Le russe possède bien un verbe иметь, mais il ne s’en sert presque jamais pour dire qu’on possède quelque chose. Il retourne la phrase : au lieu de « j’ai une voiture », il dit « chez moi il y a une voiture ».
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La construction russe de la possession comporte trois pièces, que l’ordre neutre range toujours de la même façon. La préposition у ou introduit le possesseur, qui se met au génitif ; vient ensuite la forme есть iest’, « il y a » ; vient enfin la chose possédée, qui reste au nominatif.
Retenez la conséquence, car elle décide de tout le reste : la chose possédée est le sujet grammatical de la phrase, et le possesseur n’en est qu’un complément de lieu. Le russe ne dit pas « je possède une voiture » mais « auprès de moi se trouve une voiture ».
Un mot sur la forme есть. C’est la troisième personne du singulier du verbe быть byt’, « être », seul vestige vivant d’un présent disparu. Elle ne se conjugue pas : la même syllabe vaut pour toutes les personnes et les deux nombres. L’absence de copule qui en résulte est traitée à la page la phrase sans « être ».
Deux mots identiques, deux sens. есть signifie « il y a », mais c’est aussi l’infinitif du verbe « manger ». Rien ne les distingue à l’écrit ni à l’oral, seule la place dans la phrase tranche : У меня есть хлеб Ou mieniá iest’ khlieb, « j’ai du pain », contre Я хочу есть Ia khotchoú iest’, « j’ai faim », mot à mot « je veux manger ».
Tout ce qui suit у passe au génitif, sans exception. Avec un nom, on applique la déclinaison ordinaire ; avec un pronom personnel, on emploie les formes du tableau ci-dessous, à apprendre en bloc.
| Nominatif | Après у | Sens |
|---|---|---|
| я | у меня ou mieniá | j’ai |
| ты | у тебя ou tiebiá | tu as |
| он | у него ou niegó | il a |
| она | у неё ou nieió | elle a |
| мы | у нас ou nas | nous avons |
| вы | у вас ou vas | vous avez |
| они | у них ou nikh | ils ont |
Une remarque sur la troisième personne. Le génitif de он est его, celui de она est её, celui de они est их ; mais après у, comme après les prépositions courantes, ils prennent un н- initial. On dit donc у него et jamais у его : voyez les pronoms personnels.
Avec un nom, rien de particulier : le nom prend son génitif, adjectifs et possessifs compris.
La même préposition у sert par ailleurs à dire « chez » : Я был у врача Ia byl ou vratchá, « j’étais chez le médecin ». Les deux emplois ne se confondent pas, car la possession fait toujours apparaître un second nom, celui de la chose possédée. Le régime des prépositions est récapitulé à la page quelle préposition, quel cas.
Au présent affirmatif, есть s’omet couramment. Ce n’est pas une négligence : l’alternance porte un sens.
On garde есть quand la question est l’existence même de la chose : on affirme qu’elle est là, ou l’on demande si elle l’est.
On supprime есть quand l’existence va de soi et que l’information porte sur une qualité. Chacun a des yeux ; ce qu’on annonce, c’est leur couleur.
У меня есть машина répond à « avez-vous une voiture ? » ; У меня новая машина répond à « comment est votre voiture ? ». La première pose l’objet, la seconde le décrit — même logique que la place des mots, exposée à la page l’ordre des mots.
La frontière n’est pas étanche : beaucoup de phrases acceptent les deux formes. Évitez seulement d’employer есть partout par prudence — cela s’entend.
Ici, la construction change de forme. нет niet remonte à une tournure ancienne qui soudait une négation, le verbe « être » et un adverbe de lieu — « il n’est pas là » —, et il entraîne une conséquence lourde : la chose absente passe au génitif et cesse d’être sujet. La phrase devient impersonnelle.
нет est invariable : singulier ou pluriel, masculin ou féminin, il ne bouge pas. Et contrairement à есть, on ne le supprime jamais : У меня нет новой машины, jamais У меня новой машины.
Côte à côte, le basculement saute aux yeux.
Le même нет nie l’existence sans possesseur : В городе нет метро V górodie niet mietró, « il n’y a pas de métro en ville ». Ce basculement vers le génitif sous la négation a ses règles propres, exposées à la page le génitif de négation ; pour la place de не et la double négation, voyez la négation.
Au passé et au futur, есть cède la place au verbe быть. La règle d’accord est celle du mécanisme décrit plus haut : à l’affirmatif, le verbe s’accorde avec la chose possédée, qui est le sujet ; au négatif, il n’y a plus de sujet, et le verbe se fige au neutre singulier.
| Temps | Affirmation | Négation |
|---|---|---|
| Présent | У меня есть машина. Ou mieniá iest’ machína. — J’ai une voiture. | У меня нет машины. Ou mieniá niet machíny. — Je n’ai pas de voiture. |
| Passé | У меня была машина. Ou mieniá bylá machína. — J’avais une voiture. | У меня не было машины. Ou mieniá nie býlo machíny. — Je n’avais pas de voiture. |
| Futur | У меня будет машина. Ou mieniá boúdiet machína. — J’aurai une voiture. | У меня не будет машины. Ou mieniá nie boúdiet machíny. — Je n’aurai pas de voiture. |
À l’affirmatif, la forme du verbe suit le genre et le nombre de la chose, non ceux de la personne.
Au négatif, en revanche : quels que soient le genre et le nombre, la forme reste не было, puis не будет.
будет et будут sont les seules formes de futur employées ici. La formation complète des deux futurs est à la page les deux futurs ; celle du passé, à la page le passé.
Le verbe иметь imiét’ se conjugue régulièrement et commande l’accusatif. Il n’est pas rare, mais il ne se répartit pas comme le français « avoir » : avec un objet concret, dans la conversation, la construction en у l’emporte largement. On entend У меня есть машина, non Я имею машину, qui sonne livresque.
En revanche il règne sur les tournures figées, les objets abstraits et la langue écrite ou administrative. Ces expressions se retiennent telles quelles.
Notez la dernière phrase : sous la négation, право quitte l’accusatif pour le génitif права — la même alternance que celle de нет, appliquée à un verbe transitif ordinaire. La conjugaison de иметь suit le premier type décrit à la page comment le verbe fonctionne.
Le verbe français recouvre quantité de tournures qui n’ont rien à voir avec la possession. Aucune ne se traduit par у меня есть.
Trois familles s’en dégagent. L’âge et la sensation passent par le datif ; on les trouve à la page les tournures impersonnelles, et pour l’âge à l’heure, la date, l’âge. « Avoir raison » se rend par un adjectif à forme courte. « Avoir peur » est un verbe qui réclame son propre cas, comme ceux de la page quel cas après quel verbe.
Reste le plus déroutant, parce qu’il est invisible : l’auxiliaire. « J’ai mangé », « j’ai vu » ne contiennent aucune possession. Le russe ne compose aucun temps avec « avoir » : son passé tient en un mot, marqué par le genre et non par la personne.
Dernier point : Он был врачом On byl vratchóm, « il était médecin », ressemble à nos constructions par son verbe, mais elle attribue une qualité et met son attribut à l’instrumental. Ne la mêlez pas à У него был врач, « il avait un médecin ».
La possession n’est pas le possessif. У меня есть брат annonce l’existence d’un frère ; Это мой брат Èto moï brat désigne un frère déjà connu : on présente, ou l’on montre. Les possessifs et leur déclinaison sont à la page les possessifs.
Une construction unique, un basculement de cas sous la négation : la règle tient en trois lignes. La produire sans y penser, dans une phrase qui avance, demande tout autre chose que de la comprendre. C’est ce que travaille notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. La carte du dossier est à la page la grammaire complète, et l’ensemble de nos guides à la page grammaire.
Complétez chaque phrase par la seule forme que la traduction autorise. On y travaille la construction en у, le choix de есть, le passage au génitif sous la négation, le passé, le futur et les faux amis du verbe « avoir ». Touchez une réponse, puis Correction.
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Par une construction, non par un verbe : У меня есть Ou mieniá iest’, mot à mot « chez moi il y a ». Le possesseur suit la préposition у et se met au génitif ; la chose possédée reste au nominatif : У меня есть машина, j’ai une voiture.
On le garde quand on affirme ou qu’on demande l’existence de la chose : У вас есть машина? On le supprime quand l’existence va de soi et que la phrase porte sur une qualité : У неё голубые глаза, elle a les yeux bleus. La frontière n’est pas étanche et beaucoup de phrases acceptent les deux.
Avec нет, qui remplace есть et fait passer la chose absente au génitif : У меня нет машины. La phrase n’a alors plus de sujet. нет est invariable et ne s’omet jamais.
есть cède la place à быть. À l’affirmatif, le verbe s’accorde avec la chose possédée : У меня был брат, У меня была сестра, У них будут деньги. Au négatif, il se fige au neutre singulier : не было, не будет, suivis du génitif.
Le verbe иметь existe et commande l’accusatif, mais avec un objet concret il sonne livresque : on dit У меня есть машина. Il reste courant dans les tournures figées et devant un objet abstrait : иметь право, иметь значение, иметь в виду.
Parce que la première pose une possession et la seconde attribue une qualité. L’attribut d’un verbe d’état se met à l’instrumental, cas qui n’intervient jamais dans la construction en у.
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