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Cours de langues›L’instrumental -e

L’instrumental : avec quoi, comment, pour combien

Le français pose une préposition devant l’outil et n’y touche plus. Le wolof installe l’outil dans le verbe lui-même — et l’outil devient ce dont la phrase parle.

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Le second applicatif

Le wolof possède deux suffixes qui ajoutent un participant au verbe. La page de l’applicatif -al en donne la définition et traite celui qui répond à « pour qui ». Voici le second, -e, et il répond à autre chose.

Ce qu’il introduit n’est pas une personne mais une circonstance : l’outil employé, le moyen utilisé, la manière de faire, le prix payé. De dóor, « frapper », on obtient dóore — non pas frapper quelqu’un, mais frapper avec quelque chose.

La mécanique est la même que pour l’autre applicatif : une syllabe de plus sur le verbe, et un participant de plus dans la phrase. Mais la question à laquelle elle répond change complètement, et c’est cette question qu’il faut avoir en tête pour choisir entre les deux suffixes.

Les quatre questions auxquelles il répond

Une seule syllabe couvre un domaine que le français éparpille entre plusieurs prépositions.

Avec quoi ?

C’est l’emploi le plus net. Couper avec un couteau, manger avec la main, écrire avec un crayon : le nom de l’outil est appelé par le verbe suffixé. De lekk, « manger », on tire lekke, qui attend qu’on dise avec quoi le repas a été mangé.

Par quel moyen ?

L’outil n’est pas toujours un objet qu’on tient dans la main. Ce peut être une voie, un intermédiaire, un procédé — et le suffixe fonctionne de la même façon. Le français passe alors de « avec » à « par », sans que le wolof, lui, change quoi que ce soit.

Comment ?

La manière relève du même suffixe : faire quelque chose vite, doucement, de cette façon-là. Un francophone ne s’attend pas à retrouver ici la syllabe qui lui servait pour le couteau. C’est pourtant une seule et même opération — le verbe accueille sa circonstance.

Pour combien ?

Et c’est la surprise. Le prix est traité comme un moyen : de jënd, « acheter », on obtient jënde, qui appelle la somme payée. Demander combien une chose a coûté, c’est donc suffixer le verbe d’achat, pas ajouter une préposition. Les nombres eux-mêmes sont traités à part.

Dans un marché, cette forme revient à chaque phrase. C’est probablement l’emploi du suffixe que vous rencontrerez le premier, et souvent sans l’avoir identifié.

Pourquoi l’instrument se retrouve en vedette

Voici l’articulation qui rend ce suffixe déroutant, et qui l’explique. Quand le wolof suffixe le verbe, la circonstance ne reste pas au fond de la phrase : elle passe devant, dans la construction qui sert à mettre un complément en relief.

Les descriptions du wolof le notent régulièrement : le verbe porte ce suffixe au moment où le circonstant est mis en avant. Retenez l’association telle quelle — circonstance en tête de phrase, suffixe sur le verbe — les deux vont ensemble et se réclament l’une l’autre. Le paradigme de cette construction, ses marques de personne et ses autres emplois appartiennent à la page du focus complément.

La conséquence est logique : si vous répondez à « avec quoi ? », l’outil est l’information nouvelle de votre phrase. Il serait absurde de le laisser traîner derrière le verbe. Le wolof ne le laisse pas traîner, et il marque le verbe en conséquence.

Autrement dit, ce suffixe n’est pas seulement un outil de vocabulaire : c’est une pièce de la grammaire de l’information. Les extensions verbales montrent que ce cas n’est pas isolé.

Où un francophone trébuche

Il laisse le verbe nu. C’est l’erreur numéro un. On place l’outil en tête, comme en français on dirait « c’est avec un couteau que… », et on oublie la syllabe finale sur le verbe. La phrase est comprise, mais elle est bancale : la mise en avant n’a pas été construite jusqu’au bout.

Il confond accompagnement et instrument. Le français dit « avec mon frère » et « avec un couteau » de la même façon. Le wolof, non : ak est chez lui devant la personne qui vous accompagne, et c’est la page de ci et ak qui traite ses emplois. Poser ak devant l’instrument s’entend aussi, et se comprend très bien ; ce qui se perd alors, c’est la mise en vedette de l’outil. Le choix est là, et il est à vous.

Il mélange les deux applicatifs. « Couper pour quelqu’un » et « couper avec quelque chose » sont deux ajouts différents, donc deux suffixes différents. Les échanger ne produit pas une maladresse mais un autre sens : vous annoncez un service rendu là où vous parliez d’un outil.

Il ne l’entend pas. Une voyelle finale brève, dans un débit rapide, à la fin d’un mot déjà long : c’est très peu de chose. Or c’est elle qui vous dit que la phrase va nommer un outil, un moyen ou un prix. Travaillez-la à l’écoute plutôt que sur le papier — et sachez que nous ne détaillons pas ici les ajustements de forme que peut connaître un radical terminé par un groupe de consonnes : écoutez ces verbes plutôt que de les fabriquer.

Le suffixe du marchandage. Demander un prix, dire avec quoi on paie, dire comment on veut la chose : trois phrases par transaction, et toutes portent ce suffixe. Notre cours de wolof les fait entendre en situation, en leçons audio de quatorze minutes.

Exercices : le suffixe instrumental -e

Chaque question porte sur le suffixe décrit ci-dessus et sur les quatre questions auxquelles il répond. Touchez une réponse, puis Correction.

  1. Le suffixe qui introduit l’instrument est ___.
  2. Ce suffixe répond d’abord à la question ___.
  3. La question « pour qui » relève ___.
  4. Ce que le suffixe -e ajoute au verbe, c’est ___.
  5. Le verbe suffixé dóore signifie ___.
  6. De lekk, « manger », la forme lekke attend ___.
  7. Avec jënde, la phrase indique ___.
  8. Pour demander un prix, le wolof ___.
  9. Les quatre emplois du suffixe sont l’instrument, le moyen, le prix et ___.
  10. Quand l’outil devient une voie ou un intermédiaire, le wolof ___.
  11. Quand la circonstance passe en tête de phrase, le verbe ___.
  12. La construction qui accueille alors l’instrument est ___.
  13. Si la phrase répond à « avec quoi ? », l’outil est ___.
  14. L’erreur numéro un du francophone consiste à ___.
  15. Le mot ak est d’abord celui ___.
  16. Poser ak devant l’instrument ___.
  17. Employer -al au lieu de -e produit ___.
  18. La difficulté de ce suffixe se situe surtout ___.

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Questions fréquentes

Que fait le suffixe -e en wolof ?

Il ajoute au verbe une circonstance : l’outil employé, le moyen, la manière de faire ou le prix payé. C’est le second des deux applicatifs de la langue, celui qui répond à « avec quoi ».

Quelle différence avec l’applicatif -al ?

-al introduit celui pour qui l’action est accomplie ; -e introduit ce avec quoi elle l’est. Échanger les deux ne produit pas une maladresse mais un autre sens.

Pourquoi l’instrument se retrouve-t-il en tête de phrase ?

Parce que le suffixe va de pair avec la construction qui met un complément en relief. Circonstance en tête, suffixe sur le verbe : les deux se réclament l’une l’autre.

Comment le wolof dit-il un prix ?

En traitant la somme comme un moyen : le verbe d’achat reçoit le suffixe, et la somme devient le complément qu’il appelle. Aucune préposition n’est nécessaire.

Peut-on employer ak devant l’instrument ?

Cela s’entend et se comprend. Mais ak est d’abord la préposition de l’accompagnement, et l’employer ainsi vous prive de la mise en vedette de l’outil.

Quelle est la difficulté principale ?

L’entendre. C’est une voyelle finale brève, à la fin d’un mot déjà long — et c’est elle qui annonce qu’un outil, un moyen ou un prix va être nommé.

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