Скажи et говори traduisent tous deux « dis ». L’aspect ne décide pas si vous donnez un ordre : il décide de l’ordre que vous donnez. Et sous la négation, la règle s’inverse.
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Presque tout verbe russe existe en deux exemplaires, un perfectif et un imperfectif, et l’impératif se forme sur l’un comme sur l’autre. Choisir entre les deux n’est pas un raffinement : c’est ce qui sépare une invitation d’une convocation, et une interdiction d’un avertissement.
Cette page ne dit pas comment se fabriquent ces formes. La construction de l’impératif, ses terminaisons et ses irrégularités sont exposées à la page former l’impératif, et l’opposition des deux aspects elle-même à la page perfectif et imperfectif. Ici, une seule question : lequel des deux employer.
La réponse tient d’abord dans une observation de fréquence, qu’il faut avoir en tête avant toute règle de détail. À l’affirmative, le perfectif est le choix par défaut ; à la négative, c’est l’imperfectif. Le reste de la page décrit ce qui fait sortir de ces deux positions de repos.
Une demande unique, portant sur un acte précis dont on attend le résultat, se met au perfectif. C’est le cas de la grande majorité des impératifs qu’on entend dans une journée.
Ajouter пожалуйста pojálouïsta ne change pas l’aspect : le perfectif reste la forme neutre de la demande, ce n’est pas lui qui porte le ton.
L’imperfectif ne s’emploie pas à la place du perfectif : il s’emploie quand la demande cesse de porter sur un acte unique et achevé. Quatre situations reviennent constamment.
| Situation | Ce que le russe signale | Exemple |
|---|---|---|
| Répétition | l’acte doit se refaire, indéfiniment | Звони мне каждый день. Zvoní mnie kájdyï dien’. |
| Invitation | on accueille, on autorise, on n’ordonne pas | Входите, пожалуйста. Vkhodítie, pojálouïsta. |
| Reprise | l’action est déjà en cours ou attendue | Говорите, я вас слушаю. Govorítie, ia vas sloúchaiou. |
| Manière | on règle l’allure, pas le résultat | Говорите громче. Govorítie grómtche. |
Dès qu’un mot installe l’habitude — всегда vsiegdá, каждый день kájdyï dien’, по утрам po outrám, почаще potcháchtche — l’imperfectif le perfectif s’efface. On ne demande plus un acte, on demande une conduite.
Comparez : Позвони мне Pozvoní mnie demande un appel, Звони мне Zvoní mnie demande de garder le contact. Le français ajoute des mots ; le russe change une syllabe.
Le point le plus contre-intuitif pour un francophone. Quand on accueille quelqu’un, quand on lui offre quelque chose, quand on lui accorde ce qu’il vient de demander, le russe emploie l’imperfectif. Le perfectif, lui, fait entendre un ordre.
Les deux dernières donnent la règle sous sa forme la plus nette : ce que l’interlocuteur vient de proposer lui-même est déjà dans l’air, et ce qui est dans l’air se dit à l’imperfectif.
Même logique, appliquée au fil de la conversation. Si l’action a commencé, si elle était convenue, si l’on presse quelqu’un de s’y mettre enfin, l’imperfectif s’impose.
Cette valeur a un revers. Employé pour une demande unique que l’autre tarde à satisfaire, l’imperfectif devient pressant, voire sec : Ну, открывай же! Nou, otkryváï je !, « Ouvre donc, à la fin ! » Ce n’est pas une contradiction : dans les deux cas, l’imperfectif signale que l’action était attendue.
Quand la consigne porte sur la façon de mener l’acte et non sur son accomplissement, on décrit un déroulement, et l’imperfectif suit.
La dernière phrase l’illustre bien : Повторите Povtorítie demande de redire une chose une fois, Повторяйте Povtoriáïtie installe un exercice qui va durer.
Une poignée de verbes de la vie quotidienne fonctionnent par paires dont les deux membres s’entendent tous les jours, avec des effets très différents. Les apprendre ensemble vaut mieux que les apprendre séparément.
| Imperfectif : on accueille | Perfectif : on ordonne | Qui parle ainsi |
|---|---|---|
| Входите Vkhodítie | Войдите Voïdítie | un hôte / un supérieur qui vous fait venir |
| Садитесь Sadíties’ | Сядьте Siád’tie | un hôte / un médecin, un agent |
| Берите Bierítie | Возьмите Voz’mítie | servez-vous / prenez cet objet-ci |
| Проходите Prokhodítie | Пройдите Proïdítie | entrez donc / veuillez passer au guichet |
| Раздевайтесь Razdieváïties’ | Разденьтесь Razdién’ties’ | chez des amis / chez le médecin |
| Звоните Zvonítie | Позвоните Pozvonítie | appelez quand vous voulez / appelez à telle heure |
| Заходите Zakhodítie | Зайдите Zaïdítie | passez nous voir / passez à mon bureau |
Aucune de ces formes perfectives n’est impolie en soi : elles fixent l’acte, son moment et sa limite. C’est ce qu’on attend d’un médecin, non d’un hôte.
Voici la règle la plus rentable de la page. À l’affirmative, le perfectif est le cas ordinaire. À la négative, il devient rare — et il change de sens.
C’est la construction normale de la défense : tout ce que le français rend par « ne fais pas », règlement, conseil ou consigne de l’instant.
La phrase avec никому illustre au passage la double négation obligatoire du russe, traitée à la page personne, rien, nulle part.
Le perfectif nié ne défend pas : il avertit. Il dit « attention, cela risque d’arriver », et il suppose un événement subi, non voulu. C’est pourquoi il ne se rencontre guère qu’avec une famille restreinte de verbes : tomber, oublier, casser, perdre, prendre froid, tomber malade, être en retard, glisser, se brûler, confondre.
Ces deux phrases montrent le signal le plus fiable : смотри smotrí, « prends garde », annonce presque toujours un perfectif nié. Ce mot ne change pas la règle, il la souligne : ce qui suit reste un accident qu’on redoute, jamais un geste qu’on défend.
L’erreur à éviter une fois pour toutes. Не закрой дверь ne signifie pas « ne ferme pas la porte ». Le francophone qui transpose mot à mot produit un avertissement bancal. Pour défendre un geste volontaire, il faut Не закрывай дверь. Le perfectif nié met en garde, il n’interdit jamais.
| Imperfectif | Perfectif | |
|---|---|---|
| Affirmative | répétition, invitation, reprise, manière | cas ordinaire : une demande, un résultat |
| Négative | cas ordinaire : l’interdiction | la mise en garde contre un accident |
Un itinéraire ou une recette mélangent les deux aspects, et pas au hasard : ce qui dure prend l’imperfectif, ce qui se fait d’un coup prend le perfectif.
Ils opposent déjà l’aller unique et l’aller répété avant même d’opposer les deux aspects. À l’impératif, c’est presque toujours l’imperfectif qui sert, pour l’ordre immédiat comme pour l’invitation. Le perfectif придите pridítie existe, mais il convoque au lieu d’inviter : c’est le ton d’une administration.
Le partage entre идти et ходить est exposé à la page идти ou ходить, et l’ensemble du système à la page les paires de mouvement.
Pour se joindre soi-même à l’ordre, le russe emploie давай daváï ou давайте daváïtie. L’aspect y garde sa valeur : un projet précis appelle le perfectif, une activité envisagée dans sa durée appelle l’imperfectif.
Les deux aspects ne se construisent pas de la même façon après давайте ; la mécanique de ces formes appartient à la page former l’impératif.
Les formes. Terminaisons, alternances de consonnes et déplacements d’accent relèvent d’ailleurs : former l’impératif, les alternances du radical et l’accent mobile du verbe.
Les paires. Choisir suppose qu’on sache lequel des deux verbes est lequel : perfectiver par un préfixe, suffixes et paires supplétives, et, pour ceux qui n’ont pas de partenaire, les verbes sans paire.
Les autres temps. Le même choix se pose ailleurs, avec d’autres critères : l’aspect au passé, l’aspect au futur, l’aspect après un modal. Une fois ces pages lues, choisir l’aspect rassemble les questions dans l’ordre.
La négation elle-même. La place de не et la construction de нет font l’objet d’une page distincte, qui ne traite pas l’impératif : l’alternance décrite ici ne se trouve que sur cette page.
Cette règle ne s’apprend pas par cœur. Elle s’attrape par l’oreille, parce qu’elle vit dans des formules entières : Садитесь, Не забудь, Проходите, Смотри не упади. Qui les a entendues cent fois ne se demande plus quel aspect employer. C’est ce travail d’oreille que fait notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez l’aspect qu’appelle chaque situation. Touchez une réponse, puis Correction.
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Deux positions de repos, et des exceptions autour. À l’affirmative, le perfectif est le choix ordinaire : Закрой окно Zakróï oknó. À la négative, c’est l’imperfectif : Не закрывай окно Nie zakryváï oknó. On quitte ces positions pour marquer la répétition, l’invitation, la reprise ou la manière — et, sous la négation, pour avertir d’un danger.
Parce que l’imperfectif porte l’invitation et que le perfectif porte l’ordre. Садитесь Sadíties’ est ce que dit un hôte ; Сядьте Siád’tie est ce que dit un médecin ou un agent. La même opposition joue pour Входите et Войдите, Берите et Возьмите.
Не забывай нас Nie zabyváï nas est une interdiction durable : garde-nous en mémoire. Не забудь ключи Nie zaboúd’ klioutchí est une mise en garde ponctuelle : attention, tu vas les laisser. Le perfectif nié ne défend rien, il avertit.
Non. C’est un avertissement : « attention, tu risques de tomber ». On ne peut pas interdire à quelqu’un un acte qu’il ne décide pas. C’est pour cette raison que le perfectif nié ne se rencontre guère qu’avec des verbes d’événement subi — tomber, casser, perdre, prendre froid, être en retard, confondre.
Non, et c’est un piège. Le même aspect qui rend Садитесь aimable rend Открывай же! Otkryváï je ! impatient. Dans les deux cas l’imperfectif signale que l’action était attendue ; selon la situation, cela vaut accueil ou reproche.
À la page consacrée à la formation de l’impératif, qui donne les terminaisons, les alternances et les irrégularités. La présente page suppose ces formes connues et ne traite que le choix entre les deux aspects.
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