Le français fait porter l’hypothèse par ses temps du verbe. Le wolof la fait porter par un mot d’ouverture et un suffixe — et ne met aucun temps là où nous mettons un imparfait.
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Le français relie une hypothèse à sa conséquence avec un seul mot, si, et confie le reste du travail aux temps du verbe : « si tu viens », « si tu venais », « si tu étais venu ».
Le wolof fait l’inverse. Il choisit d’abord entre deux mots d’ouverture, su et bu, puis il marque le verbe de l’hypothèse d’un suffixe, -ee. « Si je pars » se dit su ma demee — et jamais su ma dem.
En dehors de ce suffixe, le verbe de l’hypothèse ne porte rien : ni na, ni la, ni dafa. Il reste à la forme minimale, celle que les grammaires appellent l’aoriste — le mot d’ouverture a déjà dit la relation, le verbe n’a rien à ajouter. Voir l’aoriste.
C’est la première chose à installer, précisément parce que rien en français ne lui correspond. Le verbe de la proposition hypothétique ne peut pas rester nu : su ma demee « si je pars », soo demee « si tu pars », su mu demee « s’il part ».
Un francophone oublie ce suffixe pendant des mois, parce qu’il a l’impression d’avoir déjà tout dit avec le mot d’ouverture. La phrase reste comprise, mais elle s’entend immédiatement comme incomplète.
Su mu ñëwee, dinaa dem. « S’il vient, je partirai. » Rien dans la phrase ne dit qu’il viendra : la réalisation reste en suspens, exactement comme dans notre « si ».
Avec bu, la réalisation est envisagée comme attendue, et la phrase glisse vers « quand » ou « dès que » : bu mu ñëwee se lit volontiers « quand il viendra ». Le verbe prend le même suffixe.
Un point d’honnêteté : la frontière entre les deux mots n’est pas tracée au millimètre par l’usage, et une même phrase s’entend parfois avec l’un comme avec l’autre. Reproduisez ce que vous entendez plutôt que de traduire « si » mécaniquement.
La conséquence s’ouvre par kon, « alors, dans ce cas ». Il reste facultatif dans une hypothèse ordinaire, mais il est de règle dès que la phrase devient irréelle.
Su mu ñëwoonee, kon demoon naa. « S’il était venu, je serais parti. » La marque du passé apparaît dans les deux moitiés de la phrase : sur le verbe de l’hypothèse et sur celui de la conséquence. C’est elle, et elle seule, qui dit que la porte est fermée. Voir le passé en -oon.
La seconde moitié n’emploie pas de mode particulier : elle prend une construction ordinaire, un futur, un parfait, parfois un impératif quand la conséquence est une consigne. Il n’y a donc rien de plus à apprendre pour dire « je ferais » que ce que vous savez déjà.
La faute la plus fréquente ne porte pas sur le vocabulaire, mais sur un réflexe de traduction. « Si j’avais de l’argent, j’achèterais une voiture » : le français met un imparfait, et le francophone cherche aussitôt en wolof une marque de passé.
Il n’en faut aucune. Cette phrase parle du présent — je n’ai pas d’argent maintenant, mais la question reste ouverte — et se construit avec la forme sans -oon : su ma amee xaalis. Là où le français recule d’un temps, le wolof ne bouge pas.
Ajouter -oon parce que le français montre un passé fait basculer la phrase dans l’irréel : vous ne dites plus « si j’avais de l’argent » mais « si j’avais eu de l’argent », et l’interlocuteur comprend que vous parlez d’une occasion manquée. La correspondance est donc à l’envers : notre imparfait appelle la forme non marquée, et notre plus-que-parfait appelle la marque de passé.
Deuxième piège, plus discret : notre petit mot si recouvre trois emplois que le wolof sépare. L’hypothèse relève de su et de bu. Le si de « je ne sais pas s’il viendra » est une question rapportée et ne se rend pas du tout par su — voir le discours rapporté. Celui de « même si » est une concession, qui appartient aux autres mots de liaison : voir les subordonnées.
Troisième point à ne pas confondre : l’élément bu ouvre aussi une interdiction, où il n’est plus question d’hypothèse du tout. Voir l’impératif. Et l’ordre des propositions, enfin, est le nôtre : l’hypothèse vient normalement en premier, la conséquence suit. Voir l’ordre des mots.
Pourquoi l’oreille règle ce chapitre mieux qu’une règle. Le choix entre su et bu, et la décision d’ajouter ou non la marque de passé, se prennent en un quart de seconde dans une conversation réelle. Aucun tableau ne donne cette vitesse. Notre cours de wolof fait entendre ces phrases en situation, en leçons audio de quatorze minutes.
Chaque question porte sur le dispositif de la condition tel qu’il est décrit ci-dessus. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Par su ou par bu, selon que la réalisation est laissée ouverte ou envisagée comme attendue. Le verbe qui suit prend alors le suffixe -ee : su ma demee, « si je pars ».
Parce que c’est ce suffixe, et non un temps, qui signale l’hypothèse. Le verbe ne porte rien d’autre — ni na, ni la, ni dafa — et reste à la forme minimale.
Il ouvre la conséquence et se traduit par « alors, dans ce cas ». Facultatif dans une hypothèse ordinaire, il est de règle dès que la phrase devient irréelle.
Sans aucune marque de passé, car l’hypothèse reste ouverte. C’est le piège le plus courant : l’imparfait français appelle la forme non marquée du wolof, et ajouter la marque de passé ferait comprendre « si j’avais eu de l’argent ».
Non, aucun mode particulier. La seconde moitié de la phrase emploie une construction ordinaire : un futur, un parfait, parfois un impératif quand la conséquence est une consigne.
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