Quatre verbes suffisent à dire ce qu’on peut, ce qu’on doit, ce qu’on veut et ce qu’on a prévu. Et rien ne s’intercale entre eux et le verbe qui suit — ni « de », ni « que ».
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La capacité, l’obligation, la volonté et l’intention se disent en wolof par quatre verbes ordinaires : mën « pouvoir », war « devoir », bëgg « vouloir », nar « avoir l’intention ».
Ordinaires, au sens strict du mot. Ils se comportent comme n’importe quel autre verbe : ce sont eux qui reçoivent la marque de personne, et le verbe qui les suit reste nu. Mën naa dem — « je peux partir ». War naa dem — « je dois partir ». Bëgg naa dem — « je veux partir ». Voir les pronoms.
Regardez maintenant ce qui n’est pas là. Aucun mot ne sépare le modal du verbe suivant. Pas d’équivalent de notre « de », pas d’équivalent de notre « que ». Le francophone qui cherche ce petit mot et n’en trouve pas croit qu’il lui manque quelque chose : il ne lui manque rien, et c’est déjà la phrase entière. Le wolof n’a pas davantage de subjonctif à placer là, comme le montre la page des subordonnées.
Les quatre verbes se construisent pareil. C’est leur sens qui ne se superpose pas au nôtre, et chacun trébuche à un endroit différent.
Il dit la capacité et la possibilité matérielle : savoir faire, être en mesure de faire, avoir le temps de faire. Notre « pouvoir » va plus loin que cela — il demande aussi l’autorisation, il sert à proposer, il sert à refuser poliment. Sur ce terrain, écoutez comment les gens demandent la permission autour de vous plutôt que de supposer qu’un seul verbe couvre tout : c’est le genre de recouvrement qui ne se devine pas.
Voici le piège le plus rentable de la page, parce qu’il vous concernera dès la première semaine. Le même verbe dit « vouloir » et « aimer ». Suivi d’un verbe, il se lit « vouloir » sans ambiguïté. Suivi d’un nom, il peut se lire des deux façons, et seule la situation tranche.
Autrement dit, la phrase par laquelle vous commanderiez quelque chose au marché est bâtie sur le verbe qui sert aussi à déclarer son affection. Les deux emplois sont parfaitement courants et personne ne s’y trompe sur place — mais un francophone qui ignore ce double sens passe à côté de la moitié de ce qu’il entend.
Il dit qu’une personne précise doit faire une chose précise. C’est le « je dois », le « tu devrais », le « il faudra bien qu’il ». Notre français, lui, passe volontiers par « il faut que » suivi d’un subjonctif : deux mots-outils et une forme verbale spéciale, là où le wolof aligne deux verbes.
Ne confondez pas ce verbe avec l’obligatif, qui est une conjugaison de plein droit et qui porte tout autre chose. war est un mot du lexique, qu’on apprend comme on apprend « manger » ou « partir ».
Nar naa dem dit une intention, un projet, ce qu’on a décidé de faire. Cela ressemble à notre futur proche, et la ressemblance est un piège : annoncer avec nar qu’il va pleuvoir revient à prêter une intention au ciel. Pour dire simplement l’avenir, le wolof procède tout autrement. Voir le futur.
Une phrase qui contient un modal n’a qu’un seul verbe conjugué : le modal. La conséquence est nette et elle vous évitera beaucoup de tâtonnements — la négation se pose sur le modal, jamais sur le verbe qui suit, qui reste nu comme à l’affirmative. Une seule négation par phrase suffit. Sa forme exacte relève du mécanisme général décrit par la négation : c’est une syllabe qui s’installe dans le mot, et le mot se réorganise autour d’elle.
Deux remarques de sens, en revanche, valent d’être posées ici. La première tient au double sens de bëgg : une phrase où il est nié se lit « je ne veux pas » ou « je n’aime pas », exactement comme à l’affirmative, et la situation tranche de la même manière.
La seconde est une honnête réserve. Notre « tu ne dois pas partir » est ambigu en français même : il dit l’interdiction bien plus souvent que l’absence d’obligation. Nier war pose la même question, et c’est typiquement un point qu’il faut avoir entendu tranché par des locuteurs avant de le produire soi-même.
Le second verbe se dit tel qu’il figure au dictionnaire. Puisque le verbe ne se conjugue pas, il n’y a pas de forme spéciale à fabriquer.
Le modal d’abord, le verbe ensuite, toujours. Rien ne se glisse entre les deux et rien ne s’inverse. Voir l’ordre des mots.
Modal plus verbe courant : pouvoir venir, devoir payer, vouloir manger. Ce sont ces blocs qui sortent tout seuls, pas les verbes isolés.
Un mot pour finir sur la rentabilité de ce chapitre. Quatre verbes, une seule construction, aucune forme nouvelle : c’est probablement le meilleur rapport entre l’effort et ce que vous pourrez dire. Tant qu’on ne dispose que de l’affirmation simple, on raconte ce qui est ; avec ces quatre verbes, on dit ce qu’on veut, ce qu’on peut, ce qu’on prévoit — c’est-à-dire l’essentiel d’une conversation ordinaire.
Le chapitre à installer très tôt. Ces quatre verbes reviennent dans chaque échange, et leur double sens ne s’attrape qu’en situation. Notre cours de wolof les fait entendre dans des dialogues réels, en leçons audio de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les quatre modaux présentés ci-dessus et sur la façon dont ils se construisent. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Quatre verbes ordinaires : mën « pouvoir », war « devoir », bëgg « vouloir » et nar « avoir l’intention ». Ils se construisent tous de la même façon.
Non, aucun. Mën naa dem suffit à dire « je peux partir ». Le wolof n’a pas d’équivalent de notre « de » ni de notre « que » à placer là, et pas de subjonctif non plus.
Parce qu’il dit à la fois « vouloir » et « aimer ». Suivi d’un verbe il se lit « vouloir » ; suivi d’un nom, les deux lectures sont possibles et seule la situation tranche.
Ce serait une erreur de sens. Ce verbe dit une intention, donc il suppose quelqu’un qui décide. Pour parler simplement de l’avenir, le wolof procède autrement.
Sur le modal, qui est le seul verbe conjugué de la phrase. Le verbe qui suit reste nu, exactement comme à l’affirmative, et une seule négation suffit.
War est un verbe du lexique, qui attache une obligation à une personne précise. L’obligatif est une conjugaison de plein droit, avec ses propres marques et ses propres emplois.
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