Là où le français aligne une trentaine de prépositions, le wolof en emploie une poignée. Un seul mot, ci, rend dans, à, sur, vers, en et pendant — et c’est au reste de la phrase de préciser.
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Comptez les prépositions d’une page de français : à, de, par, pour, avec, sans, sur, sous, chez, vers, pendant. Chacune porte une relation, et notre langue en fabrique volontiers de nouvelles.
Le wolof, lui, se passe presque entièrement de prépositions. Non parce qu’il exprimerait moins de relations, mais parce qu’il les confie à d’autres endroits de la phrase.
Trois de ces endroits sont déjà décrits ailleurs dans ce dossier, et il vaut la peine de les avoir en tête avant de continuer. Notre pour et notre avec deviennent souvent des syllabes ajoutées au verbe, voir les extensions verbales. Notre de de possession devient une voyelle collée, voir la possession et le lien -u. Et nos sur, sous, derrière deviennent des noms, voir situer dans l’espace.
Le piège est donc l’inverse de celui qu’on attend. Le francophone ne peine pas à apprendre les prépositions wolof : il en cherche là où la langue n’en met aucune, et il en ajoute une de trop.
Une seule préposition couvre ce que le français répartit entre dans, à, sur, vers, en et pendant. Elle se place devant le groupe nominal : ci kër gi, à la maison, dans la maison, vers la maison — le contexte tranche.
Pour un francophone, c’est déroutant puis reposant. Déroutant, parce qu’on hésite à employer un mot aussi vague. Reposant, parce que l’erreur de préposition, qui est la faute la plus tenace de tout apprentissage de langue, disparaît presque. Il n’y a pas de bonne préposition à trouver.
Quand la précision compte vraiment, elle ne vient pas de la préposition : elle vient d’un nom de position glissé derrière ci. C’est l’objet d’une autre page de ce dossier.
Ci a une seconde forme, ca, qui renvoie à un lieu plus éloigné ou moins directement présent à l’échange. La différence entre les deux n’a rien d’arbitraire : c’est l’opposition de voyelles qui traverse tout le système des mots-outils wolof, le -i du proche contre le -a du lointain. Voir déterminants et distance.
Autrement dit, vous n’avez pas un mot de plus à apprendre : vous avez une régularité de plus à reconnaître.
Le second mot indispensable est ak. Il signifie avec et il se place également devant son nom : ak man, avec moi, où man est le pronom indépendant. Voir les pronoms.
Mais ak fait aussi une chose que nos prépositions ne font pas : il relie deux noms là où le français dirait et. Musaa ak Fatu, Moussa et Fatou. Le wolof traite donc « Moussa et Fatou » et « je suis venu avec Fatou » avec le même mot, ce qui, à la réflexion, dit assez bien la même chose.
Notre et unique se dédouble en wolof. Ak relie deux noms ; pour enchaîner deux propositions, la langue emploie te. Employer ak entre deux verbes est l’une des marques les plus immédiatement audibles d’un débutant.
La préposition wolof précède toujours le groupe qu’elle introduit, et la langue ne connaît pas de postposition. C’est un point où le wolof ressemble au français et s’éloigne du turc ou du japonais. Voir l’ordre des mots.
Quand l’instrument ou le moyen est déjà porté par un suffixe du verbe, poser ak en plus est redondant. Le wolof choisit l’un ou l’autre procédé. Voir l’instrumental -e.
Un mot encore sur un troisième outil, utile dès le premier jour : ba, qui veut dire jusqu’à et marque une limite. Il sert à prendre congé — ba ëllëg, littéralement « jusqu’à demain » — et c’est l’une des premières formules qu’un visiteur entend au Sénégal.
Voilà l’essentiel. Trois mots, et vous couvrez la quasi-totalité des emplois où le français exige une préposition : ci avec sa variante ca, ak, et ba. Le reste du travail se fait dans le verbe et dans le groupe nominal, c’est-à-dire ailleurs que là où votre réflexe de francophone va le chercher.
Un chapitre qui se règle en une leçon. Il n’y a presque rien à mémoriser, mais un réflexe entier à désinstaller : celui de chercher un petit mot pour chaque relation. Notre cours de wolof vous fait entendre ces constructions en situation, en leçons audio de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les prépositions wolof exposées plus haut et sur les pièges qu’elles tendent à un francophone. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Très peu. La langue se passe presque entièrement de cette catégorie : les relations que le français confie à une préposition sont portées par des suffixes du verbe, par le lien de possession ou par des noms de position.
Tout à la fois dans, à, sur, vers, en et pendant. C’est le contexte qui tranche, et la précision, quand elle compte, vient d’un nom de position placé derrière.
Ca renvoie à un lieu plus éloigné. C’est la même opposition de voyelles que dans les déterminants : le -i du proche contre le -a du lointain.
Parce que les deux relations se ressemblent davantage qu’il n’y paraît. Ak associe deux noms : « Moussa et Fatou » ou « venu avec Fatou ». Attention toutefois, il ne coordonne pas deux propositions — c’est te qui s’en charge.
Aucune. La préposition précède toujours le nom qu’elle introduit, comme en français, et contrairement au turc ou au japonais.
Ajouter une préposition de trop, par réflexe, là où le verbe wolof a déjà tout dit par un suffixe. La difficulté n’est pas d’apprendre les prépositions wolof : c’est de renoncer aux nôtres.
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