Le russe possède un passif, mais il s’en sert peu. Trois constructions se partagent le terrain, et la plus courante des trois ne ressemble à aucun passif français.
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Le français met au passif pour deux raisons : l’auteur de l’action est inconnu, ou l’on veut commencer la phrase par autre chose que lui. Le russe n’a besoin du passif ni dans un cas ni dans l’autre. Pour l’auteur inconnu, il a un verbe à la troisième personne du pluriel sans sujet exprimé. Pour l’ordre des mots, il n’a rien à faire : ses désinences marquent les fonctions, et le complément peut donc passer en tête sans changer de forme ni de voix.
Les deux phrases contiennent exactement les mêmes mots, aux mêmes cas. Seule la place a changé, et avec elle ce dont la phrase parle : voir l’ordre des mots. Restent les emplois où le russe passive réellement. Il le fait de trois manières, et le choix entre elles ne relève pas du goût : il dépend de l’aspect du verbe et de la nature du sujet.
On ajoute -ся à un verbe transitif imperfectif, et l’objet devient sujet. La construction dit l’action pendant qu’elle se déroule, jamais son résultat.
Quand on tient à le nommer, il prend le cas instrumental, sans aucune préposition. Le russe parlé ne le nomme presque jamais : cette tournure appartient à la prose écrite, au rapport, à l’article.
C’est la contrainte à retenir. Le suffixe -ся marque d’abord le réfléchi ; dès que le sujet est un être capable d’agir, ce sens s’impose et le passif disparaît.
La seconde phrase emploie le troisième procédé, exposé plus bas ; c’est ainsi que le russe rend « le garçon est lavé ». Ce qui est exclu n’est pas le passif en général — un participe court perfectif accepte très bien un sujet humain, Он принят, Мы приглашены — mais le passif en -ся, et lui seul. Le suffixe -ся porte une demi-douzaine d’autres valeurs que traite la page les verbes en -ся ; le réfléchi avec pronom relève de себя et друг друга.
Une dernière confusion à éviter : открываться, закрываться, начинаться n’ont souvent rien de passif. Une chose s’ouvre, se ferme ou commence, sans auteur.
Avec un verbe perfectif, le russe ne passive pas par -ся mais par une forme courte, invariable en cas, qui s’accorde seulement en genre et en nombre. Elle ne dit pas l’action : elle dit l’état qui en résulte.
Quatre formes, pas davantage. Elles suivent le sujet.
| Sujet | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| masculin | закрыт zakrýt | Магазин закрыт. — Le magasin est fermé. |
| féminin | закрыта zakrýta | Дверь закрыта. — La porte est fermée. |
| neutre | закрыто zakrýto | Окно закрыто. — La fenêtre est fermée. |
| pluriel | закрыты zakrýty | Окна закрыты. — Les fenêtres sont fermées. |
Le genre du sujet commande donc tout, et une erreur de genre s’entend aussitôt. La page les trois genres rappelle comment le reconnaître.
Elles se fabriquent à partir de l’infinitif perfectif, par des suffixes que détaille la page les participes. Voici, pour la reconnaissance, celles qui reviennent constamment. Apprenez-les comme des mots, non comme des formes dérivées.
| Verbe | Participe court | Emploi |
|---|---|---|
| закрыть | закрыт zakrýt | Музей закрыт. — Le musée est fermé. |
| открыть | открыт otkrýt | Музей открыт. — Le musée est ouvert. |
| сделать | сделан sdiélan | Всё сделано. — Tout est fait. |
| написать | написан napíssan | Письмо написано. — La lettre est écrite. |
| купить | куплен koúplien | Билеты куплены. — Les billets sont achetés. |
| построить | построен postróien | Дом построен. — La maison est construite. |
| продать | продан pródan | Всё продано. — Tout est vendu. |
| найти | найден náïdien | Ключи найдены. — Les clés sont retrouvées. |
| получить | получен poloútchen | Ответ получен. — La réponse est arrivée. |
| решить | решён riechón | Вопрос решён. — La question est réglée. |
| забыть | забыт zabýt | Всё забыто. — Tout est oublié. |
| разбить | разбит razbít | Окно разбито. — La fenêtre est cassée. |
| потерять | потерян potiérian | Ключи потеряны. — Les clés sont perdues. |
| пригласить | приглашён priglachón | Мы приглашены. — Nous sommes invités. |
Au présent, rien : la copule ne s’écrit pas, comme le décrit la page la phrase sans « être ». Au passé et au futur, elle reparaît et porte à elle seule le temps ; le participe, lui, ne bouge pas.
Attention : был s’accorde lui aussi, et il s’accorde avec le même sujet que le participe. On obtient donc deux accords côte à côte — была закрыта, было закрыто, были закрыты. Les formes de быть figurent aux pages le passé et les deux futurs.
La négation se place simplement devant, sans rien changer d’autre — voir la négation.
Un petit groupe de participes en -т déplace l’accent sur la désinence au féminin, et là seulement. C’est une des rares fautes d’accent qui fasse réagir un russophone, parce qu’elle porte sur des mots très fréquents.
| Masculin | Féminin | Neutre | Pluriel |
|---|---|---|---|
| занят zániat | занята zaniatá | занято zániato | заняты zániaty |
| начат nátchat | начата natchatá | начато nátchato | начаты nátchaty |
| принят príniat | принята priniatá | принято príniato | приняты príniaty |
| взят vziat | взята vziatá | взято vziáto | взяты vziáty |
Les autres schémas d’accent du verbe sont exposés à la page l’accent mobile du verbe.
Participe court ou adjectif court ? Les deux se ressemblent et occupent la même place. Ужин приготовлен Oújin prigotóvlien, « le dîner a été préparé », décrit le résultat d’une action ; Ужин готов Oújin gotóv, « le dîner est prêt », décrit une qualité, sans que personne y soit pour rien. La morphologie de l’adjectif court est traitée à la page la forme courte. La forme longue du participe, построенный дом postróiennyï dom, n’est pas un passif mais une épithète : elle appartient à la page des participes.
Sur les écriteaux, le neutre règne. Sans sujet exprimé, le participe court se met au neutre et vaut pour un énoncé général.
Quand un infinitif sert de sujet, comme курить, l’accord se fait nécessairement au neutre : il n’y a pas d’autre genre disponible. Mais dès que l’écriteau nomme ce dont il parle, le participe s’accorde comme partout ailleurs — Вход воспрещён Vkhod vospriechtchón, « entrée interdite », avec un masculin pour sujet. Cette formule-là relève de l’affichage administratif et sonne un peu vieillie, mais on la lit encore sur les portes.
C’est le plus employé des trois, et le seul que le russe parlé utilise sans réserve. On met le verbe à la troisième personne du pluriel et on n’exprime aucun sujet. Le pronom они est absent, et son absence est la marque même de la construction : s’il apparaissait, il désignerait des gens précis.
Deux traits méritent d’être notés. D’abord le pluriel ne compte pas : il ne dit pas que plusieurs personnes ont agi, seulement qu’on ne les nomme pas. Ensuite le patient reste au cas que réclame le verbe — меня, его, тебя sont des accusatifs, мне, тебе des datifs. Rien ne devient sujet : la traduction française passe au passif là où le russe ne quitte jamais la voix active.
Cette construction est la seule disponible quand le patient est un être humain et que le verbe est imperfectif : le passif en -ся serait alors lu comme un réfléchi. Redisons-le, car c’est l’erreur la plus fréquente : Мальчика моют Mál’tchika móiout, et jamais Мальчик моется pour dire « le garçon est lavé ». Avec un perfectif, en revanche, le participe court accepte sans difficulté un sujet humain — Он принят, Мы приглашены, Он был назначен директором. D’autres tournures sans sujet — мне холодно, надо, можно — relèvent de la page les tournures impersonnelles.
Deux questions suffisent presque toujours. L’action est-elle en cours ? Alors verbe en -ся — sauf si le patient est une personne, auquel cas il faut la troisième personne du pluriel. L’action est-elle achevée ? Alors participe court, et celui-là ne craint pas un sujet humain. Dans les deux cas la troisième personne du pluriel reste possible, et c’est elle que l’oral choisit le plus souvent.
| Construction | Aspect | Ce qu’elle dit | Exemple |
|---|---|---|---|
| verbe en -ся | imperfectif | l’action se déroule | Дом строится. Dom stróitsia. — La maison est en construction. |
| participe court | perfectif | l’action a laissé un résultat | Дом построен. Dom postróien. — La maison est construite. |
| 3e personne du pluriel | les deux | l’auteur n’est pas nommé | Дом строят. Dom stróiat. — On construit la maison. |
L’opposition entre les deux premières lignes n’est rien d’autre que l’opposition d’aspect appliquée à la voix passive : строится et построен se distinguent comme строил et построил. C’est un des endroits où l’aspect commande la forme au lieu de se contenter de nuancer le sens.
Le registre tranche le reste. Le passif en -ся et le participe court accompagné d’un instrumental appartiennent à l’écrit : loi, notice, article, manuel. Un participe court seul, sans auteur nommé — Магазин закрыт, Всё продано — reste en revanche parfaitement courant à l’oral, parce qu’il décrit un état et non une action.
Quelques phrases pour finir : les trois procédés d’abord, sur un même sujet de phrase, puis trois participes courts accompagnés d’un instrumental.
Ce qui se joue à l’oreille. Aucune de ces trois constructions n’est difficile à comprendre : la difficulté est de ne pas produire une phrase au passif là où le russe n’en met pas. Cela ne s’obtient pas par la règle mais par l’habitude d’entendre les bonnes phrases assez souvent pour qu’elles viennent seules. C’est le travail de notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes. Le plan complet du dossier est à la page la grammaire complète, et l’ensemble de nos guides à la page grammaire.
Choisissez la forme qu’appelle chaque phrase : accord du participe court, choix entre les trois constructions, cas de l’auteur de l’action. Touchez une réponse, puis Correction.
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Oui, mais il l’emploie beaucoup moins que le français. Trois constructions s’en chargent : le verbe imperfectif en -ся (Дом строится), le participe court perfectif (Дом построен), et la troisième personne du pluriel sans sujet (Дом строят). Cette dernière est de loin la plus courante à l’oral.
C’est une question d’aspect. Le verbe en -ся est imperfectif et montre l’action en train de se faire : Вопрос обсуждается, la question est à l’examen. Le participe court vient d’un perfectif et donne le résultat : Вопрос решён, la question est réglée.
Мальчика моют Mál’tchika móiout, littéralement « on lave le garçon ». La tournure en -ся est impossible ici : Мальчик моется signifie « le garçon se lave ». Dès que le patient est un être vivant, le passif en -ся est exclu et le russe passe à la troisième personne du pluriel. Le participe court, lui, reste possible avec une personne quand le verbe est perfectif : Он принят, il est admis.
À l’instrumental, sans préposition : Дом строится рабочими, «Евгений Онегин» написан Пушкиным. La tournure est écrite ; la conversation nomme rarement l’auteur d’un passif, et préfère alors une phrase active.
Le participe court s’accorde en genre, et un petit groupe de participes en -т déplace en outre l’accent sur la désinence au féminin seulement : занята, начата, принята, взята. Le masculin, le neutre et le pluriel gardent l’accent sur le radical.
Par le verbe быть, qui porte seul le temps pendant que le participe reste inchangé : Магазин закрыт, Магазин был закрыт, Магазин будет закрыт. Au présent la copule ne s’écrit pas, comme partout en russe.
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