Le français a besoin d’un « il » qui ne désigne personne — il fait froid, il faut partir, il est interdit de fumer. Le russe n’a pas ce mot et ne le remplace par rien : il supprime le sujet et met au datif celui que la chose concerne.
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Une phrase impersonnelle est une phrase dont le prédicat ne s’accorde avec personne : aucun mot n’y est au nominatif. Le français masque ce vide par un « il » qui ne désigne rien ; le russe le laisse tel quel.
Ces phrases n’ont qu’un mot ou deux : elles sont parmi les premières qu’un débutant peut produire, et parmi les plus fréquentes de la conversation. Deux traits les gouvernent.
La forme du prédicat est figée. Au présent, c’est la troisième personne du singulier ; au passé, le neutre singulier, toujours en -о. Rien ne commande l’accord, donc rien ne varie.
La personne concernée passe au datif. Elle n’est pas sujet : elle est celle à qui la chose arrive. C’est l’emploi le plus caractéristique du cas datif, et il éloigne durablement le russe du français, qui aurait ici un sujet : j’ai froid, je dois partir.
Les datifs des pronoms reviennent sans cesse : мне mnie, тебе tiebié, ему iemoú, ей ieï, нам nam, вам vam, им im. Voir les pronoms personnels.
C’est un des moules les plus productifs de la langue : un datif, un mot terminé par -о, et la phrase est faite. Ce mot a la même forme que l’adverbe et que le neutre court de l’adjectif — les grammaires russes l’appellent un prédicatif. Sa morphologie appartient à la page de la forme courte ; ici, seule compte la construction.
| Forme | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| холодно | froid | Мне холодно. Mnie khólodno. — J’ai froid. |
| жарко | chaud (pénible) | Ему жарко. Iemoú járko. — Il a chaud. |
| хорошо | bien | Нам хорошо. Nam khorochó. — Nous nous sentons bien. |
| плохо | mal | Ей плохо. Ieï plókho. — Elle se sent mal. |
| скучно | ennuyeux | Мне скучно. Mnie skoútchno. — Je m’ennuie. |
| страшно | effrayant | Мне страшно. Mnie stráchno. — J’ai peur. |
| стыдно | honteux | Ему стыдно. Iemoú stýdno. — Il a honte. |
| жаль | dommage | Мне жаль. Mnie jal’. — Je regrette. |
| лень | pas le courage | Мне лень вставать. Mnie lien’ vstavát’. — Je n’ai pas le courage de me lever. |
Les deux derniers échappent à la forme en -о : лень est un nom employé comme prédicat, et жаль n’a pas d’autre emploi que celui-là.
Le même moule décrit un lieu aussi bien qu’une personne : on remplace le datif par un groupe de lieu, ou l’on n’en met aucun.
Le datif vient d’ordinaire en tête, parce qu’il désigne ce dont on parle ; le prédicatif, qui apporte l’information neuve, ferme la phrase — la logique de tout l’ ordre des mots russe.
Bâtie sur un prédicatif, une phrase impersonnelle n’a pas de verbe au présent, comme toute phrase russe sans « être ». Pour la reporter dans le temps, on ajoute было býlo ou будет boúdiet. Ces deux formes ne changent jamais, quelle que soit la personne concernée. Celles qui reposent sur un verbe (темнеет, хочется) ont bien un présent et se reportent dans le temps par leur propre conjugaison.
| Présent | Passé | Futur |
|---|---|---|
| Мне холодно. | Мне было холодно. Mnie býlo khólodno. | Мне будет холодно. Mnie boúdiet khólodno. |
| Надо идти. | Надо было идти. Nádo býlo idtí. | Надо будет идти. Nádo boúdiet idtí. |
| Нельзя курить. | Нельзя было курить. Niel’ziá býlo kourít’. | Нельзя будет курить. Niel’ziá boúdiet kourít’. |
Было se glisse le plus souvent entre le datif et le prédicatif. Des formes du passé et du futur de быть, deux seulement servent ici.
Ces mots portent ce que le français confie à des verbes conjugués — devoir, falloir, pouvoir. Les quatre premiers du tableau ne se conjuguent pas et se font suivre d’un infinitif ; tous mettent au datif la personne concernée, s’il y en a une.
| Forme | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| надо | il faut | Мне надо идти. Mnie nádo idtí. — Je dois partir. |
| нужно | il faut (même sens) | Нам нужно работать. Nam noújno rabótat’. — Nous devons travailler. |
| можно | on peut, c’est permis | Здесь можно курить. Zdies’ mójno kourít’. — On peut fumer ici. |
| нельзя | c’est interdit, impossible | Здесь нельзя курить. Zdies’ niel’ziá kourít’. — Il est interdit de fumer ici. |
| пора | il est temps | Мне пора домой. Mnie porá domóï. — Il est temps que je rentre. |
| придётся | il faudra bien | Нам придётся ждать. Nam pridiótsia jdat’. — Il va falloir attendre. |
Les deux derniers sortent du lot. Пора est un nom passé à cet emploi, et se contente souvent d’un adverbe au lieu d’un infinitif : Мне пора домой. Придётся est un vrai verbe, qui a un passé, пришлось prichlós’ : Нам пришлось ждать Nam prichlós’ jdat’, « il nous a fallu attendre ». Il ne s’emploie qu’à la troisième personne du singulier.
Надо et нужно sont interchangeables dans la langue courante ; надо sonne un peu plus familier. Omettre le datif est correct et rend l’énoncé général : Надо работать Nádo rabótat’, « il faut travailler », sans dire qui.
Некогда appartient à la série négative en не- traitée à la page personne, rien, nulle part.
Нельзя change de sens selon l’aspect du verbe qui suit. C’est une des rares règles où le choix de l’aspect modifie le sens de la phrase entière. Suivi d’un imperfectif, нельзя interdit ; suivi d’un perfectif, il constate une impossibilité matérielle.
La même opposition traverse l’ordre négatif. Ailleurs, l’aspect après un modal suit ses règles propres, exposées à la page l’aspect après un modal.
À côté de la tournure impersonnelle, le russe en a une personnelle qui dit presque la même chose. La différence n’est pas de sens mais de construction, et il faut choisir dès le premier mot. Avec надо, la personne est au datif et rien ne s’accorde. Avec должен, elle est sujet, donc au nominatif, et le mot s’accorde avec elle en genre et en nombre.
Une nuance les sépare : должен penche vers l’obligation contractée, надо vers la nécessité des circonstances. Elle est faible, et bien des phrases acceptent l’un comme l’autre.
Même partage avec нужно et нужен. Devant un infinitif, нужно est un prédicatif invariable. Devant un nom, le russe emploie la forme courte de l’adjectif, qui s’accorde avec la chose dont on a besoin — laquelle reste au nominatif. Ce que le français traite en complément, le russe le traite en sujet.
Le paradigme de должен et de нужен, et le déplacement de leur accent au féminin et au pluriel, relèvent de la forme courte ; ici, seul compte le choix entre les deux constructions.
Un petit groupe de verbes ne s’emploie, dans ce sens, qu’à la troisième personne du singulier, avec un datif devant ; plusieurs d’entre eux se conjuguent tout à fait normalement dans leurs autres emplois. Beaucoup se terminent par -ся, dont c’est une des valeurs : voir les verbes en -ся.
Les deux derniers mettent le nom au génitif, que хватать commande : voir quel cas après quel verbe.
Un cas voisin, mais différent. Нравиться prend lui aussi un datif, et le français le traduit par un sujet — « j’aime ». La phrase russe n’est pourtant pas impersonnelle : la chose aimée est sujet, au nominatif, et le verbe s’accorde avec elle. Devant un infinitif, il n’y a plus rien au nominatif, et la phrase rejoint le moule impersonnel.
Trois domaines emploient l’impersonnel sans datif, parce qu’aucune personne n’est en cause. Les verbes de phénomène atmosphérique ne connaissent, dans ce sens, que la troisième personne du singulier : светать n’a même pas d’autre emploi, tandis que темнеть et морозить se conjuguent normalement dans leurs autres sens.
Avec quelques verbes qui disent un malaise physique, la personne passe à l’accusatif et non au datif : elle subit, elle n’est pas destinataire. L’accusatif n’y marque aucun complément d’objet. Les autres façons de dire qu’on va mal gardent le datif : Мне плохо Mnie plókho.
Enfin, quand une force naturelle agit, le russe efface le sujet et rejette cette force à l’instrumental : le verbe reste au neutre, l’objet à l’accusatif. La tournure est fréquente dans le récit et la presse.
Un infinitif seul, avec ou sans datif, forme une phrase complète : selon l’intonation, elle interroge, ordonne ou constate une impossibilité. Les questions de ce type sont quotidiennes.
Avec un datif et la négation, l’infinitif dit une impossibilité définitive, que le français rend par « ne pas pouvoir ».
Le russe n’a pas de mot correspondant à « on ». Quand l’agent est humain mais indéterminé, il emploie la troisième personne du pluriel sans pronom devant : le verbe seul suffit.
C’est le principal moyen d’éviter le passif, dont le russe use peu : voir la page du passif.
L’absence. Нет, не было, не будет sont impersonnels par la forme : ils ne varient pas. Его нет дома Iegó niet dóma, « il n’est pas à la maison ». Le cas qu’ils imposent au nom obéit en revanche à une règle propre, exposée à la page du génitif de négation ; la syntaxe de la négation et la construction de possession ont chacune la leur.
L’âge. Мне двадцать лет Mnie dvádtsat’ liet emploie le même datif sans sujet, mais son mécanisme tient aux nombres : voir l’heure, la date, l’âge. Quant à Мне кажется, что…, la virgule et les conjonctions relèvent des subordonnées.
Ce sont des phrases à apprendre en bloc. Rien n’y est à décliner ni à conjuguer, mais tout y est à placer : le datif, puis le prédicatif, было au milieu. L’oreille les retient plus vite que l’œil. Notre cours de russe, entièrement audio, les fait passer en leçons de quatorze minutes ; le dossier complet est sur la page de grammaire russe.
Complétez chaque phrase impersonnelle. On travaille ici le datif de la personne, la forme figée du prédicat et les modaux. Touchez une réponse, puis Correction.
Même exercice, sur les verbes qui refusent un sujet, les forces de la nature et le « on » russe. Touchez une réponse, puis Correction.
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C’est une phrase sans sujet au nominatif : Холодно, il fait froid. Le prédicat y est figé — troisième personne du singulier au présent, neutre singulier au passé — et la personne concernée, s’il y en a une, se met au datif : Мне холодно.
Parce que холодный décrirait la température de la personne elle-même, comme un objet froid au toucher. Мне холодно dit ce qu’elle éprouve. Le russe traite la sensation comme un état qui arrive à quelqu’un, d’où le datif.
La construction, avant tout. Надо est invariable et demande le datif : Мне надо идти. Должен s’accorde en genre et en nombre avec un sujet au nominatif : Я должен идти, Она должна идти. Le sens se recouvre largement, avec une nuance d’obligation personnelle du côté de должен.
Les deux, et c’est l’aspect du verbe suivant qui tranche. Avec un imperfectif, il interdit : Здесь нельзя курить, défense de fumer. Avec un perfectif, il constate l’impossibilité : Эту дверь нельзя открыть, cette porte ne peut pas s’ouvrir.
Par la troisième personne du pluriel sans pronom : В дверь постучали, on a frappé à la porte ; Здесь не курят, ici on ne fume pas. Il n’existe pas de mot équivalent à « on ».
En ajoutant было, invariable : Мне было холодно, Надо было идти, Можно было войти. Au futur, будет joue le même rôle. Ces deux formes ne s’accordent avec rien. Les tournures bâties sur un verbe, elles, ont simplement leur passé : темнело tiemniélo.
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