Vous savez dire « travailler » : vous savez donc dire « travailleur », et vous ne l’avez jamais appris. Le wolof fabrique ses noms sur ses verbes — et il le fait là où le français change complètement de mot.
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Le wolof suffixe énormément ses verbes, et l’essentiel de ce travail produit d’autres verbes : c’est la matière de la page les extensions verbales, qui traite cette direction et elle seule.
Ici, nous prenons la direction inverse : du verbe vers le nom. À partir d’un verbe que vous connaissez déjà, trois suffixes fabriquent un nom que vous n’avez pas eu besoin d’apprendre.
Pourquoi cela compte-t-il autant pour un francophone ? Parce que notre langue, elle, change de mot. « Travailler » donne « travailleur », mais « bon » donne « bonté », « marcher » ne donne rien du tout et il faut dire « la façon de marcher » en quatre mots. Un francophone apprend chacun de ces noms séparément et suppose qu’il en va de même en wolof. Il se prépare à mémoriser des mots qu’il pourrait construire.
C’est l’équivalent de notre -eur. On l’ajoute au verbe :
Le mot est long, et c’est précisément ce qui le rend reconnaissable : une fin de mot en -kat désigne quelqu’un, et le début du mot vous dit ce qu’il fait. C’est le premier suffixe à entraîner son oreille à repérer.
Il fabrique un nom abstrait à partir d’un verbe de qualité :
Notez le sens de la flèche, qui est l’inverse du nôtre. Le français part de l’adjectif pour faire le nom ; le wolof part du verbe, puisque les qualités y sont des verbes. Ce n’est pas une nuance de terminologie : cela vous dit où chercher le mot dont vous avez besoin.
Le plus dépaysant des trois, et le plus utile à comprendre le jour même :
Là où le wolof a un mot, le français en aligne quatre. Dès qu’une conversation commente la manière dont quelqu’un fait quelque chose — et les conversations font cela sans arrêt — ces noms apparaissent, et un francophone qui ne connaît pas le suffixe entend un mot inconnu alors qu’il connaît parfaitement le verbe qui s’y cache.
Un nom dérivé est un nom comme les autres : il reçoit une classe nominale. Savoir laquelle est une autre question, celle de quelle classe pour quel nom, et elle ne se règle pas depuis le suffixe.
La conséquence est pratique et immédiate : quand vous fabriquez un de ces noms, vous ne fabriquez pas son déterminant. Un nom wolof s’apprend avec lui — voir les classes nominales.
Ces trois suffixes sont productifs, mais ils ne sont pas libres. Une forme que vous construisez par analogie sur un verbe quelconque a de bonnes chances d’être comprise ; elle n’est pas pour autant le mot que les gens emploient. Nous ne donnons ici que des formes établies, et le réflexe à prendre est le même que pour tout le reste du vocabulaire : on vérifie qu’un mot existe avant de l’adopter.
La vraie difficulté, de toute façon, n’est pas de produire ces noms mais de les reconnaître. Le mot est plus long que le verbe, il arrive au milieu d’une phrase rapide, et rien ne vous signale qu’il est fabriqué. C’est exactement le genre de mécanisme qui cède à l’écoute répétée et résiste aux listes.
Un suffixe reconnu vaut cent mots appris. Entendre liggéeykat ou waxin passer dans une phrase, et comprendre sans y penser de quel verbe ils viennent, s’installe par l’oreille. Notre cours de wolof est entièrement audio, en leçons de quatorze minutes.
Chaque question porte sur les trois suffixes présentés ci-dessus et sur les noms donnés en exemple. Touchez une réponse, puis Correction.
Quarante-sept pages qui se répondent — des classes nominales au système de focus, le cœur de la langue. À parcourir dans l’ordre, ou au gré de vos questions.
Lire une règle n’a jamais fait parler personne. Quatorze minutes par jour, vous écoutez, vous répétez à voix haute, et la langue s’installe. Vous l’entendrez dans votre bouche avant de savoir nommer la règle qui la gouverne.
Les deux formules sont indépendantes : l’une ne donne pas accès à l’autre. Dans les deux cas, les leçons s’écoutent en ligne.
En ajoutant le suffixe d’agent -kat : liggéey « travailler » donne liggéeykat. Le même procédé donne jaaykat « vendeur » à partir de jaay « vendre ».
À fabriquer un nom abstrait sur un verbe de qualité : baax « être bon » donne baaxaay « la bonté », rafet donne rafetaay « la beauté ». Le wolof part du verbe là où le français part de l’adjectif.
Des noms de manière, formés avec -in : « la façon de marcher », « la façon de parler ». Le wolof dit en un mot ce que le français dit en quatre.
Il en reçoit une, comme tout nom wolof, mais le suffixe ne permet pas de la déduire. La question est traitée sur la page consacrée à l’attribution des classes, et la parade reste d’apprendre le nom avec son déterminant.
Les suffixes sont productifs, pas libres. Une forme construite par analogie sera souvent comprise, sans être le mot que les locuteurs emploient réellement : mieux vaut vérifier avant de l’adopter.
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