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Le français va « aux champignons » ; le russe part pour la « chasse silencieuse », тихая охота, un panier au bras et un couteau en poche. Presque chaque champignon y a son nom, et plusieurs portent celui de l’arbre qui les abrite. Voici ces noms, ceux des baies sauvages, et les phrases qu’on échange entre les arbres.
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À la fin de l’été, dans une bonne partie de la Russie, une question revient dans les conversations : les champignons sont-ils sortis ? On part tôt, en voiture ou en train de banlieue, avec un panier, un couteau et des bottes, et l’on rentre avec de quoi sécher, saler et faire sauter. Cette cueillette n’a rien d’une affaire de spécialistes : elle se pratique souvent en famille et s’apprend d’une génération à l’autre. Elle a aussi son vocabulaire, plus précis que le nôtre, que cette page parcourt de la lisière au fond du bois.
Le mot de base est лес lies, qui couvre à la fois la forêt et le bois : le russe ne les sépare pas par la taille, et emploie volontiers le diminutif лесок pour un petit bois. Autour de lui, une douzaine de mots nomment les endroits où l’on marche et où l’on cherche. Chacun renseigne le cueilleur, car on ne trouve pas les mêmes champignons dans une pinède sèche et au bord d’un marais.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| лес | lies | la forêt, le bois | masculin ; pluriel леса, accent final |
| лесок | liessók | le petit bois | diminutif de лес |
| роща | róchtcha | le bosquet, le petit bois clair | féminin ; souvent de feuillus : берёзовая роща |
| бор | bor | la pinède, la forêt de pins | masculin ; une forêt de conifères sur sol sec |
| тайга | taïgá | la taïga | féminin ; la forêt boréale, au nord et en Sibérie |
| опушка | opoúchka | la lisière | féminin ; le bord du bois, là où les arbres s’arrêtent |
| поляна | poliána | la clairière | féminin ; un espace dégagé au milieu des arbres |
| чаща | tcháchtcha | le fourré, le plus épais du bois | féminin ; là où l’on se perd |
| тропинка | tropínka | le sentier | féminin ; тропа, une piste plus marquée |
| болото | bolóto | le marais, la tourbière | neutre ; le domaine de la canneberge et de la plaquebière |
| мох | mokh | la mousse | masculin ; génitif мха |
| пень | pien’ | la souche | masculin ; génitif пня, pluriel пни |
| овраг | ovrág | le ravin | masculin ; un creux aux pentes raides, creusé par les eaux |
Trois remarques de forme suffisent. Лес, бор et мох font partie des noms qui disent le lieu par un -у accentué, в лесу, в бору v boroú, во мху vo mkhoú, phénomène exposé à la page le second locatif. Мох et пень perdent leur voyelle dès qu’une terminaison s’ajoute, comme l’explique la page la voyelle mobile. Enfin la lisière, la clairière et le marais se construisent avec на : на опушке, на поляне, на болоте.
Ces mots ne sont pas interchangeables, et le cueilleur les emploie comme des indications. Le бор, clair et sec, est le pays du cèpe et du bolet jaune ; la роща de bouleaux, celui du bolet rude ; le болото, celui de la canneberge. Quand quelqu’un vous dit qu’il est allé в бор, vous devinez déjà ce qu’il espérait rapporter.
Un mot français, trois mots russes. Le français dit « bois » pour la forêt, pour la matière et pour ce qu’on brûle. Le russe sépare les trois. Le bois où l’on se promène est un лес ou un лесок ; la matière est дерево, le même mot que l’arbre, d’où деревянный dierieviánnyï, « en bois » ; le bois de chauffage est дрова drová, un pluriel sans singulier. Un feu de bois se fait donc avec des дрова, et une table en bois est деревянный стол.
Pour le cueilleur russe, connaître les arbres n’est pas une affaire de botanique : plusieurs champignons vivent associés à une essence précise, et certains en portent le nom. Voici les arbres des forêts de la Russie d’Europe dont vous entendrez parler, et les trois adjectifs qui décrivent une forêt entière.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| дерево | diérievo | l’arbre ; le bois, la matière | neutre ; pluriel irrégulier деревья |
| берёза | bierióza | le bouleau | féminin ; adjectif берёзовый |
| сосна | sosná | le pin | féminin ; pluriel сосны sósny, accent déplacé |
| ель | iel’ | l’épicéa | féminin ; plus soutenu que ёлка |
| ёлка | iólka | l’épicéa ; l’arbre du Nouvel An | féminin ; le mot de la conversation |
| дуб | doub | le chêne | masculin ; pluriel дубы, accent final |
| осина | ossína | le tremble | féminin ; adjectif осиновый |
| рябина | riabína | le sorbier ; ses baies | féminin ; grappes rouges en automne |
| хвойный лес | khvóïnyï lies | la forêt de conifères | de хвоя, les aiguilles |
| лиственный лес | lístviennyï lies | la forêt de feuillus | de лист, la feuille |
| смешанный лес | smiéchannyï lies | la forêt mixte | conifères et feuillus mêlés |
Le français appelle volontiers « sapin » tout conifère à aiguilles courtes. Le russe est plus précis : l’épicéa est ель, que la conversation appelle ёлка ; le pin, aux aiguilles longues, est сосна ; le vrai sapin, пихта píkhta, est un troisième arbre, qu’on nomme à part. Pour l’arbre qu’on décore au Nouvel An, c’est ёлка qu’il faut dire, quelle que soit l’espèce réelle.
Regardez maintenant comment se forment les noms de deux champignons très recherchés. On prend la préposition под, « sous », le nom de l’arbre et le suffixe -овик : под-берёз-овик, « celui de sous le bouleau », et под-осин-овик, « celui de sous le tremble ». Le cèpe a lui aussi un nom de ce type, боровик borovík, tiré de бор. Ces noms sont des indices plus que des adresses : le подосиновик pousse aussi sous d’autres feuillus, et le cèpe ne se limite pas aux pinèdes. Mais ils disent au débutant où commencer à regarder.
Le mot général est гриб grib, masculin, pluriel грибы gribý. À la finale, il se prononce exactement comme грипп, la grippe, ainsi que le montre la page l’assourdissement des consonnes. Celui qui les cherche est un грибник gribník, mot qui désigne aussi bien le cueilleur d’un jour que l’amateur passionné. Voici d’abord les champignons qu’on espère trouver.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| гриб | grib | le champignon | masculin ; pluriel грибы, accent final |
| грибник | gribník | le cueilleur de champignons | masculin ; pluriel грибники |
| белый гриб | biélyï grib | le cèpe | souvent белый tout court ; autre nom : боровик |
| подберёзовик | podbieriózovik | le bolet rude | masculin ; « sous le bouleau » |
| подосиновик | podossínovik | le bolet orangé | masculin ; « sous le tremble », chapeau roux |
| лисичка | lissítchka | la girolle | féminin ; aussi « petite renarde » |
| опёнок | opiónok | l’armillaire | pluriel опята ; pousse en touffes sur les souches |
| маслёнок | masliónok | le bolet jaune | pluriel маслята ; chapeau gluant, de масло, le beurre |
| груздь | grouzd’ | un lactaire, champignon à saler | masculin malgré le signe mou |
| рыжик | rýjik | le lactaire délicieux | masculin ; orangé, de рыжий, roux |
| сыроежка | syroiéjka | la russule | féminin ; nom formé sur сырой, cru |
Quatre de ces mots se comportent à part. Белый гриб se raccourcit très souvent en белый, qui reste un adjectif : on dit нашёл белый, « j’ai trouvé un cèpe », mais три белых, « trois cèpes », avec la forme d’adjectif qu’appelle le nombre. Опёнок et маслёнок forment leur pluriel comme les noms de petits animaux, опята opiáta, маслята masliáta, famille décrite à la page les pluriels irréguliers. Quant à груздь, il est masculin malgré son signe mou : крупный груздь, un gros lactaire.
Viennent ensuite ceux qu’on laisse en forêt, et les mots qui servent à décrire ce qu’on a trouvé. Les deux derniers sont des diminutifs devenus des termes ordinaires : le champignon a une шляпка, un « petit chapeau », et une ножка, une « petite jambe ».
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| мухомор | moukhomór | l’amanite tue-mouches | masculin ; rouge à points blancs, de муха, la mouche |
| бледная поганка | bliédnaïa pogánka | l’amanite phalloïde | mortelle |
| поганка | pogánka | le champignon qu’on ne mange pas | féminin ; terme général de la langue courante |
| ложный белый | lójnyï biélyï | le bolet amer, le « faux cèpe » | amer, immangeable ; son nom savant : желчный гриб |
| съедобный | siedóbnyï | comestible | de съесть, manger |
| несъедобный | niessiedóbnyï | non comestible | sans être forcément toxique |
| ядовитый | iadovítyï | vénéneux ; venimeux | de яд, le poison |
| червивый | tchervívyï | véreux | de червь, le ver |
| грибница | gribnítsa | le mycélium | le réseau souterrain qui donne les champignons |
| шляпка | chliápka | le chapeau du champignon | diminutif de шляпа |
| ножка | nójka | le pied du champignon | diminutif de нога |
La langue courante appelle поганка tout champignon qu’on ne ramasse pas, et réserve бледная поганка, mot à mot « la поганка pâle », à l’amanite phalloïde. Le mot ложный, « faux », sert à nommer les sosies : ложный белый pour le bolet amer, ложные опята pour les champignons qui imitent l’armillaire. Notez enfin que ядовитый couvre à la fois « vénéneux » et « venimeux » : un champignon et une vipère sont ядовитые l’un comme l’autre, là où le français choisit son adjectif.
Choisissez le mot qui correspond à la description. Touchez une réponse, puis Correction.
La forêt ne donne pas que des champignons. De l’été à l’automne, on y ramasse aussi des baies, et la sortie mêle souvent les deux. Comme les baies du jardin, présentées à la page les légumes et les fruits, elles se nomment au singulier collectif : on cueille de la черника comme on achète de la клубника.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| черника | tcherníka | la myrtille | féminin, collectif ; tache les doigts et la langue |
| голубика | goloubíka | l’airelle des marais ; la myrtille cultivée | plus grosse que la черника, à chair claire |
| брусника | brousníka | l’airelle rouge | acidulée ; mûrit vers la fin de l’été |
| клюква | klioúkva | la canneberge | baie des tourbières, cueillie à l’automne |
| морошка | moróchka | la plaquebière, ou chicouté | baie des marais du Nord, ambrée à maturité |
| земляника | ziemlianíka | la fraise des bois | pas la клубника du jardin |
| лесная малина | liesnáïa malína | la framboise sauvage | plus petite que celle du jardin |
Deux mots français posent problème ici. « Myrtille » se partage en deux : la черника, petite, au jus violet, et la голубика, plus grosse et bleutée, dont la chair reste claire ; c’est aussi sous ce nom qu’on vend en magasin les grosses myrtilles cultivées. « Airelle » est plus traître encore, car le français l’emploie pour plusieurs baies. La брусника est l’airelle rouge, qui pousse dans les bois secs ; la клюква est la canneberge, très acide, qui court au ras des tourbières. C’est surtout elle qui donne le морс, boisson présentée à la page les boissons et le thé.
La dernière phrase montre une habitude : les baies sauvages se mesurent volontiers au volume, au litre, au verre ou au seau, autant qu’au kilo, et c’est souvent ainsi qu’on les vend au bord des routes. Le verbe набрать, « ramasser une certaine quantité », se construit avec le génitif de la baie, набрать черники, ou avec l’accusatif du récipient qu’on a rempli, набрать ведро.
Un cueilleur part équipé, et le matériel a ses mots. On préfère le panier au sac, où les champignons s’écrasent et s’échauffent ; les baies vont plutôt dans un seau. Les bottes, elles, ne sont pas un luxe : un bois peut cacher un marais, et la rosée du matin suffit à tremper des chaussures de ville.
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| корзина | korzína | le panier | féminin ; le contenant préféré pour les champignons |
| лукошко | loukóchko | le petit panier tressé | neutre ; mot traditionnel, plus rare |
| ведро | viedró | le seau | neutre ; pluriel вёдра ; surtout pour les baies |
| нож | noj | le couteau | masculin ; génitif ножа ; familier : ножик |
| резиновые сапоги | riezínovyïe sapogí | les bottes en caoutchouc | génitif pluriel сапог, sans terminaison |
| дождевик | dojdievík | la cape de pluie | masculin ; aussi la vesse-de-loup, un champignon |
| Russe | Transcription | Français | Remarque |
|---|---|---|---|
| собирать, собрать | sobirát’, sobrát’ | ramasser, cueillir | le verbe de toute cueillette |
| искать грибы | iskát’ gribý | chercher les champignons | complément direct |
| срезать | sriezát’, sriézat’ | couper au couteau | imperfectif, puis perfectif : seul l’accent les distingue |
| выкручивать | vykroútchivat’ | dévisser, extraire en tournant | l’autre école, qui ne coupe pas le pied |
| набрать | nabrát’ | ramasser une quantité | perfectif : набрать корзину |
| перебирать | pieriebirát’ | trier la récolte | ôter feuilles, aiguilles et champignons douteux |
| заблудиться | zabloudít’sia | se perdre | perfectif ; заблуждаться veut dire « se tromper » |
| аукаться | aoúkat’sia | s’appeler en criant « ау » | on dit aussi аукать |
| комар | komár | le moustique | masculin ; pluriel комары, accent final |
| клещ | kliechtch | la tique | masculin ; pluriel клещи kliechtchí |
| гадюка | gadioúka | la vipère | féminin ; ядовитая змея, un serpent venimeux |
Le verbe de la cueillette est собирать, qu’il s’agisse de champignons, de baies ou de fleurs des champs ; ne le confondez pas avec собираться, « s’apprêter à », que la page avoir l’intention distingue soigneusement. Pour le trajet, on dit пойти в лес si l’on part à pied de la maison ou de la datcha, поехать в лес si l’on prend la voiture ou le train, selon le partage qu’expose la page à pied ou en véhicule.
Le geste lui-même divise les habitués. Les uns coupent le pied au ras de la mousse, срезают ; les autres le font tourner pour l’extraire entier, выкручивают. Chaque camp affirme ménager mieux la грибница, et le débat n’est pas tranché. Les deux façons sont admises ; arracher le champignon avec la terre, en revanche, passe pour une faute de débutant.
Reste ce qu’on craint. Se perdre d’abord : заблудиться, dont les emplois sont présentés à la page chercher et trouver, est la mésaventure que chacun redoute dans une forêt sans repères. Les moustiques ensuite, et surtout les tiques, qui peuvent transmettre l’encéphalite à tiques, клещевой энцефалит kliechtchevóï èntsefalít. La conversation parle alors de la прививка от клеща, la vaccination « contre la tique », et l’on s’examine l’un l’autre au retour. Attention à l’accent : клещи accentué sur la fin, ce sont les tiques ; le même mot écrit, accentué sur la première syllabe, kliéchtchi, désigne les tenailles.
Voici une sortie complète, en trois moments. Les répliques sont celles qu’on entend réellement ; lisez-les à voix haute, puis reprenez les remarques qui suivent chacune.
| Qui parle | Russe | Français |
|---|---|---|
| Lui | Слушай, говорят, белые пошли. Поедем завтра за грибами? Sloúchaï, govoriát, biélyïe pochlí. Poiédiem závtra za gribámi ? | Écoute, il paraît que les cèpes sont sortis. On va aux champignons demain ? |
| Elle | Давай! А куда? Daváï ! A koudá ? | D’accord ! Mais où ? |
| Lui | На старое место, за речкой. Na stároïe miésto, za riétchkoï. | Au coin habituel, de l’autre côté de la rivière. |
| Elle | Во сколько выезжаем? Vo skól’ko vyiezjáiem ? | On part à quelle heure ? |
| Lui | В шесть. Приедем позже — всё до нас соберут. V chest’. Priiédiem pózje — vsio do nas sobieroút. | À six heures. Si on arrive plus tard, d’autres auront tout ramassé avant nous. |
| Elle | Что с собой брать? Tchto s sobóï brat’ ? | Qu’est-ce que je prends ? |
| Lui | Сапоги обязательно, там болото. Ну и нож, корзину и средство от комаров. Sapogí obiazátiel’no, tam bolóto. Nou i noj, korzínou i sriédstvo ot komaróv. | Des bottes, absolument, il y a un marais. Et puis un couteau, un panier et de l’anti-moustiques. |
| Elle | Хорошо. Я возьму термос с чаем. Khorochó. Ia voz’moú tiérmos s tcháiem. | D’accord. J’apporte un thermos de thé. |
Ce qu’il faut en retenir. Белые пошли emploie le verbe « aller » pour l’arrivée d’une saison : les cèpes se sont mis en marche, c’est-à-dire qu’ils sortent enfin. La proposition se fait avec за грибами, la construction neutre pour aller chercher quelque chose, et avec поехать, puisqu’on prend la voiture. Всё до нас соберут, sans sujet exprimé, veut dire « d’autres auront tout ramassé » : la troisième personne du pluriel tient lieu de notre « on ». Notez enfin средство от комаров, « un produit contre les moustiques » : c’est la préposition от qui dit « contre », comme pour un médicament.
| Qui parle | Russe | Français |
|---|---|---|
| Lui | Стой! Смотри, вон под ёлкой. Белый! Stoï ! Smotrí, von pod iólkoï. Biélyï ! | Stop ! Regarde, là-bas sous l’épicéa. Un cèpe ! |
| Elle | Где? Не вижу. Gdié ? Nie víjou. | Où ? Je ne vois pas. |
| Lui | Да вот же, у пня, во мху. Da vot je, ou pnia, vo mkhoú. | Mais là, près de la souche, dans la mousse. |
| Elle | Ой, какой крепкий! Срезать? Oï, kakóï kriépkiï ! Sriézat’ ? | Oh, qu’il est ferme ! Je le coupe ? |
| Lui | Срежь, только аккуратно, грибницу не порти. Он чистый? Sriej’, tól’ko akkourátno, gribnítsou nie pórti. On tchístyï ? | Coupe-le, mais doucement, n’abîme pas le mycélium. Il est sain ? |
| Elle | Чистый, ни одного червяка. А вон там ещё один! Tchístyï, ni odnogó tcherviaká. A von tam iechtchó odín ! | Sain, pas un seul ver. Et là-bas, encore un ! |
| Lui | Это не белый, это ложный. Видишь, снизу розовый? Он горький, не бери. Èto nie biélyï, èto lójnyï. Vídich’, snízou rózovyï ? On gór’kiï, nie bierí. | Ce n’est pas un cèpe, c’est un faux. Tu vois, il est rose en dessous ? Il est amer, ne le prends pas. |
| Elle | Ладно, оставлю. Пошли дальше? Ládno, ostávliou. Pochlí dál’che ? | Bon, je le laisse. On continue ? |
Ce qu’il faut en retenir. Вон montre une chose éloignée, « là-bas », alors que вот désigne ce qui est tout près : да вот же, « mais juste là ». Le lieu se précise en deux temps, у пня, « près de la souche », puis во мху, avec les formes vues plus haut. Чистый, « propre », veut dire ici « sans vers », et ложный, « faux », suffit à désigner le sosie amer du cèpe, reconnaissable au rose du dessous de son chapeau. Remarquez enfin les deux пошли de ces dialogues : белые пошли, les cèpes sont sortis, et пошли дальше?, « on continue ? », où la forme du passé sert d’invitation familière.
| Qui parle | Russe | Français |
|---|---|---|
| La voisine | Ну как, есть грибы? Nou kak, iest’ gribý ? | Alors, il y en avait, des champignons ? |
| Elle | Полная корзина! Белые, подберёзовики и лисичек немного. Pólnaïa korzína ! Biélyïe, podbieriózoviki i lissítchek niemnógo. | Un panier plein ! Des cèpes, des bolets rudes, et quelques girolles. |
| La voisine | Ого! А где брали? Ogó ! A gdié bráli ? | Oh là ! Et où les avez-vous trouvés ? |
| Elle | Места надо знать! Miestá nádo znat’ ! | Il faut connaître les coins ! |
| La voisine | И что с ними будете делать? I tchto s ními boúdietie diélat’ ? | Et qu’est-ce que vous allez en faire ? |
| Elle | Белые будем сушить, а лисички сегодня же пожарим с картошкой. Biélyïe boúdiem souchít’, a lissítchki siegódnia je pojárim s kartóchkoï. | Les cèpes, on va les faire sécher, et les girolles, on les fait sauter ce soir même avec des pommes de terre. |
| La voisine | Только проверьте себя на клещей. Tól’ko proviér’tie siebiá na kliechtchéï. | Pensez seulement à vérifier que vous n’avez pas de tiques. |
| Elle | Уже осмотрели друг друга, всё чисто. Oujé osmotriéli droug droúga, vsio tchísto. | On s’est déjà examinés l’un l’autre, rien à signaler. |
Ce qu’il faut en retenir. Где брали? emploie брать, « prendre », que les cueilleurs utilisent couramment pour dire qu’ils ont trouvé et ramassé : белые брали в бору, « les cèpes, on les a pris dans la pinède ». La réponse Места надо знать! est une esquive aimable, puisqu’on ne livre pas ses bons coins. Белые будем сушить, лисички пожарим : chaque champignon a son destin, comme on le verra plus bas. Проверить на клещей, enfin, est la manière ordinaire de parler de l’examen du retour, et всё чисто, « tout est propre », en donne le résultat.
Choisissez la forme qui convient. Le genre, le pluriel ou le cas du mot décident.
Le nom le plus affectueux de la cueillette est тихая охота tíkhaïa okhóta, « la chasse silencieuse ». L’image tient debout : on part de bonne heure, on avance lentement en scrutant le sol, on rapporte un butin et l’on raconte ses prises, mais sans arme et sans bruit. L’expression n’a rien de littéraire ; on l’emploie en souriant, entre voisins ou entre collègues, pour dire où l’on passera son samedi.
La cueillette a son calendrier, et la langue le suit. On guette le грибной дождь, la pluie tiède qui tombe sous le soleil et qu’on dit propice aux champignons ; on annonce que грибы пошли quand les premiers paniers reviennent pleins ; on parle d’un грибной год quand la saison est généreuse. Les baies ont le même verbe : черника пошла, les myrtilles sont mûres.
Viennent ensuite les lieux. Un bon coin, грибное место, se transmet souvent dans la famille, et on ne l’indique pas volontiers au premier venu : c’est l’esquive de la troisième scène. Dans le bois, on reste à portée de voix et l’on s’appelle d’un Ау! prolongé, qui porte loin. Les contes peuplent d’ailleurs la forêt d’un maître des lieux, le леший léchiï, l’esprit des bois qui égare les voyageurs.
La prudence, enfin, a sa formule : Не знаешь — не бери, « si tu ne le connais pas, ne le prends pas ». Ce qu’on ne reconnaît pas avec certitude reste en forêt, et le tri du retour, перебирать грибы, sert aussi à écarter un intrus glissé dans le panier. Voici les phrases que vous entendrez autour de cette activité.
| Tournure | Transcription | Sens | Remarque |
|---|---|---|---|
| тихая охота | tíkhaïa okhóta | la chasse silencieuse | la cueillette des champignons, dit avec affection |
| Грибы пошли. | Gribý pochlí. | Les champignons sont sortis. | aussi белые пошли, опята пошли |
| грибной дождь | gribnóï dojd’ | la pluie tiède sous le soleil | réputée faire sortir les champignons |
| грибной год | gribnóï god | une bonne année à champignons | une saison abondante |
| грибное место | gribnóïe miésto | un coin à champignons | qu’on garde volontiers pour soi |
| Места надо знать. | Miestá nádo znat’. | Il faut connaître les coins. | l’esquive de celui qui ne dira rien |
| Много набрали? | Mnógo nabráli ? | Vous en avez ramassé beaucoup ? | la question du retour |
| вернуться с пустой корзиной | viernoút’sia s poustóï korzínoï | rentrer bredouille | mot à mot « avec un panier vide » |
| Не знаешь — не бери. | Nie znáiech’ — nie bierí. | Dans le doute, abstiens-toi. | la règle d’or ; variante Не уверен — не бери |
| Ау! | Aoú ! | Ohé ! | le cri qui sert à se retrouver en forêt |
Chaque champignon a sa destination, et l’on en retient quatre, qui couvrent l’essentiel. Le tableau donne le verbe, la forme d’adjectif qu’on lit sur un bocal ou sur une carte, et les espèces qu’on traite le plus souvent ainsi.
| Le geste | Transcription | Le résultat | Pour quels champignons, le plus souvent |
|---|---|---|---|
| жарить | járit’ | жареные грибы, champignons sautés | girolles, cèpes, bolets rudes |
| сушить | souchít’ | сушёные белые, cèpes séchés | surtout le cèpe, pour la soupe d’hiver |
| солить | solít’ | солёные грузди, lactaires salés | lactaires, russules |
| мариновать | marinovát’ | маринованные опята, armillaires marinés | armillaires, bolets jaunes |
Le séchage, la salaison et la marinade se rattachent à la grande saison des conserves, que la page la datcha et le potager décrit avec les confitures et les légumes en bocaux. Les plats eux-mêmes, la soupe aux cèpes séchés ou les pommes de terre sautées aux champignons, trouvent leurs mots à la page les plats russes.
La forêt nourrit une bonne part des images de la langue courante. Les expressions qui suivent s’entendent hors de tout contexte forestier, au bureau comme à la maison ; la colonne de droite en donne le mot à mot, qui aide à les retenir.
| Expression | Transcription | Sens | Mot à mot |
|---|---|---|---|
| расти как грибы после дождя | rastí kak gribý póslie dojdiá | pousser comme des champignons | « comme des champignons après la pluie » |
| Назвался груздем — полезай в кузов. | Nazválsia groúzdiem — poliezáï v koúzov. | Tu l’as voulu, assume. | « tu t’es dit lactaire, grimpe dans le panier » |
| Чем дальше в лес, тем больше дров. | Tchem dál’che v lies, tiem ból’che drov. | Plus on avance, plus ça se complique. | « plus loin dans la forêt, plus de bois à brûler » |
| тёмный лес | tiómnyï lies | de l’hébreu, du chinois | « une forêt sombre » : Для меня это тёмный лес. |
| заблудиться в трёх соснах | zabloudít’sia v triokh sósnakh | se noyer dans un verre d’eau | « se perdre entre trois pins » |
| не видеть за деревьями леса | nie vídiet’ za dieriév’iami liéssa | se perdre dans les détails | « ne pas voir la forêt derrière les arbres » |
| Волков бояться — в лес не ходить. | Volkóv boiát’sia — v lies nie khodít’. | Qui ne risque rien n’a rien. | « craindre les loups, c’est ne pas aller au bois » |
| кто в лес, кто по дрова | kto v lies, kto po drová | chacun de son côté, sans accord | « l’un vers le bois, l’autre chercher du bois à brûler » |
| Лес рубят — щепки летят. | Lies roúbiat — chtchépki lietiát. | On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. | « on abat la forêt, les copeaux volent » |
| развесистая клюква | razviéssistaïa klioúkva | des clichés invraisemblables sur la Russie | « une canneberge touffue », pour une plante qui rampe |
Ces tournures se répartissent en deux groupes. Les proverbes complets, comme волков бояться — в лес не ходить, se citent volontiers par leur première moitié, l’interlocuteur complétant de lui-même : Назвался груздем… suffit. Les expressions qui décrivent une situation, тёмный лес, кто в лес, кто по дрова, развесистая клюква, s’emploient librement dans la conversation, souvent avec une pointe d’ironie. Le proverbe de la forêt qu’on abat sert parfois à excuser des dégâts, et prend alors un ton amer.
Deux mots y demandent une explication. Dans le proverbe du lactaire, кузов désigne un panier d’écorce ; aujourd’hui, il nomme surtout la carrosserie d’une voiture ou la benne d’un camion. Et la клюква de la dernière ligne n’a rien d’un arbre : c’est justement parce que la canneberge court au ras de la mousse qu’une canneberge « touffue », sous laquelle on pourrait s’asseoir, résume si bien les récits fantaisistes sur la Russie.
Complétez la tournure ou le proverbe. Chacun figure sur cette page.
La plupart des erreurs viennent de ce que le français découpe autrement la même forêt. Chacun de ces pièges, sauf шампиньон, a été rencontré plus haut ; le tableau les rassemble pour la révision.
| En français | En russe | Ce qui trompe |
|---|---|---|
| un champignon | гриб | шампиньон ne désigne que le champignon de Paris et ses proches |
| le bois | лес ; дерево ; дрова | la forêt, la matière, le bois de chauffage |
| le sapin de Noël | ёлка | c’est l’épicéa ; le vrai sapin est пихта |
| le cèpe | белый, белый гриб | un adjectif employé seul, qui se décline comme tel |
| la girolle | лисичка | le même mot que « petite renarde » |
| le lactaire | груздь | masculin malgré le signe mou |
| les armillaires | опята | singulier опёнок, pluriel des noms de petits |
| la myrtille | черника ; голубика | deux baies, deux mots |
| l’airelle | брусника ; клюква | l’airelle rouge et la canneberge sont deux plantes |
| vénéneux, venimeux | ядовитый | un seul mot pour les deux |
| se perdre | заблудиться | заблуждаться veut dire « se tromper » |
| les tiques | клещи, accent final | accentué au début, le même mot désigne les tenailles |
| aller aux champignons | за грибами, по грибы | on va « pour » les champignons, pas « vers » eux |
Des mots qui s’apprennent avec leur forme. Personne n’a de mal à retenir que белый veut dire « cèpe ». La difficulté est de dire три белых, много опят et во мху sans chercher, au moment où l’on vous montre la trouvaille. Cela ne vient qu’en entendant et en répétant des phrases entières, ce que fait notre cours de russe entièrement audio, en leçons de quatorze minutes, sur la plateforme web comme dans nos applications. Écoutez la première leçon avant votre prochaine sortie en forêt.
Vous partez aux champignons avec un ami, de la veille au retour. À chaque étape, choisissez la réplique qui convient à la situation décrite.
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Гриб grib, masculin, pluriel грибы. Il couvre tous les champignons, sauvages ou achetés. Le mot шампиньон ne désigne que le champignon de Paris, celui des barquettes du magasin, et ses proches parents sauvages.
« La chasse silencieuse » : c’est le nom familier et affectueux de la cueillette des champignons. On part tôt, on scrute le sol et l’on rapporte un butin, mais sans arme et sans bruit. L’expression s’emploie couramment dans la conversation.
La construction neutre est за грибами, avec l’instrumental : пойти за грибами, поехать за грибами. On entend aussi le tour ancien по грибы, avec l’accusatif, resté vivant dans ходить по грибы et dans по ягоды.
Le cèpe. On l’appelle aussi боровик, d’après бор, la forêt de pins, et très souvent белый tout court. Ce mot reste un adjectif : нашёл белый, « j’ai trouvé un cèpe », mais три белых, « trois cèpes ».
De l’arbre au pied duquel le champignon pousse : под, « sous », plus берёза, le bouleau, ou осина, le tremble, plus le suffixe -овик. Le подберёзовик est le bolet rude, le подосиновик le bolet orangé. Le nom est un indice, pas une règle stricte.
Опята et маслята, comme котёнок fait котята. Le génitif pluriel n’a pas de terminaison : много опят, много маслят. Le premier est l’armillaire, qui pousse en touffes sur les souches ; le second, le bolet jaune, au chapeau gluant.
Masculin, malgré son signe mou : крупный груздь, un gros lactaire ; au pluriel, грузди. C’est le champignon qu’on sale, et celui du proverbe Назвался груздем — полезай в кузов.
Les deux premières sont bleues : la черника est la myrtille, petite, au jus violet ; la голубика est plus grosse, à chair claire, et désigne aussi la myrtille cultivée des magasins. Les deux autres sont rouges : la брусника est l’airelle rouge des bois secs, la клюква la canneberge des tourbières.
Selon le sens. Le bois où l’on se promène est un лес ou un лесок. La matière est дерево, le même mot que l’arbre, d’où деревянный, « en bois ». Le bois de chauffage est дрова, un pluriel sans singulier.
Pour le sapin de Noël, ёлка, qui désigne aussi l’épicéa dans la conversation ; le mot plus soutenu est ель. Le pin est сосна, et le vrai sapin des botanistes, пихта.
Pour se retrouver. Ау aoú est le cri qu’on lance, en le prolongeant, quand on a perdu de vue ses compagnons, et l’on y répond de la même façon. Le verbe аукаться désigne cet échange d’appels.
On les trie d’abord, перебирать, puis on les prépare selon l’espèce : жарить, faire sauter, les girolles par exemple ; сушить, sécher, surtout les cèpes ; солить, saler, les lactaires ; мариновать, mariner, les armillaires et les bolets jaunes.
Mot à mot, « tu t’es dit lactaire, grimpe dans le panier » : quand on a revendiqué un rôle, il faut en assumer les conséquences. Le кузов y garde un sens ancien de panier ; aujourd’hui, le mot désigne surtout la carrosserie d’une voiture.
Съедобный siedóbnyï pour comestible, ядовитый iadovítyï pour vénéneux, et червивый tchervívyï pour véreux. Ядовитый vaut aussi pour « venimeux » : une vipère est ядовитая, comme un champignon peut l’être. Un champignon несъедобный ne se mange pas, sans être forcément toxique.
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