Le français dit « je lirai » et s’arrête là. Le russe, lui, oblige à trancher avant même d’ouvrir la bouche : le choix ne porte pas sur le moment, mais sur ce qu’on annonce.
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Toute phrase russe au futur commence par une décision que le français n’exige jamais.
Le russe possède deux futurs, et ils ne se répartissent pas les époques : ils disent tous deux l’avenir. Ce qui les sépare, c’est ce que le locuteur annonce. L’un annonce une activité qui occupera un moment ; l’autre annonce un résultat qui sera atteint. Comparez.
Les quatre phrases se traduisent par un futur français ; aucune ne dit la même chose. Le francophone n’a pas ici de mot à apprendre, mais une information supplémentaire à fournir, que sa langue maternelle ne lui réclame nulle part.
Cette page ne traite que le choix : la fabrication des deux formes appartient à la page les deux futurs, et la définition de l’opposition à la page perfectif et imperfectif. Une seule chose est à retenir avant d’aller plus loin : quel que soit le verbe, l’une des deux annonces sera faite. Le russe n’a pas de futur neutre qui laisserait, comme le français, la question ouverte.
Il décrit ce qui se déroulera, sans dire où cela aboutira. Trois emplois le réclament, et ils couvrent l’essentiel de la conversation ordinaire.
Dès qu’un mot mesure le temps passé à faire la chose — весь вечер vies’ viétcher, долго dólgo, целый час tsélyï tchas, два часа dva tchassá — le verbe reste imperfectif.
каждый день kájdyï dien’, обычно obýtchno, часто tchásto, всегда vsiegdá : ce qui revient ne peut pas être annoncé comme un acte unique.
Quand on demande ou qu’on annonce simplement de quoi le temps sera rempli, sans qu’un résultat soit en cause, l’imperfectif suffit. C’est la forme des questions courantes.
Il annonce un acte entier, vu de son terme. Le russe s’en sert dès qu’il est question d’obtenir quelque chose, et non simplement de s’y employer.
C’est l’emploi le plus caractéristique. Quand les actes se succèdent, chacun doit être achevé pour que le suivant commence : tous sont au perfectif, et la phrase avance d’un cran à chaque verbe.
Distinguez deux mesures du temps. Le français les sépare par le seul choix de la préposition, « pendant » contre « en », et le verbe ne bouge pas ; le russe, lui, change de verbe. час seul dit combien de temps l’activité durera : imperfectif. за час dit au bout de combien de temps la chose sera faite : perfectif.
Le tableau met face à face huit couples courants, à la première personne du singulier. La colonne de droite dit ce que chaque forme ajoute ; les formes elles-mêmes se construisent selon les procédés exposés aux pages des paires aspectuelles et des préfixes perfectifs.
| Futur imperfectif | Futur perfectif | La différence |
|---|---|---|
| буду читать boúdou tchitát’ | прочитаю protchitáiou | je lirai / je lirai jusqu’au bout |
| буду писать boúdou pissát’ | напишу napichoú | j’écrirai / la chose sera écrite |
| буду делать boúdou diélat’ | сделаю sdiélaiou | je m’y emploierai / ce sera fait |
| буду звонить boúdou zvonít’ | позвоню pozvonioú | j’appellerai souvent / je passerai un appel |
| буду готовить boúdou gotóvit’ | приготовлю prigotóvliou | je cuisinerai / le plat sera prêt |
| буду решать boúdou riechát’ | решу riechoú | je chercherai la solution / je la trouverai |
| буду сдавать boúdou sdavát’ | сдам sdam | je passerai l’examen / je l’obtiendrai |
| буду учить boúdou outchít’ | выучу výoutchou | j’étudierai / je saurai par cœur |
Les deux dernières lignes méritent une phrase de plus, car elles se disent tous les jours. сдавать et сдать séparent la tentative du succès : l’étudiant qui dit завтра я буду сдавать экзамен závtra ia boúdou sdavát’ èkzámien annonce qu’il se présentera ; celui qui dit я сдам экзамен ia sdam èkzámien annonce qu’il l’aura. Même partage entre поступать et поступить : я буду поступать в университет ia boúdou postoupát’ v ouniviersitiét, « je passerai le concours », contre я поступлю ia postouplioú, « je serai reçu ». Notez au passage le déplacement de l’accent dans напишу, напишешь napichoú, napíchech’, décrit à la page de l’accent mobile du verbe, et l’alternance de consonne du même verbe, traitée aux alternances du radical.
C’est le point où le francophone se trompe le plus, pour deux raisons à la fois. Première difficulté : après когда kogdá et если iésli, le russe emploie le futur dès que la phrase parle de l’avenir, là où le français met un présent après « si ». (Si la subordonnée énonce une habitude ou une vérité générale, les deux langues gardent le présent.) Seconde difficulté : le russe n’a pas de futur antérieur. Ce que le français exprime par « quand j’aurai fini », le russe l’exprime par un simple perfectif.
Avec пока poká, « pendant que », le rapport s’inverse : les deux actions sont simultanées, et celle qui sert de cadre reste à l’imperfectif. Le verbe de la principale, lui, peut fort bien être perfectif.
Ne confondez pas ce пока seul avec пока не poká nie, « jusqu’à ce que », qui demande au contraire un perfectif — et dont le не ne nie rien : Подожди, пока я не закончу. Podojdí, poká ia nie zakóntchou. — Attends que j’aie fini.
La syntaxe de ces propositions relève de la page des subordonnées, qui n’est pas encore en ligne.
Neuf situations couvrent la grande majorité des phrases au futur. Ce n’est pas une méthode complète de décision — celle-ci fait l’objet de la page choisir l’aspect — mais un aide-mémoire propre au futur.
| Ce qui est dit | Aspect | Exemple |
|---|---|---|
| Une durée | imperfectif | Я буду работать весь вечер. |
| Une répétition | imperfectif | Каждое утро я буду вставать в шесть. |
| Une occupation | imperfectif | Что ты будешь делать вечером? |
| Un arrière-plan avec пока | imperfectif | Пока ты будешь отдыхать… |
| Un refus, une non-intention | imperfectif | Я не буду это делать. |
| Un acte unique | perfectif | Я позвоню тебе завтра. |
| Une suite d’actions | perfectif | Она откроет дверь и включит свет. |
| Un délai avec за | perfectif | Я сделаю это за час. |
| Une antériorité avec когда | perfectif | Когда я закончу работу… |
Sous la négation, l’opposition se déplace et devient très nette. Le futur imperfectif nié dit une volonté : on ne le fera pas, on s’y refuse. Le futur perfectif nié dit une impossibilité : cela n’arrivera pas, on n’y parviendra pas. La tendance est forte, sans être absolue ; le contexte peut l’infléchir.
La dernière ligne appelle une remarque : le même perfectif nié, tourné en question, devient une demande polie. La négation atténue, et la forme cesse d’annoncer un refus pour devenir une prière. C’est une tournure de tous les jours.
Pour demander son chemin, on entend plus souvent le verbe préfixé : Вы не подскажете, где вокзал? Vy nie podskájetie, gdie vokzál ? La construction ne change pas — négation, perfectif futur, question — seul le verbe est plus poli.
Le verbe быть. Il n’offre aucune alternative : son futur est буду boúdou, et rien d’autre ne le remplace quand il s’agit d’être quelque part. Le préfixé побыть pobýt’ existe, mais il signifie « rester un moment » : ce n’est plus le même énoncé.
La troisième phrase relève de l’oral familier : le verbe de l’action y est simplement omis.
Les verbes de mouvement. Ils opposent d’abord le trajet unique au trajet répété, avant toute question d’aspect : я пойду ia poïdoú annonce un départ, я буду ходить ia boúdou khodít’ une habitude. Plus déroutant encore, un déplacement prévu et daté se dit couramment au présent : завтра я еду в Москву závtra ia iédou v Moskvoú, « demain, je pars pour Moscou ». Le mécanisme est exposé aux pages le système des paires et идти ou ходить.
Les verbes sans paire. Une poignée de verbes appartiennent aux deux aspects à la fois. Leur forme conjuguée est alors ambiguë : я использую этот метод ia ispól’zouiou ètot miétod signifie aussi bien « j’emploie cette méthode » que « j’emploierai cette méthode ». Seul le contexte tranche, et c’est la page les verbes sans paire qui en donne la liste.
L’opposition n’est pas propre au futur : elle traverse toute la conjugaison. Au passé, elle distingue ce qui se déroulait de ce qui est arrivé, avec un tour un peu différent, puisque le passé peut aussi se contenter de constater un fait : voyez l’aspect au passé. À l’impératif, elle sépare l’ordre de la prière, et l’ordre négatif de l’avertissement : l’aspect à l’impératif. Après un verbe comme « pouvoir » ou « commencer », c’est l’infinitif qui choisit son aspect, ce qu’expose la page l’aspect après un modal. Le fonctionnement général du verbe est décrit aux pages comment le verbe fonctionne et les deux conjugaisons.
Le réflexe se prend par l’oreille. Comprendre que за час appelle un perfectif demande une minute ; produire la bonne forme au milieu d’une phrase, sans s’arrêter pour réfléchir, demande des dizaines d’heures d’écoute. C’est le travail de notre cours de russe, entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Choisissez la forme que réclame chaque phrase. Touchez une réponse, puis Correction.
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De deux façons, et il faut trancher. Я буду делать Ia boúdou diélat’ annonce une activité qui occupera un moment ; Я сделаю Ia sdiélaiou annonce que la chose sera faite. Le français ne distingue pas ces deux énoncés ; le russe ne peut pas les confondre.
La première forme dit que vous lirez, sans préciser si vous finirez. La seconde dit que le livre sera lu jusqu’au bout. Une durée — весь вечер, долго — appelle la première ; un délai introduit par за appelle la seconde.
Le futur, toujours, quand la phrase parle de l’avenir : Когда я закончу работу, я тебе позвоню Kogdá ia zakóntchou rabótou, ia tiebié pozvonioú. Le russe n’a pas de futur antérieur : le perfectif suffit à marquer que la première action précède la seconde.
Par le futur imperfectif nié : Я не буду это делать Ia nie boúdou èto diélat’. Le perfectif nié dirait autre chose — non pas un refus, mais une impossibilité : Я не успею Ia nie ouspiéiou, « je n’y arriverai pas ».
Il n’offre pas de choix. Son futur est буду, будешь, будет boúdou, boúdiech’, boúdiet, et rien ne le remplace pour dire qu’on sera quelque part. Le préfixé побыть existe, mais il signifie « rester un moment ».
Parce que les verbes de mouvement admettent le présent pour un déplacement prévu et daté, comme le français « demain je pars ». Ce n’est pas un choix d’aspect mais un emploi particulier du présent, propre à cette famille de verbes.
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