Notre passif garde l’auteur de l’action à portée de main, derrière un « par ». Le suffixe wolof, lui, le supprime — et cela change ce que la phrase peut encore dire.
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Le suffixe -u retire un participant au verbe. Celui qui subit l’action reste, et devient le sujet de la phrase ; celui qui l’accomplissait sort du tableau.
Le résultat ressemble à notre passif, et c’est une bonne première approximation : « le travail est fait », « le riz est cuit », « la lettre a été écrite ». Mais la ressemblance s’arrête à un point décisif, et c’est ce point qui fait toute la difficulté pour un francophone.
Le même suffixe sert aussi à présenter un sujet qui subit un procès sans que personne ne soit présenté comme l’accomplissant : le linge a séché, le bois a cédé, la marmite s’est renversée. C’est ce que les descriptions appellent la valeur moyenne — et l’on verra qu’elle découle de la même opération.
Notre passif ne supprime pas l’auteur de l’action : il le déplace. « La lettre a été écrite par mon frère » — l’agent est toujours là, simplement relégué derrière une préposition, disponible si l’on veut le nommer.
Le suffixe wolof ne relègue pas : il efface. Aucune préposition ne vient rattraper l’agent derrière le verbe. Si vous voulez dire qui a fait la chose, cette forme ne vous sert plus à rien.
Revenir à une phrase active, et nommer l’agent comme sujet. Et si c’est justement l’agent que vous voulez souligner — « c’est mon frère qui a écrit la lettre » — le wolof a une construction faite pour cela. Voir le focus sujet.
Ce détour paraît lourd à un francophone habitué à l’écrit administratif. Il est en réalité plus clair : la langue vous oblige à décider si l’auteur de l’action compte ou non dans ce que vous dites.
Une fois l’agent effacé, il ne reste plus que le sujet et le procès qui l’affecte. Que personne n’ait agi, ou que l’on ne veuille pas le dire, revient au même du point de vue de la forme. C’est pourquoi une seule syllabe couvre à la fois « c’est fait » et « ça s’est défait tout seul ».
Voici l’erreur que font presque tous les francophones, parce qu’elle vient d’une habitude de notre langue écrite. Pour dire « on a volé mon téléphone », « on m’a dit que », « ici on parle wolof », le réflexe est de chercher une forme impersonnelle du côté du passif. Ce n’est pas là qu’elle se trouve.
Le wolof dispose d’un procédé beaucoup plus courant et beaucoup plus simple : la troisième personne du pluriel, sans qu’aucun sujet soit nommé. Littéralement « ils ont volé mon téléphone », sans que « ils » désigne quiconque. C’est le véritable équivalent de notre « on », et c’est ce que vous entendrez dans la rue du matin au soir. Les séries de pronoms appartiennent à la page des pronoms.
La règle de partage est simple. Si votre phrase française contient « on », cherchez du côté de la troisième personne du pluriel. Si elle contient « est » suivi d’un participe et qu’aucun auteur n’est nommé ni nommable, le suffixe -u est chez lui.
Et si vous hésitez encore, posez-vous la question de l’agent : existe-t-il, oui ou non ? Un vol a un voleur, même inconnu — le pluriel impersonnel convient. Un linge qui sèche n’a pas d’agent du tout — le suffixe convient.
Le « se » français. Notre pronom recouvre plusieurs opérations que le wolof distingue par des suffixes différents. La mise en ordre de ces valeurs est faite sur la page du réciproque : allez-y une fois, elle vous évitera des mois de tâtonnement.
Le réfléchi. Dire que l’agent et le patient sont la même personne — « je me suis blessé moi-même » — ne passe pas par un suffixe : le wolof emploie pour cela un nom. Le test est net : si le verbe s’allonge d’une syllabe, c’est notre suffixe ; si un mot s’ajoute après le verbe, c’est l’autre procédé. Voir le réfléchi et bopp.
La négation. Nier un verbe wolof fait apparaître, là aussi, un -u, suivi d’une marque de personne. Les deux éléments n’ont rien à voir, et le second se reconnaît à ce qui le suit. C’est une source d’hésitation réelle au début, et elle se dissipe vite. Voir la négation.
Reste la difficulté d’écoute, qui est la même que pour toutes les extensions : une syllabe finale de plus, et le sens de la phrase a basculé. « Il a lavé » et « c’est lavé » ne diffèrent que par elle — et la différence porte sur qui a fait quoi. Voir les extensions verbales.
Un suffixe d’usage quotidien. Dire qu’une chose est faite, cassée, finie, vendue, réglée, sans avoir à nommer qui s’en est occupé : c’est la moitié des phrases d’une journée. Notre cours de wolof les fait entendre en contexte, en leçons audio de quatorze minutes.
Chaque question porte sur le suffixe décrit ci-dessus et sur ce qui le distingue de notre passif. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
Il retire un participant au verbe : celui qui subit l’action devient sujet, et celui qui l’accomplissait disparaît de la phrase. Le résultat ressemble à notre passif.
Non, et c’est la différence décisive. Le suffixe ne relègue pas l’agent, il l’efface. Pour dire qui a fait la chose, il faut revenir à une phrase active.
Pas par ce suffixe. Le procédé courant est la troisième personne du pluriel sans sujet nommé — littéralement « ils ont fait », sans que « ils » désigne quiconque.
Le même suffixe présente un sujet qui subit un procès sans que personne ne soit présenté comme l’accomplissant : le linge a séché, le bois a cédé. L’agent n’est pas caché, il n’existe pas.
Par la forme. Si le verbe s’allonge d’une syllabe, c’est ce suffixe. Si un mot s’ajoute après le verbe, c’est la construction réfléchie, qui emploie un nom.
Parce que nier un verbe fait apparaître lui aussi un -u. Mais celui de la négation est suivi d’une marque de personne : c’est ce qui suit le suffixe qui tranche.
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