendre ce verbe séparément du système des cas.
Voici la construction que le français ne prévoit pas, et qui pourtant s’entend continuellement. Quand ce que l’on veut n’est pas un objet délimité mais une part, une quantité indéterminée, une matière prise sans mesure, le russe abandonne l’accusatif et met le complément au génitif, le cas que décrit la page le génitif. C’est, à peu de choses près, notre partitif : « du thé », « de l’eau », « du pain ».
La forme чаю du premier exemple est un ancien génitif partitif, que quelques noms de matière ont conservé à côté du génitif ordinaire чая tcháia. Les deux se disent ; le second est accepté partout, le premier sonne plus familier et reste très fréquent précisément dans ce genre de phrase. Ne vous arrêtez pas à ce choix : l’important est de comprendre pourquoi le mot n’est pas à l’accusatif.
Le même génitif sert à un second emploi, moins attendu encore. Il apparaît quand ce que l’on veut n’est pas une chose du tout, mais une notion : la paix, le bonheur, le silence, le changement. L’explication est la même, poussée à sa limite. Une notion abstraite n’a pas de bords, on ne peut pas la vouloir « en entier », et le russe la traite donc comme une matière dont on prend une part.
| Nominatif | Génitif | Transcription | Sens |
|---|---|---|---|
| мир | мира | míra | la paix |
| счастье | счастья | stchást’ia | le bonheur |
| тишина | тишины | tichiný | le silence, le calme |
| перемены | перемен | pieriemién | les changements |
| деньги | денег | diénieg | l’argent |
Les deux dernières lignes méritent un arrêt, car leur génitif ne se voit pas comme les autres. перемены et деньги ne s’emploient qu’au pluriel dans ce sens, et leur génitif pluriel est sans désinence visible : перемен, денег. Un francophone, qui cherche une terminaison, croit voir un radical nu et se demande quel cas il lit. C’est bien un génitif, et l’un des plus fréquents de la langue.
Reste à savoir trancher. La règle pratique tient en une question : s’agit-il de cet objet-là, ou d’une certaine quantité de cette chose ? Dans le premier cas, accusatif ; dans le second, génitif. Le tableau ci-dessous met les deux côte à côte, et vous verrez que le russe, là où le français emploie le même mot, dispose de deux phrases différentes.
| Phrase | Cas | Ce qu’elle dit |
|---|---|---|
| Я хочу воду. | accusatif | je veux l’eau, celle qui est là, le verre entier |
| Я хочу воды. | génitif | je veux de l’eau, une certaine quantité |
| Я хочу хлеб. | accusatif | je veux le pain, ce pain-là |
| Я хочу хлеба. | génitif | je veux du pain, un morceau |
Les quatre phrases sont correctes, et c’est pourquoi la construction est difficile : aucune ne vous sera signalée comme fautive, vous direz simplement autre chose que ce que vous pensiez. Dans la conversation de tous les jours, autour d’une table, le génitif l’emporte largement, parce qu’on y demande rarement la totalité d’une chose.
C’est de loin l’emploi le plus fréquent, et heureusement le plus simple pour un francophone, puisqu’il coïncide avec le nôtre. Quand la volonté porte sur une action que fera celui qui veut, le russe fait suivre le verbe conjugué d’un infinitif, sans préposition, sans conjonction, sans rien du tout.
Les deux premiers exemples sont à retenir tels quels, car ils règlent une difficulté de vocabulaire. Le russe ne dit pas « avoir faim » ni « avoir soif » ni « avoir sommeil » : il dit qu’il veut manger, boire, dormir. Trois phrases très courtes, très employées, et qui dispensent d’apprendre trois expressions de plus. Remarquez au passage que l’infinitif conserve le cas que son propre sens réclame : стать veut l’instrumental, d’où врачом, et помочь veut le datif, d’où вам. Le verbe conjugué n’y est pour rien.
Une question se pose alors, et elle est plus délicate : quel aspect donner à cet infinitif ? Les deux sont possibles, et ils ne disent pas la même chose. L’imperfectif présente l’activité en elle-même, sans borne ; le perfectif annonce un résultat à atteindre, une fois. Comparez : Я хочу читать Ia khotchoú tchitát’, « j’ai envie de lire », contre Я хочу прочитать эту книгу Ia khotchoú protchitát’ ètou knígou, « je veux lire ce livre jusqu’au bout ». Le premier décrit une occupation, le second un projet avec sa fin. Cette décision, qui revient à chaque phrase, est traitée pour elle-même à la page l’aspect à l’infinitif.
Aucune conjonction entre les deux verbes. C’est l’erreur que fait presque tout débutant venu du français : chercher un petit mot à glisser entre хочу et l’infinitif. Il n’y en a pas. On ne dit pas Я хочу что спать, on ne dit pas non plus Я хочу чтобы спать. Le second verbe se pose nu, immédiatement après le premier.
Demandez-vous chaque fois si l’on veut une chose délimitée, une quantité, ou une action.
Tout change dès que la volonté porte sur une autre personne. En français, nous passons au subjonctif : « je veux que tu viennes ». Le russe, qui n’a pas de subjonctif, emploie la conjonction чтобы tchtóby, et fait suivre cette conjonction d’une forme en -л — celle du passé, mais sans aucune valeur de passé. La phrase parle de l’avenir ; c’est seulement la forme qui ressemble à un passé.
La raison en est transparente dès qu’on regarde la conjonction : elle contient la particule бы, celle du conditionnel, soudée à что. Or cette particule réclame la forme en -л dès que la subordonnée a son propre sujet. Le mécanisme complet est exposé à la page du conditionnel, et l’emploi des conjonctions à la page les subordonnées. Pour cette page, deux conséquences suffisent : la forme ne se conjugue pas, et elle s’accorde en genre et en nombre avec le sujet de la subordonnée.
| Situation | Construction | Exemple |
|---|---|---|
| le même sujet veut et agit | infinitif seul | Я хочу отдохнуть. — Je veux me reposer. |
| la volonté porte sur un autre | чтобы et la forme en -л | Я хочу, чтобы ты отдохнул. — Je veux que tu te reposes. |
La virgule devant чтобы est obligatoire, quelle que soit la longueur des deux membres de la phrase. Observez surtout les deux premières lignes : la seule différence entre elles est la marque de genre portée par la forme en -л, et c’est elle qui dit à qui l’on parle. Le russe met donc, dans une subordonnée, une information que le français place ailleurs ou laisse tomber.
Une règle négative, enfin, qui évite une faute classique. On ne dit jamais Я хочу, чтобы я отдохнул. Dès que le sujet de la volonté et celui de l’action se confondent, la conjonction disparaît et l’infinitif reprend ses droits. Cette règle ne souffre pas d’exception, et elle vaut après tous les verbes de volonté, pas seulement après celui-ci. Vous pouvez donc décider de la construction avant même d’avoir choisi vos mots : une seule personne, un infinitif ; deux personnes, чтобы et une forme en -л.
Le russe possède un second verbe pour dire la même chose autrement, et il est construit sur le premier : хотеться. Il ne se conjugue pas, ou presque. Il reste figé à la troisième personne du singulier, хочется khótchetsia, et la personne qui éprouve l’envie, au lieu d’être sujet, passe au datif. La phrase n’a donc plus de sujet du tout : c’est une tournure impersonnelle, du type que décrit la page les tournures impersonnelles.
| Personne | Datif | Transcription | Phrase |
|---|---|---|---|
| je | мне | mnie | Мне хочется спать. |
| tu | тебе | tiebié | Тебе хочется спать. |
| il | ему | iemoú | Ему хочется спать. |
| elle | ей | ieï | Ей хочется спать. |
| nous | нам | nam | Нам хочется спать. |
| vous | вам | vam | Вам хочется спать. |
Relisez la colonne de droite : le verbe ne bouge pas d’une ligne à l’autre. Seul le pronom change, et c’est lui qui porte toute l’information de personne. Les formes du datif sont détaillées à la page le cas datif ; celles des pronoms s’apprennent une fois et servent dans des dizaines de tournures de ce genre.
Au passé, la tournure se comporte comme toutes les impersonnelles : elle se fige au neutre, хотелось khotiélos’, et ne s’accorde avec rien, puisqu’il n’y a aucun sujet avec quoi s’accorder. Une femme et un homme disent donc exactement la même phrase, ce qui est assez rare en russe pour être noté.
Reste la question qui compte : pourquoi deux manières de dire, et laquelle choisir ? La différence n’est pas de sens mais de responsabilité. Я хочу présente une volonté, quelque chose que je décide et que j’assume. Мне хочется présente une envie qui me vient, que je constate comme je constaterais la pluie. La première tournure engage, la seconde observe. D’où son emploi partout où l’on souhaite adoucir : un refus, une demande, une confidence. Le français dispose du même écart entre « je veux » et « j’ai envie », mais il ne change pas de construction pour l’exprimer ; le russe, lui, démonte la phrase et met la personne au datif.
Un dernier point de construction : après хочется, le nom se met au génitif, comme après le verbe personnel employé partitivement. On dit donc Мне хочется чаю et non l’accusatif. L’infinitif, lui, suit directement, exactement comme plus haut.
Comme presque tout verbe russe, хотеть a un partenaire perfectif, захотеть zakhotiét’. Il ne signifie pas « vouloir » plus fort, mais quelque chose que le français rend mal en un mot : se mettre à vouloir, en venir à vouloir, avoir soudain envie. L’imperfectif décrit un état de volonté qui dure ; le perfectif pointe l’instant où cette volonté apparaît.
Il se conjugue exactement comme le verbe simple, avec le même paradigme coupé en deux : захочу, захочешь, захочет, puis захотим, захотите, захотят. Mais comme il est perfectif, ces formes ne sont pas un présent : ce sont des futurs. C’est là que le verbe devient utile, car il fournit au russe le moyen de dire « si tu veux » en parlant de l’avenir.
| Phrase | Aspect | Ce qu’elle dit |
|---|---|---|
| Он хотел уехать. | imperfectif | il avait ce projet, il en parlait |
| Он захотел уехать. | perfectif | l’envie lui est venue, à un moment précis |
| Он не хотел помочь. | imperfectif | il n’en avait pas envie |
| Он не захотел помочь. | perfectif | il a refusé, la décision est tombée |
La dernière ligne montre que la tournure impersonnelle a elle aussi son perfectif, захотелось zakhotiélos’, et qu’il est très employé : il dit exactement l’envie qui tombe sur quelqu’un sans prévenir. Quant à la première ligne, retenez-la comme une formule : la langue russe emploie là un futur là où le français emploie un présent, parce que l’envie dont on parle n’est pas encore là.
Observez d’abord si la volonté porte sur le sujet lui-même ou sur quelqu’un d’autre.
Voici la forme que vous emploierez le plus souvent dès que vous parlerez à quelqu’un que vous ne connaissez pas. Я хочу est correct, mais brut : il annonce une volonté présente, et dans un magasin, dans un restaurant, dans un bureau, il sonne à peu près comme un ordre. Pour l’adoucir, le russe ajoute la particule бы à la forme en -л, et la demande cesse d’être un fait pour devenir une hypothèse.
| Formule | Transcription | Ton |
|---|---|---|
| Я хочу кофе. | Ia khotchoú kófie. | direct, parfois sec |
| Я хотел бы кофе. | Ia khotiél by kófie. | poli, usage courant (dit par un homme) |
| Мне хотелось бы кофе. | Mnie khotiélos’ by kófie. | très poli, plus réservé encore |
Observez le mécanisme de la deuxième ligne. La particule ne se conjugue pas, elle n’apporte ni temps ni personne ; c’est la forme en -л qui porte l’accord, et elle continue de s’accorder avec le sexe de celui qui parle. Un homme dit Я хотел бы, une femme Я хотела бы. On entend aussi l’ordre inverse, Я бы хотел : la particule se place assez librement, et les deux tours s’emploient. L’ensemble du procédé appartient à la page le conditionnel.
La troisième ligne cumule les deux adoucissements que nous avons vus : la tournure impersonnelle, qui retire la volonté à son propriétaire, et la particule, qui l’éloigne du réel. Le résultat est la formule la plus prudente de la langue, celle que vous entendrez dans un discours, une lettre, une démarche administrative. À l’inverse, entre amis, elle serait franchement affectée : on y dira хочу sans détour.
Retenez donc une échelle, et non une règle. Avec un inconnu, un commerçant, un fonctionnaire, employez хотел бы ou хотела бы ; avec des proches, хочу ; et réservez мне хотелось бы aux situations où vous voulez marquer de la déférence. C’est, pour un débutant, l’un des rares endroits de la grammaire russe où trois formes correctes se distinguent uniquement par le ton.
La négation se fait comme partout, par la particule не placée immédiatement devant le verbe. Rien ne change dans la conjonction, rien ne change dans l’infinitif qui suit. La seule nouveauté concerne le nom complément : sous la négation, il glisse volontiers de l’accusatif au génitif, phénomène général que décrit la page consacrée au génitif après la négation.
Les deux dernières lignes sont les formules de refus les plus utiles de la langue parlée, et elles ne se valent pas. Я не хочу, tout seul, est net et peut paraître cassant. Я не очень хочу atténue par un adverbe. Мне не хочется atténue autrement, et plus efficacement : la tournure impersonnelle présente le refus comme un état constaté et non comme une décision prise contre l’interlocuteur. C’est l’équivalent de notre « ça ne me dit rien ».
Ajoutons un petit fait d’usage. Le russe emploie volontiers la négation dans une offre, et cette négation n’a alors rien de négatif : elle sert au contraire à rendre la proposition plus discrète. Не хотите ли чаю? Nie khotítie li tcháiou ? signifie « ne voudriez-vous pas un peu de thé ? », et c’est une invitation parfaitement aimable, un peu cérémonieuse. Le français connaît le même tour, ce qui rend celui-là facile à adopter.
Deux autres verbes complètent le tableau de la volonté, et il vaut mieux savoir dès le début que ce ne sont pas des synonymes du premier. Le premier est желать jelát’, qui se conjugue tout à fait régulièrement sur la première conjugaison : желаю jeláiou, желаешь, желает, желаем, желаете, желают. Au sens de « vouloir », il appartient à la langue soutenue : un vendeur très courtois demandera Что вы желаете? Tchto vy jeláietie ? là où tout le monde dirait Что вы хотите?
Mais son emploi vraiment indispensable est autre : il sert à souhaiter quelque chose à quelqu’un. La construction est alors fixe et mérite d’être apprise d’un bloc : la personne au datif, la chose souhaitée au génitif. Deux cas dans la même phrase, et aucun accusatif.
| Formule | Transcription | Sens |
|---|---|---|
| Желаю вам счастья! | Jeláiou vam stchást’ia ! | Je vous souhaite du bonheur. |
| Желаю вам здоровья! | Jeláiou vam zdoróv’ia ! | Je vous souhaite la santé. |
| Желаю удачи! | Jeláiou oudátchi ! | Bonne chance. |
| Желаю успехов! | Jeláiou ouspiékhov ! | Je vous souhaite de réussir. |
Ce génitif explique une famille entière de formules que vous entendrez avant même de les comprendre. Спокойной ночи! Spokóïnoï nótchi !, « bonne nuit », Приятного аппетита! Priiátnogo appietíta !, « bon appétit », ou Всего хорошего! Vsiegó khoróchego !, « tous mes vœux », sont au génitif sans qu’aucun verbe apparaisse. Le verbe est sous-entendu : ces formules sont des souhaits amputés de leur желаю. Un francophone qui l’a compris cesse de se demander pourquoi ces salutations ne sont pas au nominatif.
Le second verbe est мечтать mietchtát’, « rêver de », également régulier : мечтаю mietchtáiou, мечтаешь, мечтает, et ainsi de suite. Il ne dit pas une volonté mais une aspiration lointaine, et il se construit avec la préposition о suivie du prépositionnel, le cas que décrit la page le prépositionnel. Devant une voyelle, la préposition devient об.
La dernière ligne montre que ce verbe accepte aussi l’infinitif, sans préposition, dès que le rêve porte sur une action. Les quatre premières en revanche demandent la préposition, et c’est une erreur très fréquente que de l’oublier ou de la remplacer par une autre. Résumons les trois régimes pour ne plus les confondre : on veut une chose à l’accusatif ou au génitif, on souhaite une chose à quelqu’un avec le datif et le génitif, et on rêve d’une chose avec la préposition et le prépositionnel.
Terminons par les phrases que vous emploierez le plus vite, celles où la volonté sert à s’adresser à l’autre. Elles ne demandent aucune grammaire nouvelle : ce sont les constructions déjà vues, mises à la deuxième personne. Mais elles valent d’être apprises telles quelles, car on les répète chaque jour.
| Formule | Transcription | Emploi |
|---|---|---|
| Хочешь чаю? | Khótchech’ tcháiou ? | offre familière, avec le génitif |
| Не хотите ли кофе? | Nie khotítie li kófie ? | offre cérémonieuse |
| Хотите пойти в кино? | Khotítie poïtí v kinó ? | proposition, avec l’infinitif |
| Хотите, я вам помогу? | Khotítie, ia vam pomogoú ? | offre de service |
| Как хочешь. | Kak khótchech’. | comme tu veux |
| Как хотите. | Kak khotítie. | comme vous voulez |
La quatrième ligne est la plus intéressante, parce qu’elle n’a pas d’équivalent direct en français. Le russe juxtapose la question et l’offre, séparées par une simple virgule, et met le second verbe au futur perfectif : mot à mot, « voulez-vous, je vous aiderai ». Aucune conjonction, aucun subjonctif. Vous entendrez ce tour partout, dans toutes les personnes : Хочешь, я позвоню? Khótchech’, ia pozvonioú ?, « tu veux que j’appelle ? ».
Les deux dernières lignes sont des formules figées. Как хочешь et как хотите laissent la décision à l’interlocuteur ; selon le ton, elles marquent la courtoisie ou l’abandon un peu agacé, exactement comme notre « comme tu veux ». Dans le même registre, la langue parlée a fabriqué l’expression хочешь не хочешь khótchech’ nie khótchech’, « que tu le veuilles ou non », qui s’emploie toute faite, sans jamais changer de personne.
Un mot enfin sur ce que cette page ne traite pas. Proposer de faire quelque chose ensemble ne passe pas par ce verbe : le russe emploie pour cela une forme particulière, bâtie sur l’impératif, et c’est elle qu’il faut connaître pour dire « allons-y » ou « prenons un café ». Elle est traitée ailleurs, avec l’ensemble des formes de l’ordre et de l’invitation. Le verbe de la volonté, lui, sert à demander ce que l’autre souhaite, non à entraîner tout le monde.
Six formes à avoir en bouche avant tout le reste. Vous pouvez relire cette page dix fois sans progresser d’un pas si les six formes du présent ne viennent pas toutes seules. Ce n’est pas une affaire de compréhension, c’est une affaire de réflexe : il faut avoir dit хочу, хочешь, хочет, хотим, хотите, хотят assez souvent pour ne plus y penser. C’est exactement ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes : on écoute, on répète, et la charnière du paradigme finit par se placer sans qu’on la cherche. Écoutez la première leçon aujourd’hui, avant d’avoir oublié la moitié de cette page.
Complétez chaque phrase. Demandez-vous à qui l’on parle et sur quel ton.
Reprenons les choses du point de vue de celui qui apprend, et non de celui qui décrit. Toute cette page tient dans quatre acquisitions, qui ne demandent ni le même travail ni le même temps.
D’abord les six formes du présent. C’est le seul point où la mémoire doit faire tout le travail, et c’est aussi celui qui se règle le plus vite : une dizaine de récitations à voix haute, espacées sur quelques jours, et la charnière entre хочет et хотим se met en place. Tant que ce n’est pas fait, rien d’autre ne sert.
Ensuite la construction, qui dépend de ce que l’on veut. Une chose délimitée appelle l’accusatif ; une quantité ou une notion, le génitif ; une action que l’on fera soi-même, l’infinitif nu ; une action que fera quelqu’un d’autre, чтобы et la forme en -л. Ces quatre cas se distinguent par le sens, non par le vocabulaire, et c’est pour cela qu’il faut se poser la question avant de parler plutôt qu’après.
Puis les deux adoucissements. La tournure impersonnelle au datif, qui présente l’envie comme un état ; la particule, qui présente la demande comme une hypothèse. Elles se combinent, et leur combinaison donne la formule la plus polie de la langue. Un débutant qui ne retiendrait que хотел бы ou хотела бы aurait déjà de quoi se faire bien recevoir partout.
Enfin les deux verbes voisins. Souhaiter, avec le datif et le génitif, qui ouvre toute la série des salutations ; rêver, avec la préposition et le prépositionnel. Ce sont deux constructions à apprendre, non deux synonymes à substituer. L’architecture générale du verbe russe, et la place de ces formes dans l’ensemble, se consultent à la page du verbe russe ; le choix entre les deux aspects, qui revient dans chacune des sections ci-dessus, se travaille à la page de l’aspect.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
50 leçons de 14 minutes, soit 11 h 39 d’écoute, en fichiers MP3. Je paie une fois, je reçois le lien par courriel, je télécharge le cours entier — ou je l’écoute en ligne.
La leçon 1 est en haut de cette page, gratuite et en entier : je l’écoute avant de payer, sans compte à créer et sans carte bancaire.
Parce que ce verbe change de conjugaison au milieu de son paradigme. Les trois personnes du singulier suivent la première conjugaison, avec le т du radical changé en ч ; les trois personnes du pluriel suivent la seconde, où le т revient. C’est un cas unique, qu’aucune règle ne permet de déduire : les six formes s’apprennent par cœur.
Non, elles n’appartiennent pas à la langue normée, même si on les entend. Le pluriel est хотим, хотите, хотят, sans exception. L’erreur consiste à étendre au pluriel le radical en ч du singulier, c’est-à-dire à régulariser un verbe qui ne se régularise pas.
Très régulièrement, sur le radical de l’infinitif : хотел, хотела, хотело, хотели khotiél, khotiéla, khotiélo, khotiéli. L’alternance du présent n’y paraît pas, car le passé russe ignore les remaniements du présent. L’accord se fait sur le genre et le nombre du sujet, jamais sur la personne.
Pas d’impératif d’usage courant, et la raison est de sens : on n’ordonne pas à quelqu’un de vouloir. Pour inviter poliment, le russe emploie l’impératif du verbe principal, ou la particule бы jointe à la forme en -л. Signalons au passage que son ancien gérondif présent est devenu la conjonction хотя, qui signifie aujourd’hui « quoique ».
L’accusatif quand l’objet voulu est délimité, désigné, comptable : Я хочу эту книгу. Le génitif quand il s’agit d’une quantité indéterminée ou d’une notion abstraite : Я хочу воды, Все хотят мира. Les deux phrases sont correctes avec le même nom, et elles ne disent pas la même chose : Я хочу воду réclame le verre entier, Я хочу воды en réclame un peu.
Aucun. Le second verbe se pose nu, immédiatement après le premier : Я хочу спать, Я хочу вам помочь. C’est l’erreur la plus répandue chez les francophones, qui cherchent un équivalent de notre « de ». Notez que l’infinitif garde le cas que son propre sens réclame : помочь demande le datif, стать l’instrumental.
Parce que la conjonction contient la particule бы, soudée à что, et que cette particule réclame la forme en -л dès que la subordonnée a son propre sujet. Ce n’est donc pas un passé de sens : Я хочу, чтобы ты пришёл parle de l’avenir. La forme s’accorde en genre et en nombre avec le sujet de la subordonnée, et la virgule devant la conjonction est obligatoire.
Non, jamais. Dès que celui qui veut et celui qui agit sont la même personne, la conjonction disparaît et l’infinitif s’impose : Я хочу отдохнуть. La règle est sans exception et vaut après tous les verbes de volonté. Vous pouvez donc choisir la construction avant même de chercher vos mots : une seule personne, un infinitif ; deux personnes, чтобы.
Une différence de responsabilité, non de sens. Я хочу présente une volonté que j’assume. Мне хочется est une tournure impersonnelle, sans sujet, où la personne passe au datif : elle présente l’envie comme un état que je constate. D’où son emploi partout où l’on veut adoucir, qu’il s’agisse d’une demande, d’une confidence ou d’un refus.
La personne se met au datif, et le verbe reste figé : Мне хочется спать, Ему не хочется работать. Au passé, il se fige au neutre, хотелось, et ne s’accorde avec rien, puisqu’il n’y a aucun sujet. Un homme et une femme disent donc exactement la même phrase. Le nom complément, lui, se met au génitif : Мне хочется чаю.
Il ne signifie pas vouloir plus fort, mais se mettre à vouloir, en venir à vouloir. Il pointe l’instant où l’envie apparaît, là où l’imperfectif décrit un état qui dure. Comparez Он не хотел помочь, il n’en avait pas envie, et Он не захотел помочь, il a refusé. Étant perfectif, ses formes en захочу, захочешь sont des futurs : d’où Если захочешь, позвони мне.
Par la particule бы jointe à la forme en -л, qui continue de s’accorder avec le sexe de celui qui parle : Я хотел бы pour un homme, Я хотела бы pour une femme. Au-dessus encore, Мне хотелось бы cumule la tournure impersonnelle et la particule. Я хочу, dans un magasin ou un bureau, sonne à peu près comme un ordre.
Au sens de vouloir, желать appartient à la langue soutenue : Что вы желаете? est la question d’un vendeur très courtois. Son emploi indispensable est ailleurs : il sert à souhaiter quelque chose à quelqu’un, avec la personne au datif et la chose au génitif — Желаю вам счастья!, Желаю удачи!. Ce génitif explique les formules où le verbe reste sous-entendu, comme Спокойной ночи! ou Приятного аппетита!
Avec мечтать suivi de la préposition о et du prépositionnel : Он мечтает о море, Я мечтаю о путешествии. La préposition devient об devant une voyelle, d’où об этом. Devant une action, ce verbe accepte aussi l’infinitif sans préposition : Она мечтает стать врачом.
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