Une seule lettre russe est accentuée par définition. C’est aussi la seule que l’imprimé remplace couramment par une autre. Le lecteur reçoit donc des mots dont l’indice d’accent a été effacé.
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ё est la septième des trente-trois lettres de l’alphabet cyrillique. Elle note le son o précédé d’un élément mouillé : en début de mot, après une voyelle et après les deux signes, elle se lit comme « io » du français « iode » ; après une consonne, elle amollit cette consonne et se réduit à un o.
Après ж et ш, qui sont des consonnes toujours dures, ё ne mouille rien : elle n’est plus qu’une manière d’écrire le son o. La troisième consonne toujours dure, ц, n’est elle jamais suivie de ё : après elle, le russe écrit о sous l’accent et е ailleurs (кольцо́ kol’tsó — l’anneau, се́рдце siérdtse — le cœur).
Nos transcriptions gardent le i de « io » même là : il transcrit la lettre, non une mouillure. Le е, lui, s’écrit sans ce i après ж, ш et ц, où il n’aurait rien à marquer : жена́ jená (l’épouse), центр tsentr (le centre). Le détail relève de la consonne molle et des voyelles par paires ; retenez ici que la transcription suit l’orthographe, pas l’oreille.
C’est la propriété qui justifie cette page. Dans un mot russe ordinaire, ё est accentuée : elle est la seule voyelle dont la place de l’accent soit connue d’avance. Toutes les autres exigent un apprentissage mot par mot, comme l’explique l’accent tonique.
Conséquence pratique immédiate : on ne marque jamais l’accent sur un ё, ni dans un dictionnaire ni dans un manuel, parce que la lettre le porte déjà. Et un mot simple qui contient un ё n’a pas d’autre syllabe accentuée.
La règle a deux séries d’exceptions, peu nombreuses mais réelles. Les mots composés en трёх- et четырёх- (trois, quatre) gardent le ё alors que l’accent principal est ailleurs : трёхэта́жный triokhètájnyï (à trois étages), четырёхме́стный tchetyriokhmiéstnyï (à quatre places). Et quelques emprunts font de même : сёрфинги́ст siorfinguíst (le surfeur), сёгу́н siogoún (le shogun), кёнигсбе́ргский kionigsbiérgskiï (de Königsberg). En dehors de ces cas, la règle tient.
La lettre est jeune. Le 18 (29) novembre 1783, la princesse Dachkova propose à l’Académie de Russie un signe pour ce son ; en 1797, Karamzine l’imprime dans l’almanach Aonides, dans le mot слёзы sliózy (les larmes). Elle n’a jamais été tout à fait adoptée. Le 24 décembre 1942, un arrêté du commissariat du peuple à l’Instruction publique, signé Potemkine, la rend obligatoire dans la pratique scolaire ; les règles d’orthographe de 1956, reprises par le guide académique de 2006, reviennent à un emploi sélectif.
L’usage actuel est donc le suivant : les règles en vigueur ne réclament ё que dans quatre situations.
Partout ailleurs — presse, romans, panneaux, messages — on écrit е. Les décomptes courants donnent environ douze mille cinq cents mots russes contenant un ё : ce sont autant de mots que le texte ordinaire vous livre amputés de leur indice d’accent. Le clavier russe y est pour quelque chose, la touche ё étant reléguée dans un coin de la disposition ЙЦУКЕН, loin des autres lettres ; voir la cursive et le clavier.
Ce n’est pas une faute d’orthographe. идет pour идёт est une graphie normale, admise, majoritaire. Le lecteur russe rétablit la lecture sans y penser. Vous devrez apprendre à le faire.
Quand deux mots ne se distinguent que par е et ё, la graphie unique les confond. Le contexte tranche presque toujours, mais la lecture à voix haute, elle, doit choisir.
| Imprimé | Si c’est е | Si c’est ё |
|---|---|---|
| все | vsie — tous | vsio — tout |
| небо | niébo — le ciel | nióbo — le palais (de la bouche) |
| осел | ossiél — il s’est affaissé | ossiól — l’âne |
| падеж | padiéj — le cas grammatical | padiój — la mortalité du bétail |
| берет | bieriét — le béret | bieriót — il prend |
| мел | miel — la craie | miol — il balayait |
| слез | sliez — il est descendu | slioz — des larmes |
| узнаем | ouznáiem — nous apprendrons | ouznaióm — nous apprenons |
| совершенный | sovierchénnyï — parfait | sovierchiónnyï — accompli |
| поем | poiém — je mangerai | poióm — nous chantons |
Notez la quatrième ligne : падеж est le mot même qui désigne les six cas. Et la huitième oppose deux temps, un futur et un présent, que seul le ё sépare — c’est l’exemple que citent toutes les grammaires pour défendre la lettre.
Il n’existe pas de recette universelle, mais quatre indices couvrent la grande majorité des cas. Ils s’apprennent vite parce qu’ils sont morphologiques.
Un verbe de la première conjugaison — celui qui fait -ешь, -ет — et dont l’accent tombe sur la terminaison écrit ё à quatre personnes sur six. La première et la sixième, elles, prennent -у ou -ю, -ут ou -ют. L’indice ne vaut que là : un verbe de la deuxième conjugaison accentue lui aussi sa terminaison sans jamais écrire de ё (говори́шь govorích’ — tu parles, лети́т lietít — il vole).
| Personne | Forme | Transcription | Sens |
|---|---|---|---|
| я | иду́ | idoú | je vais |
| ты | идёшь | idióch’ | tu vas |
| он | идёт | idiót | il va |
| мы | идём | idióm | nous allons |
| вы | идёте | idiótie | vous allez |
| они | иду́т | idoút | ils vont |
Dans un journal, quatre de ces six formes s’écrivent идешь, идет, идем, идете. Même schéma pour tous les verbes de ce type.
Une petite famille de verbes très courants oppose un masculin en ё à un féminin en е, parce que l’accent se déplace sur la terminaison.
Deux verbes très fréquents obéissent à la même logique, mais perdent la voyelle au féminin au lieu de la changer : он шёл on chol / она шла oná chla (il allait, elle allait) et он жёг on jog / она жгла oná jgla (il brûlait, elle brûlait).
Le suffixe des petits d’animaux et d’humains, -ёнок, et celui des noms de métier venus du français, -ёр, sont accentués : ils s’écrivent donc ё.
Un garde-fou : après ж, ш, ч et щ, l’orthographe russe écrit ce suffixe -онок et non -ёнок. L’accent est au même endroit, seule la lettre change : медвежо́нок miedviejónok (l’ourson), мышо́нок mychónok (le souriceau), волчо́нок voltchónok (le louveteau).
Beaucoup de prénoms et de noms de famille contiennent un ё que l’état civil et la presse écrivent е. C’est la première cause de prononciation fautive chez l’étranger.
Le français a transcrit ici la graphie, pas le mot : Хрущёв et Горбачёв se disent « ‑tchov » et non « ‑tchev », Королёв se dit « ‑liov » et non « ‑lev », et la ville Орёл se dit « Oriol ».
Puisque ё ne vit que sous l’accent, tout déplacement d’accent la fait disparaître. Le nom change alors de voyelle en changeant de forme, et l’alternance е / ё devient un signal : là où vous voyez ё, l’accent est sur le radical ; là où vous voyez е, il est ailleurs.
| Singulier | Pluriel | Sens |
|---|---|---|
| сестра́ siestrá | сёстры sióstry | la sœur |
| звезда́ zviezdá | звёзды zviózdy | l’étoile |
| слеза́ sliezá | слёзы sliózy | la larme |
| пчела́ ptchelá | пчёлы ptchióly | l’abeille |
| метла́ mietlá | мётлы miótly | le balai |
| весло́ viesló | вёсла viósla | la rame |
| ведро́ viedró | вёдра viódra | le seau |
| стекло́ stiekló | стёкла stiókla | la vitre |
| гнездо́ gniezdó | гнёзда gniózda | le nid |
| бревно́ brievnó | брёвна brióvna | la poutre |
Le mouvement se poursuit dans la déclinaison : le génitif pluriel de сестра est сестёр siestiór, avec un ё de retour parce que l’accent y revient. Nous ne lisons ici que l’alternance е / ё : le schéma d’accentuation lui-même, série par série, et les listes de noms qui le suivent appartiennent à l’accent mobile du nom et à l’accent mobile du verbe, et les paradigmes eux-mêmes sont donnés par le pluriel des noms et le génitif pluriel.
La dérivation et la flexion obéissent à la même logique : dès que l’accent quitte la syllabe du ё — attiré par un suffixe, par une terminaison, ou reculé sur une autre syllabe — ce ё cède la place à un е.
Le е ainsi libéré n’est plus accentué : il subit alors la réduction que décrit la réduction des voyelles. Nos transcriptions, ici, suivent l’orthographe et ne l’anticipent pas.
Certains mots portent un ё que les Russes eux-mêmes oublient de prononcer, et d’autres n’en ont pas alors que tout le monde croit le contraire. Ces confusions sont si répandues qu’elles figurent dans les manuels de bon usage. Première liste : un ё bien réel, que l’usage courant escamote.
Seconde liste : pas de ё du tout, malgré ce qu’en croit une bonne part des locuteurs.
Un dictionnaire qui note le ё tranche la question en une seconde. C’est une raison suffisante pour n’utiliser, pendant les premiers mois, que des ouvrages qui l’écrivent.
La lettre absente ne gêne que l’œil. À l’oreille, la différence entre все et всё est entière, et aucun Russe ne les confond. C’est l’argument de notre méthode : le cours de russe de LIMBA est entièrement audio, et les mots y arrivent avec leur accent déjà placé. L’ensemble du dossier est accessible depuis nos dossiers de grammaire.
Vingt-six questions sur la lettre ё, sa place sous l’accent et les indices qui la font retrouver sous un е imprimé. Touchez une réponse, puis Correction.
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Oui, dans les mots ordinaires : c’est la seule voyelle russe dont la place de l’accent soit connue d’avance. Les exceptions tiennent en deux séries : les composés en трёх- et четырёх-, où l’accent principal est ailleurs, et quelques emprunts comme сёрфингист ou сёгун.
Parce que les règles d’orthographe de 1956, confirmées en 2006, n’imposent ё que dans quatre cas : risque de confusion, mot rare ou nom propre, texte accentué, ouvrages pour enfants et pour étrangers. Partout ailleurs, la graphie е est normale et majoritaire.
Quatre indices suffisent le plus souvent : les désinences accentuées d’un verbe de la première conjugaison (идёшь, идёт, идём, идёте), le passé masculin de verbes comme нёс, вёл, вёз, шёл, les suffixes ‑ёнок et ‑ёр (котёнок, актёр), et les noms propres comme Пётр ou Хрущёв.
Parce que ё ne vit que sous l’accent. Au singulier, l’accent tombe sur la terminaison et la voyelle du radical s’écrit е ; au pluriel, il revient sur le radical et le е devient ё. L’alternance signale donc à elle seule un déplacement d’accent.
Oui, dès le début, et sans attendre. Écrire le ё vous oblige à savoir où tombe l’accent, ce qui est exactement le travail à faire. Vous pourrez cesser de le noter le jour où vous le rétablirez sans y penser en lisant.
« Gorbatchov », avec l’accent sur la dernière syllabe. Le nom s’écrit Горбачёв ; le français a transcrit la graphie courante, qui remplace ё par е. Le même écart touche Хрущёв, prononcé « Khrouchtchov ».
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