Deux lettres collées à la fin du verbe, et tout change : le complément disparaît, le sens se déplace. -ся n’est pas l’équivalent du « se » français — il en fait beaucoup plus, et beaucoup moins.
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Le russe possède une classe entière de verbes terminés par -ся ou -сь. Le français les traduit souvent par un pronominal, mais la ressemblance s’arrête vite. Là où le français place un pronom devant le verbe, le russe soude un suffixe derrière tout le reste : après la désinence de personne, après la marque du passé, après le signe mou de l’infinitif.
Le suffixe vient du pronom себя siebiá, « soi », soudé au verbe il y a des siècles. Ce pronom existe toujours par ailleurs et se décline : il fait l’objet de la page себя et друг друга. Le suffixe, lui, ne se détache jamais. Sa forme dépend uniquement de la lettre qui le précède : -сь après une voyelle, -ся après une consonne ou un signe mou.
| Forme | Cyrillique | Transcription |
|---|---|---|
| infinitif | заниматься | zanimát’sia |
| я | занимаюсь | zanimáious’ |
| ты | занимаешься | zanimáiech’sia |
| он, она | занимается | zanimáietsia |
| мы | занимаемся | zanimáiemsia |
| вы | занимаетесь | zanimáieties’ |
| они | занимаются | zanimáioutsia |
| passé masculin | занимался | zanimálsia |
| passé féminin | занималась | zanimálas’ |
| passé neutre | занималось | zanimálos’ |
| passé pluriel | занимались | zanimális’ |
| impératif ты | занимайся | zanimáïsia |
| impératif вы | занимайтесь | zanimáïties’ |
-сь suit donc toute voyelle — занимаю, занимала, занимайте. Le й compte comme une consonne, d’où занимайся. Pour les désinences, voyez les deux conjugaisons et le passé : le suffixe ne les modifie en rien.
Si vous ne retenez qu’une chose de cette page, retenez celle-ci. Un verbe en -ся ne peut jamais avoir de complément d’objet direct. Le suffixe occupe cette place, et aucun nom à l’accusatif ne peut la reprendre.
Dès qu’un verbe en -ся a besoin d’un complément, il le prend donc à un autre cas, ou derrière une préposition. Ce cas n’est pas devinable : il s’apprend avec le verbe.
| Verbe | Construction | Exemple |
|---|---|---|
| заниматься | + instrumental | Я занимаюсь русским языком. Ia zanimáious’ roússkim iazykóm. — Je fais du russe. |
| интересоваться | + instrumental | Он интересуется историей. On intieriessoúietsia istóriieï. — Il s’intéresse à l’histoire. |
| пользоваться | + instrumental | Я пользуюсь словарём. Ia pól’zouious’ slovarióm. — Je me sers d’un dictionnaire. |
| гордиться | + instrumental | Она гордится сыном. Oná gordítsia sýnom. — Elle est fière de son fils. |
| бояться | + génitif | Я боюсь собак. Ia boioús’ sobák. — J’ai peur des chiens. |
| удивляться | + datif | Я удивляюсь его ответу. Ia oudivliáious’ iegó otviétou. — Sa réponse m’étonne. |
| готовиться | к + datif | Я готовлюсь к экзамену. Ia gotóvlious’ k èkzámienou. — Je prépare mon examen. |
| обращаться | к + datif | Обратитесь к врачу. Obratíties’ k vratchoú. — Adressez-vous au médecin. |
| встречаться | с + instrumental | Я встречаюсь с другом. Ia vstrietcháious’ s droúgom. — Je retrouve un ami. |
| смеяться | над + instrumental | Не смейтесь над ним. Nie smiéïties’ nad nim. — Ne vous moquez pas de lui. |
| надеяться | на + accusatif | Я надеюсь на тебя. Ia nadiéious’ na tiebiá. — Je compte sur toi. |
La dernière ligne semble contredire la règle ; elle la précise. Ce qui est interdit, c’est l’objet direct, un accusatif posé nu après le verbe. Un accusatif gouverné par une préposition reste possible : dans надеяться на тебя, l’accusatif est le régime de на. Seul l’oral s’autorise un accusatif animé après бояться et слушаться — боюсь маму —, que l’écrit rend au génitif. La liste complète des verbes et du cas qu’ils réclament est à la page quel cas après quel verbe.
Mettez d’abord de côté une famille entière. Pour ces verbes, -ся ne signifie rien : il fait partie du mot, comme le -ть de l’infinitif. La forme sans suffixe n’existe pas.
боять ou нравить n’existent pas. Ces verbes, peu nombreux, comptent parmi les plus fréquents de la langue.
Pour tous les autres verbes, le suffixe fait un travail, et il en fait six. Un même verbe peut relever de plusieurs valeurs selon la phrase. L’ordre suivant va du plus proche du français au plus éloigné.
L’action retombe sur celui qui la fait. C’est la valeur que le francophone attend, et la plus rare : une courte série de verbes, presque tous des gestes de toilette ou d’habillement.
Deux sujets ou davantage agissent l’un sur l’autre, et le verbe se met au pluriel. Pour nommer l’autre partie, on la place derrière с à l’instrumental.
Pour souligner la réciprocité sans ambiguïté, le russe dispose aussi de друг друга, traité à la page себя et друг друга.
C’est la valeur la plus productive. Un verbe transitif reçoit le suffixe et devient intransitif : ce qui était son complément devient son sujet.
Le français fait de même avec « ouvrir » et « s’ouvrir », mais pas partout, et c’est là que la traduction dérape : урок начинается ne se dit pas « le cours se commence ». Ne cherchez pas un pronominal français en face de chaque -ся.
Un verbe imperfectif en -ся peut exprimer une action subie : Дом строится уже два года Dom stróitsia oujé dva góda, « la maison est en construction depuis deux ans ». Cette valeur appartient à un système plus large, avec ses concurrents et ses restrictions d’aspect, et se traite à la page le passif.
Le verbe se fige à la troisième personne du singulier, la personne passe au datif, la phrase perd son sujet grammatical. Elle décrit alors un état que l’on ne décide pas.
Я не сплю Ia nie spliou est un constat neutre ; Мне не спится ôte au sujet toute responsabilité. Ces constructions sans sujet sont décrites à la page les tournures impersonnelles.
Le verbe ne décrit plus un acte, mais une disposition permanente. Sans le suffixe, il faudrait nommer une victime ; avec lui, on qualifie le sujet.
Pour certains verbes, -ся ne supprime pas seulement le complément : il produit un verbe différent, qu’un dictionnaire traite souvent comme une entrée séparée.
| Sans -ся | Avec -ся | Exemple |
|---|---|---|
| находить trouver | находиться se trouver, être situé | Музей находится рядом. Mouziéï nakhóditsia riádom. — Le musée est juste à côté. |
| слушать écouter | слушаться obéir | Ребёнок не слушается. Riebiónok nie sloúchaietsia. — L’enfant n’obéit pas. |
| учить apprendre, enseigner | учиться faire ses études | Он учится в университете. On oútchitsia v ouniviersitiétie. — Il fait ses études à l’université. |
| называть appeler, nommer | называться s’appeler, pour une chose | Как называется эта улица? Kak nazyváietsia èta oúlitsa ? — Comment s’appelle cette rue ? |
| собирать rassembler | собираться s’apprêter à, avoir l’intention de | Я собираюсь в Москву. Ia sobiráious’ v Moskvoú. — Je m’apprête à partir pour Moscou. |
| торопить presser quelqu’un | торопиться se dépêcher | Он всегда торопится. On vsiegdá torópitsia. — Il est toujours pressé. |
| договорить achever de dire | договориться convenir, se mettre d’accord | Мы договорились о встрече. My dogovorílis’ o vstriétche. — Nous avons convenu d’un rendez-vous. |
Une nuance d’accent, sur l’avant-dernière paire du tableau : l’infinitif se dit торопиться toropít’sia, la première personne garde cet accent — я тороплюсь ia toroplioús’ —, mais les autres formes le ramènent sur la racine — он торопится on torópitsia. Ce recul est régulier dans toute une série de verbes, et il s’entend. Les schémas sont à la page l’accent mobile du verbe.
-тся ou -ться ? Les deux se prononcent de la même façon ; les transcriptions de ce site suivent l’orthographe, si bien que vous y voyez l’apostrophe du signe mou, mais l’oreille ne l’entend pas. Les Russes eux-mêmes se trompent. Le test : posez la question à laquelle le verbe répond. Si elle contient un signe mou — что делать? — le verbe en porte un ; sinon — что делает? — il n’en porte pas.
L’accent au passé. Plusieurs verbes en -ся déplacent leur accent sur la finale au féminin, ce qui s’entend nettement : война началась voïná natchalás’, « la guerre a commencé », она собралась oná sobralás’, « elle s’est préparée ». D’autres hésitent entre deux accentuations que les dictionnaires admettent l’une comme l’autre, ainsi родился.
Un mot sur l’aspect. Le suffixe ne perfective rien : il se greffe sur un verbe qui a déjà son aspect, et la paire se conserve — открываться reste imperfectif, открыться reste perfectif. Voyez perfectif et imperfectif.
Le suffixe suit le verbe dans toutes ses formes, jusqu’aux plus courantes.
Au gérondif, la règle de la voyelle s’applique encore : улыбаясь prend -сь. Au participe, la forme est toujours -ся. Voyez les gérondifs, les participes et comment le verbe fonctionne.
Ce qui coince à l’oral n’est pas la règle. Comprendre que дверь открылась n’a pas de complément demande une minute. Produire -ся ou -сь sans hésiter dans une phrase qui avance demande de l’avoir entendu des centaines de fois. C’est le travail que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le reste du dossier se consulte depuis la page de grammaire.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase : présence ou absence du suffixe, variante longue ou brève, cas du complément. Touchez une réponse, puis Correction.
Cent pages qui se répondent, des sons de la langue à son histoire, avec des exercices corrigés sur chacune. À parcourir dans l'ordre, ou au gré de vos questions.
Lire cette page ne vous fera pas parler — écouter, si. Quatorze minutes par jour, vous répétez à voix haute ce que vous entendez, et la langue s'installe. La première leçon est gratuite sur la plateforme ou l'application, sans carte bancaire.
Il n’a pas un sens unique. Il marque tantôt le réfléchi (он моется, il se lave), tantôt le réciproque (мы встречаемся, nous nous retrouvons), tantôt la simple perte du complément (дверь открылась, la porte s’est ouverte), tantôt une tournure impersonnelle (мне хочется, j’ai envie). Il vient du pronom себя, « soi », soudé au verbe.
La règle ne regarde que la lettre précédente : -сь après une voyelle, -ся après une consonne ou un signe mou. D’où занимаюсь mais занимаемся, занималась mais занимался. Le й compte comme une consonne : занимайся.
Jamais. C’est la contrainte la plus utile de toute la classe. Le complément passe alors à un autre cas — instrumental après заниматься, génitif après бояться, datif après удивляться — ou derrière une préposition. Un accusatif gouverné par une préposition reste possible : надеяться на тебя.
Les deux se prononcent de la même façon, d’où l’hésitation. Posez la question à laquelle répond le verbe : si elle contient un signe mou — что делать? — le verbe en porte un aussi, c’est un infinitif. Sinon — что делает? — c’est une forme conjuguée, sans signe mou.
C’est une de ses valeurs, mais une seule parmi six, et elle n’est possible qu’avec un verbe imperfectif : дом строится, la maison est en construction. Le russe dispose d’autres moyens d’exprimer l’action subie ; la page consacrée au passif les compare.
Parce que le suffixe y a cessé d’être analysable et fait désormais partie du mot. бояться, смеяться, нравиться, надеяться, улыбаться n’ont pas de forme simple. Il n’y a pas de règle : ces verbes s’apprennent tels quels, et ils comptent parmi les plus fréquents de la langue.
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